22.03.2008
Dis, quand reviendras-tu ?
Juliette (Kristin Scott-Thomas) et Léa (Elsa Zylberstein) sont soeurs. Elles se retrouvent au bout de 15 ans pendant lesquels elles ne se sont pas vues, 15 ans que Juliette a passé à l'ombre des barreaux de la prison, parce qu'elle a commis "l'inconcevable"...
On connaissait Philippe Claudel écrivain, voici Philippe Claudel scénariste et cinéaste et autant vous dire tout de suite, chers happy few, que son talent est le même : fluidité de la narration, beauté des images, talent de dialoguiste... Il filme au plus près deux actrices magnifiques et bouleversantes de justesse. C'est un film extrêmement émouvant (j'avoue tout, j'ai pleuré à chaudes larmes les dix dernières minutes) qui s'interroge moins sur les raisons de l'acte de Juliette (que l'on finit par découvrir mais cela reste finalement anecdotique pour le spectateur tant ses raisons sont finalement surtout importantes pour Léa, qui ne veut pas poser de question mais qui a besoin de savoir) que sur la façon dont on peut continuer à vivre, dont on peut retrouver le monde, les autres, la famille, après avoir passé tant de temps enfermé dans le silence. Juliette est murée dans sa douleur, comme d'ailleurs d'autres personnages sont murés dans le silence (le grand-père, personnage extraordinaire qui a perdu la parole suite à un AVC et qui communique avec ses petites-filles grâces à des post-it) ou dans la solitude (le flic auprès de qui Juliette doit se présenter tous les 15 jours, solitaire jusqu'à la tragédie). C'est un très beau portrait de femmes et la relation entre les deux soeurs qui se retrouvent, toute en non-dits, en silence et en sourires est magnifique. J'ai beaucoup aimé la place que les livres tiennent dans ce film : on les voit, on les entasse, on les lit, on les décortique, on les considère comme des amis chers, on espère y trouver des solutions, on s'en fait un rempart contre le monde... Ils y ont une place que seul un écrivain (ou un(e) LCA) pouvait leur donner, une place qui sonne vrai et qui nous ressemble, chers happy few.
Un très beau film, chers happy few! Je n'ai qu'un mot à dire : merci Monsieur Claudel!
Il y a longtemps que je t'aime, un film de Philippe Claudel avec Kristin Scott-Thomas, Elsa Zylberstein, Serge Havanavicius... A l'affiche actuellement.
Les avis d'Emeraude (emballée), Tamara (très émue) et de Papillon (qui a trouvé la fin mélo, comme certains critiques (dont JL Douin dans Le Monde), moi pas du tout)
PS : le titre du billet, comme vous l'aurez reconnu, est le titre de la chanson de Barbara, reprise par Jean-Louis Aubert dans le générique de fin.
PS bis : ma reconnaissance éternelle pour celui qui me donnera le titre de l'histoire que Juliette lit à P'tit Lys et que la petite lit ensuite toute seule, où il est question d'un prince qui marche dans les ténèbres.
07:45 Publié dans Et ce soir, au cinéma de minuit... | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note
12.02.2008
Love is all
Gerry et Holly sont mariés depuis 9 ans. Malgré une vie pas toujours facile, ils s'aiment comme au premier jour. Mais Gerry meurt subitement d'une tumeur au cerveau. Holly s'enferme chez elle jusqu'à ce qu'elle reçoive, le jour de ses trente ans, un cadeau de Gerry : il lui a préparé toute une série de lettres pour l'aider à faire son deuil, lettres qui se terminent invariablement par "P.S : I love you"...
Ce film, chers happy few, est une adaptation du best-seller de Cecilia Ahern, auteur de romans de chick-lit à succès, et qui vient d'être réédité en poche suite à la sortie du film (et que pour ma part je n'ai pas lu, ne lisant quasiment jamais ce genre de romans, alors que je me suis précipitée pour voir le film, contradiction quand tu nous tiens...). C'est un très joli film, chers happy few, qui ne sombre pas dans la guimauve, même si franchement, le sujet s'y prêtait. C'est bien sûr un film sur le deuil et sur l'amour mais aussi sur l'amitié et les relations familiales et filiales. Il y a bien évidemment des clichés inhérents au genre (même si elle est fauchée, l'héroïne est habillée comme une gravure de mode grâce à e-bay, les hommes sont tous dotés d'un physique avantageux, d'un cerveau qui fonctionne et d'une attitude face aux femmes incroyable de compréhension), l'argument de base est me semble-t-il assez irréaliste (un homme sur le point de mourir qui monte une machination pareille pour redonner à sa femme le goût de vivre en anticipant parfaitement les moindres de ses réactions existe-t-il sauf dans nos fantasmes féminins ?) mais c'est un film qui met du baume à l'âme et le rire aux lèvres, certaines scènes étant carrément d'anthologie, comme celle sur le lac, qui rentre pour ma part dans mon panthéon des scènes cultes! Ajoutons à cela de beaux spécimen mâles et irlandais et nous ne sommes pas loin de la parfaite comédie romantique!
A voir et revoir les soirs de déprime, chers happy few, pour ne pas oublier que "love is all around"!
P.S I love you, un film de Richard LaGravenese, avec Hilary Swank, Gerard Butler, James Marsters (Spike en personne mais brun), Lisa Kudrow, Kathy Bates, Jeffrey Dean Morgan (aaaah!)..., à l'affiche actuellement.
PS : une dédicace spéciale pour Stéphanie, que l'on a dû éventer plusieurs fois pendant la séance :
Quel homme!
06:30 Publié dans Et ce soir, au cinéma de minuit... | Lien permanent | Commentaires (40) | Envoyer cette note
26.12.2007
Sugar, sugar
Grigou, Filou et Rapiat sont trois brigands qui vivent dans la forêt, terrorisant et dévalisant les voyageurs qui traversent leur territoire. Une nuit de pleine lune, ils attaquent une diligence qui ne transporte que Tiffany, petite fille qui vient de perdre ses parents et que le cocher doit conduire à l'orphelinat. Tiffany s'invente un père très riche pour que les trois brigands la gardent avec eux...
De tous les dessins animés proposés comme d'habitude pour les vacances de Noël chers happy few, c'est celui-ci qui a eu ma préférence, parce qu'il s'agit d'une adaptation des Trois brigands de Tomi Ungerer, que l'on ne présente plus... Cette adaptation, supervisée par le maître himself, qui est aussi la voix du narrateur (même en français), est un excellent dessin animé. L'intrigue a été bien évidemment rallongée par l'ajout d'une méchante sorcière qui exploite les orphelins en les forçant à cueillir des betteraves qu'elle transforme en sucreries et en montagnes de gâteaux à la crème. Les trois brigands, bien malgré eux, mettront bon ordre dans cette histoire, poussés par la petite Tiffany, héroïne vaillante et pleine de ressources malgré son très jeune âge. C'est bourré de trouvailles dans les décors et les arrière-plans, l'orphelinat et la sorcière sont assez terrifiants, il y a une chanson (ça c'est pour moi et mon obsession des chansons) et la fin, malgré sa cruauté (mais ma fille m'a dit qu'elle aurait fait pareil à la méchante sorcière), voit le retour à l'ordre et le règne du bonheur...
Je vous recommande donc ce petit joyau de l'animation allemande, chers happy few!
Les trois brigands de Hayo Freitag, Bettine von Borries et Achim von Borries, à l'affiche actuellement.
Le très chouette album de Tomi Ungerer est
disponible en grand format et en format souple chez l'Ecole des loisirs.
09:51 Publié dans Et ce soir, au cinéma de minuit... | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
15.12.2007
L'Amour peut-il durer toujours ?
Afin d'avoir suffisamment de matière pour répondre à cette troublante et néanmoins existentielle question, chers happy few, et donc dans un but purement scientifique, la partie la plus dévouée du Club des Théières s'est déplacée, armée de ses gobelets Starbucks, pour voir LE film qui nous permettrait de disserter longuement sur la cristallisation lors de la naissance du sentiment amoureux, les causes du désamour et l'influence de l'oeuvre de saint Augustin dans tout ça, j'ai nommé :

Il était une fois, la dernière production des studios Disney.
Giselle (Amy Adams) est une jeune fille de dessin animé qui rêve qu'un jour son prince (James Marsden) viendra. Il vient, la demande en mariage mais il est affligé d'une méchante belle-mère, Narissa, qui ne veut pas lâcher le trône. Pour se débarrasser de son encombrante future belle-fille, Narissa précipite la jeune fille dans... le monde réel, où elle rencontre Robert (Patriiiiiick Dempsey), avocat spécialisé dans les divorces, qui élève seul sa petite fille de six ans et qui a une relation "raisonnable" avec Nancy. De malentendus en découvertes, la vie de Giselle va basculer...
C'est un fort joli film, chers happy few, très drôle, et qui, mine de rien, en se servant des codes et des clichés des dessins animés Disney, se pose deux ou trois questions intéressantes : peut-on vraiment épouser quelqu'un que l'on ne connaît pas ? Est-il possible de vivre longtemps avec celui ou celle que l'on a épousé(e) ? Les femmes seraient-elles plus adaptables que les hommes ? Doit-on raconter des contes de fée aux petites filles ? Tout cela de manière légère, au gré de situations pleines d'humour, où l'on reconnaît ça et là des éléments de la mythologie des contes de fée (le soulier de Cendrillon, la pomme empoisonnée de Blanche-Neige...) ou de films kultes (Pretty woman, King Kong...). Les incontournables de ce genre sont intelligemment réutilisés comme les animaux qui parlent et qui aident la jeune fille (ce qui donne lieu à une excellente scène), les talents de couturière de l'héroïne ou les chansons , que personnellement j'adore (de toute façon, un Disney sans chansons n'est qu'à moitié réussi et si en plus de l'absence de passages chantés c'est Phil Collins qui fait le générique, il n'y a plus qu'à aller se noyer dans un gobelet de café latte) (pardon, ça y est je digresse) et quand le beau Robert susurre quelques notes à l'oreille de la belle Giselle, j'ai failli m'évanouir de bonheur et de midinettitude (quand je vous disais que c'était une sortie éminemment kulturelle)...
Bref, chers happy few, une jolie sucrerie délicieusement emballée (ah, Patriiiiiiiiiiick), pour le plaisir des grands et des petits!
Il était une fois (Enchanted), de Kevin Lima, avec Patrick Dempsey (so sexy avec son regard de cocker triste et que, pour la petite histoire, un membre du Club des Théières n'avait pas reconnu, en même temps, comme ce même membre n'avait pas identifié Astérix dans la bande-annonce d'Astérix aux Jeux Olympiques, comment lui en vouloir ?), Amy Adams, James Marsden (que j'ai passé tout le film à essayer (en vain) d'identifier, en fait c'est Cyclops dans X-Men) et Susan Sarandon, ... à l'affiche actuellement.
Les avis d'autres midinettes (qui croyaient s'être bien cachées, les bougresses) : Anjelica, Anne, Erzébeth, Laure et Ori, toutes sous le charme, qui de l'écureuil, qui de Patriiiick en peignoir!
06:30 Publié dans Et ce soir, au cinéma de minuit... | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note
18.11.2007
Auberge du crime
Londres, fin décembre. Anna Ivanovna (Naomi Watts), sage-femme, met au monde une petite fille dont la mère, Tatiana, 14 ans, meurt en couches. Cette jeune fille avait sur elle un journal intime rédigé en russe. Afin de trouver une famille à qui remettre l'enfant, Anna cherche quelqu'un pour traduire ce journal et elle pousse sans le savoir la porte du parrain de la pègre russe, Simyon (Armin Mueller-Stahl) et de son fils, Kirill (Vincent Cassel). Ce journal va servir de catalyseur et déclencher des réactions en cascade...
Alors autant vous le dire tout de suite, chers happy few, qu'entre David Cronenberg et moi, la rupture avait été consommée en 1999, à la suite de la sortie d'eXistenZ, qui figure définitivement dans mon top 10 des films les plus mauvais de tous les temps, et que je considère personnellement comme un grand-fatras-mystico-SF-foutage-de-gueule. Depuis, je ne parlais plus à David, j'estimais qu'il ne le méritait pas. Mais comme je ne suis pas rancunière et que l'eau avait suffisamment coulé sous le pont Mirabeau, je suis allée voir son dernier film (et le premier qui dit que c'est pour voir Viggo Mortensen nu se verra condamné à regarder eXistenZ en boucle, voilà c'est dit, je ne plaisante pas).
Et alors, me direz-vous ? Que se passa-t-il dans cette salle obscure ?
Je me suis réconciliée avec David.
C'est un grand film noir qu'il a réalisé là chers happy few, un film de mafia violent certes (mais moins que ce à quoi je m'attendais, il faut dire que j'ai un seuil de tolérance à la violence visuelle assez élevé, dû certainement à ma longue carrière de spectatrice de films de castagne) mais différent des films de mafia auxquels nous sommes habitués. Ici, pas de glamourisation, pas de justification de la violence mais une espèce de distance élégante et finalement dénonciatrice : Cronenberg peint un monde où les jeunes filles sont des esclaves, vendues, violées, battues, droguées, où l'on assassine avec une facilité déconcertante pour garder le pouvoir. L'intrigue n'est pas neuve, on voit venir le twist dès le début mais ce que j'ai trouvé très intéressant c'est le fait que ce monde ultra-violent cohabite avec le monde ordinaire sans que personne ne se doute de rien : Anna (qui en plus est russe par son père) habite de l'autre côté du parc par rapport au restaurant qui sert de siège au gang et la présence d'un tel monde ne l'a jamais effleurée. C'est d'ailleurs un personnage intéressant que cette Anna, femme ordinaire s'il en est, qui se lance à corps perdu, au mépris du danger, dans une espèce de croisade pour sauver ce bébé. Elle croise Nicolaï (époustouflant Viggo Mortensen), chauffeur de Kirill, personnage glacé et intriguant, qui va lui venir en aide, espèce de chevalier des temps modernes coincé dans le rôle qu'on lui a attribué. Quant à Kirill, le fils mal aimé, régulièrement humilié par son père et qui se déteste, prisonnier de ses pulsions homosexuelles, il est magistralement campé par un extraordinaire Vincent Cassel. Il faut encore ajouter un mot sur la fameuse scène de hammam, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre et pour laquelle je propose d'attribuer à Viggo l'Oscar de la meilleure scène de bagarre nu.
Un film sombre et magistral, chers happy few, que je vous encourage vivement à aller voir (les âmes sensibles n'auront qu'à fermer les yeux deux ou trois fois)!
Les promesses de l'ombre (Eastern promises) de David Cronenberg, avec Naomi Watts, Viggo Mortensen, Vincent Cassel, ... à l'affiche actuellement.
Les critiques d'Amanda et de Choupynette.
10:45 Publié dans Et ce soir, au cinéma de minuit... | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note
03.11.2007
Poussière d'étoile
Tristan Thorne (prometteur Charlie Cox) vit à Mur, petit village anglais bordé par un mur qu'il ne faut pas franchir : derrière se trouve le royaume de Stormhold, au pays des fées. Par amour pour la pimbêche Victoria (Sienna Miller), Tristan franchit le mur afin de lui rapporter l'étoile filante qui s'est abattue sous leurs yeux. Mais l'étoile est une jeune femme (Claire Danes) que la moitié du royaume poursuit aussi : Lamia (Michelle Pfeiffer), l'horrible sorcière, veut lui voler son coeur afin d'acquérir l'immortalité et Septimus (Mark Strong), fils du défunt roi la cherche pour récupérer le collier qu'elle porte par hasard et qui lui donnera l'accès au trône. S'engage alors une gigantesque chasse à l'étoile...
Ce film, chers happy few, est adapté d'un roman du grand et unique Neil Gaiman, roman à part dans sa bibliographie. En effet, ici nous ne sommes pas dans la fantasy urbaine mais dans la revisitation des contes de fées dont tous les codes sont repris de manière personnelle : demoiselles en détresse, sorcières en chasse de jeunesse éternelle, princes qui doivent affronter des épreuves pour se montrer dignes du pouvoir offert par leur père, malédictions, métamorphoses, objets magiques et bien sûr, cheminement initiatique d'un jeune homme un peu maladroit et très naïf, qui va devenir un homme.
Le scénario est une très bonne adaptation du roman même si certaines choses ont bien évidemment été modifiées : ainsi, le début du film narre en deux minutes ce qui prend 25 pages dans le roman et fait carrément disparaître le personnage de Daisy, la mère adoptive de Tristan (dont le nom dans le roman d'ailleurs est Tristran et non Tristan). De nombreux personnages secondaires ont disparu (les gnomes, les participants des foires magiques qui ont lieu tous les neuf ans, le lion qui combat la licorne...) mais l'essentiel est respecté et le peu d'ajouts par rapport au roman se justifie (sauf peut-être le personnage interprété par De Niro, qui est une extrapolation du personnage du capitaine Johannes Alberic et dont le rôle est extrêmement développé et complètement modifié mais qui apporte au final l'une des scènes les plus drôles du film). L'humour de Gaiman se retrouve partout, l'action est enlevée, les décors respectent l'univers du roman et le ton est très juste, entre premier degré et ironie.
Un excellent divertissement familial chers happy few (vous pouvez y emmener vos enfants), drôle et virevoltant!
Stardust, de Matthew Vaughn, avec Charlie Cox, Claire Danes, Michelle Pfeiffer, Robert de Niro... à l'affiche actuellement
PS : le roman de Gaiman, qui était en rupture de stock, a été réimprimé pour l'occasion par les éditions du Diable Vauvert (avec l'affiche du film en couverture, genre de pratique qui me hérisse un peu mais le roman est vraiment très bon...)
PSbis : une petite photo pour Caro[line]...

18:05 Publié dans Et ce soir, au cinéma de minuit... | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note
22.10.2007
Moi Jane, toi Darcy
Je vous prie, chers happy few, de bien vouloir me pardonner tout de suite pour le titre de ce billet, mais l'inspiration me fit cruellement défaut sur ce coup-là, ce qui arrive même aux esprits les plus affutés, surtout quand ils n'ont pas eu leur dose de café matinal...
Je n'aime pas particulièrement les biographies romancées d'auteurs, genre que les Britanniques maîtrisent parfaitement, mais je ne pouvais pas ne pas aller voir cette adaptation de la vie de Jane Austen, incarnée par la délicieuse Anne Hathaway, et tout ça à cause d'un extrait, traîtreusement mis en ligne par Chimère : par un réflexe purement pavlovien, si on me parle de Darcy, je ne réfléchis même plus, je cours (et j'en entraîne avec moi, c'est affreux)...
On sait peu de choses de la vie de Jane Austen, sa soeur, Cassandra, ayant brûlé la plupart de ses lettres après sa mort, comme Jane l'en avait priée. On sait qu'elle eut une très brève "romance" avec Tom Lefroy, un avocat Irlandais qui finit sa carrière comme président de la Haute-Cour d'Irlande et qu'elle fut demandée en mariage par un homme riche et rustaud, Harris Bigg-Wither, proposition qu'elle accepta pour se rétracter le lendemain. La légende dit que Tom Lefroy l'inspira pour créer le personnage de Darcy.
Ce sont de ces faits que les scénaristes, Kevin Wood et Sarah Williams, se sont inspirés pour mettre en images la courte période de la vie de Jane qui va décider de son destin de femme et d'écrivain (ils ont même repris l'histoire du manteau de Tom Lefroy, que dans une lettre à sa soeur, Jane décrit comme étant trop clair et vert). La grande force du film est de mêler très intelligemment ces faits à des épisodes et des personnages d'Orgueil et préjugés afin de montrer comment de la réalité (que de toute façon nous fantasmons puisque nous n'en connaissons que très peu d'épisodes), Jane a créé une véritable oeuvre fictionnelle. Et je rassure tout de suite ceux qui n'auraient pas encore lu ce chef-d'oeuvre de la littérature anglaise (car il y en a et il y en avait dans la salle, mais je ne veux dénoncer personne, surtout que certaines ont déjà fort à faire avec leur chat), qu'il n'est nul besoin de comprendre les allusions à Orgueil et préjugés pour apprécier pleinement ce film. Se pose avec acuité, à la vision de ce long-métrage, la question de l'indépendance des femmes : il ne faisait pas bon être une femme, mal dotée et intelligente de surcroît, à cette époque... J'ai d'ailleurs beaucoup aimé le personnage de Jane, femme dotée de qualités qui étaient à l'époque des défauts : humour, culture, intelligence, finesse, envie de liberté et surtout envie de choisir la vie qu'elle veut mener.
C'est vrai, comme j'ai pu le lire ici et là, que la réalisation est académique mais les acteurs sont formidables, Anne Hathaway et James McAvoy en tête (et ce dernier incarne un Lefroy au sourire carnassier incroyablement séduisant) et je m'attendais presque à voir surgir Colin Firth au détour d'une danse, comme un clin d'oeil (mais comme on ne m'a pas consultée, le beau Colin n'apparaît pas et c'est bien dommage)!
En résumé chers happy few, c'est un très joli film, émouvant et drôle que je vous recommande, que vous soyiez austeniens ou non!
Jane (Becoming Jane) , de Julian Jarrold, avec Anne Hathaway, James McAvoy, Maggie Smith, Julie Walters, James Cromwell...
La critique d'Emjy, conquise elle aussi!
PS : je propose de lancer une pétition pour le retour de la botte cavalière masculine sur haut-de-chausse : quelle classe!
10:05 Publié dans Et ce soir, au cinéma de minuit... | Lien permanent | Commentaires (53) | Envoyer cette note
30.09.2007
Food is love
Kate Armstrong (Catherine Zeta-Jones) est chef dans un restaurant new-yorkais. Très compétente, très réputée et très exigeante, elle mène une vie monotone, se dévouant tout entière à la cuisine. Sa vie bascule quand sa soeur, Christine, décède dans un accident de voiture et lui laisse la garde de sa fille, Zoé et qu'au même moment la patronne du restaurant embauche un nouveau sous-chef, le séduisant Nicholas Palmer (Aaron Eckhart).
Chers happy few, j'étais partie pour voir une comédie romantique et je me suis retrouvée devant un film très émouvant, savoureux mélange d'émotion et d'humour. Je vous avoue tout de suite que j'ai pleuré plusieurs fois : le deuil est abordé de façon sensible et fine, sans gros sabots et sans pathos. Kate Armstrong est un personnage très attachant (et Catherine Zeta-Jones est formidable), femme cadenassée, maladroite et solitaire, qui pense que la vie peut être totalement contrôlée à l'image de sa cuisine. Kate forme un contraste total avec Nick, son nouveau sous-chef, homme vivant et chaleureux, qui cuisine en écoutant de l'opéra (ah, Puccini!), imprévisible et impulsif. Il y a beaucoup d'humour dans ce film, humour qui naît bien souvent du décalage, que ce soit entre Kate et Nick, ou dans d'autres situations comme les scènes de thérapie de Kate : contrainte de voir un psy par sa chef, elle cuisine pour son psy et refuse de répondre à des questions autres que sur sa cuisine... Enfin, on ne peut pas ne pas parler de la cuisine, qui occupe une place centrale dans le film et qui sert de thérapie : la cuisine se transmet par amour, par les mères ou par les beaux-pères et cuisiner c'est finalement aimer (et on y apprend au passage que les trois secrets de la cuisine française sont du beurre, du beurre, du beurre...)
Je vous recommande donc très chaleureusement ce très joli film, chers happy few, tant qu'il passe encore (il est à l'affiche depuis quelques semaines déjà)!
Le goût de la vie (No reservations), de Scott Hicks, avec Catherine Zeta-Jones, Aaron Eckhart, Abigail Bresling...
PS : ce film est le remake d'un film allemand de 2004, intitulé Chère Martha, et que je n'ai pas vu.
PSbis : on regrettera comme souvent le gnangnantisme du titre français...
PSter : merci Cilablue, elle sait pourquoi!
07:20 Publié dans Et ce soir, au cinéma de minuit... | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
22.09.2007
Et s'il n'en reste qu'un...
Le jour où Romulus Augustus, jeune adolescent, est couronné empereur de Rome, les Goths envahissent la ville, la mettent à sac et prennent le pouvoir. Faits prisonniers, Romulus et son précepteur, Ambrosinus (Ben Kingsley), sont conduits à la forteresse de Capri, ancien palais de Tibère reconverti en prison. C'est dans le temple de celle-ci que Romulus trouve la fameuse épée de Jules César, porteuse d'une prophétie : "Forgée en Bretagne pour celui qui règnera." Délivrés par Aurélius (sublime Colin Firth), commandant de la quatrième légion et ce qui reste de ses hommes, accompagnés par un garde de l'ambassadeur de Constantinople (Aishwarya Rai), ils se rendent en Angleterre pour trouver la 9ème légion, postée près du mur d'Hadrien, la dernière qui soit toujours fidèle à l'empereur...
Que voilà un bon film d'aventures dans la lignée des péplums d'antan! Autour d'un scénario bien ficelé (et seulement prévisible pour ceux qui ont bien suivi les leçons de littérature médiévale au collège, je ne vous en dévoile d'ailleurs pas les tenants et les aboutissants, histoire de préserver un peu de suspense même si j'ai donné suffisamment d'indices pour que les fanas de littérature médiévale (qui a dit que j'étais la seule ?) comprennent de quoi il s'agit), de formidables acteurs bataillent sans compter au nom de leur empereur. C'est un film bourré d'action (mais peu sanglant), avec pas mal d'humour, des bons sentiments (loyauté, amitié, amour, un cocktail franchement toujours bien agréable) et les acteurs semblent s'en donner à coeur joie. Mention spéciale aux Goths, énormes et répugnants à souhait (les Celtes sont moins réussis, mais depuis Robin des bois, prince des voleurs, je n'ai jamais revu au cinéma de Celtes terrifiants). Evidemment, on ne peut pas ne pas parler de Colin Firth (qui a dit que c'était pour lui que j'étais allée voir ce film ?) : fabuleux, comme à son habitude, on regrettera seulement que les rigueurs du climat le contraignent à porter des cuissardes en cuir sous son costume de légionnaire...
Un excellent divertissement familial (vous pouvez emmener vos enfants sans problèmes chers happy few), que je vous recommande chaudement... et objectivement, bien sûr !
La dernière légion, de Doug Lefler, avec Colin Firth, Aishwarya Rai, Ben Kingsley...
PS : merci à Caroline (qui profite de l'occasion pour déclarer de belle et émouvante manière son amour à Viggo), Chiffonnette (qui parle du film d'une manière très personnelle et hilarante ici), Delphine, Emeraude (qui en parle ici et qui a surtout retenu une sombre histoire de M&M's...) et Fafa, qui se sont dévouées (et je sais que ce n'était pas forcément facile pour la fan de Viggo qui se cache parmi elles) pour m'accompagner. Ave copina!
PSbis : ce billet est dédié à Stéphanie, elle sait pourquoi.
08:35 Publié dans Et ce soir, au cinéma de minuit... | Lien permanent | Commentaires (49) | Envoyer cette note
10.09.2007
Les femmes ne sont pas des tartes
Jenna, jolie jeune femme, serveuse dans une petite ville perdue des Etats-Unis, découvre qu'elle est enceinte. Le hic c'est qu'elle n'aime plus son mari, Earl, depuis longtemps mais qu'elle ne le quitte pas parce qu'il la maintient dans une grande dépendance financière. Elle ne veut pas avoir d'enfant mais décide de la garder quand même. C'est alors qu'entre dans sa vie un jeune médecin obstétricien...
Voici un bien joli film qui met en scène un personnage très attachant. Jenna (excellente Keri Russell) est une femme complexe, loin des clichés des comédies romantiques (d'ailleurs le film est vendu comme tel alors qu'il en est très éloigné) : terrorisée par un mari autoritaire, qui lui vole les pourboires et la maintient en état de dépendance tant financière que psychologique, aucunement désireuse d'enfanter, elle transforme ses états d'âme en tartes, leur donnant des noms appropriés à son état d'esprit, comme la tarte "Je hais mon mari" (très amère, au chocolat très noir), "J'ai fait un enfant et ma vie est détruite" (aux débris de cake) ou "J'ai une liaison et mon mari me tue" (composée de framboises et de myrtilles sauvagement écrasées sur fond de chocolat bien noir)... Ce personnage évolue au cours du film, sous les yeux de ses copines serveuses, qui représentent chacune à leur manière un aspect de la vie sentimentale possible des femmes (l'une choisit l'adultère comme seule alternative à une vie de couple assez glauque et l'autre épouse en désespoir de cause un homme assez inquiétant). Elle se découvre des capacités de résistance qu'elle ne soupçonnait pas et finira par trouver le courage de quitter (enfin!) le mari qu'elle ne reconnaît plus, mais seule, l'amant n'ayant finalement servi que de catalyseur : une faible femme qui se révèle finalement très forte, c'est bien agréable...
Chers happy few, voilà un portrait de femme souvent drôle, à la fois doux-amer et sucré-salé, que je vous invite fortement à aller voir!
Waitress, d'Adrienne Shelly (malheureusement assassinée il y a peu de temps), avec Keri Russell, Nathan Fillion (pour les amateurs, il a été Caleb le prédicateur fou dans la saison 7 de Buffy), Adrienne Shelly, Cheryl Hines, Jeremy Sisto, à l'affiche actuellement
PS sans rapport : pour les Colinophiles, La dernière légion, dont la bande-annonce laisse présager un bon nanar croquignolet à souhait, sort le 19 septembre... Encore 9 jours...
01:00 Publié dans Et ce soir, au cinéma de minuit... | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note

