11.11.2011
David Tennant is not skinny for Tolkien's sake !
Just a bit thin in a sexy way, that's all.

Ce matin, chers happy few, entre deux cafés (j'ai investi dans le sirop à la vanille du Starbucks by the way, ce qui me procure des petits matins délicieux, oui il m'en faut peu, je suis so low maintenance), j'ai trouvé dans mes mails une pub de celle dont il ne faut pas dire le nom mais qui n'a qu'un sein, me donnant une liste d'ebooks pas chers, voire gratuits. Me voilà donc surfant, légère et aérienne, sur une liste dans laquelle, entre deux Harlequin, trois Wilkie Collins et un Trollope figurait ce Doctor Who, The Episode Guide de Mark Campbell (2011). Suite à un léger moment d'inattention, ce bouquin s'est retrouvé sur mon Randy d'amour pour la modique somme de 99 cts.
Eh bien, pour tout vous dire, il ne vaut pas plus.
Quelle déception, chers happy few. Après une introduction squelettique dans laquelle il explique qu'il est un fan de la première heure (si ça suffit à publier un bouquin, je peux m'y mettre aussi), Mark Campbell dresse la liste de tous les épisodes de DW (224 épisodes à ce jour) pour lesquels il donne le cast, un pitch minimaliste (mais vraiment minimaliste, genre une ligne), quelques "Observations" (aussi intéressantes que "la scène 4 a été filmée en décor naturel, le masque du monstre a été fabriqué par Bidule") (si encore c'était des infos de première importance comme "David Tennant aime les céréales et le café latte") puis son avis, souvent lapidaire. Alors certes, on a les mêmes goûts et on aime d'amour les mêmes épisodes, mais il est souvent très dur quand il n'aime pas, sans aucune justification ni arguments, ce qui est franchement un peu léger. Campbell dresse ensuite la liste de tous les épisodes manquants et des romans DW (ok, wiki en fait autant). Au final un bouquin qui ne présente aucun intérêt pour personne, le fan n'apprenant rien, le néophyte non plus. Je vais plutôt m'offrir ça, tiens :

Ben quoi, c'est bientôt Noël, non ?
Et parce que je ne résiste pas : the Ultimate Proof that David Tennant is sexy (et pas seulement comparé à Yoda, you band of bad mouth)

Challenge Lu en VO
42 (un nombre approprié pour de la SF, non ?)
22:15 Écrit par fashion dans Challenge Lu en VO, Essais | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
06.11.2011
It is a truth universally acknowledged that a single romance novel heroine seeking a hero must be in want of a good...
... neurosis.
(Qu'alliez-vous imaginer ? Qu'elle était en quête d'un possesseur de Mighty Wand ? Aussi, oui.)

Love this cover. Of course.
Chez certaines, c'est le roman post-apo, chez d'autres une série télé américaine avec des ados qui poussent la chansonnette, chez moi, ce qui me sauve de tout, de la mauvaise humeur aux lavabos bouchés en passant par les accords non maîtrisés dans les copies de mes élèves, c'est la romance. Il faut dire que je suis mal partie dans la vie : lire Angélique, marquise des anges à l'âge de 13 ans, suivi l'année suivante d'Autant en emporte le vent (merci la bibliothèque maternelle), ça marque. Et pas seulement parce que j'ai développé un penchant pervers pour les hommes en cuir, ténébreux et taciturnes (Deeeeeean, viens me sauver !). Et ma (re)découverte du genre il y a quelques années (en 2008 pour être tout à fait précise, après des années d'abstinence) (il faut dire que je me suis enfilé l'intégrale des romans Harlequin de la bibliothèque municipale de ma petite ville de province pendant mes années lycée, ce qui a provoqué une légère overdose de "crinières de feu" et autre "virilité dressée") s'est faite de manière aussi désordonnée qu'enthousiaste*. J'ai découvert que la romance c'était bien plus qu'Harlequin, que bien longtemps on a traduit n'importe quoi n'importe comment (les championnes de la romance sont américaines, ce n'est pas un genre français, peut-être d'ailleurs serait-il temps de s'y mettre) et que certains auteurs avaient une sacrée plume. J'ai écouté les conseils des copines qui connaissent bien le genre, essayé de réfréner mon penchant à lire les séries dans le désordre et fait de belles rencontres (Julia Quinn et Eloisa James, si vous me lisez, je vous aime les filles).
C'est donc tout naturellement que j'ai lu Beyond heaving bosoms, The Smart Bitches' Guide to Romance Novel de Sarah Wendell et Candy Tan (2009, 291 pages), les créatrices du blog Smart Bitches, Trashy Books, qui est devenu un incontournable pour les amatrices de romances, tant pour le fond (elles ont lu un nombre incalculable de titres et leurs commentatrices aussi) que pour la forme, drôle et décalée.
Dès l'introduction, le ton est donné : avec beaucoup d'humour, Sarah et Candy rappellent quelques fondamentaux. La romance est un genre profondément décrié, évidemment par ceux qui n'en ont jamais lu ou qui ont lu un seul mauvais titre (doit-on vraiment redire qu'il en va de ce genre comme des autres, qu'il y a de bons et de mauvais romans, de bons et de mauvais auteurs ?) et la lectrice de romances est victime d'une attaque en règle de clichés : non, les lectrices de romances ne sont pas des vieilles filles ternes de plus de cinquante ans qui n'ont pas fait d'études, qui n'ont jamais vu un homme nu de leur vie et qui ont une tendresse particulière pour le tweed et les chats. Une étude américaine a prouvé que les lectrices de romances sont en majorité des femmes qui ont fait des études en général longues, qui ont des jobs intéressants et une vie sexuelle épanouie. Et la romance est un genre protéiforme, inventif, en perpétuelle évolution et réflexif.
Vous l'aurez compris, happy few de mon coeur angora, dès la page 9 j'étais conquise : non seulement Sarah et Candy disent ce que je pense depuis toujours mais en plus elles ont un penchant coupable pour la théorisation, ce à quoi j'aime me livrer dès qu'on me met une pinte en main ou qu'on me donne un public, autant dire effroyablement souvent donc. Leur Guide commence donc par une brève histoire de la romance (genre véritablement né dans les années 70) et démonte les codes de la romance Old Skool (par opposition à la romance New Skool, apparue dans les années 90) : des héros brutaux, des héroïnes ingénues pour qui l'histoire va se révéler douloureusement initiatique, une construction toujours identique... Autant de repères qui vont se perdre petit à petit pour faire place à plus de subtilité dans la psychologie des personnages et la construction des intrigues. Avec un humour ravageur (certains passages sont hilarants), Sarah et Candy catégorisent les héroïnes, des insupportables Too Stupid to Live (que l'on retrouve aussi fréquemment au cinéma, celles qui se jettent dans une allée sombre au lieu de se rendre dans la rue éclairée et pleine de monde) et Spoiled Hoyden of Historical Inaccuracy (ce sont celles qui m'énervent le plus, les suffragettes au pays des Vikings, les chefs d'entreprise du XVIIème siècle, mais ouvre un livre d'Histoire bordel ai-je envie de crier à l'auteur) aux Ingénue, Plain and strong et autres Smart-Mouthed Cynic (mes préférées, parce qu'elles ont la langue bien pendue). Elles livrent leur Top Ten de leurs héros préférés et analysent l'évolution du fantasme masculin en donnant les 10 règles d'or de la construction d'un bon héros de romance (un Alpha, intelligent, solitaire, dur de partout, chevelu, expert en quelque chose quel que soit le domaine, amant infatigable et éblouissant, hétéro jusqu'au bout de ses bottes and beyond, animé par une colère venue d'un trauma de jeunesse et résolument moderne dans son comportement, même s'il vit dans un château écossais en 1235). Une large part est faite à la place du sexe dans les romances (qui occupe deux bons chapitres et demi) et la partie théorique s'achève avec une analyse des couvertures, qui ont longtemps participé à la très mauvaise réputation du genre (cette tendance semble tirer à sa fin, thank Goodness for sensible editors). Sarah et Candy mêlent habilement à leur réflexion des extraits d'interviews et des passages d'autres études sur le genre, le tout avec une plume très alerte et n'oublient jamais, au-delà du relevé des clichés de rappeler que c'est un genre qui mérite d'être défendu, pour ce qu'il met en scène comme sous-texte (place de la femme dans la société, réflexions politiques, subversion) ou pour la qualité de la plume de certains auteurs (je rappelle pour ceux qui me lisent mal que certains romans publiés dans cette catégorie sont de sacrément bons romans).
Seuls bémols : même s'ils sont bien fichus, les chapitres Choose your own man titty (une romance dont vous êtes le héros) et Write your own romance m'ont paru dispensables et j'aurais bien aimé que les auteurs donnent plus de titres (je n'en ai noté que 17, ce qui est une petite moisson je trouve) (non, ça ne veut pas dire que j'ai déjà lu tout le reste bande de mauvaises langues) et proposent plus de Top (je suis une obsédée des listes, shame on me). Mais c'est bien tout ce que j'ai à reprocher à ce Guide drôlatique, bien construit et extrêmement documenté. Romance powaaaaa.
Merci Chi-Chi pour le prêt ! (J'ai bien mis des notes partout, je suis une élève disciplinée. Mes post-it sont jaunes. Et nombreux.) (Son billet ici.)
* en même temps, je n'ai jamais arrêté vraiment d'en lire puisque je lis de la bit-lit, qui rentre dans la catégorie romance fantastique.
Challenge Lu en VO
41
12:16 Écrit par fashion dans Challenge Lu en VO, Essais, Romance | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
03.08.2011
"Il est bien rare qu'un mauvais livre n'ait pas un mérite quelconque pour un homme instruit."
On ne saurait mieux expliquer mon pervers penchant pour la romance. Et les harlequinades. Et les romans de SF vintage (Chiffonnette, j'ai moi aussi déniché un exemplaire de L'ère des fornicatrices, je ne suis qu'expectitude). Et les romans jeunesse écrits à la truelle (ah non, ça en fait, je me suis lassée, nul n'est parfaite).
Mais commençons par le commencement, chers happy few : where que j'ai bien pu dénicher cette citation qui me donne des envies de dissertation ? (Le premier qui fait mine d'écrire quelque chose d'approchant, même de loin par temps de brouillard, du célèbre DTC cher au coeur des adolescents méchus, sera privé de choucroute.)

Là.
Dans Des bibliothèques pleines de fantômes de Jacques Bonnet.
(Cet ouvrage a été publié en 2008, je suis, comme vous pouvez le constater à la pointe de la modernité.) (La Rentrée littéraire, ce monument d'idiotie française arrive, j'ai réussi à limiter la casse, je ne lis que pour Chroniques de la Rentrée littéraire, et encore, avec mollesse et parce que j'ai mangé des bébés koalas dans une vie antérieure, je ne suis que joie, fini le temps où je me fadais une quarantaine de romans de la Rentrée, les nouveautés ne passeront plus par moi.)
Bon. Et sinon, il fait beau chez vous ?
Oh, ça va, hein, si la galéjade n'est plus permise, où va-t-on entre le bar et la pétanque, je vous le demande. (Je dis ça mais je ne pétanque point, ça demande trop d'effort.)
Des bibliothèques pleines de fantômes est un petit essai sur les acheteurs compulsifs de bouquins (qui sont en général, comme c'est étonnant, doublés de lecteurs compulsifs) et sur le grand drame de leur vie : comment et où ranger tous ces livres que nous achetons avec ardeur ? (Certains plus que d'autres, moi, par exemple, je suis un modèle de sagesse palesque, je n'ai acheté que 19 romans ces derniers 15 jours, je gère le pâté comme dirait un ado de ma connaissance.) Jacques Bonnet fait partie de ce club pas si fermé des possesseurs de plus de 10 000 ouvrages (ça fait peur, je sais, à moins d'habiter un modeste château en banlieue ouest, en toute simplicité, of course) (bon, en fait, il s'avère après estimation a visto de naz comme on dit chez moi que j'approcherais dans mon appart' parisien des 3 500 ouvrages) (quand on sait que je désherbe énormément, que je donne beaucoup et que j'emprunte depuis des lustres, mon dieu, si je ne faisais pas tout ça, il y a longtemps que j'aurais péri ensevelie sous mes livres et mangée par mes chiens) (ah, je n'ai pas de chiens, ouf) et (vous croyiez que je m'étais fait avoir par toutes ces parenthèses, mais non, mouhahahahaha, je surgis de la dernière, telle une warrior de la syntaxe) donc, disais-je, Jacques Bonnet nous livre quelques réflexions sur la façon de ranger une bibliothèque (il en déduit brillamment qu'il y a autant de façons de ranger que de lecteurs, avouez que vous n'y auriez pas pensé tout seuls) et sur ce rapport très particulier qui unit le lecteur aux livres. Rien de nouveau sous le plafond de la bibliothèque pour cet ouvrage certes plaisant à lire mais qui souffre d'un problème de cible. Les LCA que nous sommes n'apprennent rien et baîllent (il paraîtrait même qu'ils siestent), les autres n'ont à mon avis même pas l'idée d'ouvrir ce genre de bouquin : franchement, vous iriez lire un traité de pêche à la mouche pour mieux comprendre cette addiction, vous ? C'est bien ce que je pensais.
Jacques Bonnet, Des bibliothèques pleines de fantômes, Denoël, 138 pages, 2008
D'autres avis ? Leiloona, Keisha, Lou, Bladelor...
15:59 Écrit par fashion dans Essais | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : je retourne à mon rosé, demain un roman de haute volée, comme d'habitude
21.01.2011
b.a.-ba, la vie sans savoir lire - Bertrand Guillot
Il y a trois ans, Bertrand Guillot, écrivain (souvenez-vous de Hors jeu, chers happy few), décide de donner bénévolement des cours d'alphabétisation dans le 19ème arrondissement de Paris. Il est plein de bonne volonté mais il découvre vite une réalité difficile : non seulement on le plonge dans le grand bain sans aucune préparation (après tout, quand on sait lire, on sait apprendre aux autres à lire, non ?) (une telle pensée n'est guère éloignée des inepties de nos ministres successifs qui pensent sincèrement que puisque tout le monde parle français tout le monde peut l'enseigner, mais point ne digresserai ni ne m'énerverai de bon matin), mais en plus les adultes qui viennent à ses cours connaissent pour la plupart une vie chaotique. Au bout d'un an passé à leurs côtés, Guillot décide de témoigner et de leur rendre hommage en écrivant un ouvrage sur eux, pour eux.
Ce sera b.a-ba, la vie sans savoir lire, récit d'une expérience qui se lit comme un roman et dont la construction et le fond, excellents tous deux m'ont tenue en haleine (j'ai lu ce "roman vrai" pour reprendre l'expression de Guillot dans son avant-propos, d'une traite, alors que je l'avais commencé un soir très tard). Au départ, un constat assez effarant : en France, plus de trois millions de personnes sont illettrées, ce qui représente 9% de la population de 18 à 65 ans ayant été scolarisée ici. Ces gens, nous les croisons tous les jours ; c'est cet homme qui a l'adresse de la clinique écrite sur un bout de papier et qui vous demande son chemin alors qu'il est déjà dans la bonne rue, c'est cette femme qui vous arrête dans le métro parce qu'elle a "oublié ses lunettes" et qu'elle ne sait pas où prendre sa correspondance, ce sont tous ceux qui sont perdus face à tout ce qui fait notre quotidien : factures, contrats, affiches, adresses... tous ceux pour qui l'écrit est un monde indéchiffrable et donc hostile. En alternance avec le récit des cours, qui se révèlent évidemment beaucoup plus ardus que ce qu'on veut bien faire croire à Bertrand Guillot (quand je pense qu'il a commencé sans méthode, sans manuel, sans conseil d'aucune sorte, il faut vraiment avoir le bénévolat bien accroché), b.a-ba dresse avec beaucoup de pudeur et de délicatesse le portrait de ceux qui ont un jour poussé la porte de l'Association pour apprendre à lire. Parfois sans papiers (un sujet dont on ne parle pas vraiment, et pour cause), souvent au chômage ou maintenus dans des petits boulots fatiguants ou peu valorisants, voire exploités, ces hommes et ces femmes nous deviennent infiniment proches : on s'émeut de ce que l'on devine, on espère que leurs vies vont s'arranger, on suit leurs progrès et leur découragement, on a un pincement au coeur pour ceux qui arrêtent, qui disparaissent, ceux qui ne réussissent pas... Pas de misérabilisme, pas de grandiloquence ni d'effets de manches, pas de dénonciation à l'emporte pièce dans cet ouvrage, mais la vie, la vraie, et la description d'une misère sociale qu'il serait enfin temps de regarder en face. b.a-ba, la vie sans savoir lire est un récit à lire de toute urgence, chers happy few.
Bertrand Guillot, b.a-ba, la vie sans savoir lire, Editions rue fromentin, 2011, 221 pages
09:00 Écrit par fashion dans Essais, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : illettrisme, alphabétisation, lecture, les misérables, victor hugo mon héros, on en est hélas encore là, deux siècles après
19.08.2009
Géo-gra-phie, la rivière est dans son lit
(Celui qui trouve d'où vient ce titre à l'ébouriffante poésie, chers happy few kultivés, gagnera le droit de tout savoir sur le Somaliland, parce que je suis comme ça, je partage mon modeste savoir avec plaisir) (et avec un brin de sadisme, aussi.)
Comme vous le savez tous, chers happy few, il est des domaines dans lesquels, toute fausse modestie mise à part, j'excelle, comme la Colinmania, l'invention de challenges farfelus, l'incapacité totale à respecter une contrainte, l'achat compulsif de livres pour la PAL (bah, elle le vaut bien, non ?) ou encore l'hystérie totalement incontrôlable qui s'empare de moi quand je commence à parler d'un certain Docteur. Mais toute médaille ayant son revers, il est aussi des domaines dans lesquels hélas, trois fois hélas, je n'entends pas grand-chose si ce n'est rien, comme la réalisation du tiramisu, le tangram, la zoologie aquatique, les eproms et... la géographie.
Lasse de devoir éluder avec brio les questions de mes enfants sur la localisation du Swaziland, de perdre au Trivial pour de sombres raisons de capitale australienne (il paraît que non, ce n'est toujours pas Sydney) et en souvenir d'une cuisante conversation avec un brillant élève de Première qui savait, lui, où se trouvait la Guinée équatoriale qui avait décidé en toute impudence de s'inviter sous la plume de Voltaire (toujours se méfier de ceux qui choisissent volontairement de vivre en Suisse, chers happy few), j'ai décidé, lors de la dernière édition de Masse Critique, dans un bel élan de masochisme totalement assumé, de demander :

Le dessous des cartes 2, Atlas d'un monde qui change.
Et je l'ai reçu.
Hélas.
Car, tenez-vous bien, chers happy few, il ne s'agit pas d'un banal atlas comme ma confondante naïveté me le laissait croire (voilà ce que c'est que de lire les titres à moitié), non, il s'agit d'un atlas de géopolitique.
Si.
Et vachement bien fait en plus. Clairement construit (2 grandes parties aux titres puissamment évocateurs : Les chocs de la mondialisation - Le poids des rapports de force, euh au temps pour moi, Redéploiement des rapports de force), avec des tas de cartes en couleurs (bon, toujours un peu les mêmes les couleurs quand même, beaucoup de bleu et de vert, on se demande bien pourquoi*) parfaitement légendées et des graphiques compréhensibles par tout le monde y compris par ceux qui ne lisent pas les titres jusqu'au bout. Certes. Mais ça n'en reste pas moins de la géopolitique, ce qui, pour quelqu'un qui n'a jamais compris les règles de Risk, est aussi attrayant qu'un texte sur le nettoyage des ruches en moldave médiéval. Après avoir donc contemplé d'un oeil vitreux la table des matières et admiré au passage le sens de l'anaphore de celui qui a pondu les titres des sous-parties, j'ai décidé, en bonne aventurière que je suis, de me plonger dans cet ouvrage.
Qui s'est révélé, en réalité, plein de ressources.
Pour occuper les enfants. Qui ont passé une après-midi entière à compulser les cartes et à recopier celle des Etats-Unis. En rose.
Pour briller dans les dîners en ville. Où j'ai captivé tout un auditoire par mon historique enlevé de Saint-Marin, anomalie géopolitique au même titre que le Somaliland, l'état qui n'existe pas. J'ai eu presque autant de succès que quand j'ai avoué, à des convives médusés, que je regardais l'Eurovision tous les ans. Et que j'avais trouvé le chanteur grec de l'édition 2009 gay et viril à la fois.
Pour écrire des billets pour les Harlequinades. Grâce à cet ouvrage, je suis devenue incollable sur la piraterie moderne : un roman mettant en scène Sam le pirate et n'ayant pas pour cadre le Pacifique asiatique (qui a concentré plus de 60% des attaques en 2006) n'a aucune chance de m'émouvoir. Un pirate dans les eaux américaines ? Quelle faute de goût, chers happy few.
Pour effrayer l'hypocondriaque qui sommeille en moi. Je n'aurais vraiment pas dû lire les pages 54 à 63 sur les épidémies, les pandémies, le H5N1 et autres maladies infectieuses aux noms aussi exotiques qu'imprononçables. J'ai passé 24 heures à me gratter et à me demander si je n'avais pas attrapé le tétanos. Le pharmacien en rit encore.
Pour répondre à des questions qui me taraudaient depuis longtemps. Que fait la Chine en Afrique ? (du profit, beaucoup de profit) Quelle est l'influence réelle des Evangéliques sur la vie politique américaine ? (croissante, manifestement, et pas que sur des questions de société) Comment la Mongolie, enclavée entre la Russie et la Chine, échappe-t-elle à l'influence de ses encombrants voisins ? (en tendant un bras long comme celui de l'Inspecteur Gadget par-dessus l'océan vers le voisin américain), et bien d'autres encore. Je dors mieux depuis que j'ai appris tout ça, y a pas à dire.
Un ouvrage indispensable, finalement.
Jean-Christophe Victor, Virginie Raisson et Frank Tétart, Le dessous des cartes 2, Atlas d'un monde qui change, arte éditions/Taillandier, 207 pages, 2009
Ce billet est dédié à Guillaume, de Babelio. Il sait pourquoi.
* Il s'avère après discussion avec Alinéa que l'omniprésence de bleu marine sert aussi à éviter que les profs ne scannent les cartes pour leurs cours. C'est mesquin, limite petit, je trouve, chers happy few. Comme s'il n'était pas de notorioté publique que les profs d'histoire-géo passaient un temps fou à créer leurs propres cartes et à les colorier de leurs petites mains habiles.

10:14 Écrit par fashion dans Essais | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : le dessous des cartes, géopolitique quand tu nous tiens, à lire avant d'écrire un scénar de james bond tiens, saviez-vous que daniel allait jouer rackham le rouge ?, encore un pirate, enfin non un corsaire, bref un homme sexy, couturé et buriné quoi