08.01.2011
Frisson / Fièvre - Maggie Stiefvater


Grace, 17 ans, vit dans une petite ville du Minnesota, aux abords d'une forêt. A 11 ans, elle a été attaquée par une horde de loups mais elle a été sauvée par l'un des loups de la bande et a survécu à ses morsures. Les années ont passé, et un lien étrange s'est créé entre la jeune fille et ce loup, qui rôde autour d'elle en hiver et semble veiller sur elle de loin. Lorsque Jack, un camarade de Grace, est retrouvé mort, déchiqueté à mort par des loups, la ville lance des chasseurs à travers la forêt. Affolée, Grace tente d'empêcher la chasse, et retrouve sur le perron de sa maison un jeune homme dont le regard ressemble étrangement à celui de son loup...
Enième variation autour du mythe du loup-garou revisité pour les ados en mal de romance soft, j'ai entamé Frisson toute prête à me laisser convaincre (je suis parfois une lectrice facile, happy few de mon coeur) et je n'ai été qu'à moitié convaincue. Le roman m'a bien plu par son utilisation d'un certain ton tragique puisque le couple formé par Sam et Grace semble dès le début voué à l'échec : elle est humaine, il est loup n'ayant plus qu'une saison à vivre en tant que semi humain avant de rejoindre définitivement la forêt et il n'existe pas de cure. Cette menace a priori inéluctable teinte toutes leurs actions et ils s'aiment un peu envers et contre tout, sachant qu'ils vont se perdre, et le ton du roman est à l'unisson de cette histoire d'amour, triste et plein de regrets non formulés. Et le personnage de Sam, garçon maltraité devenu un adolescent secret, qui lit beaucoup, écrit des chansons et voue un culte à Rilke, est pour beaucoup dans l'intérêt que l'on a à lire ce premier opus, même si le monde mis en place manque un peu de consistance (en même temps, toutes ces histoires avec des lycéens qui font leurs devoirs et assistent aux cours de chimie commencent à me lasser sérieusement).
Malgré une fin que j'ai trouvé facile, j'ai donc entamé Fièvre relativement confiante pour découvrir rapidement que tout ce qui était bancal dans le premier opus était décuplé dans le deuxième. Fièvre souffre en effet de deux gros problèmes de construction : l'histoire est le miroir inversé de Frisson et le propos est dilué dans la multiplication des points de vue (quatre contre deux dans le premier), comme si l'auteure avait tenté de pallier l'absence d'imagination par le rajout artificiel et assez plat de l'histoire d'un autre couple. J'ai eu un mal fou à le terminer et je ne lirai pas le troisième de cette série finalement assez plate, qui plaira peut-être aux adolescentes qui n'ont plus rien à lire et se languissent d'Edward.
Maggie Stiefvater, Frisson, Fièvre, Hachette Jeunesse, Black moon, 2010
17:45 Écrit par fashion dans Fantastique, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : je retourne à ma variation autour de darcy, qui est chaud bouillant, je suis totalement in love, again
20.11.2010
My job sucks. Literally.

Rien ne va plus dans la vie de Georgina Kincaid, la succube affectée à Seattle : sa vie sentimentale est difficile (elle ne peut pas coucher avec l'homme qu'elle aime sous peine de lui raccourcir la vie et de lui voler son âme et elle doit continuer à faire succomber les hommes afin de remplir le contrat qui la lie aux puissances démoniaques) ; la librairie dans laquelle elle travaille est sans patron pour quelques semaines et son collègue assistant manager, Doug, semble être en permanence défoncé à quelque chose de trop puissant pour être mortel. Et voilà que Bastien, l'incube avec qui Georgina a fait équipe pendant quelques décades au XVIIIème siècle en France réapparaît et lui demande de l'aider à accomplir une mission qui lui évitera le bannissement (il a fait une grosse bêtise, le vilain garçon). Her hands are full, poor girl (no pun intended of course).
J'avais lu avec plaisir le tome 1 des aventures de Georgina Kincaid, chers happy few et j'ai trouvé ce deuxième meilleur (est-ce parce que je l'ai lu en VO ? zat is ze question). J'aime décidément beaucoup le personnage de Georgina, femme de tête qui a de grandes qualités d'organisation et d'improvisation, dont on découvre un pan du passé à chaque fois (elle a plus de mille ans, ce qui permet de promener le lecteur dans l'espace et le temps) et la façon dont elle interagit avec les autres personnages (sa relation avec Seth, l'écrivain sexy ou avec les autres démons notamment). Elle a un humour dévastateur et elle est toujours prête à rappeler aux femmes qu'elles ont des droits. L'intrigue se tient ma foi plutôt bien, Richelle Mead égratigne au passage une certaine Amérique réactionnaire et homophobe et ne recule pas devant l'effort en nous offrant quelques scènes de sexe bien écrites et étonnamment osées pour un roman de ce genre et américain de surcroît. Je valide, et je vais acheter le tome 3. Je suis wild, je sais.
Richelle Mead, Succubus nights, Bantam books, 479 pages, 2008 (à noter que ce roman est initialement paru sous le titre Succubus on top). Ce roman est disponible chez Bragelonne en français sous le même titre.

Challenge Lire en VO
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15:23 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : no tag today, my love has gone away
14.11.2010
Who else is watching the night games ?

Une semaine après les événements racontés dans Club Dead, Sookie, qui rentre chez elle par une sombre nuit de froidure, manque percuter un jeune homme fort beau et fort nu, qui se trouve être... Eric. Le vampire le plus chaud à l'ouest du Mississipi a perdu la mémoire, victime d'un sortilège lancé par une très vilaine sorcière, Hallow, qui a paraît-il mal pris que le beau Viking refuse de lui accorder ses faveurs (quand on sait qu'il couche avec tout ce qui bouge, il y a effectivement de quoi être blessée et perdre toute confiance en soi au point de passer quelques nuits à écouter Lara Fabian en boucle). Alertée, Pam, le bras droit d'Eric, décide que ce dernier doit rester caché, et quoi de plus simple que de le laisser chez Sookie, hein, je vous le demande ? Voilà donc notre jolie serveuse télépathe contrainte de vivre avec Eric (certaines ont une vie difficile, quand même), et sa situation se complique quand son idiot de frère, Jason, disparaît, possiblement enlevé par les sorcières ou par un métamorphe quelconque (ils pullulent dans ce coin paumé du sud des Etats-Unis, il doit y avoir un micro-climat). Entre ça et la guerre déclarée entre les sorcières et le reste des créatures de la nuit, notre pauvre Sookie a du mal à dormir. Heureusement qu'Eric est tout prêt à donner de sa personne pour remédier à cette intolérable situation.
S'il y a bien une chose dont on peut être certains, chers happy few (en dehors de la sexytude de David Tennant, évidemment), c'est que les intrigues de Charlaine Harris ne se hissent jamais au-delà du tout venant de la romance novel, genre confortable en diable, puisqu'on sait exactement comment les événements vont s'agencer et comment les personnages vont agir avant même d'avoir ouvert le bouquin (bon, ok, au bout de deux pages). Dead to the world (Les sorcières de Shreveport, dans sa traduction française fort recherchée), quatrième volet de la série True Blood, ne fait pas exception : l'intrigue principale est encore une fois sans intérêt et Charlaine Harris trouve le moyen de la résoudre en l'absence de la narratrice, ce qui lui permet de se dispenser d'écrire la scène qui aurait dû être le climax du roman, ce qui n'est quand même pas très malin. L'intrigue secondaire, la disparition de Jason, est mieux traitée, et permet la découverte d'une société de garous en marge de Bon Temps et un rebondissement final qui, pour être téléphoné, n'en est pas moins intéressant, mais c'est comme d'habitude chez elle l'aspect harlequinesque qui est le plus réussi. On voit très peu Bill le moisi, parti faire joujou au Pérou (ce n'est pas assez loin à mon goût, je propose de l'envoyer faire un stage dans une île de l'Océan indien), ce qui permet de se concentrer pour la première fois sur le personnage d'Eric, qui, débarrassé de sa personnalité de grand-caustique-au-regard-de-braise-et-à-la-langue-acérée à cause de cette amnésie qui tombe à pic, n'est plus qu'un chevalier servant aux talents multiples dont Sookie saura faire bon usage (cette vision de l'homme revenu à une espèce de personnalité de base où il est sur-prévenant, incroyablement attentionné, totalement fiable, follement amoureux et extrêmement bon amant en dit plus long sur l'imaginaire féminin occidental que n'importe quelle étude) et la lectrice consentante et conquise est ravie de la tournure que prennent les événements (cette scène de douche, oh my, restera dans mes annales). De la sexytude, du fun, des dialogues enlevés, True Blood est décidément la série à lire par temps de grisaille ; ça tombe bien, il fait un temps pourri.
Charlaine Harris, Dead to the world, Ace fantasy/mystery, 291 pages, 2004

Challenge Lire en V.O
30
19:28 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : si perdue dans le ciel, ne me restait qu'une aile, tu serais celle-là, quand le ciel dévoile soulève, en moi l'âme et l'émoi d'un géant, mon dieu lara est une poétesse, pas moins, la prochaine fois nous nous pencherons, sur les paroles des chansons de didier barbelivien, parce qu'il le vaut bien
19.10.2010
Real men always have duct tape in their trucks

A l'approche de Noël, Bill, l'horripilant vampire macho avec qui Sookie entretient une liaison depuis quelques mois, disparaît. Eric, le sexy vampire viking, accessoirement shériff de la région 5 (je l'ai lu en anglais, je n'ai aucune idée de la traduction de "area", les happy few qui lisent cette série dans la langue de Molière me pardonneront) et patron de Bill, demande à Sookie de bien vouloir mettre ses talents de télépathe à son service et de partir à sa recherche à Jackson, chaperonnée par Alcide Herveaux, le loup-garou à la plastique beaucoup plus avantageuse que son nom. Oui mais voilà, Bill était distant depuis quelque temps ; il a non seulement caché des choses à tout le monde, mais il a en plus renoué avec une ancienne flamme. Y en a vraiment qui cherchent la lame pour se faire décapiter, je dis ça, je dis rien.
Vous l'aurez compris, chers happy few, en ce moment, j'ai des envies de morsures non fatales, de vampires chauds comme des baraques à frites et de dialogues à deux pence : non, je n'ai rien à vous avouer, sauf peut-être que je suis ravie d'avoir sorti mon sublime manteau offert par les copines et que j'ai besoin de me changer les idées avec tous les romans que je suis en train de lire pour le Grand Prix du Web. Que voulez-vous, je suis une lectrice faible qui aime la bit-lit, envoyez-moi Angel, tiens, pour me punir, il saura prendre des mesures adaptées. J'ai donc pioché dans ma minuscule PAL ce troisième volume de la série de Charlaine Harris, True Blood (j'ai chroniqué les deux premiers tomes ici pour ceux qui auraient peur de ne pas suivre) (et je peux les comprendre, parce que c'est quand même de la littérature de haute volée, limite Bram Stoker doit se retourner dans sa tombe) (en gloussant, certes, mais il faut bien que l'éternité se passe). Bon alors, même s'il m'en coûte de l'avouer, chers happy few, l'intrigue de ce Club dead (Mortel corps à corps dans sa littérale traduction) tiendrait aisément sur le lobe frontal de Bubba, le vampire qui a le QI d'une huître avariée et qui aurait mieux fait de ne pas être ressuscité (mais ce n'est pas tous les jours que le vampire de faction à la morgue voit arriver le corps du King, il a eu un moment d'égarement dû à sa fanitude, on peut le comprendre) (ou pas). C'est que l'histoire tricotée par Charlaine Harris n'est pas seulement légère, elle est aussi un peu stupide. En effet, Sookie va sauver Bill le moisi (mais qu'elle l'oublie une bonne fois pour toutes et choisisse un homme qui présente un quelconque intérêt, parce qu'un vampire qui non seulement rumine toute la sainte nuit, est possessif, macho et a deux cents ans de retard en terme de relations homme/femme, et cerise sur l'indigeste gâteau, est totalement dénué du moindre sens de l'humour (ce qui devrait être interdit par la Convention de Genève, il n'y a rien de pire qu'un homme sans humour, believe me), mérite le pieu) (c'est d'ailleurs là qu'il fait preuve de ses seuls talents) (mais je m'égare), donc disais-je avant d'être violemment interrompue par moi-même, le secret de Bill est totalement idiot (tout ça pour ça, franchement, me suis-je dit en finissant le paquet de fraises tagada) et le seul meurtre est résolu en deux coups de cuiller à pot et un dialogue surréaliste. Mais comme vous commencez à me connaître, pragmatiques happy few, vous savez qu'il m'en faut plus pour me laisser abattre : de la sexytude, des dialogues fendards, un Eric au meilleur de sa forme, un loup-garou plein de potentiel, voilà qui a permis à ce roman de remplir haut la main son contrat de funitude attendue. Et comme en plus il était en anglais, c'était une lecture pé-da-go-gi-que. Ben quoi, c'était la première fois que je rencontrais le terme "hubbub", ce n'est pas rien.
Charlaine Harris, Club dead, Ace fantasy/mystery, 292 pages, 2003

Challenge Lire en V.O
28
21:40 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : charlaine harris, true blood 3, et dire que je n'ai pas accroché à la série télé, du tout, malgré l'excellente anna paquin, et alan ball au scénar, eh oui la vie est pleine de surprises et de désagréments, mais c'est pas grave, il reste les copines, les comédies musicales et david chou
14.10.2010
Deux mètres dix de terreur pure vêtue de cuir
(Oui, je sais, cette couverture vous fait frémir, chers happy few, tant de grâce et de subtilité réunies, c'est trop pour votre bon goût, mais c'est parce que vous êtes de petites natures qui ne fréquentez pas assez les éditions Bragelonne, ce à quoi vous pourriez remédier facilement, je dis ça, je dis rien.)
Dans un monde où les humains côtoient sans le savoir des vampires civils, une guerre sans merci oppose la Confrérie de la Dague noire, composée de sept vampires guerriers et la Société des éradiqueurs, menée par des humains qui ont vendu leur âme à l'Omega. Beth, jeune femme de 25 ans, orpheline et journaliste dans la petite ville de Caldwell, ne sait pas que son destin est intimement lié à celui de Kohler, le Roi aveugle. Mais comme le hasard fait bien les choses, elle ne va pas tarder à l'apprendre.
Autant dire les choses tout de suite (et perdre ainsi le peu de crédibilité qui me restait) (ah, on me dit qu'après deux Harlequinades, mon crédit crédibilité était négatif) : j'ai passé un excellent moment à la lecture de ce roman de bit-lit. Bon, il a fallu que je surmonte le fou rire qui m'a saisie quand j'ai lu pour la première fois (et pour la deuxième, et pour la troisième) les noms des valeureux guerriers de la fameuse confrérie (Kohler, Rhage, Fuhry, Visz, Audasz, Zadist et Thorment) (si, si vous avez bien lu ; J. R. Ward a manifestement une imagination débordante et un amour immodéré des h et des z) (je suis allée vérifier dans la VO) et que j'accepte que comme dans tout roman de ce genre les personnages masculins tiennent de la caricature la plus totale (ici, c'est cuir à tous les étages, taille de géant, chevelures étranges, limites brushées, si, si, et bien sûr tourments dans leurs petits coeurs tout mous qui battent sous leurs t-shirts ultra moulants) mais une fois franchis ces écueils inhérents au genre, j'ai été prise à mon corps (peu) défendant dans cette histoire plutôt bien fichue. Le monde mis en place est intéressant, notamment la hiérarchisation vampiresque (vampires qui sont ici une espèce parallèle à l'espèce humaine ; un humain ne peut pas être vampirisé) et la Société des éradiqueurs qui n'ont plus grand chose d'humain, et j'ai bien aimé le cadre, cette petite ville de province sans âme et pleine de recoins glauques. Du côté des personnages, outre donc quelques clichés sur (très hautes) jambes, j'ai beaucoup aimé le personnage du flic, Butch, l'humain qui ne se sent pas à sa place et à qui je prédis un bel avenir. Comme le dit si bien Chiffonnette, L'amant ténébreux, c'est Expendables au pays des vampires : ils sont tatoués, ils sont virils, ils sont barrés, et comme on est un peu étranges, on aime ça. Je vais lire la suite, tiens.
J. R. Ward, L'amant ténébreux (Dark lover), Milady, traduit de l'anglais par Laurence Richard (une polémique fait manifestement rage autour de la traduction, que je n'ai pas trouvée si mauvaise que ça, même si certains personnages emploient effectivement une syntaxe pour le moins relâchée, mais 1. je n'ai pas lu la version originale, 2. les guerriers manient mieux les armes que le langage, c'est bien connu, non ?), 559 pages de testostérone en barres, 2010 pour la traduction française, 2005 pour la parution en VO.
Le billet de Bladelor, qui vous renverra vers d'autres avis.
23:43 Écrit par fashion dans Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : i need a vampire in my life, un qui s'appelle colin comme l'année dernière, ou david, mais pas kohler j'ai mes limites, sinon rien, ah si, j'ai des copies à corriger, how surprising
16.08.2010
Alchimie
Quand le père de Jill Jekel, un chimiste, est sauvagement assassiné sur le parking de son laboratoire, le monde de la jeune fille s'écroule : non seulement son père travaillait sur une formule dangereuse visant à recréer la formule du (pas si fictif) Docteur Jekyll mais il est accusé en plus d'avoir volé des produits chimiques dangereux et, cerise sur un gâteau déjà bien lourd, il a vidé le compte en banque de sa fille, la privant ainsi de toute perspective d'avenir. Au milieu de la tourmente se dresse alors Tristan Hyde, un jeune anglais très perturbé contre l'épaule de qui Jill aimerait bien se reposer. Mais des choses étranges se produisent dans le sillage du jeune homme...
Vous l'aurez compris, perspicaces happy few, c'est alléchée par ce que j'imaginais comme une réécriture ou un hommage à Stevenson (le titre original Jekel loves Hyde est d'ailleurs très explicite, remplacé en français par ce titre passe-partout et peu accrocheur d'Alchimie pour des raisons qui ont à mon avis à voir avec ce même sous-texte, les ados français n'ayant pour la plupart jamais lu ce roman à moins de m'avoir subie en quatrième, pauvres d'eux) et le moins qu'on puisse dire c'est que j'ai été très déçue. Alchimie est en effet bâti sur une bonne idée qui n'est jamais correctement exploitée : le roman de Stevenson ne serait pas une fiction mais une oeuvre inspirée de faits totalement réels et la formule du Docteur Jekyll permettrait vraiment de créer un monstre dont descendent les Hyde, ce qui fait des membres masculins de la famille (pourquoi uniquement eux, mystère) des psychopathes incontrôlables. A partir de là, Beth Fantaskey se perd dans une narration qui tourne en rond où elle fait alterner de manière assez plate les points de vue de Jill et de Tristan. C'est long, les personnages avancent pour mieux reculer (Jill est très agaçante, elle veut, elle ne veut plus, elle voudrait bien) et quand on croit enfin que l'intrigue franchit un palier avec la guérison de Tristan, nous voilà repartis pour un tour de manière artificielle avec Jill, puis le père de Tristan, sans compter que les quelques rebondissements qui parsèment l'histoire sont totalement téléphonés. C'est un roman qui se voudrait une métaphore du côté obscur de l'adolescence mais Beth Fantaskey ne réussit pas à dépasser la démonstration parce qu'elle ne parvient à mon sens jamais à relier finement cette métaphore à l'histoire qu'elle raconte. Si on ajoute une traduction parfois lourdaute, on obtient un roman dispensable, chers happy few.
Beth Fantaskey, Alchimie (Jekel loves Hyde), Msk, traduit de l'anglais par Nathalie Jakubowski, 397 pages, septembre 2010 pour la traduction française et 2010 pour la parution en VO.
Ce roman a été aussi lu par Nataka (en anglais).
14:23 Écrit par fashion dans Fantastique, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : la rentrée littéraire commence light, je patine dans un roman indien, j'aime beaucoup un roman américain, j'ai envie de classiques, normal c'est la rentrée, bref c'est pas gagné tout ça
23.06.2010
Love from one side hurts, but love from two sides heals
Mercy a (encore) des ennuis : Phin, le propriétaire d'une petite librairie lui a prêté un livre qui suscite la convoitise d'une reine des fées, qui, prête à tout pour le récupérer, enlève le jeune Gabriel. Mercy, confrontée à la trahison d'un des loups d'Adam qui tente de saper sa position dans la meute et au changement de Samuel dont le loup semble avoir pris le pas sur l'homme, doit retrouver le jeune homme avant qu'il ne soit trop tard. Etre une changeuse mécanicienne n'est décidément pas de tout repos...
Cinquième volet des aventures de Mercy Thompson (pour ceux qui auraient loupé un épisode, mes billets sur les tomes précédents sont ici, ici et ici), Silver Borne confirme à la fois tout le bien que je pense de cette série, certainement l'une des meilleures de fantasy urbaine en ce moment, et la capacité qu'a Patricia Briggs à alimenter de manière fine et passionnante le monde qu'elle a créé et à faire évoluer ses personnages. En effet, si ce volume est moins riche en aventures et en rebondissements que les précédents, il est capital dans la relation qui unit Mercy à Adam, l'Alpha de la meute des Tri-Cities. Depuis qu'elle a pleinement accepté d'être sa compagne, Mercy, qui est une femme très indépendante, a du mal à accepter l'omniprésence de la meute dans laquelle elle se retrouve partie prenante, et il faudra des circonstances difficiles et la rupture du lien mental qui l'unit à Adam pour qu'elle comprenne et accepte cette famille, elle que le statut de changeuse a toujours tenu à l'écart du reste du monde, humains ou loups-garous. Cette histoire, qui donne toute sa place à Mercy au sein d'une meute divisée, est donc fondamentale pour la suite des événements et on en apprend plus sur le monde des fae, que décidément je trouve excellemment investi dans cette série, et sur Samuel, qui trouve un remède à la fois évident et inattendu à sa profonde dépression. Un très bon volume de transition, chers happy few. Vivement la suite.
Patricia Briggs, Silver Borne, orbit, 342 pages, 2010

Challenge Lire en V. O
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PS : le titre de ce billet est emprunté au grand William (who else ?) dont je redécouvre Romeo et Juliette. Et je couine, vous pouvez me croire sur parole.
11:25 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : silver borne, patricia briggs, pas de vampires dans cet opus, ah stephan et son mystery van, sinon je ne suis pas en panne de lecture, mais pas loin, hein, pfff, docteuuuur ?
25.05.2010
"S'il voulait faire de moi son esclave sexuelle...
... il n'aurait qu'à m'offrir des exemplaires de lancement de ses livres." (Etre fan d'un auteur peut vous pousser à certaines extrémités. En même temps, quand c'est un succube qui fait ce genre de propositions, ça permet de relativiser.)
Georgina Kincaid est une jeune femme très occupée : succube depuis des siècles, elle est actuellement en poste à Seattle, sous les ordres de l'Archidémon Jerome. Pour s'occuper, elle est directrice adjointe à l'Emerald City Books & Cafe, une grande librairie. C'est que pour un succube, Georgie est étonnamment humaine et son occupation préférée est la lecture, surtout les romans policiers de Seth Mortensen dont elle ne lit jamais plus de cinq pages par jour pour faire durer le plaisir. Mais la vie routinière de Georgie est mise à mal par le meurtre de Duane, un vampire mal embouché avec qui elle a eu de nombreuses fois maille à partir. Et voilà que d'autres immortels sont agressés ou liquidés. Contrevenant aux ordres exprès de Jerome et de Carter, l'ange caustique, Georgie se lance dans l'enquête.
Succubus blues, premier volume d'une série qui compte actuellement trois volumes, est un roman de bit-lit bourré de qualités, chers happy few, au premier rang desquels une galerie de personnages attachants et drôles. J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre l'histoire de Georgie, dont on découvre le passé par petites touches (quand et pourquoi elle a passé un pacte avec le diable, enfin, avec un démon, puis avec Lilith), personnage finalement bien peu démoniaque, même si sa principale activité consiste à collecter des âmes masculines en échange de faveurs sexuelles, qui lui donnent son énergie vitale. Son activité l'a conduite à une grande solitude affective (si elle couche avec un mortel, elle lui vole quelques années de sa vie) et elle menait sa vie comme elle le pouvait, entre deux contrats et deux soirées pizza avec ses potes Hugh (démon reconverti dans la chirurgie plastique), Peter et Cody (vampires peu sexy) ou encore Doug (son collègue bien humain, libraire et chanteur dans un groupe de rock) quand tout a basculé suite à l'irruption de deux intéressants specimen masculins : Seth Mortensen, l'auteur introverti et taciturne et Roman, le prof de linguistique chaud comme la braise. Entre ça et l'enquête, qui révèle des choses insoupçonnées sur le passé de Jerome et la personnalité de Carter, Georgie ne sait plus où donner de la tête, et on la comprend, la pauvrette. Femme de tête dans un corps de rêve qu'elle peut modifier à sa guise (un des avantages du métier), dotée d'une langue vive et acérée et d'une capacité de réaction à toute épreuve, Georgie est un personnage extrêmement sympathique, qui arrive à concilier son appartenance au côté obscur avec une humanité qui ne l'a jamais quittée. L'intrigue, sans être révolutionnaire, est bien ficelée, les répliques font mouche, les personnages sont bien caractérisés (j'ai un gros faible pour Seth, l'auteur cultivé et pince sans rire) : dans le genre, c'est une réussite, chers happy few.
Richelle Mead, Succubus Blues, Bragelonne, traduit de l'anglais par Benoît Domis, 370 pages, 2009 pour la traduction française, 2007 pour la première parution en VO.
06:00 Écrit par fashion dans Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
20.04.2010
Good morning, Your Stakeness
Londres, au XIXème siècle. (C'est peu précis, mais comme ça pas de souci avec la mode et les moeurs, on peut raconter ce qu'on veut, oui elle est maligne cette Colleen Gleason.) Victoria Grantworth, 19 ans, fait ses débuts dans le monde avec deux ans de retard, parce qu'elle a successivement porté le deuil de son père puis de son grand-père. Mais la saison des bals coïncide avec son Appel : elle est l'Elue, une tueuse de vampires issue d'une longue lignée de chasseurs, la famille Gardella. Victoria accepte volontiers cette tâche, grisée par le pouvoir et la liberté que son nouveau statut lui confère, et tombe simultanément amoureuse du beau Philip Rockley, marquis de Lacy. Elle va vite apprendre à ses dépens que la vie de tueuse a du mal à cohabiter avec celle de marquise...
Voilà typiquement le genre de lectures dont j'avais un pressant besoin ces derniers jours, chers happy few (oui, c'est comme les envies de chocolat, ça ne se commande pas ces choses-là) : The rest falls away (ce titre est poétique comme une chanson de Christophe Maé), premier volume de The Gardella Vampire Chronicles, propose une situation de départ téléphonée (que celui qui n'a pas pensé à une certaine blondinette californienne me jette le premier pieu, mais propre s'il vous plaît, il y a des limites à ce que je peux supporter), des personnages tellement clichés qu'ils en deviennent attachants, comme des pantoufles confortables (on sait à l'avance comment ils vont réagir ce qui est très reposant, de la têtue Victoria qui ne peut apprendre que de ses propres erreurs au séduisant Sebastian, le Français à l'allure angélique et au regard diaboliquement séduisant en passant par Rockley, espèce de Darcy du pauvre, sans oublier Max, le tueur, enfin, le Venator (c'est comme ça qu'ils s'appellent ici, faut bien innover un peu et il paraît que Slayer et Hunter étaient déjà pris) aussi séduisant qu'un vampire et aussi mystérieux que... ben un homme mystérieux, quoi) et une intrigue qui déroule ses rebondissements sans temps mort et sans réelle surprise non plus mais en ne reculant finalement pas devant un peu de prise de risque, certains personnages étant fort malmenés. Je me suis laissée embarquer dans cette histoire sans bouder mon plaisir (d'autant que certaines situations sont plutôt drôles), même si la fin et le face à face avec Lilith, reine des vampires, m'ont un peu laissée sur ma faim, ou sur ma soif, devrais-je dire pour rester dans la thématique vampiresque, Victoria se retrouvant victorieuse (mais avec un prénom pareil, rien d'étonnant) de manière un peu abrupte. Colleen Gleason n'apporte pas grand-chose au mythe, excepté son explication initiale : les vampires sont les descendants de Judas Iscariote, damné par Lucifer qui, après son suicide, en a fait le premier vampire. Mouais bof, rien de bien excitant de ce côté-là, donc.

J'ai continué sur ma lancée et j'ai lu dans la foulée le deuxième volume : Rises the night (Colleen n'est décidément pas très douée pour les titres, on est d'accord.) Un an après le tragique événement (si, si, tragique, j'ai même poussé un gracieux "what the f***" en lisant les dernières pages, car parfois le glamour m'abandonne, chers happy few) qui clôt The rest falls away, Victoria apprend que Nedas, le fils de Lilith, a décidé, grâce à un artefact magique, d'ouvrir les portes de l'enfer et de prendre le contrôle de la terre. Outre le fait que ce n'est déjà pas bien original en soi (à croire que la mégalomanie est livrée en option sur tous les monstres que l'imagination humaine a créés), cette histoire est exactement le décalque de l'histoire du précédent volume : Colleen Gleason a remplacé Lilith par Nedas, un livre magique par une espèce d'obélisque (mais de petite taille, hein) et Londres par Rome. Et pourtant, chers happy few, je dois bien avouer que malgré des rebondissements pas toujours nécessaires (notamment tout le passage à Venise), je me suis encore prise au jeu de cette lecture, certainement une fois de plus à cause des personnages masculins, Sebastian et Max, qui méritaient parfaitement leur présence dans le colis du Swap Sexy Men 2. Ils sont beaux comme des stéréotypes (oui, je suis une lectrice facile), chacun d'eux totalement "typé" et donc totalement prévisible (Sebastian est le "bad boy" à l'accent so sexy, pensez-donc il est français le bougre, dont Victoria ne sait jamais si elle doit le gifler ou l'embrasser, c'est ce que j'appelle le syndrome Rhett Butler et Max est l'homme sombre, celui qui demeure une énigme pour Victoria (mais c'est parce qu'elle est un peu cruche quand il s'agit de décrypter les comportements masculins, elle n'a pas lu Les hommes viennent de Mars manifestement), celui qui prend les décisions difficiles et les assume jusqu'au bout, parce que c'est un homme, un vrai, la preuve il est tatoué et piercé) et ils ont fait battre mon petit coeur de lectrice qui comme chacun le sait est parfois tout mou. Malgré les titres gnangnan et les couvertures épouvantables (et qui ne sont finalement pas vraiment le reflet de ce que ces bouquins contiennent), je vais acheter les volumes suivants, tiens. Ne dites rien, chers happy few, je sais que je suis prévisible, moi aussi. Mais que ne ferait-on pas pour faire plaisir à son petit coeur tout mou, je vous le demande.
Colleen Gleason, The Gardella Vampire Chronicles, tome 1 : The rest falls away, 2007, 445 pages ; tome 2 : Rises the night, 2007 aussi, 442 pages, a&b
Un grand merci à Caro[line], qui sur les conseils de Karine (dont le billet sur le tome 1 est ici et la couverture de son édition est plus réussie, car plus représentative), a glissé ces specimen masculins dans mon colis du Swap Sexy Men 2!
Challenge Lire en V.O
14 et 15
(Oui, on peut dire que c'est un challenge qui me tient à coeur, chers happy few. Qui l'eût cru ?)
16:36 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : colleen gleason, the gardella vampire chronicles, encore des vampires je sais, j'avais pourtant dit vouloir me sevrer, mais je suis faible hélas
16.03.2010
Viens là que je te mange

Mary vit dans un village entouré par une clôture, que les Gardiens ont pour mission de maintenir en parfait état afin d'empêcher les Damnés d'entrer et d'infecter tous les habitants. Elle a perdu ses parents, infectés tous les deux, son frère la rejette et aucun garçon de sa maigre classe d'âge ne l'a demandée en mariage ; il ne lui reste comme seul refuge que la Congrégation des Soeurs. Mais la curiosité de Mary lui fait poser bien trop de questions : pourquoi la Cathédrale est-elle construite sur des souterrains qui mènent dans la Forêt ? Quel secret dissimulent les Soeurs ? Et surtout, qui est l'Etrangère, celle qui est arrivée par un chemin qui semble pourtant ne mener nulle part ?
Oui, je sais que vous vous dites que j'ai de bien étranges lectures en ce moment chers happy few et qu'après les vampires, vous infliger des zombies, c'est un peu discutable, limite morbide, et est-ce que j'aurais besoin de consulter par hasard ? Pour vous dire la vérité toute nue (car elle aime à être dévoilée la bougresse), les morts-vivants à la peau qui pend et aux os qui saillent (au propre, oui, oui, oui, pas au figuré, j'en vois qui font "eeewww" au fond de la classe, ce sont ceux qui n'ont manifestement jamais vu Thriller), ce n'est pas vraiment ce que je préfère dans le cinéma fantastique et j'ai comme l'impression que la littérature ne s'est jamais vraiment intéressée à eux (en même temps, un zombie qui perd ses doigts, c'est nettement moins glamour qu'un vampire qui scintille au soleil, je dis ça, je dis rien). Bref. Le cadre ainsi planté par Carrie Ryan est intéressant même si les zombies en sont finalement la seule originalité parce que le coup du groupe d'êtres humains qui croit être seul au monde dans un monde post-apocalyptique et qui a tout oublié de la catastrophe qui l'a mené là et de la vie d'avant, on nous l'a déjà fait cent fois. Mais les zombies créent un climat assez angoissant par leur omniprésence : ils sont tout le temps accrochés à la clôture et ils gémissent de manière ininterrompue en tentant de mordre quiconque s'approche trop près, ce qui en fait paradoxalement des êtres à la fois terrifiants et qui se fondent dans le décor. La plus grande réussite de ce roman tient dans la personnalité de son héroïne : Mary est une jeune fille totalement obsédée par les histoires que lui a racontées sa mère, des histoires "d'avant" la grande infection, histoires qui lui font croire qu'il y a autre chose au-delà de la Forêt. Toute entière tendue vers l'accomplissement de ce désir, Mary en oublie le monde qui l'entoure et l'amour que lui portent Travis et Harry, les deux frères qui sont les autres personnages principaux de l'histoire. Le fin portrait des personnages (même si Harry est un peu trop à la marge de l'histoire à mon goût) et leurs relations sont suffisamment réussis pour rendre encore plus regrettable que l'histoire soit finalement banale et ne donne pas toutes les réponses, l'auteur donnant souvent l'impression d'avoir semé de tous petits bouts de piste pour contenter le lecteur dans l'attente de la suite (il s'agira d'une trilogie), mais sans lui en donner assez pour créer un intérêt délirant. Je ne suis donc qu'à moitié convaincue, chers happy few, et je me demande si ce roman va trouver un lectorat auprès de ceux à qui il s'adresse.
Carrie Ryan, La Forêt des Damnés (The Forest of Hands and Teeth), Gallimard jeunesse, traduit de l'anglais par Alice Marchand, 2010 pour la traduction française, 2009 pour la publication en VO.
Ce billet est dédié à Erzébeth, elle sait pourquoi.
18:38 Écrit par fashion dans Fantastique, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : carrie ryan, la forêt des damnés, zombies, post-apocalypse