08.12.2010
Challenge Lunettes noires sur pages blanches, piqûre de rappel
Attention, joueurs happy few, il ne reste plus que 3 semaines aux valeureux inscrits du très couru Challenge Lunettes noires sur pages blanches pour achever leurs lectures/visionnages/billets, et si j'en crois ma liste de liens (qui normalement est à jour, si ce n'est pas le cas, merci de hurler (mais courtoisement) dans les commentaires de ce billet), certains ont manifestement occupé 2010 à bien autre chose qu'à ce Challenge, ce qui est évidemment bien malheureux, limite incompréhensible.
Pour l'instant le "podium" est le suivant : Mélusine arrive en tête avec 18 billets (bravo!), suivie de Carole (12) et Bladelor (9), talonnée par Joelle (8) ; PtitMog (6), Cynthia (5), Miss Babooshka (5) sont dans un mouchoir de poche, devant Choco (4), La plume et la page (4), A propos de livres (3), Christelle (2), Neph (2), Maggie (2), Papillon (2), The Bursar (2), Theoma (2), Viviane (2), Ankya (1), Didouchka (1), Fleur (1), L'or des chambres (1), Lau(V) (1), Leiloona (1), Liza Lou (1), Romanza (1), Virginie (1), Titine (1).
Encore un effort, chers happy few! A vos lecteurs DVD!
Ankya : Stupeurs et tremblements.
A propos de livres : Je vais bien, ne t'en fais pas, Le chien jaune, Le garçon en pyjama rayé
Bladelor : sur les traces d'Anna Karénine, Les royaumes du Nord, Le lièvre de Vatanen, Millenium, Les vestiges du jour, Alice au pays des merveilles, Percy Jackson and the lightning thief, Vampire Knight, Harry Potter 7
Carole : Whiteout, Les 39 marches (roman + adaptation de 1935 et adaptation BBC de 2005), Human target, Confessions d'un homme dangereux, High Fidelity, Le guide du voyageur galactique, Kick-Ass, JPod, Sherlock Holmes (série BBC 2010), Scott Pilgrim, Jane Eyre (version BBC 2006), True Blood tome 3/saison 3
Céline
Choco : Mademoiselle Chambon, Barberousse, La submersion du Japon, Tatouage, Le vieux jardin
Christelle : Anna Karénine, L'allée du roi.
Constance 93 : L'étrange histoire de Benjamin Button
Cynthia : Soie, Lettres à Fanny/Bright star, Tous les matins du monde, L'annulaire, Haute fidélité
Didouchka : Au plaisir de Dieu
Fleur a lu Alice au pays des merveilles et revu la version Disney en attendant la sortie de celle de Tim Burton. La tête en friche
Gaspara
George : 84 Charing Cross road, Persuasion
Gio
Joelle : Twilight, L'étrange histoire de Benjamin Button, Shutter Island, Le mystère de la chambre jaune, La cérémonie/L'analphabète, La moustache, La répudiée, De grandes espérances
L'or des chambres : Paradis conjugal d'Alice Ferney, roman fortement inspiré de Chaînes conjugales de Mankiewicz, Je suis une légende
La plume et la page : Les six Napoléon de Conan Doyle/épisode avec Jeremy Brett, Le chien des Baskerville, Anges et démons, Le diable s'habille en Prada
Livretvous
Liza Lou : Pygmalion/My fair lady
Maggie : La controverse de Valldolid, Into the wild
Mélusine : Le tour du monde en 80 jours, Thérèse Raquin, Alice au pays des merveilles, Dracula, Le diable s'habille en Prada, Dorian Gray, La gloire de mon père, Le liseur, L'étrange histoire de Benjamin Button, Le colonel Chabert, Le château de ma mère, Le dahlia noir, L'enquête corse, Matilda, Oh boy, Le guide du voyageur galactique, Oscar et la dame rose, Balzac et la petite tailleuse chinoise, La guerre des mondes
Meria : Orgueil et préjugés
Miss Babooshka : Princess Bride, Breakfast at Tiffany's, Persuasion, Kick Ass, Tante Mame, Max et les maximonstres, Cendrillon, Raiponce, Ruy Blas
Neph a lu Un tramway nommé désir en attendant de regarder Marlon-sexy-Brando et lu Thérèse Raquin avant la version Carné.
Papillon : Sherlock Holmes, Adèle Blanc-Sec
PtitMog : Shutter island, Le liseur, L'élégance du hérisson, Gatsby le magnifique, Mange, prie, aime, Julie et Julia
Romanza : Le voile des illusions/La passe dangereuse
Slo
The Bursar : Sherlock Holmes, The men who stare at goats (Les chèvres du Pentagone)
Thomas : Running with scissors, The red riding trilogy
Virginie : Les sorcières d'Eastwick
Virginie : A l'est d'Eden
Viviane s'est penchée sur Atonement (Expiation)/Reviens-moi. puis sur L'adversaire.
Moi-même : Hamlet, Le portrait de Dorian Gray
EDIT de 11h17 : Comme je n'ai manifestement pas été suffisamment claire dans mon billet, je rappelle que les liens manquants doivent être ajoutés dans les commentaires de ce billet-ci et pas ailleurs. Merci de bien vouloir me faciliter la tâche.
06:12 Écrit par fashion dans Challenge Lunettes noires sur Pages blanches | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note | Tags : je ne lis pas grand chose en ce moment, limite panne de lecture, mais je poste des billets fascinants, of course
13.02.2010
Be careful what you wish for
En septembre dernier est sorti en Grande-Bretagne, comme les Colinophiles le savent bien (oui, il y avait trop longtemps que le nom de Colin n'avait pas été mentionné dans ce salon, avouez que ça vous a manqué, happy few de bon goût), une nouvelle adaptation du Portrait de Dorian Gray. Annoncé sur les écrans français pour décembre 2009, ce film n'a jamais atteint nos salles de cinéma (encore un, mais j'ai fini par en prendre mon parti), mais il est déjà sorti en DVD chez nos amis britons et Cuné, en bonne colinophile, se l'est rapidement procuré et me l'a prêté (y a pas à dire, c'est chouette les copines). Et comme je n'avais plus qu'un vague souvenir du roman de Wilde, lu il y a une bonne vingtaine d'années, j'ai décidé de le relire avant de regarder le film (ça va devenir une habitude, j'ai comme l'impression que j'aurais dû me lancer dans un Challenge relecture).
J'ai donc exhumé le roman de l'étagère où il dormait... et j'ai rapidement interrompu ma relecture, agacée par un style pompeux et un peu maniéré. "No way qu'Oscar écrive comme ça", me suis-je dit en français, en substance et en mon for intérieur (oui, je suis polyglotte, chers happy few), et je suis passée, comme ça, paf sur une pulsion, chez WH Smith acheter, pour la modique somme de 3 euros :

The picture of Dorian Gray en anglais, donc.
Et évidemment, j'ai bien fait. Parce que j'avais raison, le style de Wilde n'est ni pompeux ni maniéré. Non mais.
Je résume rapidement l'histoire même si elle est célébrissime (enfin, manifestement pas pour tout le monde comme l'expérience va le prouver, mais n'anticipons point, chers happy few, all in good time) : Dorian Gray est un jeune homme très riche, orphelin et un peu naïf, qui n'a pour seules qualités que sa beauté et sa jeunesse. Flatté de toutes parts, il conçoit pour sa plastique ravageuse un intérêt fort vain, qui culmine quand Basil Hallward, un peintre londonien secrètement épris de lui, réalise un extraordinaire portrait du jeune homme. Le jour où Basil achève ce portrait, Lord Henry Wotton, un de ses amis, riche aristocrate décadent, à l'esprit affûté et aux moeurs un peu discutables, lui rend visite. Il vante à Dorian les mérites d'une vie entièrement consacrée à la recherche des plaisirs les plus divers et celui-ci, entraîné dans la discussion, souhaite étourdiment conserver une éternelle jeunesse alors que le portrait porterait à sa place les traces de la vieillesse et de la perversion. C'est bien évidemment ce qui va se produire.
Le portrait de Dorian Gray est un roman fantastique finalement très moral qui montre la déchéance toujours plus grande d'un homme assuré que personne ne verra jamais quels abîmes de turpitude il a atteint. Le tableau est l'âme de Dorian, qui, séparé ainsi de sa conscience, agit sans se soucier des conséquences sur ceux qui croisent sa route. Homme superficiel, influençable et plus indifférent que véritablement immoral, il se livre à la débauche la plus totale en toute impunité, ce qui est évidemment suggéré, rien n'étant jamais clairement décrit ou écrit. Tout l'intérêt du roman réside dans l'évolution du personnage de Dorian, à la fois fasciné et horrifié par ce tableau au point de cesser de voyager pour ne pas le quitter, incapable d'arrêter la spirale infernale dans laquelle il s'est lui-même projeté, ne craignant pas de mourir mais effrayé par cette possibilité et capable pour se sauver des pires exactions. C'est un personnage ambigu, qui ne trouvera jamais le chemin de la rédemption en raison de sa trop grande lâcheté et qui sera au final miné par le poids du secret. La grande force du roman, ce sont les dialogues, brillantissimes, où s'expriment toute la verve et la férocité de Wilde, satiriste hors pair qui croque les travers de ses contemporains avec un brio et une concision jubilatoires. Il est moins à l'aise avec les descriptions et les ellipses narratives, tout le chapitre XI, par exemple, qui est censé combler une grosse quinzaine d'années est un peu longuet et à mon avis en grande partie dispensable.
Le film d'Oliver Parker est totalement raté, chers happy few (oui, je sais, je le dis sans ménagement, mais vous vous en remettrez). Malgré la présence de Colin Firth dans le rôle de Lord Henry et celle du choupitrognon Ben Barnes (déjà remarqué dans Easy virtue et dans Le prince Caspian) dans celui de Dorian, le film souffre d'un manque total de rigueur dans l'adaptation. Je pense que pour être réussie, une adaptation ne doit pas forcément suivre la lettre du roman mais elle doit en capturer l'esprit. C'est ainsi que malgré toutes ses coupes, Gone with the wind est une merveilleuse adaptation ou que malgré le remaniement de l'histoire, Blade runner est une réussite. Or, ici, le roman est malmené dans ce qu'il a de fondamental, c'est-à-dire la relation narcissique et secrète, faite de répulsion et de fascination que Dorian entretient avec son tableau et donc avec son âme. A ce titre, la dernière demi-heure, où tous les personnages font la course au grenier pour découvrir le secret de Dorian est un contresens total : dans le roman, nul ne comprend que Dorian a un secret et quand il tente à mots couverts d'avouer son crime à Lord Henry, celui-ci ne le croit pas une seconde. Et ce final ridicule a été amené par une heure trente de métrage qui a accumulé les erreurs d'écriture : la liaison de Dorian et de Sybil, qui est le commencement de la fin pour lui est ici réduite à sa plus simple expression et fait exploser un des thèmes centraux du roman qui est le secret puisque Dorian reçoit la jeune fille chez lui (hérésie, elle ne connaît même pas son nom!) et la scène de rupture, qui est dans le roman à la fois terrible et fascinante, et dans ce qu'elle démontre du caractère de Dorian et dans la réflexion sous-jacente sur les rapports entre l'Art et la réalité, est expédiée en deux minutes pour un motif sordide ; le personnage de James est maltraité au possible et se voit du coup privé de sa fonction narrative puisque c'est quand même lui qui induit chez Dorian un sentiment de terreur ; Dorian quitte l'Angleterre pendant une vingtaine d'années, coupant toute relation avec le cercle qu'il fréquentait... pour ne parler que des modifications apportées au roman.
Parce qu'il y a encore pire, chers happy few. Si, si. Il y a des ajouts. C'est vrai, ça, le matériau de départ était un peu insuffisant quand même. Et c'est du grand n'importe quoi. Commençons par un détail : le film s'achève pendant la Première Guerre Mondiale. Je rappelle que le roman a été publié en 1891 et que Wilde est mort en 1900. Passons. Plus grave, Lord Henry se voit affublé d'une fille, qui va bien évidemment tenter d'influer sur le cours de l'histoire : j'ai bien craint un moment une fin pleine de bons sentiments où Dorian, en bon repenti, serait parti refaire sa vie aux Etats-Unis et gambader dans les champs en donnant la main à Emily, chabadabada. Cet ajout de taille transforme bien évidemment totalement le personnage de Lord Henry, qui est, pensez donc, pas très content que sa fille batifole avec Dorian qui a une sale réputation quand même (et ça on le sait bien, parce que comme les spectateurs modernes ne peuvent pas imaginer la débauche, on nous la montre : parties fines, scènes sado-maso, drogues, Dorian est un garçon très occupé). Du coup, Lord Henry, pour sauver sa fille des bras du vilain séducteur, mène une enquête brillante et comprend que Dorian a vendu son âme au diable (c'est très facile, il suffit de brûler un pétale de rose rouge à la flamme d'une bougie en disant "oui, j'aimerais bien vendre mon âme au diable pour avoir la jeunesse éternelle") et il décide de mettre bon ordre à ces débordements, ce qui nous ramène au final proprement éblouissant de niaiserie. Si on ajoute à cela des scènes totalement dispensables comme celle avec Basil (pauvre personnage, qui devient quasiment muet, n'a pas l'air de trouver à redire aux agissements de Dorian pour se réveiller tout d'un coup et se retrouver à faire une gâterie au jeune homme en pleine orgie...) (oui, quand je disais que c'était n'importe quoi, je n'exagérais pas, chers happy few), des dialogues pâlichons (alors que quand même, il y avait de quoi faire avec les dialogues du roman, il suffisait de les re-co-pier) et une interprétation pas toujours très juste (Ben Barnes a beau être mignon comme un coeur, il ne fait pas vraiment le poids face aux autres acteurs, surtout face à Colin avant qu'il ne se transforme en fin limier, la perruque au vent et la robe d'intérieur ceinturée, ce qui n'est pas son meilleur rôle, il est bien meilleur au début du film), on obtient une adaptation totalement dispensable, chers happy few.
Oscar Wilde, The picture of Dorian Gray, Penguin Popular classics, 256 pages, 1994, première publication 1891
Dorian Gray, réalisé par Oliver Parker, avec Colin Firth et Ben Barnes, 2009, DVD zone 2, import anglais uniquement, VO et VOST VO
Merci Cuné pour le prêt!



Challenge English Classics : 2/2
Challenge Lire en V.O : 8/12
Challenge Lunettes noires sur pages blanches : 2
01:14 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Challenge Lunettes noires sur Pages blanches, De l'écrit à l'écran, Littérature anglo-saxonne, Révisons nos classiques | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : oscar wilde, le portrait de dorian gray, coliiiin je t'aime quand même, il me tarde de le voir dans a single man, ben va falloir faire des progrès choupinet
06.02.2010
"The rest is silence"
Il y a de nombreuses années (je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, chers happy few), le ciné-club de la petite ville de province où je vivais (oui, c'est souvenirs time mâtiné de je raconte ma vie, mais bon, ça arrive si peu souvent que vous n'allez pas vous en plaindre, non ?) avait proposé une semaine thématique autour d'Hamlet. C'est ainsi que je découvris, médusée, l'interprétation hystérique de Mel Gibson dans l'adaptation de Zeffirelli (et croyez-moi, ceux qui n'ont pas vu ça n'ont rien raté sauf un immense fou rire et beaucoup de soupirs), celle, assez collet monté de Laurence Olivier (acteur qui ne m'a décidément jamais convaincue) et quelques curiosités comme Hamlet goes business d'Aki Kaurismaki, qui transpose l'histoire dans les années 30. Et comme j'ai toujours été une obsessionnelle monomaniaque, chers happy few (ça doit être génétique, je ne vois que ça) j'en avais profité pour lire la pièce en français dans la traduction de François-Victor Hugo (ça a l'air d'être un détail mais cette pièce a été traduite à de nombreuses reprises et je n'aime pas du tout la version de Gide disponible en Pléiade, par exemple) (et celle de Hugo n'est trouvable que d'occasion). Et si mon histoire avec Shakespeare ne faisait que commencer, puisque j'ai lu et vu un grand nombre de ses pièces et que The Tempest fut ma toute première expérience de théâtre en anglais, celle avec Hamlet, elle, s'était arrêtée là (si l'on excepte sa drôlatique thérapie dans Something rotten du grand Jasper).
Jusqu'à ce que.
Jusqu'à ce que David Tennant, un jeune acteur inconnu (comment ça je plaisante, chers happy few ? je n'oserai pas, c'est si peu dans ma manière) reprenne le rôle en 2009, au théâtre d'abord, puis dans un téléfilm de la BBC adapté de la mise en scène de la RSC (Royal Shakespeare Company). Je me suis procuré le DVD (une pulsion inexplicable, évidemment) et, avant que de me lancer dans le visionnage, j'ai eu envie de relire la pièce. Et comme depuis une dizaine d'années je lis des romans en anglais, j'ai décidé, wild girl que je suis, de lire Hamlet dans la langue de Shakespeare (oui, je sais, elle est facile celle-là, vous pouvez me jeter des exemplaires du dernier Zeller pour me punir, je le mérite, va). Mais comme je suis une aventurière en pantoufles, j'ai opté pour la version bilingue, et ça tombait bien, celle de François Maguin publiée chez G-F était dans ma PAL depuis le Doctor Swap ; comme quoi tout est dans tout et inversement comme disait le poète moldave en se servant une bière.

Et figurez-vous, chers happy few, que j'ai eu le choc de ma vie.
Le style de Shakespeare, mélodieux et imagé, âpre et incandescent, m'a littéralement transportée et j'ai passé trois jours cramponnée à mon exemplaire (qui a d'ailleurs beaucoup souffert le pauvre, il est corné de partout et plein d'annotations de toutes les couleurs) au point d'en rater ma correspondance dans le métro (la preuve ultime comme le savent les citadins), de ne parler que de ça autour de moi (les méchantes langues vous diront que ça les a changées du Docteur mais il ne faut pas écouter les médisants) et d'en relire des passages aussitôt terminés (une chose que je ne fais jamais), et même d'en apprendre par coeur ("A murderer, a villain...", pouvait-on m'entendre déclamer en me brossant les dents, car oui, je suis multitâches, qui en doutait). Bref, un coup de foudre comme il en arrive quelques-uns dans une vie de lectrice, bouleversant et irrémédiable.
Je pitche quand même pour ceux qui auraient passé les cours d'anglais à se demander où est ce maudit Brian : Hamlet, prince du Danemark, est rentré au pays pour assister aux funérailles de son père et au remariage de sa mère, Gertrude, avec Claudius, frère de feu le roi. Hamlet, personnage déjà naturellement enclin à la mélancolie, est bouleversé par la révélation du spectre de son père qui lui apparaît une nuit : Claudius l'a assassiné et il exige que son fils le venge.
Il a été tant écrit sur cette pièce, chers happy few, que je me contenterai du minimum : Hamlet est à la fois une tragédie antique (famille maudite, reine sur qui pèse le soupçon de l'adultère, frère meurtrier, trouble relation entre Hamlet et sa mère, folie et vengeance), une pièce politique (cour corrompue emplie de courtisans serviles comme Osric ou Polonius, qui sont prêts aux pires exactions pour satisfaire le roi comme Rosencrantz et Guilderstern qui emportent en Angleterre la condamnation à mort d'Hamlet sans sourciller) et psychologique, Hamlet étant un personnage d'une incroyable complexité, qui s'interroge sans cesse sur ses actions, ce qui est parfaitement visible dans les nombreux et longs monologues qui sont les siens. Jeune homme populaire, qui simule la folie pour se donner l'avantage de la surprise avant que d'être victime de son propre stratagème, dangereux ("Yet I have in me something dangerous/Which let thy wisdom fear", dit-il à Laerte le jour de l'enterrement d'Ophelia) et aux sentiments ambigus. Et cette histoire pleine de bruit et de fureur, qui s'achève dans un bain de sang, est servie par une langue fabuleuse, chers happy few. Vers et prose alternent dans un style flamboyant et puissant, certes difficile (il m'est arrivé de devoir me raccrocher à la traduction, très littérale, de François Maguin, notamment pour élucider quelques problèmes de syntaxe), mais sublime.
Quant à l'adaptation, elle est très intéressante dans ses parti-pris de mise en scène et dans sa volonté d'être un mélange entre théâtre et téléfilm : le décor est un lieu vaste et vide, tout de noir tendu, avec un sol réfléchissant, directement emprunté à la mise en scène théâtrale, et un miroir brisé revient comme un fil rouge (le thème du miroir parcourt la pièce et sur la scène il y avait un miroir gigantesque). La scène est filmée par des caméras de surveillance, qui prennent parfois le relais de la caméra, pour bien montrer la surveillance constante qui est à l'oeuvre dans la pièce, surveillance dont Hamlet se sent l'objet et qui n'est pas simple paranoïa de sa part. Et si l'utilisation de ce procédé m'avait semblé un peu artificiel au départ, il prend tout son sens dans la scène où Hamlet, qui se sent surveillé, arrache la caméra du mur et dit "Now I am alone". Du côté du texte, certaines coupes ont été effectuées, parfois juste quelques vers dans une tirade, ou un échange, parfois aussi des scènes entières comme la scène 6 de l'acte IV ou le début de la scène 7, ce qui conduit à un resserrement de l'intrigue en supprimant tout le retour d'Hamlet et l'explication du destin de Rosencrantz et Guildenstern et presque purement et simplement l'aspect guerrier (le roi de Norvège vient réclamer ce qui fut pris 30 ans auparavant), ce qui explique aussi la fin, le téléfilm s'arrêtant à la mort d'Hamlet et non à l'arrivée de Fortinbras. Le plus étonnant reste le télescopage entre les actes II et III : en plein milieu de la scène 2, quand Gertrude dit voir entrer Hamlet, le texte saute à la scène 1 de l'acte III, où Polonius enjoint à sa fille d'engager la conversation avec Hamlet, conversation suivie par les deux pères derrière un miroir sans tain, puis à la fin de la confrontation entre Hamlet et Ophelia on revient à la scène entre Polonius et Hamlet, scène qui prend évidemment un sens différent puisque la confrontation entre les deux jeunes gens a déjà eu lieu. Je ne sais pas encore si ce "montage" se justifie, il faudrait pour ça que je voie d'autres adaptations, une chose est certaine, il ne nuit aucunement à la fluidité de l'intrigue.
Il faut évidemment dire un mot de l'interprétation, que j'ai trouvé impeccable chez tous et franchement extraordinaire de la part de David Tennant. Il campe un incroyable Hamlet, d'une infinie justesse dans toutes les situations et émotions, et son interprétation du célébrissime "To be or not to be" est d'une beauté à faire pleurer (j'ai versé une larme, parce qu'on ne se refait pas, chers happy few). Il y a une intensité folle dans ses regards, ce qui est bien évidemment la (seule ?) supériorité de la télévision sur le théâtre : les gros plans permettent de saisir les nuances perdues pour les spectateurs dans une salle de théâtre, de même que le texte peut se permettre d'être ici intériorisé et dit dans un souffle et non projeté pour des centaines de spectateurs. J'ai été vraiment impressionnée par sa prestation, à tel point que je me suis repassé certains passages (comment ça, je suis obsessionnelle, chers happy few ?).
Au final, c'est une adaptation que je recommande chaudement, chers happy few, et que je vais pour ma part chérir, en attendant de voir celle de Brannagh, acquise la semaine dernière. Entre Hamlet et moi c'est décidément une folle histoire d'amour.
William Shakespeare, Hamlet, G-F, 541 pages, introduction, traduction et notes de François Maguin, 1995. Le texte de Shakespeare date de 1600, possiblement de 1599.
Hamlet, une production de la RSC, dirigée par Gregory Doran, BBC, 2009. Disponible en DVD zone 2 import anglais uniquement, VO et VOST VO.



Challenge Lunettes noires sur pages blanches : 1
Challenge Lire en VO : 7/12
Challenge English classics : 1/2
18:26 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Challenge Lunettes noires sur Pages blanches, Littérature anglo-saxonne, Révisons nos classiques, Séries télé, Un grand cri d'amour | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note | Tags : hamlet, william shakespeare, je veux un slat à son effigie, david forever
16.01.2010
Lunettes noires sur Pages blanches, les participants
Parce que les blogueurs sont de grands challengeurs devant l'Eternel et que rien ne les arrête, nous sommes déjà 74 à participer au Challenge Lunettes noires sur Pages blanches consacré aux adaptations cinématographiques, chers happy few. Et c'est en commentaire de ce billet, qui sera directement accessible par un lien dans la colonne de droite, que vous déposerez les liens vers votre billet. Je rappelle qu'il est bien évidemment possible de lire, voir et chroniquer plusieurs romans et adaptations, il paraît même que celui ou celle qui rédigera le plus de billets sera récompensé, chers happy few. Décidément, la mansuétude nous habite.
Ankya : Stupeurs et tremblements.
A propos de livres : Je vais bien, ne t'en fais pas, Le chien jaune, Le garçon en pyjama rayé
Bladelor : sur les traces d'Anna Karénine, Les royaumes du Nord, Le lièvre de Vatanen, Millenium, Les vestiges du jour, Alice au pays des merveilles, Percy Jackson and the lightning thief, Vampire Knight, Harry Potter 7
Carole : Whiteout, Les 39 marches (roman + adaptation de 1935 et adaptation BBC de 2005), Human target, Confessions d'un homme dangereux, High Fidelity, Le guide du voyageur galactique, Kick-Ass, JPod, Sherlock Holmes (série BBC 2010), Scott Pilgrim, Jane Eyre (version BBC 2006), True Blood tome 3/saison 3
Choco : Mademoiselle Chambon, Barberousse, La submersion du Japon, Tatouage
Christelle : Anna Karénine, L'allée du roi.
Cynthia : Soie, Lettres à Fanny/Bright star, Tous les matins du monde, L'annulaire, Haute fidélité
Didouchka : Au plaisir de Dieu
Fleur a lu Alice au pays des merveilles et revu la version Disney en attendant la sortie de celle de Tim Burton.
Gaspara
Joelle : Twilight, L'étrange histoire de Benjamin Button, Shutter Island, Le mystère de la chambre jaune, La cérémonie/L'analphabète, La moustache, La répudiée, De grandes espérances
L'or des chambres : Paradis conjugal d'Alice Ferney, roman fortement inspiré de Chaînes conjugales de Mankiewicz.
La plume et la page : Les six Napoléon de Conan Doyle/épisode avec Jeremy Brett, Le chien des Baskerville, Anges et démons, Le diable s'habille en Prada
Liza Lou : Pygmalion/My fair lady
Maggie : La controverse de Valldolid, Into the wild
Mélusine : Le tour du monde en 80 jours, Thérèse Raquin, Alice au pays des merveilles, Dracula, Le diable s'habille en Prada, Dorian Gray, La gloire de mon père, Le liseur, L'étrange histoire de Benjamin Button, Le colonel Chabert, Le château de ma mère, Le dahlia noir, L'enquête corse, Matilda, Oh boy, Balzac et la petite tailleuse chinoise, Le guide du voyageur galactique, Oscar et la dame rose
Miss Babooshka : Princess Bride, Breakfast at Tiffany's, Persuasion, Kick Ass, Tante Mame
Neph a lu Un tramway nommé désir en attendant de regarder Marlon-sexy-Brando et lu Thérèse Raquin avant la version Carné.
Papillon : Sherlock Holmes, Adèle Blanc-Sec
PtitMog : Shutter island, Le liseur, L'élégance du hérisson, Gatsby le magnifique, Mange, prie, aime, Julie et Julia
Romanza : Le voile des illusions/La passe dangereuse
Slo
The Bursar : Sherlock Holmes, The men who stare at goats (Les chèvres du Pentagone)
Thomas : Running with scissors, The red riding trilogy
Viviane s'est penchée sur Atonement (Expiation)/Reviens-moi. puis sur L'adversaire.
Moi-même : Hamlet, Le portrait de Dorian Gray
Edit du 01/02/2010 : les inscriptions sont closes, chers happy few, car ça devenait difficilement gérable...
21:14 Écrit par fashion dans Challenge Lunettes noires sur Pages blanches | Lien permanent | Commentaires (157) | Envoyer cette note | Tags : je suis dans les specials du docteur, tout est dit
12.01.2010
Oops, I did it again!
(comme disait Landru en découpant soigneusement sa cinquième victime.)
Le Challenge est ouvert jusqu'au 31 décembre 2010, les inscriptions se font dans les commentaires. Comme d'hab', quoi. Let's read and watch, chers happy few!
PS : pour vous donner des idées, une longue liste de romans adaptés ici (il n'y a que des films américains, me semble-t-il). Quelques romans et nouvelles adaptés en France ces dernière années : L'élégance du hérisson, Un coeur simple, Ne le dis à personne, Ensemble c'est tout, 99 frs, Le mystère de la chambre jaune, Le parfum de la dame en noir, Podium, Un long dimanche de fiançailles, L'empire des loups, Vipère au poing, Iznogoud, Le couperet, Entre les murs, Les liens du sang, ...
PSbis : pour le fun, les 10 adaptations qui ont fait le plus d'entrées en France sont Autant en emporte le vent, Le Livre de la jungle, Ben-Hur, Le pont de la rivière Kwaï, Le jour le plus long, Les canons de Navarone, la version des Misérables avec Gabin, La Guerre des boutons, Docteur Jivago et Vingt mille lieues sous les mers.
PSter : Choco a fait une liste d'adaptations japonaises et chinoises. Restling de son côté propose 26 titres.
EDIT : Les participants :
Gaspara
Maggie
PtitMog
06:02 Écrit par fashion dans Challenge Lunettes noires sur Pages blanches | Lien permanent | Commentaires (109) | Envoyer cette note | Tags : pourquoi ne puis-je m'empêcher de challenger ?, une question à deux euros pour dr s, sinon je me lance dans les lectures communes, c'est terra incognita pour moi, so wild je suis, call me lara c.




