11.03.2009
Wanna play a Game ?
Dans un village anglais à une époque indéterminée mais qui ne semble pas récente, Jack, McCabb et Morris, Jill, Owen, Rastov, le Comte, le Bon Docteur et leurs animaux domestiques (chien, chat, serpent, rat, chauve-souris...) se préparent fébrilement pour le Jeu du 31 octobre à coups d'emplettes macabres, de profanations de sépultures et d'incantations magiques. Mais la mort d'un puis de deux joueurs, fait entrer la police dans la ronde, sans compter l'arrivée de Larry, le... loup-garou.
Ne vous faites pas de mal, chers happy few sensibles et ne lisez pas ce billet, qui va en faire pleurer plus d'un : en effet, ce Songe d'une nuit d'octobre de Roger Zelazny (connu pour son cycle d'Ambre) est excellent mais épuisé et totalement introuvable ; je vais donc dans mon grand sadisme faire l'éloge d'un roman que vous ne pourrez pas lire, c'est affreux (Cruella is my middle name, au moins). Et comme je sais que vous vous demandez, happy few curieux (ne niez pas, vos vices sont les miens) comment j'ai eu l'idée de lire ce roman et comment je me le suis procuré, je répondrai en deux mots (ou quatre, soyons fous) : Challenge blog-o-trésors et Yueyin. J'ai pioché ce titre dans la liste du premier et la deuxième l'a très gentiment exhumé de son immense bibliothèque pour moi (bon, elle m'a demandé de retirer tout ce que j'avais bien pu dire sur un certain MMF, mais j'ai résisté car je suis comme ça, on ne m'achète pas, sauf avec du chocolat).
Bref. Le songe d'une nuit d'octobre est une oeuvre hybride, à mi-chemin entre le fantastique (pour les loups-garous, les vampires, les sorcières et les cimetières la nuit) et la fantasy (pour la magie noire, les portails entre les mondes et l'affrontement des puissances des ténèbres). Ce mélange est déjà intéressant en soi et la réutilisation de personnages célèbres (vous pouvez deviner certains noms en relisant attentivement la liste que j'ai donnée dans le résumé) rend le roman passionnant par la vision très personnelle qu'en donne Zelazny. De plus, la narration est prise en charge par Snuff, le chien de garde de Jack, doué de parole entre minuit et une heure et doté de pouvoirs surhumains, et l'histoire est donc racontée du point de vue des animaux de garde et de compagnie des êtres humains (ou pas d'ailleurs), ce qui est plutôt original, donne un ton particulier au récit et renforce le suspense, les informations étant distillées au fur et à mesure avec beaucoup de parcimonie (il ne faut d'ailleurs pas lire la quatrième de couverture qui donne notamment une information qui ne sera dévoilée qu'aux deux-tiers du roman). Les rebondissements s'enchaînent, les personnages sont bien campés (mention spéciale au Grand Détective et à Jack) et le lecteur s'amuse à déchiffrer les indices les concernant disséminés ça et là, on saluera le passage qui rend hommage à Lovecraft et le tout n'est pas exempt d'une certaine poésie mélancolique. J'ai adoré.
Roger Zelazny, Le songe d'une nuit d'octobre (A night in the lonesome october), J'ai lu SF fantasy, traduit de l'américain par Ange Desmarais, 253 pages, 1995
PS : merci encore Yueyin!
PSbis : il est apparemment épuisé aussi en anglais mais trouvable en occasion.
Lu dans le cadre du Challenge Blog-o-trésors (2/4)

14:52 Écrit par fashion dans Challenge Blog'o trésors, Fantastique, Fantasy, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : zelazny, songe d'une nuit d'octobre, j'aime les chiens, je voudrais bien un cottage en angleterre, sans magie noire of course, c'est pas très reposant
19.01.2009
"L'aube revenait sans amener le jour"
Mississipi, 1857. Le capitaine Abner Marsh, vieux loup de mer d'une incomparable laideur et d'une incroyable ténacité reçoit une étrange proposition de Joshua York, bel homme pâle au regard insondable : ce dernier veut acheter la moitié des parts de la Compagnie des paquebots de Marsh alors que cette dernière est au bord de la faillite. Disposant de fonds qui semblent illimités, Joshua veut faire construire un vapeur de dimensions grandioses et sillonner le fleuve. En échange de cet argent, Joshua exige que le bateau soit sous ses ordres, que Marsh ne pose aucune question sur ses fréquentations et le laisse dormir le jour sans jamais le déranger. Marsh accepte le marché.
Riverdream, pioché dans la Méga-Liste de Grominou, chers happy few, est un roman de vampires atypique d'une grande noirceur qui m'a valu une nuit presque blanche (quand à mon âge, je me couche à 2 heures du matin pour me lever à 7 heures, je considère que la nuit est presque blanche, c'est la vieillerie, c'est terrible, plaignez-moi). George R. R Martin, bien connu des amateurs de fantasy pour son Trône de fer, signe ici un de ses premiers romans, excellent et qui renouvelle avec bonheur les codes des romans vampiriques.
Dans Riverdream (dont le titre français ne me satisfait pas, le titre anglais, Fevre Dream, étant le nom du bateau que Marsh fait construire pour Joshua, titre polysémique qui renvoie tout à la fois au nom de la rivière, à la fièvre jaune et à la fièvre des vampires), les vampires sont une race à part qui ne peut pas se mélanger aux humains (pas d'enfants hybrides, donc, ni de transformation possible en buvant le sang des vampires), une race qui ne crée rien, n'invente rien et se contente de mettre ses talents surhumains au service de la chasse,
une race condamnée à une lente extinction en raison de son incapacité à enfanter suffisamment souvent. Représentant parfait de cette race, Damon Julian, Maître du Sang, si vieux que son corps sublime n'abrite plus qu'une bête qui s'ennuie, avide de sang et d'atrocités, soumet humains et vampires à sa loi sadique et capricieuse. Face à lui, Joshua York, un vampire qui a grandi en France avant la Révolution, au milieu des hommes (car dans la mythologie recréée par George R. R Martin, les vampires ne craignent ni l'ail, ni les croix, ni l'argent, ni l'eau bénite, ni les miroirs, seulement la lumière du soleil), qui a perdu son père très tôt et qui se perçoit comme un monstre, tentant par tous les moyens d'enrayer la "soif rouge" qui le saisit une fois par mois, selon le rythme de la lune (car ici "loups-garous" est un autre nom pour désigner les vampires), a mis au point un breuvage qui permet aux vampires de ne plus s'abreuver de sang humain : il voudrait que tous les vampires en boivent afin de vivre en bonne intelligence avec les humains. Ces deux figures, l'une messianique, porteuse de paix et de progrès, et l'autre diabolique, ancré dans des traditions séculaires et violentes, s'affrontent sous les yeux du capitaine Marsh, personnage qui voit ses propres valeurs mises à mal par l'irruption de Joshua et qui prouvera par son courage que les humains ne sont pas que le "bétail" que voit en eux Julian.
Et avec Marsh, son appétit d'ogre, sa loyauté et sa profonde humanité, c'est le fleuve qui devient le personnage central du roman. La recomposition de la vie foisonnante sur le Mississipi juste avant la guerre de Sécession et l'arrivée du charbon donne à ce roman une dimension supplémentaire proprement passionnante : on découvre la vie quotidienne des équipages de vapeurs, qui transportaient frêt et passagers, les courses, la surenchère dans la puissance, les prémices de la guerre, l'esclavage, et toute une géographie du Sud, au travers des villes traversées, à l'atmosphère étouffante et putride comme La Nouvelle Orléans, ou sublimes comme Saint Louis. Le mélange entre la vie des mariniers, rude mais lumineuse et la vie des vampires, dominée par les ténèbres et le mal crée un roman incroyable, hanté par l'ombre de Byron et les réminiscences du Vaisseau fantôme, au suspense magistral et à la noirceur de l'encre.
George R. R Martin, Riverdream (Fevre Dream), J'ai lu, traduit de l'américain par Alain Robert, 507 pages, première publication aux Etats-Unis 1983, traduction française en 2005.
Le billet de Céline, conquise.
Lu dans le cadre du Challenge Blog-o-trésors, 1/4. Merci encore Tvless pour l'avoir mis dans la liste!
PS : le titre de ce billet est un vers tronqué de Byron, extrait de "Ténèbres", un poème cité plusieurs fois dans le roman.
Voici les premiers vers dans la version originale :
"I had a dream, which was not all a dream.
The bright sun was extinguish'd, and the stars
Did wander darkling in the eternal space,
Rayless, and pathless, and the icy earth
Swung blind and blackening in the moonless air;
Morn came and went--and came, and brought no day,
And men forgot their passions in the dread
Of this their desolation; and all hearts
Were chill'd into a selfish prayer for light..."
Et la traduction proposée dans le roman (je ne sais pas de qui elle est, ce n'est pas précisé) :
"J'eus un rêve qui n'en était pas entièrement un,
L'éclat du soleil s'était éteint, et les étoiles
Erraient, pâlissantes, dans l'espace éternel,
Dépouillées de leurs rayons et de toute trajectoire fixe.
La terre glacée flottait, aveugle et noire dans l'air sans lune ;
L'auve venait, s'en allait - et revenait sans amener le jour.
Les hommes oubliaient leurs passions dans la terreur
De cette désolation ; tous leurs coeurs
Se gelaient en une prière égoïste vers la lumière..."
PSbis : je me demande dans quelle mesure Stephenie Meyer n'a pas été influencée par ce roman (évidemment, je ne sais pas si elle l'a lu) : l'accouchement des vampires et l'affrontement de deux clans, les buveurs de sang et les autres, est similaire. Intertextualité quand tu nous tiens.
06:30 Écrit par fashion dans Challenge Blog'o trésors, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : george r.r martin, quelle plume!, riverdream, vampires, c'est un bouquin pour toi caro[line]
09.01.2009
Ben voilà, j'ai choisi!
Nous l'attendions comme le Messie, chers happy few, elle est arrivée : la Méga-Liste de Grominou pour le Challenge Blog-o-trésors. Je l'ai compulsée, triturée dans tous les sens, relue à l'aune de ma PAL (car je caressais l'espoir fou de trouver 4 titres dans ma bibliothèque, parfois l'optimisme m'égare), j'ai fait quelques recherches (car en bonne fille organisée, je ne me lance pas dans une lecture sans savoir un minimum de quoi il est question) (je dis ça mais ne me croyez pas, je ne lis jamais les quatrièmes de couverture), et j'ai fini par choisir, la mort dans l'âme car choisir c'est renoncer un peu a dit le poète moldave. Oui, celui-là même.
Les grands gagnants, ceux qui vont avoir l'insigne honneur d'être lus par moi et de se voir consacrer un billet sont...
Riverdream de George R. R. Martin, qui était dans la liste de Tvless et qui d'après les renseignements glanés ici et là est un roman de vampires, écrit par un maître dont ce n'est pas le genre de prédilection, ce qui attise bien évidemment ma légendaire curiosité.
Le songe d'une nuit d'octobre de Roger Zelazny, conseillé par Raduris. J'ai beaucoup aimé le cycle d'Ambre du même auteur, la seule question est : "Vais-je le trouver ?" (je ne me cherche pas déjà des excuses, happy few de peu de foi, j'ai cru comprendre qu'il était épuisé, heureusement l'occasion est mon amie) (et la VO aussi)
Femmes et filles d'Elisabeth Gaskell, choisi par Pimpi et recommandé par Isil backstage. J'ai très envie de découvrir cet auteur, voilà qui tombe à pic! Evidemment, le net, ce vilain, m'annonce que c'est aussi un ouvrage épuisé mais rien ne m'arrêtera, foi de Fashion! (c'est beau l'optimisme de début d'année, ça me tirerait limite une larmichette)
La cloche de détresse de Sylvia Plath, élu par Erzébeth et qui est (qui a dit "épuisé" ?) dans ma LAL depuis des lustres, voilà qui va le faire passer à l'état PALesque!
J'ai bien conscience de l'éclectisme de cette liste, chers happy few, et c'est tant mieux. J'espère faire de belles découvertes et pour le cas, tout à fait probable, évidemment, où je terminerais ce challenge fingers in the nose et en avance, j'ai déjà constitué une deuxième liste. Wait and see. Comme d'habitude.
Et vous, chers happy few, vous choisîtes ?
05.12.2008
Oops, I did it again!
Comme chacun le sait pertinemment, chers happy few, je suis génétiquement incapable de tenir un challenge de lecture, la faute à une attention trop facilement distraite par les livres qui me font de l'oeil partout, chez les copines, dans les librairies, sur les blogs, dans le métro (car oui, aveu qui me coûte mais que je fais quand même, je lis par-dessus l'épaule des gens dans les transports en commun, chers happy few, vous pouvez me conspuer, parce que je le vaux bien).
Comme voici venue la fin de l'année et son traditionnel cortège de bilans masochistes, je vous livre quelques chiffres édifiants.
Challenge ABC 2008 spécial Littérature asiatique (car oui, j'ai compliqué les choses, c'est tellement plus fun) : 8 livres lus sur 26. 3 sont encore dans la PAL. Probabilité pour que ce challenge soit complété d'ici le 31 décembre ? Euh, ... 0.0000001 % ?
Challenge Celebrate The Author : 3 auteurs fêtés sur 12. On raconte que William ne s'en est pas remis et Joss ne me parle plus.
Challenge Le Nom de la Rose : 2 livres lus sur 6. Les 4 autres sont dans la PAL. Probabilité pour que je les lise et les chronique d'ici le 31 décembre ? Ah, sachant que a) les 4 romans sont à 10 cm de mon lit, b) j'ai 15 jours de vacances à Noël, c) Belle-Maman vient passer 10 jours à la maison et elle pourra donc occuper les enfants pendant que je me livre à mon vice favori (oui, Belle-maman, je sais que vous me lisez et que vous serez ravie de m'aider à challenger de la sorte afin de sauver mon honneur), la probabilité pour que ce challenge soit terminé s'élève aux environs des 70%. Comment ça, je ne sais pas calculer ? Peut-être même 76.5 %, soyons fous. Vous ne me croyez pas, happy few de peu de foi ? Wait and see.
Challenge du 1% littéraire : 19 livres lus sur 7. Non, je n'ai pas fait d'erreur dans la formulation : j'ai accompli un challenge du 2% littéraire. Normal : je ne m'y suis pas vraiment inscrite, il n'y avait aucune liste à faire, tout s'est fait à l'insu de mon plein gré et c'est manifestement comme ça que c'est le mieux, chers happy few admiratifs (ne niez pas, je sais que savoir que j'ai bouclé 1 challenge sur 4 vous rend babas).
Tout ça pour dire que même si je ne viens jamais à bout d'un seul challenge, j'adore m'inscrire. C'est comme la rentrée des classes : je ressens l'excitation de toutes ces possibilités, de toutes ces lectures à venir, de toutes ces rencontres en devenir et franchement, j'adore. Alors, pour me faire plaisir (et pour répondre au harcèlement dont j'ai fait l'objet pendant 2 mn et 48 secondes), j'ai décidé de m'inscrire au challenge Blog-o-trésors de Grominou (qui avait déjà eu l'année dernière l'excellente idée du Challenge Le Nom de la Rose). Le principe ? Publier les titres de ses 10 romans préférés. Et s'engager à en lire 4 de la Méga-Top-Incroyable Liste commune de tous les participants du challenge. Je trouve ça fun parce que ça fait circuler les auteurs-chouchous (copyright Caro[line]) et ça permet de partager ses marottes, ce qui est pour moi l'esprit même du blog.
Mais évidemment, 10 c'est bien peu, chers happy few. J'ai d'abord envisagé de tricher (qui a dit "encore ?") et de publier plusieurs listes par genre (mes 10 romans de SF, mes 10 romans jeunesse, etc) puis je me suis ressaisie et j'ai déterminé des critères (oui, parfois je fais les choses scientifiquement, comme quand je goûte du chocolat). Critère n°1 : la relecture. Tous les romans figurant sur cette liste ont été lus et relus, parfois entièrement, parfois par morceau. Critère n°2 : la rencontre. Tous les titres cités ont marqué mon parcours de lectrice pour des raisons diverses et variées et ont ouvert des portes vers d'autres genres, d'autres auteurs, d'autres horizons. Critère n°3 : ne pas faire trop de redites avec la Fashion's Klassik list. J'aurais pu la recopier intégralement mais j'avais envie de donner aussi d'autres titres et de citer d'autres auteurs.
Voici donc ma liste (dans un ordre aléatoire, vaguement chronologique).
1. Laura Ingalls Wilder, La petite maison dans la prairie (il y a 8 volumes mais on peut les lire indépendamment, je suis donc dans les clous pour le challenge)
2. Pierre Gripari, Histoire du Prince Pipo
3. Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers
4. Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo
5. Ray Bradbury, La foire des ténèbres
6. J.R.R Tolkien, Le Seigneur des anneaux (je le possède dans une édition en un seul hénaurme volume, je considère donc que ce n'est pas une série) (le premier qui dit que je triche lira Kant dans le texte)
7. Paul Auster, Moon palace
8. Stendhal, La Chartreuse de Parme
9. Robert Louis Stevenson, Le maître de Ballantrae
10. Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac
(Je précise qu'à cause des règles drastiques énoncées par Grominou, une série a sauvagement disparu de cette liste. Tant pis. Je crois que je vais me lancer dans des Top 10 de séries, tiens, histoire de déverser ma frustration.)
Et vous, chers happy few, vous challengez aussi ?
EDIT DU 7/12 à 22h47
Après passage de M'ame Grominou huissier de justice de ce challenge (ben oui, c'est l'organisatrice), il s'avère que comme la moitié des participants, je suis contrainte et forcée d'ôter de cette liste mon n°6, ce chef-d'oeuvre qu'est Le Seigneur des Anneaux. Je pleure des larmes de sang mais comme je suis disciplinée, j'obéis. Et je remplace cette non-trilogie par Les quatre filles du Dr March de Louisa May Alcott. C'est inattendu comme remplacement, je sais, j'assume.
06:30 Écrit par fashion dans Challenge Blog'o trésors | Lien permanent | Commentaires (66) | Envoyer cette note | Tags : britney sors de ce corps, le tiendrai-je celui-ci ?, l'espoir fait vivre, à quand des challenges par auteur ?, faudrait que je fasse un challenge proust tiens!