15.12.2010

Jaine Austen, Discreet Inquiries, Work Done with Pride, not Prejudice

L'heure est grave, happy few de mes rêves.

Certes pas autant que quand j'ai appris que la quasi intégralité du cast de Glee était au fond du lit pour cause d'amygdalite sournoise et néanmoins aigüe (je me suis proposée pour aller gentiment soigner Will Schuester (oui, j'ai des compétences en la matière, je suis over forte en partage de chaleur corporelle, moi Madame) mais j'en ai été violemment empêchée par une star qui soi disant me veut du bien ; les coupines ne sont plus ce qu'elles étaient, hélas, et un malheur n'arrivant jamais seul, je suis à court de nutella, il n'y a pas à dire, certains mercredis commencent mieux), ..., euh... Où en étais-je ? (Cette manie de la parenthèse finira par avoir raison de moi, après mon goût pervers pour la grammaire, le champagne et les mérovingiens.) Bref, disais-je (ou tentais-je de dire), je me suis rendue compte, alors que je baguenaudais sur mon propre blog (on occupe ses fins de soirée comme on peut) que je n'avais pas écrit une chronique de roman depuis quinze jours.

(Oui, je sais, certains ont été pendus par les pouces pour moins que ça.)

Pour réparer cette affrosité (résultat d'une pannounette de lecture que j'ai combattue à coup de Largo Winch (le dernier est semblable à tous les précédents, il y a longtemps que j'ai abandonné toute velléité d'espoir de voir Van Hamme écrire autre chose que du Van Hamme), de Blake et Mortimer (les héros vieillissent hélas) et de Yoko Tsuno (je ne dirai pas de mal parce que c'est Roger, quoi)), je me propose aujourd'hui de vous parler d'un roman hautement recommandable, dont la lecture aurait à mon avis été fortement profitable à notre ami Emmanuel qui manquait paraît-il un peu de fun dans sa vie, et qui a déclenché chez moi plusieurs crises d'hilarité publiques :

 

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 This Pen for Hire, premier tome des aventures de Jaine Austen (tout le monde n'a pas la chance d'avoir une mère qui manie correctement l'orthographe).

Jaine est écrivain public à Los Angeles. Elle pond des papiers aussi intelligents que profonds pour des assurances et des entreprises en tous genres (surtout des plombiers) et écrit aussi des lettres pour des particuliers (surtout des plaintes contre les compagnies aériennes). Un jour, Howard se présente à sa porte : ce jeune homme peu gâté par la nature, introverti et qui vit avec sa mère est tombé amoureux d'une véritable bombe anatomique et il veut que Jaine lui écrive une lettre pour lui avouer cet amour. Jaine finit par accepter et à son grand étonnement Howard lui annonce, radieux, que la sublime Stacy a accepté d'aller dîner avec lui. Mais l'euphorie du jeune homme est de courte durée : Stacy est assassinée et Howard arrêté. Jaine, persuadée que la police a fait une erreur, décide d'enquêter elle-même...

Il n'y a pas à dire, chers happy few, les américaines manient parfaitement ce genre très précis qu'est le romance & mystery novel, genre dans lequel brille ma chère Janet Evanovich, à laquelle Laura Levine n'a pas grand chose à envier (sauf un personnage masculin over sexy) (oui, aujourd'hui c'est analyse littéraire profonde, ne dites rien, je sais). L'intrigue n'a pas grand intérêt (j'ai deviné qui était le coupable au moment où il fait son apparition dans l'histoire) mais le personnage de Jaine est drôlatique : elle a une façon bien à elle de s'auto-déprécier, de faire systématiquement le contraire de ce qu'elle annonce, de ne pas résister à une part de cheesecake au chocolat et de prendre le lecteur à parti qui m'a séduite d'emblée. Divorcée et rondouillette dans la ville qui compte le plus d'acteurs au monde (dans les restaurants, sa meilleure amie, Kandi, appelle systématiquement le serveur "Actor!"), Jaine a pour elle un sens de l'humour à toute épreuve, une détermination sans faille, un goût prononcé pour le danger et un style plein de verve et d'esprit. This Pen for Hire est un roman enlevé, bourré de références littéraires et cinématographiques et hilarant. Il me manquait une dixième amie de fiction, chers happy few : je viens de la trouver.

 

Laura Levine, This Pen for Hire, Kensington mystery, 224 pages, 2002

A noter que des neuf romans que compte la série, seul le tome 3, Killer Blonde, a été traduit en français. Encore une bonne raison de se mettre à l'anglais.

Le billet de Cuné, à qui je dois cette découverte (encore une) : thanx girl!

 

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32

20.11.2010

My job sucks. Literally.

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Rien ne va plus dans la vie de Georgina Kincaid, la succube affectée à Seattle : sa vie sentimentale est difficile (elle ne peut pas coucher avec l'homme qu'elle aime sous peine de lui raccourcir la vie et de lui voler son âme et elle doit continuer à faire succomber les hommes afin de remplir le contrat qui la lie aux puissances démoniaques) ; la librairie dans laquelle elle travaille est sans patron pour quelques semaines et son collègue assistant manager, Doug, semble être en permanence défoncé à quelque chose de trop puissant pour être mortel. Et voilà que Bastien, l'incube avec qui Georgina a fait équipe pendant quelques décades au XVIIIème siècle en France réapparaît et lui demande de l'aider à accomplir une mission qui lui évitera le bannissement (il a fait une grosse bêtise, le vilain garçon). Her hands are full, poor girl (no pun intended of course).

 

J'avais lu avec plaisir le tome 1 des aventures de Georgina Kincaid, chers happy few et j'ai trouvé ce deuxième meilleur (est-ce parce que je l'ai lu en VO ? zat is ze question). J'aime décidément beaucoup le personnage de Georgina, femme de tête qui a de grandes qualités d'organisation et d'improvisation, dont on découvre un pan du passé à chaque fois (elle a plus de mille ans, ce qui permet de promener le lecteur dans l'espace et le temps) et la façon dont elle interagit avec les autres personnages (sa relation avec Seth, l'écrivain sexy ou avec les autres démons notamment). Elle a un humour dévastateur et elle est toujours prête à rappeler aux femmes qu'elles ont des droits. L'intrigue se tient ma foi plutôt bien, Richelle Mead égratigne au passage une certaine Amérique réactionnaire et homophobe et ne recule pas devant l'effort en nous offrant quelques scènes de sexe bien écrites et étonnamment osées pour un roman de ce genre et américain de surcroît. Je valide, et je vais acheter le tome 3. Je suis wild, je sais.

 

Richelle Mead, Succubus nights, Bantam books, 479 pages, 2008 (à noter que ce roman est initialement paru sous le titre Succubus on top). Ce roman est disponible chez Bragelonne en français sous le même titre.

 

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Challenge Lire en VO

31

14.11.2010

Who else is watching the night games ?

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Une semaine après les événements racontés dans Club Dead, Sookie, qui rentre chez elle par une sombre nuit de froidure, manque percuter un jeune homme fort beau et fort nu, qui se trouve être... Eric. Le vampire le plus chaud à l'ouest du Mississipi a perdu la mémoire, victime d'un sortilège lancé par une très vilaine sorcière, Hallow, qui a paraît-il mal pris que le beau Viking refuse de lui accorder ses faveurs (quand on sait qu'il couche avec tout ce qui bouge, il y a effectivement de quoi être blessée et perdre toute confiance en soi au point de passer quelques nuits à écouter Lara Fabian en boucle). Alertée, Pam, le bras droit d'Eric, décide que ce dernier doit rester caché, et quoi de plus simple que de le laisser chez Sookie, hein, je vous le demande ? Voilà donc notre jolie serveuse télépathe contrainte de vivre avec Eric (certaines ont une vie difficile, quand même), et sa situation se complique quand son idiot de frère, Jason, disparaît, possiblement enlevé par les sorcières ou par un métamorphe quelconque (ils pullulent dans ce coin paumé du sud des Etats-Unis, il doit y avoir un micro-climat). Entre ça et la guerre déclarée entre les sorcières et le reste des créatures de la nuit, notre pauvre Sookie a du mal à dormir. Heureusement qu'Eric est tout prêt à donner de sa personne pour remédier à cette intolérable situation.

 

S'il y a bien une chose dont on peut être certains, chers happy few (en dehors de la sexytude de David Tennant, évidemment), c'est que les intrigues de Charlaine Harris ne se hissent jamais au-delà du tout venant de la romance novel, genre confortable en diable, puisqu'on sait exactement comment les événements vont s'agencer et comment les personnages vont agir avant même d'avoir ouvert le bouquin (bon, ok, au bout de deux pages). Dead to the world (Les sorcières de Shreveport, dans sa traduction française fort recherchée), quatrième volet de la série True Blood, ne fait pas exception : l'intrigue principale est encore une fois sans intérêt et Charlaine Harris trouve le moyen de la résoudre en l'absence de la narratrice, ce qui lui permet de se dispenser d'écrire la scène qui aurait dû être le climax du roman, ce qui n'est quand même pas très malin. L'intrigue secondaire, la disparition de Jason, est mieux traitée, et permet la découverte d'une société de garous en marge de Bon Temps et un rebondissement final qui, pour être téléphoné, n'en est pas moins intéressant, mais c'est comme d'habitude chez elle l'aspect harlequinesque qui est le plus réussi. On voit très peu Bill le moisi, parti faire joujou au Pérou (ce n'est pas assez loin à mon goût, je propose de l'envoyer faire un stage dans une île de l'Océan indien), ce qui permet de se concentrer pour la première fois sur le personnage d'Eric, qui, débarrassé de sa personnalité de grand-caustique-au-regard-de-braise-et-à-la-langue-acérée à cause de cette amnésie qui tombe à pic, n'est plus qu'un chevalier servant aux talents multiples dont Sookie saura faire bon usage (cette vision de l'homme revenu à une espèce de personnalité de base où il est sur-prévenant, incroyablement attentionné, totalement fiable, follement amoureux et extrêmement bon amant en dit plus long sur l'imaginaire féminin occidental que n'importe quelle étude) et la lectrice consentante et conquise est ravie de la tournure que prennent les événements (cette scène de douche, oh my, restera dans mes annales). De la sexytude, du fun, des dialogues enlevés, True Blood est décidément la série à lire par temps de grisaille ; ça tombe bien, il fait un temps pourri.

 

Charlaine Harris, Dead to the world, Ace fantasy/mystery, 291 pages, 2004

 

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10.11.2010

A good Dalek is a dead Dalek

doctoooooor.jpgDans un lointain futur, la guerre fait rage entre les humains et les Daleks. Sur Station 7, une station spatiale orbitale top secrète, une équipe de militaires et de scientifiques travaille sur des artefacts et des armes daleks, ramassés sur les différentes planètes qu'ils ont méthodiquement détruites. Le but de ces recherches : parvenir à transformer les Daleks en robots inoffensifs et leur faire utiliser leur propre technologie contre eux-mêmes. Le Docteur et Amy Pond, qui arrivent sur la base spatiale au moment où le scientifique en charge est assassiné, ont beau les mettre en garde, les humains ne veulent rien entendre. C'est parce qu'ils ne savent pas encore que le Docteur a toujours raison.

 

The only good Dalek est un roman graphique scénarisé par Justin Richards et dessiné par Mike Collins, tous deux bien connus des amateurs du Docteur et qui est le premier roman graphique Doctor Who édité par BBC Books. Il met en scène le 11ème Docteur, interprété par Matt Smith (oui, happy few de mon coeur, je sais que je n'ai toujours pas fait de billet sur cette cinquième saison, d'ailleurs pour me punir, je suis en train de la regarder de nouveau, avouez que mon sens de l'auto-flagellation n'a pas de limite) et sa compagne Amy Pond interprétée par Karen Gillan, dans un excellent volume parfaitement dans la lignée de la série. Outre la présence des Daleks, que comme tout fan de la série j'adore (on aura rarement vu méchants à la fois aussi ridicules et aussi terrifiants, véhiculant derrière leurs balayettes kitsch une idéologie proprement nauséabonde aux relents plus qu'appuyés de fascisme), j'ai apprécié les décors fabuleux (le support permet la démesure des effets spéciaux) au service d'une histoire de manipulation et d'impossible rédemption, qui met encore une fois en lumière l'incroyable combativité de la race humaine. Et j'ai pris un plaisir fou à suivre le Docteur et Amy en attendant de les retrouver dans la saison 6. Une bonne lectrice est une lectrice comblée, non ?

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Une planche pour Mo.

(Les autres peuvent regarder aussi, c'est mon jour de bonté.)

 

Richards et Collins, The only good Dalek, BBC Books, 2010.

 

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19.10.2010

Real men always have duct tape in their trucks

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A l'approche de Noël, Bill, l'horripilant vampire macho avec qui Sookie entretient une liaison depuis quelques mois, disparaît. Eric, le sexy vampire viking, accessoirement shériff de la région 5 (je l'ai lu en anglais, je n'ai aucune idée de la traduction de "area", les happy few qui lisent cette série dans la langue de Molière me pardonneront) et patron de Bill, demande à Sookie de bien vouloir mettre ses talents de télépathe à son service et de partir à sa recherche à Jackson, chaperonnée par Alcide Herveaux, le loup-garou à la plastique beaucoup plus avantageuse que son nom. Oui mais voilà, Bill était distant depuis quelque temps ; il a non seulement caché des choses à tout le monde, mais il a en plus renoué avec une ancienne flamme.  Y en a vraiment qui cherchent la lame pour se faire décapiter, je dis ça, je dis rien.  

Vous l'aurez compris, chers happy few, en ce moment, j'ai des envies de morsures non fatales, de vampires chauds comme des baraques à frites et de dialogues à deux pence : non, je n'ai rien à vous avouer, sauf peut-être que je suis ravie d'avoir sorti mon sublime manteau offert par les copines et que j'ai besoin de me changer les idées avec tous les romans que je suis en train de lire pour le Grand Prix du Web. Que voulez-vous, je suis une lectrice faible qui aime la bit-lit, envoyez-moi Angel, tiens, pour me punir, il saura prendre des mesures adaptées. J'ai donc pioché dans ma minuscule PAL ce troisième volume de la série de Charlaine Harris, True Blood (j'ai chroniqué les deux premiers tomes ici pour ceux qui auraient peur de ne pas suivre) (et je peux les comprendre, parce que c'est quand même de la littérature de haute volée, limite Bram Stoker doit se retourner dans sa tombe) (en gloussant, certes, mais il faut bien que l'éternité se passe). Bon alors, même s'il m'en coûte de l'avouer, chers happy few, l'intrigue de ce Club dead (Mortel corps à corps dans sa littérale traduction) tiendrait aisément sur le lobe frontal de Bubba, le vampire qui a le QI d'une huître avariée et qui aurait mieux fait de ne pas être ressuscité (mais ce n'est pas tous les jours que le vampire de faction à la morgue voit arriver le corps du King, il a eu un moment d'égarement dû à sa fanitude, on peut le comprendre) (ou pas). C'est que l'histoire tricotée par Charlaine Harris n'est pas seulement légère, elle est aussi un peu stupide. En effet, Sookie va sauver Bill le moisi (mais qu'elle l'oublie une bonne fois pour toutes et choisisse un homme qui présente un quelconque intérêt, parce qu'un vampire qui non seulement rumine toute la sainte nuit, est possessif, macho et a deux cents ans de retard en terme de relations homme/femme, et cerise sur l'indigeste gâteau, est totalement dénué du moindre sens de l'humour (ce qui devrait être interdit par la Convention de Genève, il n'y a rien de pire qu'un homme sans humour, believe me), mérite le pieu) (c'est d'ailleurs là qu'il fait preuve de ses seuls talents) (mais je m'égare), donc disais-je avant d'être violemment interrompue par moi-même, le secret de Bill est totalement idiot (tout ça pour ça, franchement, me suis-je dit en finissant le paquet de fraises tagada) et le seul meurtre est résolu en deux coups de cuiller à pot et un dialogue surréaliste. Mais comme vous commencez à me connaître, pragmatiques happy few, vous savez qu'il m'en faut plus pour me laisser abattre : de la sexytude, des dialogues fendards, un Eric au meilleur de sa forme, un loup-garou plein de potentiel, voilà qui a permis à ce roman de remplir haut la main son contrat de funitude attendue. Et comme en plus il était en anglais, c'était une lecture pé-da-go-gi-que. Ben quoi, c'était la première fois que je rencontrais le terme "hubbub", ce n'est pas rien.

 

Charlaine Harris, Club dead, Ace fantasy/mystery, 292 pages, 2003

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Challenge Lire en V.O

28

 

02.10.2010

Masquerade

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 Lucien est un adolescent londonien de 15 ans qui souffre de cancer. Epuisé par la chimiothérapie, il passe toutes ses journées au lit. Un jour, son père lui rapporte un très vieux carnet étrangement décoré dont les pages sont vierges. Lucien s'endort le carnet à la main et il se retrouve alors projeté au XVIème siècle à Belleza, une ville qui ressemble à Venise sans l'être vraiment. Il rencontre une jeune fille belle et entêtée, Arianna, qui l'entraîne dans une aventure des plus dangereuses.  

 

 

Stravaganza est une série jeunesse britannique, chers happy few, dont City of masks est le premier volume (elle en compte cinq, si mes renseignements sont exacts) et qui m'a beaucoup plu. Si le glissement dans une dimension parallèle n'est pas follement original, j'en ai trouvé le traitement fort réussi. Le passage d'un monde à l'autre se fait grâce à des talismans et cette capacité à voyager entre les univers n'est donnée qu'à une poignée d'hommes, les Stravagantes. Le temps, qui s'écoule différemment à Londres et à Belleza rend les voyages aléatoires, et le corps des Stravagantes étant plongé dans un état comateux en leur absence, cela crée de nombreuses difficultés, comme le tout premier Stravagante, le Docteur Dethridge, un Anglais de la période élisabéthaine, l'a expérimenté à ses dépens. Sur cette base, City of masks propose une histoire enlevée et bien construite de manipulation politique sur fond de secrets, de mensonges et de trahisons. Le lecteur se laisse entraîner avec plaisir de rebondissements en révélations et il suit des personnages très attachants, les jeunes, Arianna et Lucien (rebaptisé Luciano) comme les adultes (la Duchesse, Silvia, est un personnage très intéressant, séduisante et dangereuse, dotée d'un grand sens politique qui la pousse à prendre des décisions que l'on voit rarement dans les romans jeunesse, de même que Rodolfo, qui est à la fois son amant et son éminence grise, personnage à la fois sombre et solaire que j'ai trouvé limite couinesque) (ouh que ce n'est pas sérieux d'écrire ça, j'assume). Ajoutons que la grave maladie de Lucien confère à l'histoire un aspect dramatique (le jeune homme est débarrassé du cancer à Belleza alors que ce dernier empire à Londres) et émouvant qui est bien utilisé. Vous l'avez compris, chers happy few, je vais acheter la suite.

 

Mary Hoffman, Stravaganza, City of masks, Bloomsbury, 340 pages, 2002

 

Cette série est disponible en français sous le même titre, chez Pocket Jeunesse.

 

Merci encore Karine pour la découverte! 

 

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10.09.2010

If we burn, you burn with us

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Souvenez-vous, chers happy few : nous avions laissé Katniss très mal en point et sauvée de justesse par les rebelles à la fin des Jeux organisés pour le 75ème anniversaire des Hunger Games. Nous la retrouvons quelques semaines plus tard, dans un sale état, physique et moral. Peeta est prisonnier du Capitole, et nul ne sait s'il est encore vivant. La résistance s'est organisée, la rebellion se répand dans les différents districts (à l'exception du 2, toujours à la botte du Capitole, et du 12, rasé par les bombres), sous le commandement de Coin, qui a ses quartiers généraux dans le District 13, qui possède une force militaire considérable en armements à défaut d'avoir une armée très nombreuse. Coin et son état-major, dont Plutarch, veulent que Katniss incarne le Mockingjay afin d'encourager les derniers réfractaires à la rebellion...

 

Troisième et dernier volet de la trilogie The Hunger games, dont j'ai trouvé les deux premiers volumes excellents, Mockingjay tient toutes les promesses contenues dans The Hunger games et Catching fire, en ce sens qu'il propose une conclusion parfaitement satisfaisante à tout ce qui avait été posé auparavant. Suzanne Collins réussit brillamment le déplacement de l'intrigue : ici plus de jeux dans l'arène mais une guerre grandeur nature, ce qui permet d'approfondir le personnage de Katniss. En effet, cette dernière ne se retrouve plus au centre de l'action, comme c'était le cas dans les deux tomes précédents : cantonnée à son rôle de Mockingjay, elle obéit (pas toujours très bien, il faut le reconnaître) aux ordres de Coin et ne prend part à la guerre que de loin en loin, ce qui lui laisse tout le temps de tenter de se reconstruire et de réfléchir aux conséquences de ses actes. L'absence de Katniss du centre de l'action aurait pu être ennuyeuse ; le point de vue se déplace et le lecteur rate certaines scènes qui nous sont rapportées et non racontées (et je dois avouer que c'est un peu dommage parce que je trouve que Collins a un talent certain pour construire les scènes violentes, comme les précédents opus l'avaient prouvé). Cependant, cette absence permet à son personnage de dure à cuire de devenir plus introspectif et paradoxalement plus adolescent, Katniss se morfondant beaucoup avant d'être confrontée de manière brutale à ses actes et à ses choix par la réapparition de Peeta, ce qui la conduit à quelques atermoiements. Comme dans les volumes précédents, Collins utilise excellemment l'argument de SF afin de se livrer à des réflexions très fines sur le pouvoir (les rebelles sont facilement enclins à faire exactement ce qu'ils reprochent au Capitole, le tout avec des arguments spécieux qu'ils estiment imparables) et les media (l'équipe de tournage qui suit les faits et gestes de Katniss sur le terrain et fait rejouer les scènes de guerre, de même que la bataille acharnée pour diffuser la propagande des uns et des autres démontrent en quelques scènes la force de la manipulation par les images). Le tout est servi par un style incandescent et tendu comme un arc, l'arme préférée de Katniss. The hunger games est assurément l'une des meilleures séries de SF jeunesse de ces dernières années, chers happy few, intelligente, efficace et émouvante. Je recommande plus que chaleureusement.

 

Collins Suzanne, Mockingjay, Scholastic, 448 pages

 

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26

06.09.2010

Fate goes ever as fate must

Comme vous avez pu le constater depuis le temps que nous nous fréquentons, chers happy few, je suis toujours à la pointe de l'actualité littéraire, la preuve, je viens de passer deux jours en compagnie d'un fier guerrier dont l'histoire a été rédigée entre le milieu du VIIème et la fin du Xème siècles (car oui, j'aime les auteurs morts, ça évite que leur malheureux ego se sente malmené par mes modestes billets et qu'ils ne m'envoient des mails pleurnichards) :

 

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Beowulf.

 

Premier poème épique britannique (parce qu'il est écrit en anglo-saxon), long de plus de trois mille vers, Beowulf raconte comment le héros éponyme, valeureux héros appartenant au peuple des Geats, tribu du sud de la Suède, a pris la mer avec quelques hommes afin d'aider le roi danois Hrothgar à se débarrasser d'un monstre mangeur d'hommes, Grendel, qui semait la terreur depuis quelque temps. Beowulf vainc Grendel assez facilement (on est héros ou on ne l'est pas) pour découvrir que le monstre avait une mère, qui, peu contente du sort réservé à sa progéniture, a décidé de se venger. Comme rien n'arrête un guerrier loyal à sa parole, Beowulf combat la mère, rentre chez lui couvert de gloire et règne sur les Geats pendant cinquante ans, jusqu'à ce qu'un dragon dévaste ses terres et qu'il reprenne du service.

 

J'ai eu envie de lire Beowulf suite aux discussions échevelées que ce poème médiéval a suscité entre Isil et Yueyin, qui l'ont lu pour le Challenge Tolkien (c'est grâce à lui que ce poème est devenu autre chose qu'une base d'étude philologique et on retrouve quelques éléments de l'histoire dans Le seigneur des anneaux), et bien m'en a pris, chers happy few, tant j'ai été conquise non pas tant par l'histoire, très classique, que par l'atmosphère très particulière de ce long poème, à la mélancolie presque élégiaque et par la fabuleuse traduction de Seamus Heaney. Ce dernier a en effet fait le choix de restituer la forme poétique de l'original (présent dans cette version bilingue, mais je ne parle hélas pas un mot d'anglo-saxon, même si je me suis amusée à retrouver quelques mots) : la version en anglais moderne est rédigée en vers d'une incroyable beauté qui ne sont peut-être pas toujours totalement fidèles à l'original (Heaney s'en excuse dans les remerciements) mais qui sont d'une brillante musicalité. J'ai été totalement conquise par l'adaptation de ce long poème à la gloire d'un héros vertueux et loyal, qui voit son monde s'écrouler après cinquante ans de paix, chers happy few.

 

Beowulf, A new verse translation by Seamus Heaney, édition bilingue (anglo-saxon/anglais), Norton, 2000.

 

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22.08.2010

"You still pissed at me ? -No more than usual."

heat wave.jpgUn magnat de l'immobilier, Matthew Starr, est assassiné, précipité du balcon de son appartement au sixième étage d'un immeuble chic de Manhattan. Alors qu'une vague de chaleur sans précédent s'est abattue sur New York, l'inspectrice Nikki Heat et ses deux adjoints, Raley et Ochoa (que tout le monde appelle Roach parce qu'ils sont inséparables) mènent l'enquête, suivis par Jameson Rook, grand reporter, qui prépare un article sur le fonctionnement d'une brigade anti-criminelle. Un deuxième meurtre succède au premier, les suspects se multiplient, les secrets se dévoilent, Heat est agressée et elle éprouve une attraction qui l'inquiète pour Rook. L'été est chaud.

 

Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, Heat wave est bien le roman que Richard Castle est censé écrire durant la première saison de Castle, la série policière dont j'ai parlé ici avec quelques trémolos dans le clavier (bien involontaires évidemment). Il se présente comme tous les polars américains : un hardcover sous jaquette avec photo de l'auteur, Castle (Nathan Fillion, donc) sur la quatrième de couverture et "praises" de Patterson et Cannell, qui sont les partenaires de poker de Castle dans la série et je dois bien avouer que comme je suis faible, je trouve l'idée parfaitement séduisante, d'autant qu'elle a été exploitée jusqu'au bout, Nathan Fillion ayant assuré des séances de dédicaces dans quelques librairies (même si je ne suis évidemment pas dupe une seule seconde : ce roman est avant tout un produit marketing, au même titre que tous les produits dérivés du monde) (mais j'aime autant avoir un roman dédicacé par Castle dans ma bibliothèque qu'un mug avec sa photo) (oui, je sais, personne ne me croit, et à juste titre, puisque je possède un mug Firefly depuis des années, vous pouvez me fouetter, chers happy few, je le mérite).

 

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Couinons, mes soeurs, couinons.

 

Voilà donc un roman qui se lit à plusieurs niveaux : c'est un polar correctement ficelé pour ceux qui n'auraient jamais vu la série (même si ces lecteurs ne sont à mon avis pas la cible visée) et c'est un excellent divertissement pour les amateurs des aventures de Castle et Beckett. Outre une intrigue qui ressemble fort à un bon scénario (rebondissements crédibles, un bon nombre de suspects, quelques scènes "spectaculaires" comme l'agression de Heat ou une course poursuite) et des dialogues extrêmement jouissifs (qui me donnent l'impression que les auteurs, pour l'instant tenus secrets, sont tout simplement les scénaristes de la série), on retrouve le couple Castle/Beckett de manière déformée dans celui formé par Rook/Heat. Castle se met en scène sous les traits d'un baroudeur séduisant et viril qui n'abandonne jamais sa "coolitude", ce qui en dit long sur son ego, et a transformé Bekett en bombe dangereuse, qui pratique les arts martiaux, les blagues à deux balles et le french kiss avec le même talent. Ce décalage entre les personnages de la série et ceux du roman m'a beaucoup plu, d'abord parce qu'on a l'impression d'avoir assisté au processus de création et de comprendre de quelle manière Beckett a inspiré Castle (dont l'alter ego est beaucoup moins présent dans le roman, le personnage principal étant vraiment Heat, dont nous suivons les faits et gestes et les pensées), et ensuite parce qu'il permet de manière paradoxale de mieux comprendre Castle, qui a mis dans son roman une bonne part de fantasmes (Heat et Rook entament une liaison dès la page 105) mais aussi de faits "réels" (comme les parties de poker, le temps infini que passe Beckett devant le tableau blanc, ses talents d'interrogatrice...). Je me suis régalée, chers happy few : autant dire que j'attends avec impatience la sortie du deuxième, Naked Heat, qui est annoncé pour novembre. L'hiver sera chaud.

 

Richard Castle, Heat wave, Hyperion, 208 pages, 2010.

 

Le billet de Nataka, ma comparse en fillioneries.

 

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18.08.2010

The last man in the world

the last man....jpgSouvenez-vous, chers happy few, dans Orgueil et préjugés, quand Darcy demande Elizabeth en mariage pour la première fois, elle lui répond qu'elle ne l'épouserait pour rien au monde, même s'il était le dernier homme sur la terre. Et si elle n'avait jamais pu refuser cette demande ? Et si, compromise par un baiser volé en public (!), elle avait été contrainte d'épouser cet homme qu'elle n'aime pas et voir sa vie prendre un tout autre tournant ?

 

Comme vous le savez tous, chers happy few, je suis une lectrice profonde qui n'aime rien tant que les challenges intellectuels de haute volée mais comme on ne peut pas toujours passer son temps à lire Kant en moldave et à expliquer l'usage du point virgule dans Le colonel Chabert, il m'arrive parfois d'avoir envie de superficialité et de légèreté, oui, je sais, c'est très mal, il paraîtrait même qu'on peut m'entendre couiner le soir au fond des bois, mais rien n'est sûr. Voilà pourquoi j'avais demandé à Karine, pour la deuxième édition du swap au long cours, de bien vouloir avoir l'obligeance et l'amabilité de me faire découvrir quelques variations autour du roman de Jane Austen, parce qu'on a toujours besoin d'un peu de Darcy dans sa vie.

 

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'ai pas aimé ce roman, chers happy few. Le postulat de départ n'est absolument pas convaincant, pour la bonne et simple raison que Lizzie ne peut pas accepter cette demande. Abigail Reynolds trouve donc un subterfuge et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas très malin : comment imaginer un seul instant que Darcy embrasse Elizabeth ? Et devant témoins en plus. Je n'avais pas lu six pages que j'étais déjà plus qu'agacée et cet agacement est allé croissant : Elizabeth ne dit rien à personne pour protéger la réputation de ses soeurs (hum), devient d'une passivité confondante (on y croit) et semble perdre en route une partie de son cerveau (exit la jeune fille intelligente et mordante, welcome une espèce d'oie qui dit "oui, mon époux" à tout ce que dit Darcy). Du côté de l'histoire, Reynolds a replacé des morceaux du roman d'Austen de manière maladroite (l'enlèvement de Lydia, par exemple) et a inventé des péripéties dignes d'un harlequin : Darcy est blessé, ce qui permet à Elizabeth de cristalliser, mais sous l'effet de la morphine il se révèle odieux et elle se mure dans son chagrin intérieur la pauvrette, ce qui retarde l'aveu de leur amour mutuel, que c'est terrible. Le plus risible est certainement la partie concernant les scènes au lit, les réactions d'Elizabeth étant tout droit sorties d'un roman sentimental historique (mais pas un J'ai lu passion intense, hein, faut pas exagérer). Des personnages qui n'ont plus rien à voir avec les originaux, un style ampoulé (qui se veut je suppose une tentative pour imiter celui d'Austen, pauvre d'elle), une histoire qui m'a fait bailler à plusieurs reprises... Vous l'aurez compris, chers happy few, je ne recommande pas.

 

Abigail Reynolds, Mr Fitzwilliam Darcy, The last man in the world, Sourcebooks landmark, 248 pages, 2010 pour la réédition, 2006 pour la première parution.

 

Le billet de Pimpi, très enthousiaste.

 

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