25.02.2009

La plume serait-elle plus forte que les balles ?

écrire pour exister.jpg Erin Gruwell est un jeune professeur d'anglais inexpérimenté. Pour son premier poste, elle demande à enseigner dans un lycée difficile de Los Angeles, au lendemain des émeutes qui ont bouleversé la ville. Pleine de bonne volonté et de naïveté, elle croit qu'il va être facile d'amener les 35 élèves de sa classe vers la littérature. Mais ces jeunes, issus des ghettos, se haïssent et détestent l'école, incapable de fournir une alternative à la violence qui les entoure.


Le cinéma américain a un faible certain pour les figures de professeurs charismatiques (le plus frappant exemple étant certainement Robin Williams dans Le cercle des poètes disparus, qui a marqué toute une génération, la mienne), le professeur incarnant dans la mythologie hollywoodienne le passeur qui permet à l'élève quel que soit son âge (mais c'est mieux s'il est ado, âge de tous les dangers et de tous les dérapages) de révéler toute l'étendue de ses potentialités et de s'éveiller à la vie. Ce n'est pas une conception dénuée de fondement (après tout, le prof est bien un passeur de savoir) mais c'est prêter au prof des pouvoirs qu'il est loin de posséder (même s'il s'y essaye très fort, vous pouvez me croire sur parole). Et si le cinéma américain aime mettre en scène des profs charismatiques et forcément solitaires qui changent le monde par la seule force de leurs convictions et de leurs actes, il n'aime rien tant aussi que les histoires vraies, le fameux "based upon a true story" semblant assez paradoxalement servir de gage à la crédibilité et à la qualité de la fiction qui va suivre (car un film non-documentaire est toujours une fiction), comme s'il ne pouvait pas être de meilleures histoires que celles que nous sert la vie sur un plateau. Le film Ecrire pour exister (Freedom writers) réunissant ces deux tendances (le prof et l'histoire vraie), c'est donc avec une certaine réticence que je l'ai abordé (je précise aussi que je fuis généralement comme la peste les histoires qui mettent en scène des profs, pour des raisons aussi diverses que variées qui ont à voir, rapidement, avec la non-crédibilité en général du métier vu par le cinéma et le fait que j'y consacre suffisamment d'heures pour ne pas en plus avoir envie de voir mes conditions de travail sur écran, mais je m'égare).

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Ecrire pour exister met en scène avant tout la violence des adolescents, confrontés depuis leur naissance aux guerres des gangs et aux sanglants problèmes de frontières qui en résultent. La scène d'ouverture, qui montre quelques épisodes de la vie d'Eva, jeune fille d'origine hispanique, condense en quelques minutes la fatalité de la violence quotidienne subie par tous : on s'entretue parce qu'on n'a pas la bonne couleur de peau au bon endroit, les black contre les latinos, les latinos contre les cambodgiens, les cambodgiens contre les black et tous contre les blancs, les opprimeurs. Dans cet univers assez terrifiant, où les enfants de 9 ans meurent sous les balles, Erin Gruwell, collier de perles et tailleur chic, incarne alors tout ce que ces jeunes rejettent en bloc : elle est blanche, riche (du moins aux yeux de ces ados dont la plupart vivent dans la misère la plus totale, craignant à chaque instant l'expulsion ou les représailles de quelque usurier non payé) et cultivée. Car la culture et la littérature sont terra incognita pour ces jeunes, qui viennent au lycée par désoeuvrement. Erin se rend vite compte qu'il est impossible de les intéresser : comment se fasciner pour L'Odyssée (c'est le thème de ses premiers cours) quand on pense qu'on peut mourir à tout instant ? Comment penser qu'on peut réussir quand on n'a droit qu'à la version abrégée et illustrée de Romeo et Juliette parce que l'administration (qui pratique éhontément les classes de niveau et pense que ce genre de "classe-poubelle" n'a droit qu'à de la garderie de la part des enseignants) a décidé une bonne fois pour toutes que "ces élèves-là" ne méritent pas mieux ? Le combat qu'Erin décide alors de mener, la foi chevillée au corps, consiste en un premier temps à faire coexister pacifiquement ces élèves et à les amener à la littérature par le biais de romans qui leur parlent d'eux-mêmes (ce sera dans un premier temps un roman-documentaire sur un jeune dans un gang, encore le pouvoir de la réalité dans la fiction) puis par l'écriture de leur journal intime, pour, au terme d'un long travail (en gros une année scolaire), leur faire enfin cours de manière "normale".


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On ne peut pas nier qu'il y ait des ficelles dans ce film : Erin est vraiment caricaturale au début, toute en sourires niais et en bonne volonté désordonnée (le passage avec le rap en est un bon exemple mais il montre aussi que ce n'est pas une bonne idée de tomber dans la démagogie en essayant d'aller sur un terrain qu'ils maîtrisent évidemment mieux qu'elle) et le parallèle entre ces ados et Anne Franck n'est pas forcément des plus subtils mais le dieu des professeurs désespérés sait bien que parfois, pour aller d'un point A à un point B, il faut employer des chemins de traverse et que tous les moyens sont bons pour intéresser et faire lire des élèves récalcitrants. Plusieurs choses m'ont beaucoup touchée dans ce film, que ce soient les histoires personnelles de ces élèves ou l'obstination sans faille d'Erin, qui achète des livres pour eux sur ses propres deniers, organise des voyages pour les ouvrir au monde et soulève la montagne qu'est l'administration. Certes, le scénario en rajoute un peu pour faire pleurer dans les chaumières (et ça n'a pas loupé avec moi mais j'ai la larme facile) mais c'est un film finalement intelligent et plutôt lucide (un des meilleurs films sur l'enseignement à mon avis, en tout cas j'ai retrouvé beaucoup de moi-même dans le personnage d'Erin), qui prouve que rien n'est jamais perdu et que la littérature peut finalement sauver le monde. Vous avez compris, chers happy few : je recommande.


Ecrire pour exister (Freedom writers) de Richard Lagravenese, avec Hillary Swank, Patrick Dempsey, Scott Glenn..., 2007


Merci Virginie pour le prêt!

11.01.2009

Forever ?

twilight.jpg Doit-on vraiment pitcher, chers happy few ? Y en auraient-ils vraiment parmi vous qui auraient passé les derniers mois dans une cave et qui auraient échappé à la déferlante Twilight ? Pour ceux qui débarquent donc d'une planète sans Edward (les pauvres), je vous renvoie à mon billet (car parfois, je suis atteinte d'une espèce de paresse scripturale, chers happy few, et j'en suis bien marrie, vous pouvez me croire) (ou pas).


Bref. Serais-je allée voir Twilight si je n'avais pas lu la série ? Rien n'est moins sûr tant les bande-annonces, teasers et autres photos dévoilées sur le net depuis quelques mois ne suscitaient en moi aucun frisson de midinette. Et les billets des québécoises, qui l'ont vu il y a longtemps, ne m'avaient pas donné envie, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais pour la kulture, cette maîtresse exigeante, je me devais d'aller juger sur pièce cette adaptation, ce que j'ai fait, car parfois je suis consciencieuse, chers happy few.

Verdict ?

Eh bien, c'est un film qui ne révolutionne pas le genre (ni de l'adaptation, ni de la romance fantastique) mais que contre toute attente, j'ai bien aimé. Listons rapidement les défauts, si vous le voulez bien, chers happy few, même si cette liste risque de ne pas dire grand chose à ceux qui n'ont pas lu le roman, je vous en demande pardon à l'avance. Du côté du scénario, j'ai été globalement déçue par le début du film, surtout par la première apparition du clan Cullen à la cafétéria : on attend des étincelles, rien ne se passe, même si le choix d'habiller les "enfants" en blanc (sauf Edward qui apparaît en dernier) aurait dû contribuer à leur "apparition" quasi-céleste. Cela tient à mon avis au choix des acteurs qui jouent Rosalie (Nikki Reed, définitivement une erreur de casting) qui n'est pas suffisamment belle et Jasper (Jackson Rathbone), qui joue très mal les trois premiers quarts du film, manifestant sa "soif" inextinguible par des yeux exhorbités et un air stupide. Passé ce début raté, je n'ai pas été choquée comme je m'y attendais par la fameuse scène du ventilateur qui a tant fait rire Karine, parce qu'il me semble qu'il a justement été rajouté pour la compréhension de ceux qui n'ont pas lu le roman, même si le ralenti est too much. Les différents ajouts (la visite de la serre, la balade dans les arbres, la visite à la librairie) ne m'ont pas dérangée outre mesure, sauf que ça prend du temps sur la partie du roman la plus réussie (les nuits que passe Edward dans la chambre de Bella), sur lequel le film passe allègrement (une seule scène) et c'est bien dommage. Côté technique, les effets spéciaux sont globalement ratés, surtout les déplacements rapides des vampires : quand on ne fait que les entendre, ça fonctionne, dès qu'on les voit c'est à la limite du ridicule, parce qu'on ne nous propose que de banals accélérés, là où il aurait fallu inventer autre chose, et quand Edward grimpe aux arbres on croirait voir Spidey sans le costume, j'en ai pouffé, j'avoue. J'ai relevé aussi un flagrant problème de maquillage : il y a excès de poudre manifeste notamment sur le visage de Carlisle, le pauvre, et le rouge à lèvres d'Edward n'est pas toujours appliqué comme il faudrait (surtout au début, après la main du maquilleur s'est faite plus légère).


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Les Cullen au complet, mieux maquillés pour la photo que pour le film.


Du côté des qualités (car il y en a), disons que le roman est globalement respecté, dans l'esprit et presque dans la lettre et que tout ce qui en fait l'intérêt (la relation naissante entre Bella et Edward avec tout ce que cela comporte de sentiments contradictoires, de désir et d'interrogations) est très réussi. Kristen Stewart incarne une Bella très exactement semblable à celle que j'imaginais, maladroite, têtue, intelligente, jolie et solitaire et contre toute attente Robert Pattinson campe un Edward très convaincant (s'il était mieux maquillé ce serait parfait, mais j'ai même fini par oublier son vilain nez, c'est dire). Leur relation est très crédible et la scène du baiser est très réussie (la salle, bondée évidemment et très jeune, il faut le préciser (à vue de nez, 25 ans de moyenne d'âge), a d'ailleurs applaudi). Les vampires "rogue" (Laurent, Victoria et James) et la séquence finale de la traque et du combat sont fort bons, confirmant que plus le film avance, plus il s'améliore, ce qui est finalement assez étrange, mais c'est comme ça. Et enfin, disons un mot de Charlie (Billy Burke), excellent en taiseux et de Jacob (Taylor Lautner), qui malgré des dents un peu trop blanches (encore ce problème de maquillage, c'est terrible), a un beau potentiel (serai-je partiale, je ne peux le croire) : j'ai d'ailleurs regretté que la scène de révélation à La Push soit grandement tronquée.


Au final, c'est un film qui se laisse voir, mais qui a manifestement souffert d'un défaut de budget. Tout laisse à penser que devant le succès fulgurant de ce premier volume, les suivants n'auront pas les mêmes défauts. Wait and see, chers happy few, wait and see.


Twilight, de Catherine Hardwicke, avec pas mal de biologie inside et un daim qui court, comme ça, dans la forêt, à l'affiche actuellement.


Les billets très contrastés de Karine, Pimpi, Alwenn, Stéphanie, Tvless, Yueyin, Loulou, Ori, Nataka, Ankya (d'autres qui l'auraient vu et que j'aurais oubliés ? manifestez-vous dans les commentaires!)







05.01.2009

There is no Mr Darcy

Après un premier billet avec un sexy man inside, je vous propose un peu de Jane Austen, histoire de placer 2009 sous les auspices conjugués de la sexytude, des classiques et de la littérature anglaise, qui seront, n'en doutons pas, les maîtres mots de cette année qui débute (c'est là qu'en fin d'année on se rendra compte que je n'aurai lu que de la littérature moldave contemporaine et que je me serai fait une rétrospective Aldo Maccione et je passerai pour une idiote mais qu'importe).

miss austen.jpg Jane Austen approche de la quarantaine. Elle vit avec sa mère et sa soeur Cassandra, dans un cottage du Hampshire qui appartient à Edward, son frère aîné, et elle cherche à faire publier Emma. Sa nièce, Fanny, lui demande alors son opinion dans une affaire de coeur : doit-elle épouser Mr Plumptre s'il se déclare ?


Dans ce biopic très réussi (genre qui est décidément l'apanage des Britanniques qui y excellent), ce sont donc les deux dernières années de la vie de Jane Austen qui se déroulent sous nos yeux. On y découvre une jeune femme brillante et drôle, à l'esprit caustique souvent irrévérencieux, qui n'hésite pas à remettre à leur place ses interlocuteurs et à se moquer d'eux (comme dans une scène fort drôle où elle imite le chapelain du Régent, qui vient de la recevoir pour le thé). Elle a un comportement qui fait hausser le sourcil des bien-pensants (elle boit avec sa nièce puis va médire des gentlemen qui bavardent au salon, à l'abri derrière la fenêtre) et surtout de sa mère, acariâtre et parfois cruelle, qui lui reproche d'être à l'origine de leur pauvreté puisqu'elle a refusé la demande en mariage de Mr Bigg, une douzaine d'années auparavant.


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Au-delà de la peinture du caractère de Jane, qui, pour le peu que j'en sais, a l'air assez proche de l'idée que nous en avons au travers des lettres d'elle qui nous restent et de celles de sa soeur, ce téléfilm tente de répondre à la question qui taraude les amateurs de Jane (mais pourquoi donc ne s'est-elle pas mariée ?), en dressant le portrait doux-amer d'une femme qui a tenté, dans la mesure de ses faibles moyens, de mener la vie qu'elle entendait mener avec la seule arme qui était à sa disposition : refuser le mariage tant qu'il n'était pas d'amour. On y découvre une femme tout entière remplie du désir d'écrire, qui regrette de n'avoir pas su mettre sa mère et sa soeur à l'abri du besoin, ses frères s'en révélant finalement incapables. J'ai trouvé ce téléfilm très émouvant, sans conteste en grande partie grâce au jeu d'une impressionnante justesse d'Olivia Williams, qui est tout bonnement formidable (comme le reste de la distribution d'ailleurs). La réalisation, loin de tout académisme, rend la romancière éminemment vivante. Une réussite.


Miss Austen regrets de Jeremy Lovering, avec Olivia Williams (Jane Austen), Imogen Poots (Fanny Austen Knight), Greta Scacchi (Cassandra Austen), Hugh Bonneville (Révérend Brook Bridges), Adrian Edmondson (Henry Austen), Jack Huston (Charles Haden) et Phyllida Law (Mrs Austen)..., BBC DVD, malheureusement il n'y aucun bonus ce qui m'a fait un peu râler, j'avoue tout (car je me suis prise d'une passion pour les bonus DVD, j'ai même passé une heure l'autre jour à regarder les bonus de Lara Croft) (en fait j'attendais une interview de Daniel C., mais d'interview point, c'est la déception de la semaine, chers happy few).


Merci infiniment Lilly pour le prêt!

L'avis d'Emjy, conquise aussi.


PS : le titre de mon billet est emprunté à Jane qui dit qu'elle n'a jamais rencontré de Darcy, parce que la seule manière d'en rencontrer un, c'est de l'inventer.
PSbis : parce que je suis frustrée de n'être inscrite qu'à un seul challenge, emportée par un élan masochiste limite pulsionnel, j'ai décidé, chers happy few, de me lancer dans un Jane Austen Challenge 2009. Les règles ? Relire tous ses romans, visionner toutes les adaptations sur lesquelles j'arrive à mettre la main et lire au moins une biographie et un ouvrage critique (de type universitaire) sur Jane et son oeuvre. S'il y a des volontaires parmi vous, chers happy few, inscrivez-vous dans les commentaires : plus on est de fous, plus on lit (proverbe moldave, évidemment)!

22.10.2008

Not one single heartbeat

Quand on est une LCA de haute volée, chers happy few, comme nous toutes (je suis désolée mais j'emploie le féminin sciemment et non pour évincer sauvagement et arbitrairement nos amis masculins, vous l'allez comprendre à ce qui suit), on rêve toujours un jour de se retrouver dans son ou ses roman(s) préféré(s). Que celle qui n'a jamais caressé le vague espoir de croiser un jour Joffrey sur un bateau frappé du drapeau noir ou Rhett dans un bal me jette le boîtier de La rose pourpre du Caire, tiens, je le reverrais avec plaisir! (et avec les yeux, me dit-on en régie) Vous comprenez donc bien l'émoi qui fut le mien quand Dame Cuné, dans sa grande bonté, m'a prêté :


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Lost in Austen, une mini-série produite par itv.


Amanda Price (Jemima Rooper) est une jeune londonienne banale : elle travaille dans une banque, vit en colocation avec une copine, Piranha, a un petit ami ordinaire et tout sauf romantique mais qui l'aime vraiment, Michaël, et une mère un peu vulgaire qui redécore son appart' pour oublier la cinquantaine. Amanda n'est pas satisfaite de sa vie, et elle s'évade en lisant Orgueil et Préjugés en boucle. Un jour, elle entend du bruit dans la salle de bains et découvre une jeune femme habillée comme au XVIIIè dans sa baignoire : Elizabeth Bennett, peu satisfaite de la vie qu'elle mène à Longbourn, s'est échappée du roman d'Austen par une porte qui donne chez Amanda. Cette dernière, taraudée par la curiosité et par le désir fou de rencontrer enfin Darcy, franchit cette porte, qui se referme derrière elle et ne s'ouvre plus! Voilà donc notre Londonienne moderne prise au piège de la fiction...


Alors autant le dire tout de suite, chers happy few, j'ai adoré cette mini-série, qui joue avec habileté sur la connaissance qu'ont les spectateurs du roman et de l'adaptation BBC avec Colin Firth (c'est d'ailleurs le même Pemberley qui est filmé ici). On est plongé dans le premier épisode au tout début de l'intrigue du roman (Bingley vient d'arriver à Netherfield) et on croit que l'intrigue va suivre gentiment son cours. Or, l'arrivée tonitruante d'Amanda va tout modifier : elle agit à contre-temps, en ayant toujours à coeur de suivre l'histoire originelle, mais sa personnalité moderne se révèle forcément déroutante (quand elle se jette sur Bingley pour oublier le fiasco de la première rencontre avec Darcy ou quand, pour repousser les avances de Charles, elle s'invente un passé pour le moins sulfureux pour l'époque, qui aura une conséquence inattendue et drôlatique). Et plus elle tente de rectifier ce qu'elle a bien malgré elle modifié, plus elle s'enferre dans des situations invraisemblables, car la surprise vient de ce que ces personnages qu'elle prend pour des êtres de papier sont bien vivants et leurs actions ne sont pas écrites dans le marbre (la pauvre Jane en fera d'ailleurs les frais, de même que Charlotte Lucas). Voilà donc notre Amanda jouant les entremetteuses comme Emma et tirant maladroitement toutes les ficelles possibles à coup d'actions parfois irréfléchies (la scène de demande en mariage interrompue de Collins est extraordinaire dans le genre) ou de coup de pouce du monde moderne (elle est arrivée à Longbourn armée de son gloss et de ses doliprane).

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Et, bien évidemment, elle a beau clamer à tout le monde qu'il faut qu'Elizabeth revienne pour épouser Darcy, c'est elle qui tombe amoureuse du grand ténébreux (comment lui en vouloir, oh my), qui, c'est étrange, porte la même garde-robe que Colin jadis (ah, ce manteau cache-poussière!) et à qui elle demande de plonger dans le lac de Pemberley dans une scène d'anthologie dont je ne me remettrai je pense jamais. Incarné par un Elliot Cowan inconnu au bataillon, Darcy est follement séduisant (ce sourire en coin qui met du temps à arriver, ah, j'en frissonne encore) et aussi évidemment follement énervant dans sa rigidité morale et sa péremptoirité arrogante (j'invente des mots si je veux, d'abord, c'est parce qu'il le vaut bien). Les autres acteurs sont à la hauteur de rôles finalement pas si figés que ça : j'ai adoré Mr Collins (Guy Henry) aussi épouvantable que dans le roman, Charles Bingley (Tom Mison) est charmant tout plein, Mr Bennett (Hugh Bonneville) est parfait et il sort enfin de sa bibliothèque pour défendre fermement l'honneur d'une de ses filles et Mrs Bennett (Alex Kingston, parfaite aussi) prend enfin sa revanche en se révélant être une mère peinée par le malheur de sa fille et sa réplique finale à Lady Catherine de Bourgh (excellente Lindsay Duncan) vaut son pesant de dentelles. J'ai beaucoup aimé la réécriture du personnage de Wickham (Tom Riley) (le seul qui ne corresponde pas du tout finalement au roman), à la fois cohérente et sensible. Le tout forme un ensemble enlevé (4 épisodes de 45 mn seulement), bourré d'humour, de rebondissements et de suspense. Indispensable!


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Lost in Austen, disponible en DVD (4 épisodes et en bonus, le tournage et des mini-interviews des acteurs)
La série est visible aussi sur le net

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La scène de la chemise mouillée est ici

PS : encore merci Dame Cuné, grande austenite devant l'Eternel!
PSbis : le titre de ce billet est le début du petit mot glissé par Darcy sur la porte qui ouvre les deux mondes. Pour savoir quelle en est la suite et quelle est la réaction d'Amanda, il faudra voir le dernier épisode, chers happy few!
PSter : je trouve fascinant le rapport qu'entretiennent les Anglais avec leur littérature. Franchement, ce genre de série avec un classique français me paraît complètement impossible : qui connaît suffisamment bien l'intrigue de La chartreuse de Parme (au hasard) (of course) ou des Misérables pour être plongé dans une intrigue revisitée ?

11.08.2008

What would Jane do ?

22218485_p.jpg Bernie (Kathy Baker) décide de créer un club de lecture pour soutenir moralement Jocelyn (Maria Bello), qui vient de perdre son chien (elle les élève) et y intègre sur un coup de tête Prudie (Emily Blunt), jeune prof de Français désemparée. S'ajoutent Sylvia (Amy Brenneman), que son mari vient de plaquer après plus de 20 ans de mariage, Allegra (Maggie Grace), la fille de Sylvia, et Grigg (Hugh Dancy), un jeune homme qui n'a jamais lu Jane Austen, fan de S-F, qui craque pour les beaux yeux de Jocelyn, alors que celle-ci voudrait qu'il séduise Sylvia. Tout ce petit monde se retrouve une fois par mois pour parler d'un roman de Jane Austen (en commençant par Emma, en finissant par Persuasion) et leurs histoires personnelles se nouent et se dénouent avec celles des personnages de Jane en toile de fond...


Je vous avoue tout de suite, chers happy few, que le roman éponyme dont ce film est tiré, Le club Jane Austen de Karen Joy Fowler, m'est tombé des mains et je n'ai pas pu le finir, à cause d'un problème de narration qui m'a grandement enquiquinée : le récit est mené à la première personne mais on ne sait pas qui parle, et croyez-moi, j'ai cherché. J'étais tellement agacée que j'ai abandonné à la page 50, mais comme l'esprit de contradiction ne m'est pas étranger (oui, je sais, je litote, et alors ?), j'avais très envie de voir ce film, que Cuné a qualifié de "comédie romantique littéraire", ce qui suffit largement à me faire allumer le lecteur DVD (oui, je suis faible, je sais, c'est le drame de ma vie).


Et je peux vous dire, chers happy few, que je suis ravie d'être une faible femme parce que je me suis proprement régalée en visionnant ce film! Je trouve que la façon dont les romans de Jane Austen sont utilisés dans le cours de la narration est particulièrement réussie : les personnages lisent ses romans et en discutent, ce qui est intéressant et montre d'ailleurs à quel point chacun a une vision différente de l'oeuvre de la romancière et comment chacun projette sa propre vie dans les romans ; ils tentent parfois d'en tirer des leçons de morale pour leur propre vie (ce qui culmine dans la scène de l'hôpital où Prudie semble prendre une décision sur laquelle elle reviendra plus tard) et sans s'en rendre compte, ils ont des traits de caractère qui rappellent certains personnages (Jocelyn, comme Emma, veut jouer les entremetteuses à tort et à travers, Allegra, comme Marianne "loves fast and leaves fast", Sylvia ressemble à Anne, qui attend et aime de nouveau, etc.). Rien que ça, chers happy few, vaut vraiment le détour. Ajoutons à cela des passages de comédie pure (souvent avec le personnage de Grigg, interprété par un acteur que je ne connaissais pas, qui est charmant tout plein, et qui se prénomme Hugh, comme quoi, l'étymologie est vraiment une science exacte), des dialogues enlevés (j'ai adoré quand Bernie dit qu'il est largement temps de lire Orgueil et Préjugés "because [she] could use a Mr Darcy in the woods right now"), des discussions de filles, des histoires d'amour (comme Cuné, j'ai une tendresse particulière pour le couple formé par Sylvia et Daniel), des passages très émouvants (notamment la réconciliation de Prudie et son mari (interprété par Marc Blucas, les Buffy's fans savent donc de qui il s'agit) autour de Persuasion, le roman devenant le pont entre leur incompréhension mutuelle) et un amour des livres qui transparaît tout du long et qui culmine dans la scène finale puisque Dean, le mari de Prudie se met lui aussi à la lecture, ce qui n'était pas gagné... et on obtient un excellent film, chers happy few!


Et vous, quel personnage de Jane Austen seriez-vous, chers happy few ?


The Jane Austen Book Club de Robin Swicord, avec Kathy Baker, Maria Bello, Marc Blucas, Emily Blunt, Amy Breneman, Hugh Dancy, Maggie Grace... Sony Pictures
Le roman de Karen Joy Fowler est disponible chez Folio.


PS : bonne nouvelle pour ceux qui ne pratiquent pas l'anglais, la zone 2 française sort le 10 septembre prochain!
PSbis : merci infiniment Cuné pour le prêt!
PSter : ce film est l'occasion pour moi de créer une nouvelle catégorie, qui sera consacrée aux adaptations littéraires (certes, je n'ai pas lu le roman dans ce cas précis, mais on ne va pas se laisser arrêter par si peu, non mais).


Les billets d'Emjy, enchantée aussi et de Cuné, ambassadrice de Jane for ever!