21.12.2009
Go to Hell!
Samuel a 11 ans, il vit dans la petite ville de Biddlecombe, en Angleterre, avec sa mère, récemment séparée de son père. C'est un enfant que tout le monde trouve un peu bizarre, parce qu'il s'intéresse à des choses qui ne sont pas de son âge comme la philosophie de St Augustin ou la physique quantique. Il se rend compte un beau soir que ses voisins, les Abernathy, se livrent à une activité pas très nette qui malheureusement pour eux ouvre rien moins que les portes de l'Enfer. Voilà Samuel bien obligé de sauver le monde.
J'ai tellement aimé Le livre des choses perdues de John Connolly que j'ai acheté sans hésiter et sans même lire la quatrième son dernier opus, dont l'accroche qui figure sur la couverture est déjà tout un programme : The gates of Hell are about to open... Mind the gap. Et j'ai bien fait d'agir ainsi comme une lectrice totally wild chers happy few, parce que ce roman manifestement pour adulescents (encore que je l'ai trouvé au rayon adulte chez Waterstone's) est un petit bijou d'humour. Sur une trame ultra-classique d'Apocalypse, Connolly a bâti une histoire drôlatique qui met en scène des personnages totalement improbables et très attachants : Samuel est aidé dans sa lourde tâche de sauveur de l'humanité par son chien, Boswell, Tom et Maria, ses deux amis, respectivement champion de cricket et championne de maths et surtout par Nurd, le Démon bien peu démoniaque, exilé par le Grand Méchant (qui s'appelle ici the Great Malevolence) dans un endroit terriblement ennuyeux de l'Enfer et qui se retrouve bien malgré lui sur terre, où il découvre que l'on peut conduire des Porsche, manger des chewing-gums et surtout avoir des amis, ce qui est franchement bien plus sympa que rester pour l'éternité assis sur son trône à ne rien faire. The gates est un roman inventif et trépidant dans lequel on apprend grâce aux notes de bas de page quelques bricoles sur les accélérateurs de particules, l'emploi de l'article défini 'le' dans les noms de rois ou le plafond de la chapelle Sixtine, où l'on découvre que l'Enfer est rempli de démons de tous ordres comme Schwell, le démon des chaussures inconfortables ou Eric, bien connu des élèves puisqu'il est le démon de la ponctuation fautive, où l'on croise un évêque diabolique, des morts-vivants et des policiers flegmatiques et où l'humanité, confrontée au pire, réagit avec une étonnante capacité d'adaptation, se servant d'armes improvisées qui vont de la batte de cricket à... la pinte de bière (en même temps, on est en Angleterre, donc rien de bien étonnant). Une réussite, chers happy few : il ne reste plus qu'à espérer que la traduction française est prévue pour bientôt.
John Connolly, The gates, Hodder & Stoughton, 264 pages, 2009
Challenge Lire en V.O
(Plus qu'un et j'aurai fini le Mini-Challenge.) (Oui, je sais, c'est incompréhensible cette façon que j'ai de tenir mes challenges 2010 alors que l'année n'a même pas débuté. Encore une enquête pour Mulder et Scully. Je dis ça, je dis rien, comme d'habitude.)
08.12.2009
I don't get mad, I get even
Une semaine après la fin si pénible de Iron kissed, Mercy Thompson retrouve sur le tapis de son salon où il s'est matérialisé sans crier gare Stefan, son pote vampire, qui est extrêmement mal en point le pauvre. Il a été torturé par Marsilia, qui vient de découvrir le rôle qu'il a joué dans la mort d'Andre (cf Les liens du sang), et qui, pour punir Mercy, a décidé de s'attaquer à ceux qu'elle aime, la meute des loups-garous en tête. Mercy doit trouver un moyen de résoudre rapidement son différend (sic) avec la reine des vampires et pour ajouter aux ennuis, une de ses anciennes amies de fac, Amber, lui demande de la débarrasser d'un fantôme qui terrorrise son fils de 10 ans. La pauvre Mercy, pas bien remise (c'est un euphémisme) de sa confrontation avec le meurtrier fou furieux du précédent volume a du pain sur la planche... (vous remarquerez, chers happy few admiratifs, que j'ai réussi à résumer ce roman sans spoiler le précédent, parfois je m'épate moi-même, en toute modestie, évidemment)
Oui, je sais, chers happy few, j'enchaîne les titres de cette série à une vitesse proprement stupéfiante (6 semaines entre la lecture du 3 et du 4, pour quelqu'un qui n'a toujours pas fini la saga du Chardon et le Tartan malgré une addiction profonde à Jamie et à son kilt, c'est limite inquiétant), mais ce n'est pas ma faute, Monsieur le Juge, ce Bone crossed m'est littéralement tombé dans le panier chez Forbidden Planet en criant d'une voix plaintive accompagnée de yeux de Bambi : "Achète-moi, lis-moi, please" et comme je suis une faible femme je l'ai recueilli sans hésiter, offrant à ce volume esseulé le havre de ma valise (tant d'altruisme mérite limite une récompense, je dis ça je dis rien) (ah, c'est vrai que du coup je me suis acheté un badge Doctor Who, my bad). Ahem.
Quatrième volet des aventures de Mercy Thompson, la mécanicienne changeuse des Tri-Cities, Bone crossed (pas encore traduit en français mais à mon avis ça ne saurait tarder) fait preuve des mêmes qualités que les opus précédents : une intrigue rondement menée et un poil retorse (j'avoue m'être fait un peu piéger par un ou deux éléments, ce qui, vous le savez, chers happy few, n'est pas vraiment dans ma manière, puisque comme Karine, je suis malheureusement affublée du gène de "je comprends tout avant la fin"), des personnages qui n'en finissent plus de révéler une complexité ma foi tout à fait intéressante (ici c'est Stefan qui prend de l'ampleur, et je sens que je vais finir par apprécier totalement ce vampire qui est bien plus que ce qu'il paraît au premier abord) et dont les relations s'intensifient, que ce soit entre Marsilia et Stefan qui ont une relation d'une perversité totale et bizarrement parfaitement crédible ou entre Mercy et Adam, ce dernier faisant montre d'un sens de la psychologie et d'un tact ma foi tout à fait séduisants (comme s'il était besoin d'en rajouter à la sexytude de cet homme totalement décoiffant, tsss, c'est trop pour mon petit coeur tout mou). Mercy, toujours volontaire et terre à terre, est ici d'une touchante fragilité, engluée dans les conséquences de sa dernière aventure et d'une force surprenante qui n'a d'égale que sa ténacité à résoudre les problèmes qui semblent la suivre où qu'elle aille. Une série qui tient décidément parfaitement ses promesses de tome en tome, avec toujours cette pincée d'humour à froid que j'aime tant. Si vous n'avez pas encore fait la connaissance de Mercy, il est grand temps de vous y mettre, chers happy few.
Patricia Briggs, Bone crossed, Orbit, 292 pages, 2009. L'édition britannique est quand même de bien meilleur goût que l'édition américaine, que Milady, qui publie les traductions françaises, a hélas choisi de copier.
Le cinquième volume, Silver borne, sortira le 1er avril 2010 en anglais. A noter aussi que depuis cet été on trouve un graphic novel, Homecoming, qui raconte l'arrivée de Mercy dans les Tri-Cities (et dont l'histoire se situe donc avant le tome 1, L'appel de la lune). Je sens que je suis cuite. La vie des LCA n'est décidément pas de tout repos.
Challenge Lire en V.O
(J'ai lu 3 romans sur 6 pour ce challenge, et étrangement que de la fantasy et de la SF. En même temps, il n'était pas spécifié qu'il fallait lire uniquement Will et Charlie, non ?)
22:04 Publié dans Challenge Lire en VO, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : patricia briggs, bone crossed, loups-garous vampires et faes, un cocktail détonnant, je veux un adam dans ma vie, e t si on faisait un swap loup-garou ?, nan je blague on va d'abord faire un swap vampire, non ?
25.10.2009
Kiss me deadly
Mercy Thompson est toujours mécanicienne dans son garage des Tri-Cities. Elle est appelée un soir tard par Zee, son ancien patron, un fae à qui elle doit un service (c'est avec son arme qu'elle a trucidé les deux vampires qui avaient mis la ville à feu et à sang dans Les liens du sang) : il veut qu'elle jette un oeil pour lui sur les scènes de plusieurs crimes qui ont eu lieu dans la réserve fae. Mercy s'exécute et met alors le doigt dans un engrenage dont elle ne sortira pas indemne...
Troisième volume de la série consacrée à Mercy Thompson, la changeuse d'origine indienne (elle a le pouvoir de se transformer en coyote quand bon lui semble), Iron kissed (traduit sous le titre Le baiser du fer) est excellent à tous points de vue, chers happy few. L'intrigue est solidement ficelée (même si j'avais rapidement compris de quoi il retournait, mais la découverte du meurtrier est passionnante) et le monde des faes tel que le décrit Patricia Briggs, d'une inquiétante étrangeté et d'une sournoise cruauté, régi par des règles qui lui sont propres, est très intéressant, de même que la façon dont elle réinvestit certains contes ou dont elle se réapproprie certains personnages légendaires. Cette cruauté déteint d'ailleurs sur la pauvre Mercy qui fera les frais de la folie du tueur dans un final ma foi fort sombre. A côté de ce solide matériau on retrouve avec plaisir la meute d'Adam, l'Alpha séduisant (décidément je suis une Jake girl all the way, cette série me le confirme) dont certains membres prennent plus d'ampleur et le triangle amoureux formé par Adam, Mercy et Samuel se résout de lui-même, pour ma plus grande satisfaction je dois bien le dire (et, non, je ne spoilerai pas, ce n'est absolument pas mon genre, non mais). Menée par une héroïne entêtée et maligne, indépendante, originale et drôle, cette série se révèle, au fur et à mesure des parutions, incontournable pour les amateurs de fantastique urbain.
Patricia Briggs, Iron kissed, Ace fantasy, 287 pages, 2008, traduit en français sous le titre Le baiser du fer, Bragelonne, Milady, 2009
Les billets de Yueyin (merci pour le prêt!), Hydromielle et Chimère.
Le quatrième volume, Bone crossed est sorti aux Etats-Unis cette année. Patricia Briggs, rencontrée à Epinal il y a quelques mois, m'a dit que cette série comporterait au moins 7 volumes, plus si le succès est au rendez-vous. Elle a commencé à écrire une série parallèle à celle-ci, qui se déroule dans le même univers : Alpha and Omega et qui comporte deux volumes pour l'instant, Cry Wolf et Hunting Ground, et qui ont pour personnage principal Charles, le frère de Samuel. J'ai bien envie de lire le premier même si les critiques glanées ici et là sont moins bonnes que pour Mercy Thompson (oui, je suis comme ça, j'aime me faire ma propre idée, call me wild girl).

Ce roman ouvre le Challenge Lire en V.O initié par Bladelor. (Oui, je sais, je suis déjà inscrite à deux challenges pour 2010, je suis irrécupérable.)

Et comme parfois je suis efficace, ça en fait un de plus dans mon Objectif PAL, catégorie : "Parfois je lis rapidement ce qu'on me prête, faut pas croire les racontars."
3/20
21:07 Publié dans Challenge Lire en VO, Challenge Objectif PAL, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : patricia briggs, iron kissed, le baiser du fer, moi aussi je veux un loup-garou, et un tatouage, par contre pour la graisse de moteur je passe, l'encre me suffit
17.10.2009
(N)ever more
Ever (l'héroïne au prénom le plus improbable de toute la littérature mais qui doit permettre à Alyson Noël de placer quelques jeux de mots, du moins je le suppose vu que j'ai lu la traduction française) est une jeune fille comme les autres qui mène une vie parfaite avec ses parents, sa chipie de soeur, ses nombreux petits copains et ses copines pom-pom girls. Mais un jour c'est l'accident : pour éviter une biche (car il a un grand et bon coeur), son père les précipite tous dans le ravin (oui, je sais, c'est un peu crétin comme accident mais faut ce qu'il faut pour que l'héroïne devienne une héroïne). Ever est la seule à survivre (Alyson Noël nous tue même le chien, Caramel, ce que personnellement j'ai un peu de mal à lui pardonner, mais elle sauve la biche, manifestement on ne peut pas tout avoir) et après un mois d'hôpital, elle déménage en Californie chez sa tante Sabine, qui a une très grande maison avec jacuzzi (très important le jacuzzi, c'est un enjeu de taille, il y a même une scène qui manque lui être consacrée mais Alyson se rattrape in extremis, on n'est pas dans un Harlequin non plus, non mais). Le hic, c'est que la pauvre Ever a hérité de son accident de terribles pouvoirs psychiques : elle lit dans les pensées des gens et elle perçoit leur aura. Comme elle ne sait pas gérer son nouveau pouvoir, elle ne va pas très bien la pauvre, et elle dissimule son chagrin et son angoisse sous des sweat-shirts trop grands. Et puis un beau matin, arrive Damen, un garçon si beau que tout le lycée arrête de respirer (je peux vous assurer d'expérience qu'il n'y a jamais de garçon de ce type dans les lycées français, je devrais migrer aux Etats-Unis, tiens) et qui, évidemment, va tout changer dans la vie d'Ever grâce au pouvoir supersonique de ses yeux sombres frangés de longs cils...
Ce roman, véritable best-seller aux Etats-Unis, contient à mon avis une date de péremption, chers happy few : si vous avez plus de 14 ans, vous pouvez vous abstenir de le lire, à moins que vous ne vouliez comme moi, passer votre temps à pouffer devant l'énormité des dialogues et des situations. Pour ne rien vous cacher, j'ai failli abandonner cette lecture aux environs de la page 150, tant j'avais l'impression de lire quelque chose qui n'était pas Twilight tout en étant Twilight. La situation initiale est en effet décalquée de Fascination : une jeune fille déracinée, mal dans sa peau, voit arriver dans son lycée un garçon trop beau pour être vrai et qui par un heureux et improbable hasard scénaristique, semble ne s'intéresser qu'à elle. Mais là où Stephenie Meyer, malgré tous les défauts de son roman, parvenait à brosser un portrait plutôt juste de l'adolescente lambda confrontée au surgissement du désir amoureux, Alyson Noël de son côté, tombe dans le grand n'importe quoi.
Du côté de l'intrigue, point de vampires (Damen qualifie à un moment leur existence de "science-fiction" ce à quoi la pinailleuse que je suis à rectifié in petto : "fantastique, jeune homme, pas science-fiction") mais, tenez-vous bien, des Immortels. Ils ne sont que deux (enfin, pour l'instant, parce qu'une suite est prévue), on ne sait absolument pas comment ils sont devenus immortels mais ils ont des supers pouvoirs vachement plus glamour que de pouvoir grimper aux arbres. Damen, par exemple, outre le fait qu'il sait tout faire (il cuisine comme Bocuse, peint comme Picasso, écrit comme Shakespeare, conduit comme Fangio, normal cela fait 600 ans qu'il traîne sa beauté sombre sur la terre) (il a même été mannequin à New-York, c'est dire l'étendue de ses talents), lit dans les pensées (c'est la moindre des choses et ça permet de gagner aux courses) et a la capacité de transformer le réel "grâce à la physique quantique" (je vous jure que je cite le texte, happy few de peu de foi) et ce qu'il préfère c'est, tenez-vous bien, faire apparaître des tulipes rouges, symboles d'amour éternel (oups, je vous ai spoilé la fin, chers happy few, my bad) sous les pas d'Ever. Il y a évidemment une grande méchante et la pauvre Ever, dont l'évolution psychologique aurait pu être intéressante si elle avait été mieux écrite (après tout, c'est une histoire de deuil et de culpabilité) se retrouve contrainte de l'affronter mais je vous rassure tout de suite, tout finira bien pour notre blondinette qui dans le processus, perd son affreuse cicatrice cachée sous sa frange et abandonne ses jeans informes pour des mini-jupes (c'est beau la rédemption). Elle apprend au passsage que Damen et elle, c'est une histoire qui dure depuis des siècles grâce à l'idée la plus fendarde du bouquin : Alyson Noël a en effet inventé la réincarnation infinie. Ever ne cesse de vivre des histoires incomplètes avec Damen et elle meurt à chaque fois avant qu'ils n'aient pu consommer leur amour, ce qui donne lieu au dialogue le plus drôle de ce roman qui plaira assurément beaucoup aux adolescentes. Pour ma part, n'ayant plus 14 ans depuis quelques années, j'arrête là ma découverte de ce "phénomène" : le tome 2 ne passera pas par moi.
Alyson Noël, Eternels, tome 1 : evermore, Michel Lafon, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Boischot et Sylvie Cohen, 342 pages pleines de tulipes rouges et de surf, octobre 2009
Il a comblé les coeurs de midinette de Celsmoon et de Karine, Cuné pour sa part a relevé quelques morceaux choisis qui permettent de mesurer toute la profondeur (qui a dit abyssale ?) de ce roman.
30.07.2009
Saint Satan, priez pour nous
Un crime atroce a été commis dans la ville historique de Londres. Roberta Morgenstern, sorcière au service de la Brigade des Affaires Criminelles, se rend sur place, assisté du jeune Clément Martineau, inexpérimenté mais enthousiaste. Les deux enquêteurs se rendent vite compte que quelque chose ne tourne pas rond du côté du comte Palladio, concepteur génial des villes historiques, reconstitutions de carton-pâte de villes chargées d'Histoire, et se retrouvent entraînés dans un tourbillon d'aventures, qui les mènera du Londres de Jack l'Eventreur au Paris de la Voisin : et si le Diable était derrière tout ça ?
Le Quadrille des assassins, premier volet de la trilogie Morgenstern qui a été republiée dans la collection Points fantasy (ce qui explique peut-être que cette édition, chez Albin Michel jeunesse soit devenue très difficile à trouver), est un roman très original, qui mêle avec beaucoup d'habileté science-fiction et fantastique. On y croise des éléments résolument futuristes comme les traceurs qui ont permis d'éradiquer presque totalement le crime, mais aussi fantastiques comme les sorcières et les sortilèges (et même un peu de steampunk détourné dans l'utilisation de l'Albatros, ce bateau à hélices qui vole dans les airs quand il est utilisé au-dessus des villes historiques). C'est bourré de bonnes idées, la création de ces villes en tête, l'intrigue est maline (c'est le cas de le dire puisque le Diable en est la clé de voûte) et les personnages fort attachants, surtout Roberta, la sorcière qui n'a peur de rien sauf peut-être de ses sentiments et Clément, qui se révèle bien vite être autre chose qu'un nigaud pistonné. Ce couple d'enquêteurs fonctionne d'ailleurs parfaitement, et le ton général est enlevé et souvent piquant. Suspense, magie noire, science-fiction et humour : que demande le peuple ? La suite, évidemment.
Hervé Jubert, Le Quadrille des assassins, Albin Michel, Wiz, 408 pages qui se lisent d'une traite, 2002.
(PAL de vacances : - 4)
Merci Alwenn pour le prêt!
06:30 Publié dans Fantastique, Jeunesse, Littérature française, SF | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : herve jubert, le quadrille des assassins, magie noire et sorts vikings, dieu est mort mais pas le diable, londres au 19° c'est un peu glauque quand même, un bateau volant c'est la classe
26.07.2009
Aouuuuuuuuuuuuuh!
(dit le loup-garou qui hurle à la lune) (oui, je sais, c'est certainement le pire titre de billet depuis l'ouverture de ce modeste salon, mais les vertus conjuguées du soleil et du saucisson de canard sont seules à mettre en cause, chers happy few, évidemment)
Mercy Thompson, garagiste de profession et changeuse de naissance, est appelée une nuit par Stefan, le vampire au minivan Scoubidou. Il lui demande de l'accompagner, sous sa forme de coyote, régler un problème dans un motel : un vampire possédé par un démon a fait de sérieux dégâts. Hélas pour nos deux compères, Littleton, le vampire en question, est bien trop puissant pour être arrêté, et, non content de maîtriser rapidement Mercy et Stefan, il sème le chaos dans les Tri-Cities, et s'attaque aux loups de la meute d'Adam. C'en est trop pour Mercy, qu'on ne provoque pas impunément, non mais.
J'avais bien aimé le premier volume des aventures de Mercy Thompson (L'appel de la lune, chroniqué pour La Page Littérature), et j'ai trouvé ce deuxième volume bien meilleur! On y retrouve ce qui faisait l'intérêt des débuts de la série (des personnages sympathiques et bien campés, Mercy en tête, de l'humour et des loups-garous sexy) mais cette fois-ci l'intrigue est beaucoup plus cohérente et bien menée. Mercy, par son statut à part au sein de la Meute (ce n'est pas un loup, même si elle les côtoie depuis son enfance), est un personnage décidément intéressant : elle a peu de pouvoirs et ne doit sa réussite là où tous les autres échouent qu'à sa ténacité, son intelligence et son courage, qui sont des qualités bien humaines. Le monde mis en place dans le premier volume prend de l'ampleur : les loups-garous ont fait leur coming out (c'était la fin du premier volume) et gèrent leur nouveau statut tout en dissimulant évidemment d'importants éléments de leur mode de vie aux humains (c'est qu'ils sont comment dire, un peu violents quand même ces hommes à fourrure). Le fonctionnement de la Meute est bien rendu, tout en jeux de regards et territoires à délimiter, Mercy s'y prêtant de plus ou moins bonne grâce (être une femme féministe et vivre dans une Meute n'est pas de tout repos) et on en apprend beaucoup plus sur l'essaim de vampires de la Reine Marsilia, qui se retrouve cette fois-ci au centre de l'intrigue. Et je ne peux pas passer sous silence la présence encombrante et ô combien fascinante de mes loups-garous favoris, Adam l'Alpha et Samuel le rogue, qui rajoutent beaucoup de tension et de piment à cette histoire (que voulez-vous, on ne se refait pas). Un excellent moment de lecture!
Patricia Briggs, Les liens du sang (Blood bound), Bragelonne, Milady, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Lorène Lenoir, 415 pages et une couverture moins pire que la précédente (mais on revient de loin, y a pas à dire).
Merci Delphine pour le prêt dédicacé!
Les avis d'Hydromielle (qui a choisi entre Adam et Samuel, personnellement, je me tâte encore, c'est pire que Ranger et Morelli, cette histoire), Virginie (qui l'a lu en anglais, la couv' n'est pas géniale non plus) et Chimère (qui attend le troisième avec impatience, moi aussi puisqu'apparemment il se déroule chez les faes).
Le tome 3, Le baiser du fer (je suppose que Zee, notre fae forgeron y aura une grande part) est annoncé pour septembre en traduction française. La rentrée sera bonne, chers happy few. Et ça me fera au moins une nouveauté à lire dans le cadre du Challenge du 1% littéraire 2009 de Levraoueg.
(PAL de vacances : -1)
09:32 Publié dans Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : patricia briggs, les liens du sang, vampires et loups-garous font décidément bon ménage, tiens bragelonne a sorti un magazine 100% bit-lit, et c'est edward qui en fait la couv', how strange is that ?
30.05.2009
Nothing but trouble
Lizzie Brown est institutrice en maternelle à Atlanta. Elle mène une vie réglée au millimètre avec son chien, Pirate, elle s'est éloignée de ses parents adoptifs et elle a peu d'amis. Le jour de ses 30 ans, elle voit débarquer sa grand-mère biologique, qu'elle ne connaissait pas : Gertie conduit une Harley, est habillée comme une bikeuse, et lui révèle qu'elle est en réalité une tueuse de démons. Persuadée que sa grand-mère est totalement folle, Lizzie se rend compte que son chien s'est mis à parler et voit alors surgir de la salle de bains, un... démon. Ce ne sera pas le dernier.
Ah, chers happy few, voici un petit roman follement divertissant, mélange détonant entre les aventures rocambolesques de Stephanie Plum et celles plus musclées de Buffy. Avec beaucoup d'humour, Angie Fox met en scène une jeune femme psycho-rigide (elle tape sa liste de courses à l'ordinateur et ne fait rien qui ne soit prévu des mois à l'avance) dont la vie bien réglée vole en éclats du jour au lendemain. L'humour naît autant du décalage entre les pouvoirs que Lizzie est censée posséder et les situations auxquelles elle est confrontée (elle ne sait pas par quel bout on prend un démon, encore moins une arme) que de la galerie de personnages secondaires assez barjots. Gertie appartient en effet à un couvent de sorcières, les Red Skulls, qui ressemblent plus à des Hell's angels sous acide avec des goûts vestimentaires pour le moins discutables qu'à des magiciennes compétentes, sans compter qu'elles pratiquent une magie pour le moins... originale et odorante. L'honnêteté me pousse à ajouter qu'Angie Fox a créé un personnage assez fascinant, le grec Dimitri, auréolé d'une intense sexytude, toujours de noir vêtu (comme un certain Ranger me dit-on dans l'oreillette), so mysterious et so dangerous comme on aime, et qui n'est pas pour rien dans le plaisir que l'on prend à cette lecture (ben oui, j'avais dit que je serai honnête). Au niveau de l'intrigue, rien de bien révolutionnaire (Lizzie affrontera des loups-garous déchaînés et un démon de cinquième niveau, visitera les premiers et deuxièmes cercles de l'enfer et devra surtout affronter ses propres démons) mais c'est drôle, enlevé, un peu pimenté (c'est une lecture à galipettes pour ceux qui, par le plus grand des hasards en chercheraient, je dis ça, je dis rien), bref, c'est fun et franchement, ça fait du bien, chers happy few!
Angie Fox, The accidental demon slayer, Dorchester publishing, 292 pages. Pas de traduction française pour l'instant mais un deuxième volume paru en anglais.
Le billet de Chimère, par qui le so hot Dimitri est arrivé dans ma boîte aux lettres : tout le plaisir fut pour moi, merci!
00:03 Publié dans Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : angie fox, the accidental demon slayer, magic is messy and smelly, les hommes en noir c'est sexy
06.05.2009
Ab imo pectore, potius mori quam foedari
Lemashtu Dracul a 15 ans. Il vit depuis sept ans à Londres, au lycée Saint-Charles, avec son tuteur, le père Féhik Alamédu, nosférat de son état, qui lui a fait quitter la zone de confinement roumaine clandestinement quand il n'était encore qu'un enfant, et Aratar, nékurat très à cheval sur la morale. C'est que Lem n'est pas un adolescent comme les autres : il est un voïvode strigoï, un seigneur des Stryges, doué de capacités particulièrement exceptionnelles dont il n'a pas même idée et qui le rendent infiniment précieux pour son peuple... et infiniment haïssable pour d'autres. Les aventures commencent.
Lemashtu, sous-titré Chroniques des Stryges, est un roman véritablement page turner qui ne se lâche plus une fois ouvert, chers happy few. Li-Cam a repris à son compte et de manière toute personnelle la mythologie vampirique : ici pas de vampires (un mythe, comme se plaisent à le répéter Féhik et les autres) mais des Stryges, qui sont aussi humains que vous et moi chers happy few, mais en un peu plus... mutants. Les Stryges sont un peuple à part entière, qui se différencient des humains par leurs capacités physiques et psychologiques exceptionnelles et un régime alimentaire un peu plus sanglant. Tributaires de leurs proies (ben oui, s'il n'y a plus d'humains, les Stryges meurent de faim, car même s'ils peuvent se nourrir comme tout le monde, c'est le sang humain qui seul leur permet de survivre), les Stryges ont vite compris qu'il fallait se tenir à carreaux et ils ont toujours vécu mêlés aux humains jusqu'à ce que l'un des leurs, Vlad Tepes, se mette à massacrer tout le monde, déclenchant ainsi une guerre qui ne demandait qu'à éclater, les humains ayant toujours craint ces cousins dangereux. Vaincus, les Stryges ont été enfermés dans des ghettos dans la zone de confinement des Carpates, soumis à des lois très sévères de régulation, ne pouvant en sortir qu'avec la permission du Vatican.
La transformation du mythe permet de manière très astucieuse le déplacement de la métaphore vampiresque : ici la sexualité, même si elle est très présente, passe au second plan, derrière une passionnante réflexion sur l'altérité, les Stryges devenant le symbole de toutes les populations opprimées. Le personnage de Lem, adolescent à qui on a caché beaucoup de choses et qui découvre sa véritable nature avec une joie teinté de terreur, est alors la représentation de l'humanité persécutée. Mais n'allez pas croire que tout ça soit plombant, chers happy few, bien au contraire : l'intrigue est vive et bien ficelée, la construction très intéressante (le récit est entrecoupé de fiches caractéristiques des Stryges et d'extraits d'archives du Vatican qui éclairent les personnalités et les parcours de Féhik et Aratar) et il y a des passages plutôt drôles (après tout les personnages principaux sont des adolescents qui pour être Stryges ou amis des Stryges, n'en ont pas moins des préoccupations d'adolescents). Je ne peux que vous recommander de vous laisser tenter par le sourire enjôleur du Stryge au regard de velours, chers happy few. Vous ne regretterez pas la morsure.
Li-Cam, Lemashtu, Chroniques des Stryges, Griffe d'encre, 408 pages, couverture de Jean-Emmanuel Aubert. Et comme toujours chez Griffe d'encre, la maquette est impeccable, les Cous Lisses drôlatiques et la mascotte... a les dents aiguisées!
Un grand merci à Delphine pour le cadeau dédicacé!
Les billets de Chiffonnette, Delphine, Lucile, toutes emballées! Un billet fort bien troussé sur Vampirisme.com (j'ai particulièrement aimé la conclusion, qui semble avoir été écrite pour Isil).
21:28 Publié dans Fantastique, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : li-cam, lemashtu, un prénom pas être facile à porter tous les jours, même si on est le dernier descendant de vlad, les vampires ont une âme donc maintenant c'est avéré, joss était dans le vrai donc, of course
11.03.2009
Wanna play a Game ?
Dans un village anglais à une époque indéterminée mais qui ne semble pas récente, Jack, McCabb et Morris, Jill, Owen, Rastov, le Comte, le Bon Docteur et leurs animaux domestiques (chien, chat, serpent, rat, chauve-souris...) se préparent fébrilement pour le Jeu du 31 octobre à coups d'emplettes macabres, de profanations de sépultures et d'incantations magiques. Mais la mort d'un puis de deux joueurs, fait entrer la police dans la ronde, sans compter l'arrivée de Larry, le... loup-garou.
Ne vous faites pas de mal, chers happy few sensibles et ne lisez pas ce billet, qui va en faire pleurer plus d'un : en effet, ce Songe d'une nuit d'octobre de Roger Zelazny (connu pour son cycle d'Ambre) est excellent mais épuisé et totalement introuvable ; je vais donc dans mon grand sadisme faire l'éloge d'un roman que vous ne pourrez pas lire, c'est affreux (Cruella is my middle name, au moins). Et comme je sais que vous vous demandez, happy few curieux (ne niez pas, vos vices sont les miens) comment j'ai eu l'idée de lire ce roman et comment je me le suis procuré, je répondrai en deux mots (ou quatre, soyons fous) : Challenge blog-o-trésors et Yueyin. J'ai pioché ce titre dans la liste du premier et la deuxième l'a très gentiment exhumé de son immense bibliothèque pour moi (bon, elle m'a demandé de retirer tout ce que j'avais bien pu dire sur un certain MMF, mais j'ai résisté car je suis comme ça, on ne m'achète pas, sauf avec du chocolat).
Bref. Le songe d'une nuit d'octobre est une oeuvre hybride, à mi-chemin entre le fantastique (pour les loups-garous, les vampires, les sorcières et les cimetières la nuit) et la fantasy (pour la magie noire, les portails entre les mondes et l'affrontement des puissances des ténèbres). Ce mélange est déjà intéressant en soi et la réutilisation de personnages célèbres (vous pouvez deviner certains noms en relisant attentivement la liste que j'ai donnée dans le résumé) rend le roman passionnant par la vision très personnelle qu'en donne Zelazny. De plus, la narration est prise en charge par Snuff, le chien de garde de Jack, doué de parole entre minuit et une heure et doté de pouvoirs surhumains, et l'histoire est donc racontée du point de vue des animaux de garde et de compagnie des êtres humains (ou pas d'ailleurs), ce qui est plutôt original, donne un ton particulier au récit et renforce le suspense, les informations étant distillées au fur et à mesure avec beaucoup de parcimonie (il ne faut d'ailleurs pas lire la quatrième de couverture qui donne notamment une information qui ne sera dévoilée qu'aux deux-tiers du roman). Les rebondissements s'enchaînent, les personnages sont bien campés (mention spéciale au Grand Détective et à Jack) et le lecteur s'amuse à déchiffrer les indices les concernant disséminés ça et là, on saluera le passage qui rend hommage à Lovecraft et le tout n'est pas exempt d'une certaine poésie mélancolique. J'ai adoré.
Roger Zelazny, Le songe d'une nuit d'octobre (A night in the lonesome october), J'ai lu SF fantasy, traduit de l'américain par Ange Desmarais, 253 pages, 1995
PS : merci encore Yueyin!
PSbis : il est apparemment épuisé aussi en anglais mais trouvable en occasion.
Lu dans le cadre du Challenge Blog-o-trésors (2/4)

14:52 Publié dans Challenge Blog'o trésors, Fantastique, Fantasy, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : zelazny, songe d'une nuit d'octobre, j'aime les chiens, je voudrais bien un cottage en angleterre, sans magie noire of course, c'est pas très reposant
19.01.2009
"L'aube revenait sans amener le jour"
Mississipi, 1857. Le capitaine Abner Marsh, vieux loup de mer d'une incomparable laideur et d'une incroyable ténacité reçoit une étrange proposition de Joshua York, bel homme pâle au regard insondable : ce dernier veut acheter la moitié des parts de la Compagnie des paquebots de Marsh alors que cette dernière est au bord de la faillite. Disposant de fonds qui semblent illimités, Joshua veut faire construire un vapeur de dimensions grandioses et sillonner le fleuve. En échange de cet argent, Joshua exige que le bateau soit sous ses ordres, que Marsh ne pose aucune question sur ses fréquentations et le laisse dormir le jour sans jamais le déranger. Marsh accepte le marché.
Riverdream, pioché dans la Méga-Liste de Grominou, chers happy few, est un roman de vampires atypique d'une grande noirceur qui m'a valu une nuit presque blanche (quand à mon âge, je me couche à 2 heures du matin pour me lever à 7 heures, je considère que la nuit est presque blanche, c'est la vieillerie, c'est terrible, plaignez-moi). George R. R Martin, bien connu des amateurs de fantasy pour son Trône de fer, signe ici un de ses premiers romans, excellent et qui renouvelle avec bonheur les codes des romans vampiriques.
Dans Riverdream (dont le titre français ne me satisfait pas, le titre anglais, Fevre Dream, étant le nom du bateau que Marsh fait construire pour Joshua, titre polysémique qui renvoie tout à la fois au nom de la rivière, à la fièvre jaune et à la fièvre des vampires), les vampires sont une race à part qui ne peut pas se mélanger aux humains (pas d'enfants hybrides, donc, ni de transformation possible en buvant le sang des vampires), une race qui ne crée rien, n'invente rien et se contente de mettre ses talents surhumains au service de la chasse,
une race condamnée à une lente extinction en raison de son incapacité à enfanter suffisamment souvent. Représentant parfait de cette race, Damon Julian, Maître du Sang, si vieux que son corps sublime n'abrite plus qu'une bête qui s'ennuie, avide de sang et d'atrocités, soumet humains et vampires à sa loi sadique et capricieuse. Face à lui, Joshua York, un vampire qui a grandi en France avant la Révolution, au milieu des hommes (car dans la mythologie recréée par George R. R Martin, les vampires ne craignent ni l'ail, ni les croix, ni l'argent, ni l'eau bénite, ni les miroirs, seulement la lumière du soleil), qui a perdu son père très tôt et qui se perçoit comme un monstre, tentant par tous les moyens d'enrayer la "soif rouge" qui le saisit une fois par mois, selon le rythme de la lune (car ici "loups-garous" est un autre nom pour désigner les vampires), a mis au point un breuvage qui permet aux vampires de ne plus s'abreuver de sang humain : il voudrait que tous les vampires en boivent afin de vivre en bonne intelligence avec les humains. Ces deux figures, l'une messianique, porteuse de paix et de progrès, et l'autre diabolique, ancré dans des traditions séculaires et violentes, s'affrontent sous les yeux du capitaine Marsh, personnage qui voit ses propres valeurs mises à mal par l'irruption de Joshua et qui prouvera par son courage que les humains ne sont pas que le "bétail" que voit en eux Julian.
Et avec Marsh, son appétit d'ogre, sa loyauté et sa profonde humanité, c'est le fleuve qui devient le personnage central du roman. La recomposition de la vie foisonnante sur le Mississipi juste avant la guerre de Sécession et l'arrivée du charbon donne à ce roman une dimension supplémentaire proprement passionnante : on découvre la vie quotidienne des équipages de vapeurs, qui transportaient frêt et passagers, les courses, la surenchère dans la puissance, les prémices de la guerre, l'esclavage, et toute une géographie du Sud, au travers des villes traversées, à l'atmosphère étouffante et putride comme La Nouvelle Orléans, ou sublimes comme Saint Louis. Le mélange entre la vie des mariniers, rude mais lumineuse et la vie des vampires, dominée par les ténèbres et le mal crée un roman incroyable, hanté par l'ombre de Byron et les réminiscences du Vaisseau fantôme, au suspense magistral et à la noirceur de l'encre.
George R. R Martin, Riverdream (Fevre Dream), J'ai lu, traduit de l'américain par Alain Robert, 507 pages, première publication aux Etats-Unis 1983, traduction française en 2005.
Le billet de Céline, conquise.
Lu dans le cadre du Challenge Blog-o-trésors, 1/4. Merci encore Tvless pour l'avoir mis dans la liste!
PS : le titre de ce billet est un vers tronqué de Byron, extrait de "Ténèbres", un poème cité plusieurs fois dans le roman.
Voici les premiers vers dans la version originale :
"I had a dream, which was not all a dream.
The bright sun was extinguish'd, and the stars
Did wander darkling in the eternal space,
Rayless, and pathless, and the icy earth
Swung blind and blackening in the moonless air;
Morn came and went--and came, and brought no day,
And men forgot their passions in the dread
Of this their desolation; and all hearts
Were chill'd into a selfish prayer for light..."
Et la traduction proposée dans le roman (je ne sais pas de qui elle est, ce n'est pas précisé) :
"J'eus un rêve qui n'en était pas entièrement un,
L'éclat du soleil s'était éteint, et les étoiles
Erraient, pâlissantes, dans l'espace éternel,
Dépouillées de leurs rayons et de toute trajectoire fixe.
La terre glacée flottait, aveugle et noire dans l'air sans lune ;
L'auve venait, s'en allait - et revenait sans amener le jour.
Les hommes oubliaient leurs passions dans la terreur
De cette désolation ; tous leurs coeurs
Se gelaient en une prière égoïste vers la lumière..."
PSbis : je me demande dans quelle mesure Stephenie Meyer n'a pas été influencée par ce roman (évidemment, je ne sais pas si elle l'a lu) : l'accouchement des vampires et l'affrontement de deux clans, les buveurs de sang et les autres, est similaire. Intertextualité quand tu nous tiens.
06:30 Publié dans Challenge Blog'o trésors, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : george r.r martin, quelle plume!, riverdream, vampires, c'est un bouquin pour toi caro[line]