28.05.2008

Pleine lune

2089678979.jpg Elena est la seule femme loup-garou au monde, le gène lupin-garou (j'invente des adjectifs si je veux d'abord) ne se transmettant qu'aux hommes, que ce soit de manière héréditaire (un enfant né des amours d'un loup-garou et d'une humaine) ou par morsure. Elena a été mordue alors qu'elle avait une vingtaine d'années, et contre toute attente, elle a survécu. Malgré la dizaine d'années qui s'est écoulée depuis sa conversion, Elena a du mal à accepter sa condition. Elle voudrait s'intégrer dans la société humaine et oublier une enfance très douloureuse et sa lupinitude. Elle a donc quitté la Meute, où elle vivait en sécurité, et s'est exilée à Toronto, où elle mène une vie normale auprès de Philip, qui ignore que sa dulcinée va régulièrement courir dans les bois et chasser le lapin sauvage après avoir muté. Mais la Meute est en danger et Elena, la mort dans l'âme, retourne à Bear Valley (Etat de New-York) pour aider les siens...


Chers happy few, vous me voyez navrée (enfin presque), mais si vous lisez ce roman, vous vous verrez affligés d'une addiction supplémentaire (oui, je sais, ce n'est pas comme si on en avait besoin). Cependant, je plaide non coupable, car je ne suis pas à l'origine de la découverte de cette série (eh oui, 7 tomes déjà parus en anglais, 2 traduits et le troisième en cours de traduction) : il faudra donc rendre responsable de vos frissons et de vos nuits blanches une certaine Magali D., qui a tenu à garder l'anonymat histoire d'éviter de recevoir de nombreux courriers de lecteurs accros...

Bref. Mais, vous demandez-vous au dedans de vous-mêmes, pourquoi cette série est-elle si addictive (et donc nocive pour le sommeil) ? Eh bien pour plusieurs raisons, chers happy few. Tout d'abord, la narratrice, Elena, est un personnage complexe et attachant, qui s'obstine à vouloir rentrer dans un moule entièrement fabriqué (et illusoire), afin de devenir l'humaine qu'elle aurait voulu être : une femme douce, bienveillante et passive, alors que sa véritable personnalité est à des années-lumière : volontaire, têtue, impulsive, grande gueule et violente. C'est une femme déchirée entre deux aspirations, qui porte en plus le fardeau d'une enfance difficile (elle a perdu ses parents très tôt et est allée de familles d'accueil en foyers, subissant toutes sortes de maltraitances). Elle échoue à canaliser sa violence, rendant son état de loup-garou responsable de tout, alors qu'il n'est bien évidemment qu'un symptôme, un reflet de sa véritable personnalité. Elle hésite donc entre deux mondes, tâchant de se persuader qu'elle est "normale" et qu'elle a donc droit à une vie comme les autres, et refuse de revenir au sein de la Meute pour échapper aussi à l'emprise de Clayton, le so hot loup-garou, responsable de bien des maux, personnage fascinant, qui assume sa violence même s'il l'a domptée. C'est une espèce de mélange de Wolverine et de Ranger (je sens votre intérêt tripler chers happy few de la gent féminine), tellement sexy que chacune de ses apparitions provoque des palpitations chez le lecteur (bon ok, la lectrice).

Ensuite, l'histoire est fort prenante, même si elle a parfois tendance à être un peu brouillonne, comme un reflet de l'énergie d'Elena. La Meute est en butte aux assauts des cabots (des loups-garous qui n'appartiennent pas à la Meute car ils s'attaquent aux humains, ce que les membres de la Meute ne font que contraints et forcés) qui se sont organisés, ce qui est une grande première. Ce qui rend le déroulement de l'intrigue un peu brouillon c'est qu'Elena et les siens sont contraints à la passivité, ayant pendant quelque temps un temps de retard sur les intrigues des cabots et ne sachant pas comment réagir à cette agression d'un genre nouveau, leurs réactions semblent donc partir dans tous les sens. Il n'empêche que le roman se lit comme un thriller et que l'on est tenu en haleine par les nombreux rebondissements.

Ajoutons à cela un style original et qui m'a beaucoup plu (et rendons un hommage bien mérité à la traduction de Mélanie Fazi), l'auteur se servant du vocabulaire lupin et canin même quand les personnages revêtent leur forme humaine : ils s'aboient dessus, montrent les dents, jouent comme des chiots en se mordillant les oreilles, se courent après, se bousculent... L'observation des loups et du comportement de la Meute est très réussi, de même que les personnages secondaires, mon préféré étant Jeremy, l'Alpha, le chef, un homme cultivé, altruiste et élégant, qui semble paradoxalement étranger à la violence. J'ai d'ailleurs beaucoup aimé le traitement assez nouveau de la lycanthropie, loin de la mythologie habituelle (ici, point de balle en argent, ni de hurlement à la lune trois nuits par mois). Il y a aussi pas mal d'humour dans les dialogues et les pensées d'Elena, ce qui permet d'alléger les moments de tension.


Vous l'aurez compris, je n'ai qu'un mot à dire, chers happy few : la suite!


Kelley Armstrong, Morsure (Bitten), Bragelonne (traduit de l'anglais par Mélanie Fazi)


Le billet de Stéphanie, que je remercie vivement pour le prêt!


PS : le tome 2, Capture, est paru aussi chez Bragelonne. Mélanie Fazi, que nous avons rencontrée à Epinal, nous a dit avoir commencé à plancher sur la traduction du tome 3 et elle nous a annoncé un ryhtme de parution d'environ 2 volumes par an. Je vais peut-être me procurer du coup la série en anglais : ça va dépendre de ce que je trouve lors de la virée des LCA à Londres en août... (car oui, chers happy few, non contentes d'acheter des livres dans la France entière, quatre d'entre nous vont se livrer à des achats dans la perfide Abion : si ce n'est pas du vice, ça chers happy few!)
PSbis : apparemment, les 7 tomes ont pour titre général Women of the Otherworld et chacun narre les aventures d'une femme hors du commun qui a des pouvoirs spéciaux. Si la narratrice de Capture est toujours Elena, on change pour le 3ème. Pour la petite histoire, il paraît que Kelley Armstrong a eu l'idée d'écrire ce roman à la suite du visionnage d'un épisode de X-Files qu'elle a trouvé particulièrement raté : ne serais-je pas la seule à ne pas porter cette série aux nues ?

21.04.2008

Au coeur des ténèbres

128083097.jpg Tristan a 17 ans et il vient de perdre une de ses amies : elle s'est suicidée. Le père du jeune homme, Pierre, décide alors que le moment est venu de raconter à son fils un épisode terrible de sa propre enfance ; durant une nuit il couche sur le papier les événements horribles survenus durant l'été 80, dans le petit village breton où il a grandi.



Voilà un roman que j'ai trouvé terrifiant, chers happy few. L'histoire de cette bande de copains, qui vit dans l'insouciance de ses 11 ans, est particulièrement éprouvante. La petite bande, composée de 4 garçons et d'une fille, se soude en fin d'année autour d'un nouveau chef, le secret Maël, qui vient d'arriver dans le village avec sa mère, alcoolique et plus ou moins prostituée. Alors que les enfants jouent près d'un wagon désaffecté par un chaud après-midi, ils découvrent un cadavre atrocement mutilé. A partir de cette découverte, les événements s'enchaînent précipitamment : la peur plane sur le village et d'étranges phénomènes ont alors lieu (chien sorti tout droit des enfers, corbeau qui attaque les humains, scarabées géants et très nombreux qui fondent sur le village, obscurité qui se déploie dans la tête des gens...). Quand les enfants découvrent un deuxième corps, lui aussi mutilé (mais d'une autre manière), Maël leur parle alors du terrible Bonhomme Nuit, qui le poursuit depuis des années et qui réclame les âmes des enfants qui connaissent son existence.

Ce roman fantastique qui s'inspire d'une légende bretonne (réelle ou fantasmée, cela n'a guère d'importance), raconte l'histoire du passage à l'âge adulte qui pour ces enfants va se faire de manière atroce. On y trouve des éléments du roman d'adolescence traditionnel (la bande, la personnalité particulière du chef, les vacances sous le soleil, les jeux de groupe, la copine dont tout le monde est amoureux), habilement mêlés à des éléments fantastiques comme ce Bonhomme Nuit et tout ce qui s'y rattache, réécriture des croque-mitaines qui peuplent les contes. Je ne peux en dévoiler plus sous peine d'en dévoiler trop, mais sachez que, même si on comprend vite quels sont les tenants et les aboutissants liés à l'apparition de ce voleur d'enfants digne des cauchemars les plus terrifiants, le roman est fort bien construit (on assiste à une véritable escalade de la violence jusqu'à l'affrontement final qui est une des scènes les plus réussies) et tient le lecteur en haleine tout du long. J'ai beaucoup apprécié la vision de cet âge charnière, qui est celui de la pré-adolescence, des amitiés enfantines, de l'amour fraternel et l'arrière-plan typique des années 80 (Goldorak, Albator et les chevaliers Jedi sont au rendez-vous).


Un très beau roman sur l'enfance volée, chers happy few ; je ne peux que vous recommander de vous perdre dans sa noirceur...


Loïc Le Borgne, Je suis ta nuit, Intervista, collection 15-20


Il s'agit d'un livre-voyageur, parti de chez Lily, que je remercie encore pour cette belle découverte! Il est passé chez Clarabel, Rose et Amanda. Il s'envole à présent vers Emmyne!

PS : il s'avère que cette maison d'éditions appartient à Luc Besson, qui veut promouvoir la lecture auprès des 15/20 ans (d'où le nom de la collection) par des textes de qualité fantastiques ou de SF. L'âge indiqué par cette collection me semble d'ailleurs approprié : ce n'est pas un roman à mettre dans des mains trop jeunes. Pour en savoir plus sur cette collection, c'est ici.


14.04.2008

"Si je ne le tue pas, c'est lui qui me tuera"

1025288112.jpg Andrew Singleton et James Trelawney sont associés contre le crime. Jeunes et talentueux chacun dans leur domaine (Andrew est un grand lecteur très cultivé, James un sportif fonceur), ils ont ouvert un cabinet de détectives à Londres en 1932. Suite à la petite annonce vantant leurs mérites se présente une première cliente : Lady Conan Doyle, la veuve du célèbre écrivain. Elle est persuadée que la mort de son mari n'est pas tout à fait naturelle, qu'un fantôme hante le 221 Baker Street et que Londres va être le théâtre d'un gigantesque bain de sang. Malgré les réticences d'Andrew, les deux jeunes gens se lancent dans une enquête qui va vite prendre un tour macabre et pour le moins inattendu...


Voilà un roman très intéressant, chers happy few, car il mêle habilement fantastique et résolution d'une énigme policière, parce qu'il pose d'intéressantes questions sur la littérature et notamment la vie des héros de fiction, et parce qu'il met en scène des personnages que l'on connaît tous dans un Londres brumeux à souhait. Pour tout vous dire, les premières lignes m'ont laissée dubitative : les spirites de l'époque victorienne, voilà quelque chose, je dois bien l'avouer, chers happy few, qui m'indiffère et m'agace même parfois, tant on sait que les supercheries furent nombreuses. Mais voilà, tout le talent de Fabrice Bourland consiste à exhumer des faits réels autour de la vie de Conan Doyle (dont on sait qu'il fut un défenseur acharné du spiritisme vers la fin de sa vie et qu'il entretînt des relations pour le moins houleuses avec son héros, Sherlock Holmes, allant même jusqu'à le tuer puis contraint de le ressusciter sous la pression fervente du public) et à s'en servir pour construire une intrigue qui ne peut que réjouir les lecteurs assidus que nous sommes. On y croise Holmes et Watson (dont le couple Singleton-Trelawney se fait l'écho d'une manière un peu différente), Dracula, Hyde ou Gray, bref, les grandes figures du mal nées sous la plume de célèbres écrivains victoriens. La construction de l'intrigue m'a rappelé d'ailleurs celle de certains romans de cette époque : on y trouve insérés des extraits d'articles de journaux et des notes en bas de page et le style lui-même n'est pas sans rappeler celui de Conan Doyle. C'est donc à un véritable hommage littéraire que se livre Fabrice Bourland, tant dans l'intrigue que dans la construction et le style. Et même si l'histoire est un peu légère, on ne peut qu'être entraîné par l'intrigue qui se sert judicieusement d'éléments et d'événements réels (comme par exemple la renumérotation de Baker Street ou certaines photos spirites) qui, entremêlés à des éléments fictifs forment une fiction de qualité.


Une belle dévouverte, à recommander aux amateurs de fantastique et de littérature victorienne chers happy few!


Fabrice Bourland, Le fantôme de Baker Street, 10/18


Les billets de Clarabel, Lou, Charlie Bobine


PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci encore Arsenik (qui a déniché un exemplaire dédicacé par l'auteur)!
PSbis : le titre de ce billet est une phrase de Conan Doyle à propos de Sherlock Holmes, ce héros qui lui rendit la vie impossible...

07.04.2008

De la création

1485112234.jpg Annabelle a une trentaine d'années. C'est une jeune femme timide, un peu peureuse, professeur de dessin mais uniquement à son domicile. Elle a peur du monde extérieur et ne sort pas beaucoup. Un jour, au restaurant chinois en bas de chez elle où elle dîne quelquefois, elle vole une sirène dans l'aquarium. Elle la met dans son lavabo, puis dans sa baignoire, et la regarde grandir. Une étrange relation s'installe alors entre la femme et la sirène...


Figurez-vous, chers happy few, que pour la dernière réunion du Club des Théières, nous devions lire un roman sorti l'année de notre naissance. Or, sur les 350 livres que contient ma (désormais très ordonnée) PAL, impossible d'en trouver un seul qui correspondait à la contrainte! J'ai donc décidé de chercher un livre sorti l'année de naissance d'un de mes enfants (ce qui est nettement plus simple). Quand en plus, j'ai vu que Cypora Petitjean-Cerf était née la même année que moi, j'ai su que je devais absolument lire ce livre (qui certes, ne correspondait pas du tout à la consigne, mais 1) elles sont faites pour être détournées, non ? et 2) je ne suis pas la seule à avoir triché mais je ne dirais rien parce que je suis bonne copine)...

Ce très court roman est donc un roman fantastique dans lequel une femme tente de trouver sa place dans le monde qui l'entoure. La sirène, d'abord agressive et laide, se transforme en une belle créature qui a un énorme pouvoir de création et qui peint des oeuvres qui subjuguent les amateurs. Elle se révèle ensuite posséder une voix extraordinaire (sirène oblige). Une étrange relation fusionnelle et a contrario s'établit entre les deux femmes, dont l'énergie et les talents de création semblent agir selon un système de vases communicants : en emplissant l'une, ils désertent l'autre. La sirène agit à la fois comme une métaphore du talent d'Annabelle et de sa vie (de fermée au monde, elle devient lumineuse et accessible) et comme un catalyseur : d'avoir osé voler la sirène enclenche une série d'événements qui vont lui permettre de se trouver.


Un très joli roman un peu déroutant mais que j'ai beaucoup aimé, chers happy few!


Cypora Petitjean-Cerf, Le musée de la sirène, Points


Les billets de Cathulu, Flo, Florinette, Gachucha, Lilly


PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci encore Florinette!