11.09.2011

White crows - Tome 1 : Coeur d'acier - Djief

 

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(Oui, je sais, c'est difficile à croire, chers happy few, aujourd'hui ni romance ni dissertation sur l'évolution du serbo-moldave à travers les âges, tout se perd.)

 

Sur la planète Primor, où toutes les cultures interstellaires sont censées cohabiter en paix (enfin, certaines plus que d'autres), Frank Willis mène une vie peu paisible. Humain dans un monde qui pratique à leur écart une stricte ségrégation, il a réussi à gagner ses galons de sergent dans la police grâce à des prises de risque totalement inconsidérées. Il ne vit que pour son boulot, jusqu'au jour où sa fille, Shelly, débarque : la colonie de terriens sur laquelle elle vivait avec sa mère et son beau-père a totalement disparu, de même que ses millions d'habitants. La cohabitation entre le père et la fille s'annonce orageuse, d'autant que la gamine semble avoir un talent certain pour les secrets et les emmerdes...

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Voilà un très bon premier volume, happy few de mon coeur : scénario qui tient la route, images et mise en page efficace, monde bien campé, humour, action, clins d'oeil divers et variés (tiens, me suis-je dit en ouvrant le volume, le héros ressemble un peu à Bruce Willis, pour découvrir au bout de quelques vignettes qu'il en portait le nom ; les cyborgs plus qu'humains m'ont fait penser à Blade Runner ; Shelly a un robot-Jeeves qui ressemble un peu à Snivel dans Sillage)... Divertissant en diable, ce Coeur d'acier (Soleil, 48 pages, 2011) est suivi d'un dossier de 6 pages qui détaille l'univers de Primor (univers assez intéressant, ma foi). Espérons que la suite sera à la hauteur.

 

(Sinon, aucun lien fils unique, allez jouer chez Chif' pour gagner un bouquin de Jamie Oliver, parce qu'il le vaut bien le bougre.)

16.03.2011

"Sur cette terre malmenée par le vent, même les pierres semblaient souffrir."

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Paolo est un petit garçon à l'âge incertain. Il vit avec ses parents dans une masure sur une terre aride et isolée de l'extrême sud du Chili. La vie est difficile sur ce lopin de terre rocailleuse mais Paolo, qui n'a connu qu'elle, vit sans se poser de questions au rythme des saisons et de la chasse aux serpents, sa grande occupation. Un jour, un étranger demande l'hospitalité pour la nuit. C'est Angel Allegria (le mal nommé) : "un truand, un escroc, un assassin". Il tue de sang-froid et sans raison les parents de Paolo mais ne peut se résoudre à assassiner le petit garçon, qui vit avec lui comme s'il était son père, sa mémoire comme effacée d'un coup par la vision de ses parents égorgés. La vie reprend son cours.

 

Les larmes de l'assassin est un roman graphique adapté du roman éponyme d'Anne-Laure Bondoux, que je n'ai pas lu, chers happy few (ben oui, ce genre de chose arrive même aux meilleurs, la preuve) ce qui m'a permis de découvrir cet album comme s'il était premier et j'ai été emballée par la noirceur poétique de cette histoire terrible, magnifiquement servie par de grandes vignettes sombres (Thierry Murat n'utilise que trois couleurs : le gris, le marron et le beige), à l'unisson de cet univers désertique et désolé et de la violence sourde d'Angel, qui s'humanise au contact de ce petit garçon au regard bouleversant qui développe avec le meutrier de ses parents une troublante relation père/fils. Un très bel album, élu BD-RTL du mois.

Thierry Murat, Les larmes de l'assassin, Futuropolis, 126 pages, 2011

Le roman d'Anne-Laure Bondoux a été publié en 2003 par Bayard jeunesse.  

10.11.2010

A good Dalek is a dead Dalek

doctoooooor.jpgDans un lointain futur, la guerre fait rage entre les humains et les Daleks. Sur Station 7, une station spatiale orbitale top secrète, une équipe de militaires et de scientifiques travaille sur des artefacts et des armes daleks, ramassés sur les différentes planètes qu'ils ont méthodiquement détruites. Le but de ces recherches : parvenir à transformer les Daleks en robots inoffensifs et leur faire utiliser leur propre technologie contre eux-mêmes. Le Docteur et Amy Pond, qui arrivent sur la base spatiale au moment où le scientifique en charge est assassiné, ont beau les mettre en garde, les humains ne veulent rien entendre. C'est parce qu'ils ne savent pas encore que le Docteur a toujours raison.

 

The only good Dalek est un roman graphique scénarisé par Justin Richards et dessiné par Mike Collins, tous deux bien connus des amateurs du Docteur et qui est le premier roman graphique Doctor Who édité par BBC Books. Il met en scène le 11ème Docteur, interprété par Matt Smith (oui, happy few de mon coeur, je sais que je n'ai toujours pas fait de billet sur cette cinquième saison, d'ailleurs pour me punir, je suis en train de la regarder de nouveau, avouez que mon sens de l'auto-flagellation n'a pas de limite) et sa compagne Amy Pond interprétée par Karen Gillan, dans un excellent volume parfaitement dans la lignée de la série. Outre la présence des Daleks, que comme tout fan de la série j'adore (on aura rarement vu méchants à la fois aussi ridicules et aussi terrifiants, véhiculant derrière leurs balayettes kitsch une idéologie proprement nauséabonde aux relents plus qu'appuyés de fascisme), j'ai apprécié les décors fabuleux (le support permet la démesure des effets spéciaux) au service d'une histoire de manipulation et d'impossible rédemption, qui met encore une fois en lumière l'incroyable combativité de la race humaine. Et j'ai pris un plaisir fou à suivre le Docteur et Amy en attendant de les retrouver dans la saison 6. Une bonne lectrice est une lectrice comblée, non ?

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Une planche pour Mo.

(Les autres peuvent regarder aussi, c'est mon jour de bonté.)

 

Richards et Collins, The only good Dalek, BBC Books, 2010.

 

LireEnVoMini.jpgChallenge Lire en V.O

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29.08.2009

Pretty girls and monsters

Parce que cela faisait trop longtemps (très exactement deux mois à quelques heures près, oui j'aime la précision), que je ne vous avais pas bassinés avec Joss Whedon le demi-dieu, chers happy few, j'ai décidé de remédier à cela (ben oui, Joss mérite une blogueuse obsessionnelle au même titre que Charles, Henri et Emile, non ?) (non ? vous me fendez le coeur) et de vous parler de ma dernière trouvaille :

 

 

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Fray, scénarisé par Joss himself avec Karl Moline au dessin.

 

 

Bon, je dois bien avouer que sur ce coup-là j'ai un peu de retard, puisque ce comic-book a été publié en 2003, mais que voulez-vous nul n'est parfait en ce bas monde. Je pitche pour les deux lecteurs et demi qui sont restés devant leur écran malgré la vision de la couverture : nous sommes au 23ème siècle. Melaka Fray est une voleuse qui survit comme elle peut dans les bas-fonds d'une ville où les pauvres ne voient jamais le soleil. Forte, rapide, intelligente, maline, elle vit seule, loin de sa soeur qui est flic et elle traîne comme une blessure gangrenée le souvenir de la mort de son frère, assassiné sous ses yeux. Elle voit apparaître un jour un homme qui lui dit qu'elle est l'élue avant de s'immoler par le feu. Survient alors une espèce de démon très laid qui lui apprend qu'elle est en réalité une Tueuse.

 

 

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(Moi je dis qu'une héroïne qui pense : "Bad day. Started bad, stayed that way. Woke up sore from last night. Didn't find the fingernail in my breakfast till I was chewing it. [...] All bad enough. But Ruebrin's boys showing up on the grab and tossing me off the roof, that was... Well, actually, that was kind of fun.", ne peut être que selon mon coeur.)

 

Le pitch vous semble familier, chers happy few, mais détrompez-vous : dans ce monde futuriste nul ne sait ce qu'est une Tueuse, parce que nul ne sait ce qu'est un vampire. Ils ont été éradiqués de la surface de la Terre par une autre Tueuse (ceux qui suivent savent qu'il s'agit de Buffy à la fin de la saison 7) en même temps que les démons en tous genres. Le script débute donc sur un terrain à la fois familier et différent qui permettra à tous ceux qui n'ont jamais vu la série télé de suivre sans problème en mettant leurs pas dans ceux de Fray. Côté intrigue, elle contient son lot de rebondissements (les révélations sont habilement distillées) et de bagarres et comme toujours chez Whedon, les dialogues sont percutants (la forme du comic-book se prête décidément très bien à sa plume à cause des aperçus des pensées des personnages et des changements de points de vue beaucoup plus faciles que dans une série incarnée par des comédiens) et l'humour est omniprésent sous l'aspect dramatique. Whedon réutilise toute la mythologie de la Tueuse pour faire ici quelque chose de nouveau dans un cadre de SF plutôt light (hormis les voitures volantes, car, comme il l'explique dans la préface : "My visions of the future are pretty much the standard issue : the rich get richer, the poor get poorer, and there are flying cars."). C'est très réussi et je reste à chaque fois bluffée par le talent de cet homme et sa capacité à développer un univers dans tous ses aspects possibles. Franchement, et vous êtes, malheureusement pour vous, bien placés pour le savoir, chers happy few, je ne m'en lasse pas.

 

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(Icarius le vampire, ouh qu'il est laid quand même et Fray, un peu effrayée sur ce coup-là, oui, elle est facile, je sais.)

 

 

Joss Whedon, Karl Moline, Fray, Dark Horse, 2003, omnibus contenant les 8 épisodes de la mini-série. Cette série n'a apparemment jamais été traduite en français. Encore une bonne raison de se mettre à l'anglais. Je dis ça, je dis rien.

 

PS : je poursuis mon exploration du buffyverse par la série de comic-books parue en parallèle de la série télé. Les premiers numéros expliquent ce qui s'est passé à Los Angeles avant la première saison (Whedon a repris son matériau de départ massacré par le film tout pourri) : on y découvre comment Buffy a fait brûler le gymnase de son lycée ce qui lui a valu le renvoi, les tenants et les aboutissants de son passage en hôpital psychiatrique (une allusion y est faite dans cet épisode génialissime où elle est victime d'un sortilège qui lui présente le monde comme une construction de son cerveau malade), on y voit déjà Dawn et Angel et c'est une série qui s'annonce indispensable pour tout fan qui se respecte (je n'ai lu que le volume 1 qui contient 5 histoires : All's fair (avec Spike et Drusilla), Buffy : the origin, Viva Las Buffy, Dawn & Hoopy Bear et Slayer, interrupted). A suivre.

 

Merci Lyle. Il sait pourquoi.

30.06.2009

In hell

Comme vous le savez, chers happy few assidus, je voue un culte particulièrement actif à Joss Whedon (croyez-moi, vous ne voulez pas tout savoir), et, en attendant l'hypothétique film adapté de la série Buffy, je lis la saison 8 en comic-books (saison à laquelle j'ai consacré un billet sur La Page Littérature). Je savais depuis longtemps que Whedon avait écrit une saison 6 d'Angel, mais pour des raisons étranges, que je n'arrive pas moi-même à élucider correctement (ben oui, entre la chaleur et les oraux, mes neurones théorisateurs ont fui et on ne peut franchement pas les en blâmer, chers happy few), je ne me l'étais pas procurée. Cet errement si peu dans ma manière a été réparé par l'homme pour la fête des mères, puisque j'ai trouvé sur mon plateau de petit déjeuner, entre deux colliers de nouilles :

 

After the fall, volume 1, soit les cinq premiers épisodes de la saison 6, (oui, je sais, une BD pleine de démons c'est un drôle de cadeau de fête des mères, mais il y a un very sexy man inside, chers happy few, je dis ça, je dis rien).

 

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 (Oui, le regard de braise n'est pas un vain mot pour Franco Urru, cet homme aime les métaphores littérales, le bougre.)

 

Pour ceux qui n'auraient pas suivi avec assiduité cette série (même si je sais que cela ne peut être, chers happy few kultivés et amateurs de whedoneries), je rappelle que la saison 5 s'achevait avec la mort de certains des personnages principaux et l'ouverture des portes de l'Enfer déversant ses hordes de démons sur Los Angeles (j'en vois qui frémissent au fond de la salle, petites natures, va). Nous avions donc laissé Angel et Spike, nos deux vampires préférés (enfin, les miens, ça c'est certain) en bien mauvaise posture. Nous les retrouvons quelques mois plus tard et, comme l'indique le titre de la saison, la ville de Los Angeles a été avalée en Enfer : chaque quartier de la ville est sous la coupe d'un démon, ce qui donne lieu évidemment à de sanglantes guerres de pouvoir et de voisinage, et les humains qui ne sont pas morts dans l'apocalypse sont pourchassés puis réduits en esclavage. Angel, qui se sent responsable de ces atrocités (et il a bien raison pour une fois, Monsieur je-porte-le-poids-du-monde-sur-mes-épaules-larges-et-musclées), tente de sauver ce qu'il peut dans ce monde terrifiant mais il cache lui-même un secret...

 

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(Spikey is back, oh yeah!)

 

Le premier intérêt de cette saison est bien évidemment de proposer une fermeture à la fin ouverte de la saison 5, et de déplacer l'histoire dans un endroit effrayant, qui est finalement l'aboutissement logique d'une série qui, contrairement à Buffy, s'est révélée être de plus en plus sombre dans ses développements au fur et à mesure qu'il devenait évident que le personnage d'Angel portait en lui une espèce de damnation qui va bien au-delà de la simple malédiction et qui est ancrée dans sa nature même d'hybride et dans sa personnalité profonde (ben oui, c'est brillant comme série, vous en doutiez happy few de peu de foi ?). Ensuite, Whedon et son complice, Brian Lynch, ont ramené tous les membres du Angel gang (à l'exception notable de Cordelia, qui de toute façon l'avait quitté depuis longtemps), et leurs réapparitions, savamment orchestrées, sont autant d'entrées en scène réussies, avec une mention spéciale pour Spike, dont décidément je ne me lasse pas, dans une espèce d'auto-parodie extrêmement jouissive. Côté intrigue, c'est excellent pour l'instant : guerres entre clans démoniaques, humains qui tentent d'organiser la rebellion, allusions à un grand dessein de Wolfram & Hart, liens qui se renouent entre nos héros, révélations intelligemment distillées (dont une qui change complètement la donne), le tout saupoudré de cet humour whedonien que j'aime tant, bref, on n'a qu'une envie, lire la suite! Elle est disponible, ça tombe bien. Sometimes, life's heaven, chers happy few.

 

Angel, After the fall, volume one, Joss Whedon, Brian Lynch, Franco Urru (au dessin, que j'aime assez même si j'ai mis du temps à m'y habituer), IDW, 5 épisodes plus la première mouture du scénario de Joss Whedon, des annotations de Lynch et une galerie de dessins (et de photos, so yammy). 

 

12.03.2009

Brazil, Brazil

negrinha.jpg Copacabana, 1953. Maria est brésilienne. Elle vit avec sa mère, Olinda, dans les quartiers chics de Rio et va à l'école avec des petites filles blanches, car Maria, dont la mère est d'un noir d'ébène peut passer pour une blanche. Olinda a quitté la favela il y a longtemps et elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour assurer à sa fille un avenir qui ne ressemblera pas au sien.


Dans la belle collection Bayou de chez Gallimard, dirigée par Joann Sfarr, les découvertes se suivent, chers happy few, et se ressemblent, non par les histoires racontées mais par la qualité de ce qui est proposé. Après Aya de Yopugon et Trésor, c'est Negrinha qui emporte mon adhésion. Cette histoire en un volume conte avec beaucoup de sensibilité l'histoire d'une adolescente qui se découvre brutalement des racines. Elevée par une mère qui a décidé qu'elle ne connaîtrait jamais la pauvreté et la violence, Maria grandit dans un environnement privilégié : Olinda fait des ménages chez un diplomate qui n'est jamais là et qui les loge, elle peut donc aller à l'école avec les enfants favorisés, qui la prennent tous pour une blanche. Mais suite au décès de son beau-frère, Olinda retourne dans la favela pour l'enterrement. Maria découvre avec stupéfaction sa famille (nombreuse) et un monde dont elle ne soupçonnait même pas l'existence, qui lui paraît fait de rires et de musique mais dont l'envers est bien moins gai. Le dessin de Tallec (que l'on connaissait jusqu'à présent surtout pour ses albums jeunesse), épuré et lumineux, s'adapte parfaitement à cette histoire plutôt triste, rythmée par l'évocation par petites touches impressionnistes du Rio des années 50 : le racisme ordinaire des Blancs envers les Noirs, l'omniprésence de la musique, la pauvreté, la famille, la religion (Olinda agit puis prie Dieu de lui pardonner de prendre des décisions parfois douloureuses pour le bien de sa fille)... Un bel album, chers happy few.


Jean-Christophe Camus et Olivier Tallec, Negrinha, Gallimard, Bayou, 102 pages, préface de Gilberto Gil


Les avis de ICB, BDGest et Bodoï


En partenariat avec les éditions Gallimard, je vous propose de gagner un exemplaire de cet album. Pour ce faire, il suffit de laisser un commentaire à ce billet avant vendredi 13 mars 20 heures (oui, je sais que vous êtes habitués à des énigmes retorses, chers happy few, mais le temps de concocter un code sadique me fait cruellement défaut) (rassurez-vous (ou pas), ce n'est que partie remise). Un gagnant sera tiré au sort parmi les commentateurs. Libre à vous de laisser plusieurs commentaires, ils ne compteront que pour une seule participation. Of course.

17.02.2009

Le vampire, la jeune fille et l'aventurier

Parce que j'ai adoré la série Garulfo (une grenouille rêve de devenir un prince charmant mais déchante vite en voyant l'humanité de près) par Ayroles, Maïorana et Leprévost, parce que ma série préférée en ce moment est De cape et de crocs (une histoire de cape et d'épée mettant en scène des animaux, qui réinvestit la littérature occidentale de manière très personnelle), par Ayroles (encore lui) et Masbou, mon homme avait mis dans le colis de swap Saint Valentin qui m'attendait le 14 (ça y est, le virus l'a atteint, mais je plaide non coupable) (évidemment) :

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Lord Faureston, premier tome de la nouvelle série, D, de nos trois compères, Ayroles, Maïorana et Leprévost. (Et pour une fois, je mets la couverture au milieu et en grand, parce que je la trouve très belle.)


Londres, fin du XIXème siècle. Richard Drake, explorateur et aventurier viril, de retour dans la capitale britannique après une longue absence, rencontre au cours d'un bal la ravissante Catherine Lacombe. Ses manières mal dégrossies font fuir la jeune femme qui se réfugie dans les bras longilignes de Lord Faureston, un dandy efféminé et séduisant (c'est lui sur la couverture), neveu de la vieille et riche Lady Caversham. Jaloux, Richard Drake ne peut s'empêcher de suivre les deux jeunes gens dans le parc et il découvre la jeune femme évanouie près d'un gringalet qui tient un pieu et un marteau. Les aventures commencent...


D (pour Dracula, certes, mais aussi pour dandy, pour Drake et peut-être encore pour autre chose, qui sait ?) est donc une histoire de vampires, qui à ce titre en reprend les codes avec bonheur : la jeune fille en danger, belle et tenue prisonnière par les carcans de la société et la vigilance de ses parents, le vampire séduisant et monstrueux à la fois et l'aventurier dont la violence contenue et au service du bien peut faire peur mais fait aussi frémir de plaisir le belle Catherine. Ce qui est nouveau, c'est le personnage du chasseur de vampires vieux et fallot, Mr Jones, employé de banque qui traque Lord Faureston parce que sa femme a été tuée par un vampire. Il introduit un décalage dans l'histoire, car il est la parfaite antithèse de Richard Drake, n'ayant pour lui que son savoir sur ces créatures de la nuit et sa formidable obstination, décalage comique, les deux hommes formant un couple parfaitement désassorti. J'ai beaucoup aimé aussi ce qu'il y a autour de cette histoire : Drake voudrait remonter une expédition mais il manque de fonds, ce qui l'occupe pas mal et il passe pas mal de temps à son Club où il côtoie des figures originales (surtout Alistair Swindley, le poète, que je soupçonne, tel Cyrano, d'être l'auteur des poèmes que Richard envoie à Catherine). Les décors sont soignés, chaleureux dans les intérieurs, sinistres et suscitant une angoisse diffuse dans les extérieurs pour la plupart nocturnes, l'intrigue est enlevée et les dialogues sont savoureux. Ce tome est une réussite. Vivement la suite!


Ayroles, Maïorana, Leprévost, D, t.1 : Lord Faureston, Delcourt, 64 pages, 2009


PS : thanx again Lyle!
PSbis : à noter que la BD s'accompagnait d'un ex-libris génial en cadeau :

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Les happy few amateurs de Cape et de Crocs auront reconnu Eusèbe! Personnellement, j'adore!

PSter : à titre informatif, Garulfo et De Cape et de Crocs sont publiés aussi chez Delcourt. Je vous mets les couvertures des tomes 1, parce que vraiment, c'est à lire d'urgence.
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A noter que Garulfo est une série terminée qui a été rééditée en deux gros volumes. De cape et de crocs comporte 8 volumes pour l'instant.

04.02.2009

Vie de famille

blaise.jpg Blaise est un jeune garçon qui vit avec ses parents dans un futur très proche où le pire est devenu quotidien : dictature approuvée par le peuple, ateliers déminages dans les écoles, travail 7j/7... Il regarde vivre ses parents et les adultes qu'il côtoie, et il fait son apprentissage, tétanisé.


Blaise est une BD de Dimitri Planchon originale dans la forme et dans le fond, chers happy few, qui m'a beaucoup plu. Blaise, contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire n'est pas le personnage principal de ces planches (1 planche, 1 histoire à chute) mais il est le témoin, celui qui tente de décrypter le monde qui l'entoure. Ses parents lui donnent des leçons de vie par leurs réponses à ses questions et leurs réactions au monde, ils sont plein de mauvaise foi, extrêmistes, racistes, bourgeois et beaufs à la fois. L'humour est féroce, parfois cruel, souvent noir et les histoires mettent en scène un pays livré à la dictature d'un homme élu sur son programme clairement fasciste ("Je ne dis pas que je suis d'accord avec tout... Je dis juste qu'au moins son programme est clair, ça fait du bien en politique", énonce calmement la mère, rivée à l'écran de télévision). Les personnages sont souvent vus en position frontale, face à la télévision notamment, et si cette dernière en prend pour son grade (publicités mensongères, informations fausses, mise en scène de la violence, télé-réalité), le peuple, qui la regarde assidument, aussi, par le biais des parents de Blaise. Les planches sont entrecoupées de pages mettant en scène "Dabi Doubane, la personnalité préférée des Français", personnage antipathique que la télé flatte et que la pub récupère de manière grinçante. La dénonciation est accentuée par le graphisme, très particulier, mais auquel je me suis vite adaptée, fait de photomontage et de collage. Une BD originale et drôle à découvrir, chers happy few.


Dimitri Planchon, Blaise, Glénat, 2009, 60 pages

Une interview de l'auteur pour Bodoï
Des planches sont visibles ici.

En partenariat avec les éditions Glénat, je propose de faire gagner 1 exemplaire de Blaise. Pour cela, il suffit de répondre à la question suivante : dans quel magazine la plupart des planches de cette BD ont-elles été prépubliées ?
Envoyez votre réponse par mail (sanseverina7@aol.com) avant jeudi 5 février minuit. Tout le monde peut jouer, blogueurs et non-blogueurs. Un gagnant sera tiré au sort parmi les bonnes réponses par mes blanches et innocentes mains.
Bonne chance, chers happy few!

13.10.2008

A girl like us ?

41dtD93r%2BlL__SL500_AA240_.jpg Joséphine a un job moyen, une meilleure amie super sympa, une famille pénible et elle cherche l'homme de sa vie : comme toutes les filles ?


J'aime beaucoup le travail de Pénélope Bagieu, découverte comme les 25 000 autres lecteurs quotidiens de son blog (non, vous ne rêvez pas, chers happy few, j'ai bien écrit 25 000, ça fait rêver, hein ?) (ou ça fait peur) (aussi) sur le net avec la vie de son double, Pénélope Jolicoeur, dont les aventures me font beaucoup rire : franchement et en toute modestie, les nombreux strips sur le régime et le gag de l'ampoule ont été écrits pour moi (avec Lyle, on est resté une semaine sans ampoule dans la cuisine, il faisait la vaisselle à la lumière du réverbère de la rue, je vous jure que c'est vrai). J'étais donc très curieuse de lire sa nouvelle BD, et comme Zag est télépathe, il me l'a offerte pour mon anniversaire (oui, il n'y a pas que les copines qui sont formidables, il y a aussi les copains, le monde est merveilleux). Et, disons-le tout net, chers happy few, je suis déçue par cet opus, ce qui s'explique en partie par le fait que je ne suis pas le coeur de cible des tranches de vie de cette gentille Joséphine, dont nous suivons la vie sur quelques mois. La plupart des planches tournent autour des questionnements liés à la recherche de l'âme soeur : Meetic or not Meetic ? il n'a pas rappelé oh my, le portable est-il bien chargé ? il ne veut pas s'engager, je lui dis que je l'aime il répond "c'est-à-dire ?", etc. Et franchement, je trouve ça un peu lassant. Quant aux autres gags (une planche, une histoire), ils sentent un peu le déjà-lu : la salle de sports et sa coach tyrannique, le placard qui déborde et pourtant Joséphine n'a rien à se mettre, le repas de famille qui tourne au règlement de comptes, la soeur bourgeoise avec enfants qui n'est pas très heureuse... Il n'y a pas une idée originale dans tout l'album, et malgré les dessins toujours aussi sympas, j'ai frôlé l'ennui. Pénélope est beaucoup plus drôle et originale quand elle s'inspire de sa propre vie. A quand un Ma vie est tout à fait fascinante, le retour ?


Pénélope Bagieu, Joséphine, Jean-Claude Gawsewitch Editeur

PS : merci encore Zag!
PSbis : le fameux gag de l'ampoule (je le reproduis ici parce que je ne le trouve pas sur le blog de Pénélope, qu'elle me pardonne):

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23.09.2008

Complot

41l5TCFQGYL__SL500_AA240_.jpg41Fw-o3s3GL__SL500_AA240_.jpg Dans quelques heures, une attaque chimique sans précédent aura lieu sur le sol américain. Les services secrets empêcheront l'explosion de trois bombes mais pas de la quatrième, qui fera des millions de morts à San Francisco. Un seul homme, Jared Gail, est à même de déjouer cet attentat, qui plongera les Etats-Unis dans le chaos (annulation des élections présidentielles, révision de la Constitution, restriction des libertés, retour de la religion d'Etat) : mais au moment où c'est encore possible, Jared s'apprête à mettre fin à ses jours...


Empire USA est un projet assez original dans l'histoire de la BD française : il s'agit d'une série composée de 6 volumes, qui paraîtront à un ryhme soutenu (les deux premiers viennent de sortir, les 4 suivants sortiront tous d'ici le 5 décembre) et qui du coup, ont été dessinés par des dessinateurs différents (Le décalogue était bâti de façon similaire mais les histoires ne se suivaient pas). Enrico Marini (à qui l'on doit notamment le sexy Scorpion) et Henri Reculé ont créé les personnages et ils en ont fait une "bible graphique", à laquelle se sont référés les dessinateurs du projet, choisis pour la qualité de leurs dessins et leur capacité à se couler dans le moule imposé, le tout sur un scénario de Stephen Desberg, que l'on ne présente plus (on lui doit notamment IR$ et Le Scorpion). Et je dois dire que les deux premiers volumes sont très réussis. L'histoire n'est pas bouleversante d'originalité (le terrorisme, un héros charismatique, des agences de renseignement qui se tirent dans les pattes, un complot avec des comploteurs hauts placés, une femme fatale et fragile au passé tourmenté...) mais elle est bien construite et bien menée et les personnages sont suffisamment intéressants et attachants pour qu'on ait envie de lire la suite. Le changement de dessinateur n'est absolument pas gênant et je suis ravie de ne pas avoir à attendre de longs mois avant de lire la suite! Une réussite donc, chers happy few!


Empire USA de Stephen Desberg, dessins de Griffo (premier volume) et Mounier (deuxième volume), Dargaud. Les prochains dessinateurs sont Juszezak, de nouveau Griffo, Koller et enfin Reculé.


Le site consacré à la série sur lequel vous pouvez gagner des albums dédicacés.
La bande-annonce des deux premiers volumes (procédé qui commence à prendre un peu et que je trouve prometteur : à quand des bandes-annonces de romans avec de vrais acteurs ?)
Une interview très intéressante pour France 5 de Stephen Desberg. L'interview est découpée en plusieurs morceaux, accessibles par le menu à droite.

A noter que la promotion autour de l'album a utilisé des techniques de bookcrossing : 1000 exemplaires du premier volume ont été lâchés dans Paris. Sympa, non ?

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