27.11.2011
"Il pleut depuis trois semaines. - Il pleut depuis 33 ans, oui."
Je sors deux minutes la tête des copies et autres joyeusetés qui me tiennent éveillée fort tard dans la nuit pour vous recommander deux spectacles qui sont donnés en ce moment à Paris (que mes amis de Chisinau et de Castelsarrasin me pardonnent).

Dans une mise en scène très sixties (mention spéciale aux costumes) et très pêchue, Titania et Obéron règlent leurs problèmes en y mêlant des mortels peu consentants qui seront le jouet de Puck, l'elfe facétieux qui n'aime rien tant qu'une bonne blague aux dépens de celui qui est l'objet de son esprit malin. Le Songe d'une nuit d'été est la comédie de Shakespeare que je préfère et je me suis régalée avec cette mise en scène qui a quelque chose de résolument anglo-saxon, tant dans le rythme que dans les choix musicaux (et enfin une mise en scène française où la gigue finale n'est pas coupée, youhou). Les comédiens s'en donnent à coeur joie (mention spéciale à Lorànt Deutsch dans le rôle de Puck et Yves Pignot dans celui de Bottom) et la traduction de Nicolas Briançon, modernisée, est excellente.
Théâtre de la Porte Saint Martin, 16 boulevard Saint Martin, 10ème (métro République), jusqu'au 1er janvier 2012 tous les jours sauf le lundi, 20h30, matinées supplémentaires les samedis et dimanches.

Sunderland, c'est un bled paumé de l'Angleterre frappée de plein fouet par la crise, le chômage et la misère sociale. Sally a trente ans et la garde de sa petite soeur adolescente, autiste, dont elle s'occupe depuis que leur mère s'est pendue dans l'escalier une dizaine d'années auparavant. Au chômage depuis que l'usine de préparation de volailles a fermé (saleté de grippe aviaire), elle survit tant bien que mal, un peu aidée par sa coloc, Ruby, qui s'est reconvertie dans le téléphone rose. Prête à tout pour éviter que les services sociaux ne lui enlèvent sa soeur, Sally répond à la petite annonce d'un couple qui cherche une mère porteuse... Ecrite par un Français, cette pièce parfaitement construite et excellemment jouée (mention spéciale à Constance Dollé dans le rôle de Ruby) est d'une grande finesse. Entre rires et larmes, répliques percutantes et situations terribles, Sunderland est un spectacle tout simplement parfait.
Petit Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, 9ème (métro Trinité), jusqu'au 25 décembre 2011 tous les soirs sauf le lundi à 21 heures, matinées les samedis et dimanches.
10:07 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
27.06.2011
If I do not love her, I'm a fool
(ou quelque chose d'approchant : je n'ai pas la force de chercher le texte, les deux neurones qui me restaient ont fondu)

(Cette affiche est vraiment ratée.) (C'est une opinion gracieusement offerte par moi-même. Ne me remerciez pas, c'est de bon coeur.)
Comme le monde entier le sait évidemment, happy few de mon coeur grenadine, est donné en ce moment et jusqu'au 3 septembre au Wyndham's Theatre de Londres Much ado about nothing (Beaucoup de bruit pour rien pour les quelques-uns d'entre vous qui ne seraient pas fluent français/shakespeare) avec dans les rôles principaux David Tennant et Catherine Tate. Inutile de dire que je ne pouvais pas ne pas y aller, mon obsession pour cet acteur écossais maigrichon au nez pointu n'ayant pas diminué d'un iota en deux ans (les médecins pensent à présent que mon cas est désespéré, ils m'ont renvoyé à mes 14 ans en soupirant), et la vision de cette pièce a confirmé deux choses : 1. je ne suis pas la seule couineuse à trouver David chou over séduisant (je partage manifestement cette affliction avec une bonne partie féminine (et bruyante) du Royaume-Uni), 2. je l'ai trouvé tellement extraordinaire sur scène que j'ai décidé de suivre sa carrière théâtrale de très près (j'espère juste pour la santé mentale de mon banquier qu'il ne jouera pas deux pièces par an), 3. dire que j'ai respiré le même air que lui tout en restant d'une dignité à toute épreuve, y a pas à dire, je ne suis qu'acier, bonnes manières, couinements intérieurs et standing ovation.

(On ne trouve pas en ligne de photos de David en mini jupe et leggings en dentelle, dommage pour vous, il va falloir faire preuve d'imagination.) (Je peux vous assurer qu'il porte la jarretière rouge avec virilité.)
Et la pièce dans tout ça ? Elle est brillamment mise en scène par Josie Rourke, transposée à Gibraltar dans les années 80 : les soldats portent tous des uniformes blancs quand ils sont en service et des bermudas moulants le reste du temps, Benedick (David Tennant, donc) fait son entrée sur scène dans une espèce de buggy, la sène de bal masqué devient une fête disco (avec costumes et chorégraphie de groupe), l'enterrement de vie de jeune fille et de garçon de Hero et Claudio comprend son lot de strip-teaseurs... et tout ça fonctionne du feu de Dieu, certainement parce que la pièce est clairement tirée vers son côté farcesque, les scènes de comédie pure ayant d'ailleurs déclenché dans le public une hilarité incontrôlable (notamment la mascarade mise en place par Don Pedro, Leonato et Claudio pour le bénéfice de Benedick, (mal) caché, dont la mise en scène au cordeau conjuguée à la performance de David Tennant m'a fait pleurer de rire). Les comédiens sont formidables (mention spéciale, entre autres, à John Ramm dans le rôle de Dogberry), avec un léger bémol pour Catherine Tate, que j'ai trouvé un peu décevante ; je trouve qu'elle se regarde un peu jouer et qu'elle est du coup un peu en décalage par rapport au reste de la troupe. Un excellent spectacle que je ne peux que conseiller : la plupart des dates sont complètes mais le théâtre met en loterie tous les jours les 20 meilleurs sièges pour 10 livres, il suffit de tenter sa chance.

Much ado about nothing de William Shakespeare, Wyndham's Theatre, 32 Charing Cross Road, London (le cast complet, les reviews et une interview de David Tennant et Catherine Tate ici)
(Ah tiens, je n'ai pas pitché. My bad.) (Mais bon, tout le monde a au moins vu l'adaptation de Kenneth Branagh, non ?) (Non ?) (Faut réparer cette lacune kulturelle, folks.)
Le billet d'Anne-Shirley.
15:22 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : je n'ai pas vu jasper fforde à st malo, (peut-être parce que je n'étais pas à st malo), mais j'ai acheté le dernier thursday signé, de sa blanche et virile main poilue, je me sens un peu mieux du coup
22.06.2011
Que faire ? Lire... et vivre, bien sûr
(Non, je ne suis pas vraiment de retour, chers happy few, mais si je n'en parle pas maintenant, il sera trop tard quand je reviendrai et ce serait vraiment dommage, limite impardonnable.)

Précipitez-vous à la Colline voir Que faire ? (le retour), donné jusqu'au 30 juin au Petit Théâtre, une pièce fichtrement drôle et intelligente, tenue de bout en bout par l'extraordinaire couple formé par Martine Schambacher et François Chattot. Que faire ? c'est le titre d'un ouvrage de Lénine, mais c'est aussi et surtout la question que se pose ce couple singulier dans sa cuisine : car si, comme le suggère Descartes au début de cette pièce formidablement écrite, il faut remettre en question toutes les idées qu'on tenait pour acquises, alors que faire de l'Histoire, de l'Art et de la Philosophie ? Que garder ? Que jeter ? Diablement originale dans sa forme, Que faire ? (le retour) incite à la réflexion et à la résistance politique par la culture : à voir absolument, évidemment.
Que faire ? (le retour), au Théâtre de la Colline (Paris 20ème), jusqu'au 30 juin.
10:02 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : je retourne à mon boulot, le evanovich nouveau est sorti alleluiah
17.05.2011
"Your Grace is too costly to wear everyday"
Hier soir à Londres a eu lieu la première de


C'est tout.
N'avais-je pas dit que ce blog redeviendrait rapidement hautement kulturel ? Done.
06:21 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : je suis engluée dans un bouquin de chandernagor, lu contre ma volonté je vous rassure tout de suite, ne poussons pas le vice non plus
25.03.2011
Aller chercher demain - Petit Théâtre de Paris
Comme ceux qui me suivent depuis longtemps le savent, chers happy few, j'aime le théâtre : l'artificialité révélée (j'ai un goût prononcé du coup pour les décors "à machine", les plateaux coulissants, les rideaux, les jeux de lumière...), l'atmosphère dans la salle (qui varie énormément d'une pièce à l'autre, genre et salle obligent), la proximité des comédiens, le bonheur (et parfois l'agacement, voire l'irritation) de voir le même texte mis en scène de manière différente (d'où mon goût pour les pièces de répertoire), le délicieux sentiment d'anticipation et d'attente qui précède le début de la pièce, le pot pris avec mes camarades de théâtre avant ou après (comment ça, ça ne compte pas ?)... bref, je ne pouvais que répondre présente quand les Théâtres Parisiens associés, suite à une vaste campagne visant à reconquérir le public parisien (le théâtre n'échappe hélas pas à la crise), m'ont proposé d'aller voir Aller chercher demain au Petit Théâtre de Paris.
Nicole (Denise Chalem) est infirmière en chef au service des soins palliatifs de l'hôpital St Gervais. Proche de ses patients, humaine et énergique, elle vit avec son père, Charles (Michel Aumont), qui ne sort quasiment plus et passe ses journées à rouméguer et à parler à son oiseau, Didou. Nicole a éconduit Adrien, qui voulait l'épouser : pas question qu'elle troque un enfermement pour un autre, et il est trop tard pour qu'elle ait des enfants. Les jours s'écoulent, au rythme des blagues juives de Charles et des lits qui se libèrent dans le service de Nicole...
Aller chercher demain signifie "survivre un jour de plus" dans le langage des malades en fin de vie, et c'est bien ce que font Nicole et son père, unis par une relation complexe et pas toujours facile. Relations familiales, vieillesse, mort, droit à l'euthanasie... : s'il est question dans cette pièce fort bien écrite de thèmes graves, on y rit beaucoup, tant il est vrai que le rire est la politesse du désespoir. Des blagues juives de Charles, qui sont souvent parfaitement adaptées à la situation, aux répliques acérées de sa fille à la langue bien pendue, ce qui est sa façon de supporter cette situation qui l'emprisonne, Aller chercher demain est une pièce fine et drôle, qui mêle habilement humour et émotion, servie par quatre comédiens talentueux, au premier rang desquels Michel Aumont, qui investit avec une justesse et une modestie incroyables ce rôle de vieux grincheux. Je recommande chaudement, chers happy few.
Aller chercher demain, de Denise Chalem, mise en scène de Didier Long (mention spéciale au décor très astucieux), avec Michel Aumont, Denise Chalem, Nanou Garcia et Philippe Uchan, Petit Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, Paris 9°. Du mardi au samedi à 21h, samedi 18h, dimanche 15h30. A l'affiche jusqu'au 1er mai, prix des places : 26€, 33€, 41€.
Une vidéo qui présente le théâtre et la pièce.
Et une blague juive pour la route : Quels sont les cinq juifs qui ont changé le monde ? Moïse, qui a dit : "Tout est loi", Jésus qui a dit : "Tout est amour", Marx qui a dit : "Tout est argent", Freud qui a dit : "Tout est sexe" et Einstein qui a dit... : "Tout est relatif".
06:00 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : par contre, je n'ai pas aimé du tout les grandes personnes, de marie n'diaye, à la colline, une mise en scène sans originalité, un texte bancal, des comédiens pas forcément justes, décidément les meilleurs spectacles à la colline, ne sont plus dans la grande salle, l'année dernière j'avais détesté la mise en scène, des justes de camus, grandiloquente et gueularde
05.02.2011
Entre ciel et chair - Théâtre du Lucernaire
Il est des spectacles bouleversants, chers happy few, qui vous rivent à votre siège et vous offrent, le temps d'une représentation, un instant de grâce hors du temps. Entre ciel et chair, donné actuellement au Théâtre du Lucernaire, est de ceux-là.
Adapté du roman Une passion, de Christiane Singer (dont je ne saurais trop recommander Seul ce qui brûle, très belle réécriture d'une nouvelle frappante de Marguerite de Navarre), Entre ciel et chair raconte l'histoire de deux amants mythiques, Héloïse et Abélard. Seule dans sa cellule monacale, Héloïse, abbesse du Paraclet parvenue au seuil de sa vie, narre l'histoire de son amour pour cet homme qui fut son maître et son amant. Femme de tête, intelligente et cultivée dans un monde où il est si rare d'instruire les femmes, Héloïse est aussi une femme dont la foi, solide et claire, se confond avec une sensualité assumée, l'érotisme étant chez elle intimement lié au mystique. Elle retrace, dans une langue sublime, la rencontre avec Abélard (le coup de foudre, l'orage), les mois de passion avant que son oncle, le chanoine Fulbert, ne les surprenne, la punition, l'évasion, la naissance de l'enfant, le retour à Paris, le mariage lugubre, l'éloignement d'Abélard, la vengeance de Fulbert, et l'enfermement, loin, dans le couvent d'Argenteuil puis au Paraclet. Seule dans sa cellule, en habit de nonne, Héloïse se met à nu et se livre sans artifices, accompagnée seulement d'une violoncelliste (Birgit Yew), dont la musique, comme hantée, souligne la beauté de cette histoire tragique. Dans le rôle d'Héloïse, Christelle Willemez est impressionnante de justesse et d'émotion, elle donne corps à un texte d'une incroyable puissance et d'une beauté grave. Un spectacle d'une rare intensité qui laisse le spectateur remué jusqu'au tréfonds de l'âme. A voir absolument.
Entre ciel et chair, Théâtre du Lucernaire (6è), du 2 février au 26 mars, du mardi au samedi à 18h30, prix des places 25€
Le texte de Christiane Singer est disponible chez Albin Michel.
Le billet d'Amanda, ma camarade de théâtre.
05:00 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : j'ai bien envie d'y retourner, et je vais lire une passion, et ce soir colin au cinéma, hiiiiiiiiiiiiiii, pardon, un instant d'égarement
25.01.2011
Hamlet - Théâtre Mouffetard

Comme je suis une femme toute de wilditude, happy few que je chéris publiquement, je vais souvent au théâtre sans savoir à quoi m'attendre. Il suffit d'un titre que j'aime ou d'une invitation lancée par une copine et je suis prête à beaucoup de choses sauf me farcir encore une mise en scène de Nordey (il y a des limites à mon abnégation) et franchir le périph' (je suis wild certes, mais paresseuse).
Aussi quand Cryssilda a lancé, comme ça, négligemment, limite l'air de rien : "Tiens, les filles, si on allait voir Hamlet au théâtre Mouffetard ?", j'ai répondu avec l'élégance et le laconisme qui me caractérisent : "Un peu mon neveu, ça fait au moins huit mois que je n'ai pas vu une mise en scène de cette pièce que j'aime d'amour, il est plus que temps que j'aille prendre des nouvelles du Prince de Danemark, histoire de voir s'il se balade toujours dans les cimetières en parlant au crâne de Yorick."
Me voilà donc installée dans ce théâtre découvert l'année dernière, bichant déjà (dois-je rappeler que je suis totalement et irrémédiablement in love de Shakespeare ?) et... les cinq premières minutes me donnent des sueurs froides. Je découvre que la pièce a été remaniée (c'est ça d'aller au théâtre sans se renseigner ni lire aucune critique avant, on est toujours surprise) et voir les comédiens danser sur Eurythmics pendant le mariage de Claudius et Gertrude me laisse présager le pire : mais qu'allais-je faire dans cette galère me suis-je demandé pendant environ trente et une secondes, jusqu'à ce qu'Hamlet entre en scène. Est-ce l'incroyable énergie de ce comédien (Romain Cottard), la grande justesse de toute la troupe (dont certains comédiens jouent plusieurs rôles avec brio), la mise en scène inventive qui tire un excellent parti de cette petite scène sans aucun décor, la réécriture finalement parfaite, qui épure l'intrigue tout en gardant ce qui en fait la chair, tant dans le fond (la folie, la vengeance) que dans la forme (le To be or not to be, que j'attendais évidemment au tournant et qui est excellemment mis en scène, la confrontation entre Ophélie et Hamlet, la scène du cimetière, le duel final...) ? Toujours est-il que j'ai été complètement conquise et que je recommande sans réserve : je suis même persuadée que la réécriture de la pièce qui se retrouve ainsi fortement raccourcie (environ 1h30 de représentation) peut être une entrée dans l'oeuvre de Shakespeare pour ceux à qui elle ferait peur (bien sûr, mon petit coeur tout mou ne veut pas croire que l'on puisse être effrayé par le Barde, mais sait-on jamais). Une pièce à voir absolument : ça tombe bien, elle joue jusqu'au 19 mars.
Hamlet de William Shakespeare, adaptation de Igor Mendjiski et Romain Cottard, mise en scène d'Igor Mendjiski, avec avec Clément Aubert (Laertes, Guildenstern, un comédien), James Champel (Horatio, un comédien), Romain Cottard (Hamlet), Fanny Deblock (Ophélie), Yves Jégo (Claudius, le spectre), Imer Kutlovci (rosencrantz, un comédien, le fossoyeur), Dominique Massat (Gertrude), Arnaud Pfeiffer (Polonius,le prêtre, Osric).
Théâtre Mouffetard, 73 rue Mouffetard, Paris 5ème, du mercredi au samedi 20h30, dimanche 15h, représentations supplémentaires mardi 8 février et 15 mars à 18h. Prix des places 24€, tarif réduit 16€.
Le billet de Cryssilda.
20:54 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : et le reste est silence, évidemment
26.06.2010
Love is a smoke raised with the fume of sighs
Avertissement : ce billet
Depuis ma redécouverte il y a quelques mois de l'oeuvre du grand William, chers happy few, je suis allée voir La tempête dans la (trop) sage mise en scène de Sam Mendès à Marigny et Macbeth au Globe (et j'ai déjà pris une place pour Les joyeuses commères de Windsor en septembre, qui clôture la saison) ; comment résister à la tentation d'aller voir R&J, une mise en scène décalée de Roméo et Juliette ? Ce n'était humainement pas possible, évidemment. (La chair est faible, hélas, comme le disait le poète moldave en reprenant de la choucroute.)

R&J est un spectacle jubilatoire, chers happy few, qui fonctionne sur le principe de la réduction (du texte d'abord, réduit ici à une représentation d'une heure 20, des comédiens ensuite, ils sont 3 et ils assurent 15 rôles, 5 ayant été sauvagement coupés au montage) et de la réécriture. En effet, dans cette mise en scène survoltée et bigrement inventive, on croise quelques vers de Shakespeare qui se portent très bien au milieu de vannes contemporaines et de quelques morceaux de danse. Les trois formidables comédiens, Alexis Michalik (qui assure aussi la mise en scène) (et qui est très yammy le bougre, je dis ça, je dis rien) (et ce n'est pas Stephie et Chiffonnette qui me contrediront), Régis Vallée et Anna Mahalcea, changent de rôle comme ils changent de costume, le spectateur se répérant parfaitement dans ce virtuose ballet grâce à des "emblèmes" sortis des portemanteaux à roulettes qui servent aussi de décors : Romeo, son manteau et sa clope (sa première apparition fait clairement penser à un Edward moins coincé), Tybalt, son blouson en cuir de mauvais garçon et ses lunettes rouges, Frère Laurent et sa moustache de Groucho, etc. Ils sont bourrés d'énergie, ils jouent parfaitement (mention spéciale à Anna Mihalcea qui passe en un tournemain de la gouaille drôlatique de Mercutio à la candeur passionnée de Juliette) et ils sont au service d'un texte excellent, qui trouve le moyen, et c'est un véritable tour de force, d'être hilarant et poignant tour à tour, comme le Romeo de Shakespeare dont la trame est parfaitement respectée et le final est très émouvant (j'ai beaucoup aimé le rajout de la scène muette).
Cette adaptation est parfaitement dans l'esprit de la pièce de Shakespeare qui maniait comme personne le mélange des genres (et Roméo et Juliette que j'ai relu pour l'occasion en anglais, s'est révélé à ma grande surprise à la fois plein de vers sublimes et de blagues salaces) et qui, rappelons-le, écrivait ses personnages féminins pour des hommes, le théâtre élisabéthain ne permettant pas aux femmes de monter sur les planches (et ici, hormis le rôle de Juliette, les rôles féminins sont incarnés par Michalik et Vallée). Dans cette Vérone en proie à la haine inepte de deux familles qui ont oublié depuis longtemps les raisons de leur querelle on croise le comte Paris en DJ nain (ce personnage est à l'origine d'une scène qui m'a fait littéralement pleurer de rire), une Lady Capulet très pressée de marier sa fille, une nourrice truculente, un morceau de guitare d'anthologie ("O jour joyeux" sur un air bien connu), un bal très arrosé, des rixes au canif, un père Montaigu qui a tout du parrain de la mafia, une scène du balcon réinterprétée de manière parfaitement jouissive, le tout sur fond d'histoire d'amour tragique avec une bonne dose d'humour. Extra, chers happy few.
R&J, actuellement au Studio des Champs-Elysées jusqu'au 20 juillet. Prix des places : 32€.
00:05 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
18.06.2010
My name is... Jean Valjean
Avertissement : ce billet
Figurez-vous, chers happy few, que j'aime les comédies musicales depuis ma plus tendre enfance et la découverte émerveillée de Chantons sous la pluie. Et je me suis longtemps contentée des films, peu attirée par ce que le théâtre français me proposait (parce que bon, Notre-Dame de Paris et consorts, eeew). Et puis, il y a quelques mois, Cryssilda a proposé d'aller à Londres voir Oliver, adaptation d'Oliver Twist. J'ai découvert alors, comme l'enfant émerveillée que j'étais il n'y a pas si longtemps (ne dites rien, bande de mauvaises langues, je vous rappelle que le temps est un concept relatif, surtout pour certains) (je dis ça, je dis rien), dans un théâtre bondé au public très enthousiaste (les gens reprenaient certaines chansons), une mise en scène fabuleuse (j'ai été particulièrement impressionnée par la machinerie), un roman bien adapté et des comédiens-chanteurs incroyables (Russ Abbott dans le rôle de Fagin notamment m'a vraiment impressionnée). Du coup, quand j'ai vu que Les Misérables étaient donnés au Châtelet, je me suis précipitée, accompagnée encore de Cryssilda (on ne change pas une équipe qui gagne).
En 1985, les britanniques adaptent Les Misérables, le spectacle musical créé par Robert Hossein en 1980, en modifiant la structure de la comédie musicale (resserrement de l'intrigue notamment) et en modifiant les chansons. Succès triomphal, cette pièce, donnée depuis en continu à Londres, a été modifiée en 2009 (dépoussiérage des chansons et modifications de mise en scène) et c'est cette nouvelle mouture modernisée qui est en tournée actuellement, et qui fait donc halte à Paris jusqu'au 4 juillet.
Et, chers happy few, j'ai été littéralement emballée et transportée par ce spectacle. En 2h30, c'est tout le roman de Hugo qui se déroule : de la libération sur parole de Valjean qui décide de passer dans la clandestinité pour survivre jusqu'à sa mort, nous avons l'essentiel du roman, des chandeliers de l'évêque de Digne à la mort de Fantine, du rachat de Cosette aux Thénardier aux barricades et au sauvetage de Marius, avec en filigrane l'affrontement avec Javert. La mise en scène est extraordinaire, permettant d'enchaîner avec fluidité les tableaux, dans des décors proprement époustouflants (encore une fois, la machinerie est incroyable et l'utilisation de décors projetés en transparence comme au cinéma est très judicieuse et rend la scène dans les égoûts particulièrement inquiétante) et certaines scènes sont de véritables tableaux, comme la mort des insurgés sur les barricades ou celle de Javert, impressionnante. Les chanteurs sont excellents, John Owen-Jones qui interprète Jean Valjean en tête (il est littéralement habité par le rôle et il m'a flanqué la chair de poule à plusieurs reprises) et j'ai particulièrement aimé Fantine (Madaleno Alberto), dont la mort m'a fait verser une larme et Eponine (Rosalind James) dont le solo a été très chaleureusement applaudi. Les scènes de groupe sont extraordinairement puissantes, et la salle a salué l'impeccable spectacle par des vivats et une standing ovation plus que mérités. Vous l'avez compris, perspicaces happy few, je recommande plus que chaleureusement ce spectacle enthousiasmant. Courez-y.
Les Misérables, mise en scène de Trevor Nunn et John Caird, avec John Owen-Jones (Jean Valjean), Earl Carpenter (Javert), Gareth Gates (Marius) (ce n'était pas lui mercredi dernier mais sa doublure, Luke Kempner, un jeune homme au nez pointu comme je les aime et à qui je prédis une jolie carrière) (en toute objectivité, of course) (aucun couinage intérieur n'a été à déplorer durant la pièce) (hum), Madaleno Alberto (Fantine), Katie Hall (Cosette), Ashlay Artus (Thénardier), Lynne Wilmot (Mme Thénardier), Rosalind James (Eponine), Jon Robyns (Enjolras), au Théâtre du Châtelet jusqu'au 4 juillet, places à 98€ - 83€ - 58€ - 38€ - 23€. (Lors de la représentation à laquelle j'ai assisté, il y avait environ un quart de sièges vides, ce qui nous a permis d'être excellemment bien placées alors que nous avions pris les places les moins chères.) La représentation est surtitrée.
08:23 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : do you hear the people sing, singing the song of angry men, it is the music of a people, who will not be slaves again, when the beating of your heart, echoes the beating of the drums, there's a life about to start when tomorrow comes
07.06.2010
"Something wicked this way comes"
Vendredi dernier, chers happy few, j'ai assouvi un de mes fantasmes. En tout bien tout honneur, évidemment. As usual.
Je suis allée voir une pièce de Shakespeare au Globe, à Londres. (Rien que d'écrire ça, je me sens de nouveau toute chose, c'est ça d'avoir un petit coeur tout mou.)
Depuis que je suis tombée raide amoureuse de William, le 4 février dernier à 13h42 très exactement, je n'avais qu'une envie : voir une représentation dans ce lieu mythique qu'est le Shakespeare's Globe, reproduction à l'identique et quasiment au même endroit (à 230 mètres pour être précise comme il est dans ma nature) du Globe dont Shakespeare était l'un des propriétaires et qui a brûlé en 1613, suite à un malencontreux coup de canon (j'ai appris en lisant la délicieuse biographie de William par Bill Bryson que les Elisabéthains avaient une conception toute particulière des accessoires et qu'ils utilisaient de véritables mousquets sur scène, ce qui a occasionné au moins une fois la mort de trois spectateurs ; la preuve que la culture c'est dangereux), qui a été reconstruit l'année suivante, fermé en 1642 puis détruit en 1644. C'est donc avec enthousiasme que je me suis rendue à une représentation de Macbeth, accompagnée de quelques amatrices de shakespeareries, Bookomaton, Isil, Cryssilda et Titine.
Et j'ai été incroyablement emballée par l'expérience.
Avant de parler de la pièce, il faut quand même dire un mot du lieu, unique en son genre. Inauguré en 1997 (très récemment, donc), le Globe, qui a vu le jour grâce à la ténacité d'un américain, est un théâtre circulaire, dont une partie est à ciel ouvert (les représentations n'ont lieu qu'à la belle saison, de mai à octobre, et le spectateur est averti qu'il doit se prémunir contre d'éventuelles conditions climatiques extrêmes, comme le froid, la pluie ou la forte chaleur). Les spectateurs peuvent acheter une place assise (il y a deux balcons et un parterre) ou une place debout, auquel cas ils se retrouvent dans ce qu'on appelle le « yard », devant la scène. Le but étant de recréer les conditions de représentation de l'époque, les spectateurs sont invités à participer activement à la représentation et à manifester bruyamment leurs émotions, par des rires, des huées, des cris d'horreur, etc. Pendant l'entracte, les spectateurs du « yard » ont déballé leurs chips et ont pique-niqué et la moitié de la salle est revenue les mains chargées de bières qui ont été consommées pendant la deuxième partie de la pièce. Autant dire que pour la française que je suis, ce fut un brin dépaysant, mais comme je suis une aventurière, je me suis vite adaptée. (Et pas qu'à cause de la bière, bande de mauvaises langues.)

La pièce jouée ce soir-là était donc Macbeth, dans une mise en scène de Lucy Bailey, qui est apparemment réputée pour sa propension à verser dans le gore et l'horreur, ce qui colle parfaitement à Macbeth qui est une pièce d'une infinie violence (rien qu'à la lecture, la scène du massacre des enfants et de la femme de Macduff m'a fait frémir, pour ne citer qu'elle). Les spectateurs sont prévenus à l'entrée que la pièce est brutale et que certains effets sont violents et peu ragoûtants et il ne faisait certes pas bon être trop près de la scène, le portier balançant le contenu de son pot de chambre (bon, c'était de l'eau, hein, pas la peine de couiner, petites natures) sur quelques malheureux assez courageux pour avoir bravé les avertissements. La mise en scène est à la fois métaphorique (un immense dais noir est tendu devant la scène, et les spectateurs du « yard » qui le souhaitent peuvent y prendre place, seules les têtes dépassant, comme un rappel de l'Enfer de Dante, qui parle d'un lac gelé d'où dépassent les têtes des damnés, la forme circulaire se prêtant idéalement à cet emprunt) et explicite (le sang coule à flot et les cadavres jonchent la scène) et j'en ai aimé tous les parti-pris, notamment celui qui fait de Macbeth et de sa femme deux jeunes gens ambitieux à la sexualité exacerbée (leur première scène ensemble est violemment torride) ou l'omniprésence des trois sorcières qui semblent surveiller sans relâche les faits et gestes de Macbeth (j'ai trouvé notamment que la fameuse scène 1 de l'acte II « Is this a dagger which I see before me... » gagnait beaucoup à cette mise en scène). Il se dégage de l'ensemble une formidable énergie virile (beaucoup de scènes de groupes, d'accolades, de bruits de bottes et d'épées...) et une violence sourde à la hauteur de cette histoire de guerriers, de meurtres et de folie et l'interprétation est fort bonne même si j'ai trouvé qu'Elliot Cowan qui tient le rôle titre (et qui est connu des austeniennes puisqu'il est le Darcy de Lost in Austen) n'articulait pas suffisamment clairement (et je me suis rendue compte en lisant quelques critiques anglaises que ça lui était reproché par tout le monde, mes oreilles de française ne sont donc pas fautives) (par contre, il enlève plusieurs fois sa chemise, pour la plus grande joie des spectatrices). Je suis sortie de cette représentation sur un nuage, et je sais que ce n'est que la première d'une longue série, chers happy few : monomaniaque forever.

Macbeth, actuellement au Shakespeare's Globe à Londres, jusqu'au 27 juin, prix des places de 5£ (dans le « yard ») à 35£ (c'est donné je trouve, surtout quand on voit le prix des places dans les théâtres privés parisiens), durée du spectacle 2h50 avec entracte.
15:39 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (40) | Envoyer cette note | Tags : shakespeare's globe, macbeth, elliot cowan, je meurs d'envie de voir le songe d'une nuit d'été, donné cette saison, vais-je résister ?, question rhétorique of course, hum, limite ahem






