16.02.2010
Des monstres et des espions

Angleterre, 1860. Modo a un an et sa difformité et sa laideur en ont fait l'attraction principale d'un couple de bohémiens. Il est racheté par M. Socrate, un homme riche et mystérieux, pour sa capacité tout à fait extraordinaire à modifier son apparence à sa convenance en changeant sa structure osseuse. Elevé de manière solitaire dans un manoir reculé, Modo apprend le maniement des armes, la géographie et la stratégie militaire, car M. Socrate dirige une organisation secrète de contre-espionnage et il a décidé de faire de ce garçon hors-normes un espion. Sa première mission le conduit dans les rouages de la Confrérie de l'Horloge, une association secrète qui veut détruire l'Empire britannique et prendre le pouvoir grâce aux affreuses inventions de Cornélius Hyde, le savant fou...
La confrérie de l'Horloge, premier volume des Agents de Monsieur Socrate est une excellente surprise et un très bon roman jeunesse, chers happy few. C'est un roman de S-F qui appartient au genre du steampunk, c'est-à-dire que l'histoire se déroule dans une Angleterre victorienne uchronique où les avancées technologiques, à base de machines à vapeur, ont modifié l'Histoire. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce roman un véritable page-turner : des personnages attachants et bien campés, peu originaux mais fortement typés (le jeune garçon atrocement laid mais brillant et plein de ressources, la jeune fille qui n'a pas froid aux yeux, le chef de l'organisation secret et bienveillant, le docteur Frankenstein, la tueuse à la main artificielle et à la beauté de mante religieuse...), une intrigue bien ficelée, des rebondissements qui s'enchaînent avec fluidité, un cadre bien dessiné (Londres au XIXème, sale et mal famé, dont les hauts lieux servent l'intrigue, comme la Tour de Londres ou le Parlement), une utilisation tout à fait pertinente des éléments propres au steampunk (la machine de guerre conçue par le cerveau malade de Hyde n'est pas sans rappeler The next Doctor : comment ça, je suis obsessionnelle, chers happy few ?) et quelques références littéraires (Modo a été trouvé sous le porche de Notre-Dame, le Docteur Hyde cherche à mettre au point une potion qui dissocie la psyché humaine...). Le tout forme un ensemble qui se lit d'une traite jusqu'à une fin que j'ai trouvé vraiment bienvenue : je n'ai qu'une envie, lire la suite, chers happy few!
Arthur Slade, Les agents de Monsieur Socrate, tome 1 : La confrérie de l'Horloge (The Hunchback assignments), MsK, traduit de l'anglais par Marie Cambolieu, 303 pages, février 2010 pour la traduction française, 2009 pour la première parution en VO.

Challenge Crazy S-F
Catégorie steampunk
4/6
20:17 Écrit par fashion dans Challenge Crazy SF, Fantasy, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : arthur slade, la confrérie de l'horloge, le bossu de notre-dame est un espion, au service de sa majesté, london forever baby
04.12.2009
What about fiction ?
Dans un futur très lointain, le Docteur, Rose et Jack (oui, il est là, hiiii), se posent sur un monde d'où toute fiction a été bannie. Sur cette planète, raconter des histoires, mentir ou même rêver, est un crime passible d'internement. Mais une chaîne télé pirate qui émet depuis quelque temps appelle les gens à la rebellion. Et le Docteur ne demande qu'à les aider, jusqu'à ce qu'il se rende compte que sur cette planète, les rêves se transforment rapidement en cauchemars. Entre Rose, poursuivie par des zombies et Jack, interné de force, le Docteur est contraint d'admettre que la fiction peut être vraiment dangereuse.
Etant dans une période à la fois Doctor Who (qui dure depuis des mois, je vous le concède aisément, chers happy few) et SF, j'ai facilement craqué à Londres, chez Forbidden Planet (l'antre de la tentation livresque, croyez-moi) pour ce sixième opus des aventures du Docteur, The Stealers of Dreams, qui prend place dans la saison 1, après la rencontre avec le Capitaine Jack (donc quelque part entre le neuvième et le treizième épisode). Ce roman avait tout pour me plaire (déjà c'est le Docteur, hum) : une intrigue de SF fondée sur une dystopie et la présence de Jack comme un bonus, et pourtant la sauce n'a pas vraiment pris, chers happy few. J'ai trouvé la construction malhabile : à vouloir suivre en parallèle les aventures des trois personnages qui se retrouvent séparés dès l'ouverture, le récit semble un peu décousu, et cette impression est accentuée par les autres personnages qui semblent se greffer de manière aléatoire à l'intrigue (notamment Domnic, le jeune geek qui écrit des comic books et qui apparaît et disparaît au gré de hasards pour le moins hasardeux). L'histoire part bien (un monde sans fiction, voilà qui ouvre d'inquiétantes perspectives) mais est rapidement menée vers une résolution purement SF (que je ne dévoilerai pas, je sais me retenir) que je n'ai pas trouvée très intéressante et qui est d'autant plus décevante que l'un des discours liminaires du Docteur me laissait espérer autre chose : 'OK', Rose had said with a shrug, 'so they don't like fiction. Does it matter ?' 'Of course it matters. Of course it does. Fiction is about possibilities. It's about hopes and dreams and, yeah, fears. Take those things away and what's left ? A population of drudges, working, eating, sleeping, watching telly, unable to visualise anything outside the confines of their own dreary lives.' (ce qui est terrible c'est qu'en lisant, j'ai la voix de Christopher dans les oreilles, c'est assez déstabilisant, passons) Côté style cela manque cruellement d'humour (pourtant la présence de Jack aurait dû en assurer un minimum), et les passages qui à l'écran auraient certainement été un peu inquiétants (Rose perd la tête et a des hallucinations, le final est une bataille rangée) ne sont pas suffisamment bien écrits pour provoquer ne serait-ce qu'un frisson. Ce n'est pas un mauvais roman mais j'attendais mieux. Déçue je suis.
Steve Lyons, The Stealers of dreams, BBC Books, 254 pages, 2005.
Steve Lyons a écrit au moins 4 romans Dr Who, 2 audio dramas et il collabore au Doctor Who Magazine (le nombre de parutions hebdomadaires et mensuelles consacrées au Docteur en Grande-Bretagne m'a carrément impressionnée, chers happy few, cette série est une véritable institution outre-Manche, ce qui prouve bien évidemment de manière définitive que les Anglais ont bon goût)

Challenge Lire en V.O

Challenge Crazy SF
Catégorie Planet Opera
3/3 (j'ai donc terminé ce challenge avant même que 2010 ne soit entamée, je m'épate moi-même et je me lance donc dans un deuxième Challenge Crazy SF : je vais essayer de lire 3 autres romans dans 3 autres catégories, call me wild woman)
06:00 Écrit par fashion dans Challenge Crazy SF, Challenge Lire en VO, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : doctor who novels, steve lyons, the stealers of dreams, i'm so in love, sigh
03.12.2009
Interfacé
Cowboy est un panzerboy : il livre des cargaisons de marchandises de contrebande aux mafieux de la zone libre, au nez et à la barbe des Orbitaux, qui gouvernent de très loin les habitants de la Terre. Sarah est une ancienne prostituée devenue tueuse à gages : elle a les nerfs câblés pour optimiser sa façon de combattre et porte dans sa gorge une arme mortelle, un cobra cybernétique. Le chemin de ces deux Glaiseux va se croiser : arriveront-ils à mettre fin aux rêves de toute-puissance des Orbitaux ? Vous ne le saurez que si vous vous câblez.
Je suis bien consciente que mon résumé en a déjà perdu plus d'un, chers happy few, et c'est une erreur que je vais tenter de rattraper avec brio (et avec mon clavier) (oups, désolée, je ne le ferai plus, my bad). C'est que voyez-vous, après des semaines de rentrée littéraire pour le moins mollassonne (en même temps, la rentrée littéraire est toujours aussi excitante qu'un bol d'ovomaltine, je ne sais pas pourquoi je m'obstine chaque année à penser que cette fois-ci peut-être elle aura, soyons fous, un goût de ricorée) et de lectures en demi-teinte, j'ai décidé de prendre la PAL par les cornes et de me tourner vers un de mes genres de prédilection, qui ne m'a pratiquement jamais déçue (certainement parce que j'y choisis mes titres avec discernement, en toute modestie parfaitement assumée évidemment), la S-F. Dans mon hénaurme PAL (70 titres rien qu'en SF/fantasy/fantastique), j'ai exhumé ce Câblé, premier volume de la tétralogie du même nom de Walter Jon Williams, dont j'avais lu le quatrième volet, Le souffle du cyclone, il y a de cela très longtemps, parce que parfois je suis désordonnée, chers happy few, c'est là mon moindre défaut.
Walter Jon Williams est un écrivain de SF relativement prolifique, très mal traduit chez nous, hélas (certaines de ses séries ont vu leur premier volume traduit et pas les autres), qui s'est essayé à de nombreux genres dont le cyberpunk, auquel cette série appartient. Comme je ne voudrais pas perdre les deux courageux et demi qui sont encore devant leur écran, j'en donne rapidement une définition simplifiée (car oui, croyez-moi, on peut en parler pendant des heures, surtout quand le serveur prépare de délicieux Cosmo, n'est-ce pas les filles ?) : il s'agit d'un courant de SF qui met en scène une personne évoluant marginalement dans une société ultra-technologique dominée par une autorité totalitaire, dans un monde plongé dans le chaos suite à un bouleversement technologique, économique et/ou politique. Dans Câblé, la Terre est plongée dans le chaos suite à une guerre contre les Orbitaux, qui ont facilement gagné et pris le pouvoir. Les Etats-Unis se retrouvent coupés en deux zones, une libre et une occupée (en gros, l'Ouest et l'Est) et les Terriens, victimes des prix prohibitifs pratiqués par les Orbitaux qui contrôlent absolument toutes les usines et toutes les industries agro-alimentaires, se retrouvent bien malgré eux contraints d'avoir recours au marché noir, à la merci donc des plus véreux et des plus malins, qui trafiquent des denrées de première nécessité et des drogues en tous genres, car il n'y a pas de raison que l'humanité ait changé, même dans un futur lointain.
C'est dans ce monde tout sauf glamour, où règne la violence et où tout le monde vit en interface plus ou moins grande avec le monde virtuel que Cowboy évolue : ancien pilote de Delta, nostalgique du ciel, il subodore une entourloupe des Orbitaux et profite de ses incessants voyages en tant que convoyeur pour tenter de rassembler autour de lui d'autres panzerboys et de contrôler le marché noir. Cet homme idéaliste (si, si) croise le chemin de Sarah, personnage complexe et tourmenté qui n'a qu'un but : s'arracher elle et son frère, à ce monde de brutes et rejoindre les Orbitaux. Mais le prix du billet est tellement exorbitant qu'elle accepte une mission trop bien payée, mission qui la mettra à la merci des Orbitaux. Autour de ces deux personnages que tout sépare Walter Jon Williams bâtit une intrigue très solide à défaut d'être très originale (mais n'oublions pas que ce roman date de 1986, soit à peine deux ans après Neuromancien de Gibson, considéré comme fondateur du genre), et met en place de manière très habile un monde terrifiant, où les mesquineries humaines semblent décuplées par l'utilisation à outrance de la technologie (clonage, interfaçage, câblage, chirurgie plastique de remplacement et j'en passe). Les personnages sont très attachants et on suit leur parcours et leurs atermoiements avec infinement de plaisir, d'autant que Williams fait preuve d'un réel talent dans la construction narrative comme dans le style, traversé parfois de douloureuses fulgurances. Excellent.
Walter Jon Williams, Câblé (Hardwire), Denoël, Présence du futur, traduit de l'américain par Jean Bonnefoy, 371 pages, 1986, 1987 pour la traduction.

Challenge Crazy SF
Catégorie Cyberpunk
2/3

Challenge Objectif PAL
Catégorie "In ze PAL depuis 2007, ne dites rien, je sais (et il y a pire) (hum)"
5/20
07:23 Écrit par fashion dans Challenge Crazy SF, Challenge Objectif PAL, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : walter jon williams, il a écrit des romans d'alternate history aussi, et une histoire star wars, que j'ai achetée à londres, je suis incorrigible, je sais
16.11.2009
A l'abordage, cacahouètes et potage!
2216, Angleterre. Enfin, ce qu'il en reste. Lily Melkun, 13 ans, est pêcheuse dans les Dix dernières contrées d'Angleterre, terres très pauvres du sud de feu le Royaume-Uni, soumises malgré elles aux raids des pirates et oubliées de l'état et surtout de l'Ecosse, devenue une super-puissance. Un jour, Lily rentre au village pour trouver ce dernier en émoi : les pirates de Medwin ont fait une razzia et non contents d'enlever Lexy, la fille du Premier Ministre qui vivait chez sa tante, ils sont assassiné la grand-mère de Lily. Seule au monde, Lily décide de fuir afin d'échapper au mariage auquel on veut la contraindre : elle se met en tête d'aller sauver Lexy des griffes des pirates en proposant une rançon qu'elle a dérobée chez la tante de la petite fille, un bijou qui parle... Les aventures commencent.
En 2008, The Times a organisé un concours d’auteur avec Barry Cunningham, l’éditeur d’Harry Potter, comme président du jury, chers happy few, dans le but de découvrir un nouvel auteur jeunesse. C'est Emily Diamand et sa Rançon des pirates qui a remporté le concours et donc la publication, avec cet ouvrage de SF post-apocalyptique qui décrit un monde ravagé par une catastrophe écologique sans précédent. Alors que les trois quarts de Londres sont sous les eaux et que la partie émergée de la ville est un marécage sans nom, l'Ecosse, elle, au-delà de ses frontières sévèrement gardées, est une nation puissante, qui, dit-on, aurait gardé quelques ordinateurs et quelques machines intelligentes d'avant la catastrophe, ce qui est formellement défendu aux habitants des Dix dernières contrées, et maîtrise les nouvelles énergies, ce qui lui assure une grande richesse. Comme toujours dans les romans post-apocalyptiques, l'humanité revenue à l'âge pré-technologique doit faire face à des menaces qui semblent surgies d'une époque révolue, ici les pirates qui ont mis en coupe réglée les rivages pauvres et qui livrent une lutte sans merci aux Anglais dans le but de prendre le pouvoir sur ce qui reste de l'Angleterre.
Avec son intrigue pas franchement révolutionnaire (une ado brave tous les dangers pour sauver une petite fille et se retrouve prise au milieu d'une intrigue dont l'ampleur la dépasse) qui enchaîne les rebondissements par à-coups (le début est très lent), ses personnages assez superficiels et son style très plat et un peu artificiel (notamment l'alternance des points de vue entre Lily et Zeph qui ne se justifie pas vraiment), La rançon des pirates est un roman qui s'adresse à mon avis à de très jeunes lecteurs (dès 9 ans) et qui ne m'a pas vraiment convaincue, chers happy few. Si on en croit Cunningham, qui se fend des traditionnelles louanges de 4ème de couverture (une habitude décidément détestable, mais cela n'engage que moi), Emily Diamand est un grand écrivain. Si c'est vrai, elle a une mauvaise traductrice.
Emily Diamand, La rançon des pirates, Michel Lafon, 371 pages, traduit de l'anglais par Nathalie Gouyé-Guilbert, mars 2009
Le billet de Mélanie, qui m'avait donné envie.
Et comme de nos jours on semble ne plus savoir écrire de one-shot et qu'on surfe allègrement sur la vague des séries à rallonge, il y aura une suite, qui sortira en Grande-Bretagne en 2010. (Oui, je suis en mode schtroumpf grognon en ce moment, j'assume.)

Challenge Crazy SF
Catégorie Post-apocalyptique
1/3
(Toutes les informations sur ce Challenge sont chez GeishaNellie.)
18:31 Écrit par fashion dans Challenge Crazy SF, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : emily diamand, la rançon des pirates, chats pêcheurs, drakkars, jeux vidéos, i'm in love de mulder, comment ça aucun rapport ?, il y a toujours un rapport avec mulder, qu'on se le dise