13.02.2010
Be careful what you wish for
En septembre dernier est sorti en Grande-Bretagne, comme les Colinophiles le savent bien (oui, il y avait trop longtemps que le nom de Colin n'avait pas été mentionné dans ce salon, avouez que ça vous a manqué, happy few de bon goût), une nouvelle adaptation du Portrait de Dorian Gray. Annoncé sur les écrans français pour décembre 2009, ce film n'a jamais atteint nos salles de cinéma (encore un, mais j'ai fini par en prendre mon parti), mais il est déjà sorti en DVD chez nos amis britons et Cuné, en bonne colinophile, se l'est rapidement procuré et me l'a prêté (y a pas à dire, c'est chouette les copines). Et comme je n'avais plus qu'un vague souvenir du roman de Wilde, lu il y a une bonne vingtaine d'années, j'ai décidé de le relire avant de regarder le film (ça va devenir une habitude, j'ai comme l'impression que j'aurais dû me lancer dans un Challenge relecture).
J'ai donc exhumé le roman de l'étagère où il dormait... et j'ai rapidement interrompu ma relecture, agacée par un style pompeux et un peu maniéré. "No way qu'Oscar écrive comme ça", me suis-je dit en français, en substance et en mon for intérieur (oui, je suis polyglotte, chers happy few), et je suis passée, comme ça, paf sur une pulsion, chez WH Smith acheter, pour la modique somme de 3 euros :

The picture of Dorian Gray en anglais, donc.
Et évidemment, j'ai bien fait. Parce que j'avais raison, le style de Wilde n'est ni pompeux ni maniéré. Non mais.
Je résume rapidement l'histoire même si elle est célébrissime (enfin, manifestement pas pour tout le monde comme l'expérience va le prouver, mais n'anticipons point, chers happy few, all in good time) : Dorian Gray est un jeune homme très riche, orphelin et un peu naïf, qui n'a pour seules qualités que sa beauté et sa jeunesse. Flatté de toutes parts, il conçoit pour sa plastique ravageuse un intérêt fort vain, qui culmine quand Basil Hallward, un peintre londonien secrètement épris de lui, réalise un extraordinaire portrait du jeune homme. Le jour où Basil achève ce portrait, Lord Henry Wotton, un de ses amis, riche aristocrate décadent, à l'esprit affûté et aux moeurs un peu discutables, lui rend visite. Il vante à Dorian les mérites d'une vie entièrement consacrée à la recherche des plaisirs les plus divers et celui-ci, entraîné dans la discussion, souhaite étourdiment conserver une éternelle jeunesse alors que le portrait porterait à sa place les traces de la vieillesse et de la perversion. C'est bien évidemment ce qui va se produire.
Le portrait de Dorian Gray est un roman fantastique finalement très moral qui montre la déchéance toujours plus grande d'un homme assuré que personne ne verra jamais quels abîmes de turpitude il a atteint. Le tableau est l'âme de Dorian, qui, séparé ainsi de sa conscience, agit sans se soucier des conséquences sur ceux qui croisent sa route. Homme superficiel, influençable et plus indifférent que véritablement immoral, il se livre à la débauche la plus totale en toute impunité, ce qui est évidemment suggéré, rien n'étant jamais clairement décrit ou écrit. Tout l'intérêt du roman réside dans l'évolution du personnage de Dorian, à la fois fasciné et horrifié par ce tableau au point de cesser de voyager pour ne pas le quitter, incapable d'arrêter la spirale infernale dans laquelle il s'est lui-même projeté, ne craignant pas de mourir mais effrayé par cette possibilité et capable pour se sauver des pires exactions. C'est un personnage ambigu, qui ne trouvera jamais le chemin de la rédemption en raison de sa trop grande lâcheté et qui sera au final miné par le poids du secret. La grande force du roman, ce sont les dialogues, brillantissimes, où s'expriment toute la verve et la férocité de Wilde, satiriste hors pair qui croque les travers de ses contemporains avec un brio et une concision jubilatoires. Il est moins à l'aise avec les descriptions et les ellipses narratives, tout le chapitre XI, par exemple, qui est censé combler une grosse quinzaine d'années est un peu longuet et à mon avis en grande partie dispensable.
Le film d'Oliver Parker est totalement raté, chers happy few (oui, je sais, je le dis sans ménagement, mais vous vous en remettrez). Malgré la présence de Colin Firth dans le rôle de Lord Henry et celle du choupitrognon Ben Barnes (déjà remarqué dans Easy virtue et dans Le prince Caspian) dans celui de Dorian, le film souffre d'un manque total de rigueur dans l'adaptation. Je pense que pour être réussie, une adaptation ne doit pas forcément suivre la lettre du roman mais elle doit en capturer l'esprit. C'est ainsi que malgré toutes ses coupes, Gone with the wind est une merveilleuse adaptation ou que malgré le remaniement de l'histoire, Blade runner est une réussite. Or, ici, le roman est malmené dans ce qu'il a de fondamental, c'est-à-dire la relation narcissique et secrète, faite de répulsion et de fascination que Dorian entretient avec son tableau et donc avec son âme. A ce titre, la dernière demi-heure, où tous les personnages font la course au grenier pour découvrir le secret de Dorian est un contresens total : dans le roman, nul ne comprend que Dorian a un secret et quand il tente à mots couverts d'avouer son crime à Lord Henry, celui-ci ne le croit pas une seconde. Et ce final ridicule a été amené par une heure trente de métrage qui a accumulé les erreurs d'écriture : la liaison de Dorian et de Sybil, qui est le commencement de la fin pour lui est ici réduite à sa plus simple expression et fait exploser un des thèmes centraux du roman qui est le secret puisque Dorian reçoit la jeune fille chez lui (hérésie, elle ne connaît même pas son nom!) et la scène de rupture, qui est dans le roman à la fois terrible et fascinante, et dans ce qu'elle démontre du caractère de Dorian et dans la réflexion sous-jacente sur les rapports entre l'Art et la réalité, est expédiée en deux minutes pour un motif sordide ; le personnage de James est maltraité au possible et se voit du coup privé de sa fonction narrative puisque c'est quand même lui qui induit chez Dorian un sentiment de terreur ; Dorian quitte l'Angleterre pendant une vingtaine d'années, coupant toute relation avec le cercle qu'il fréquentait... pour ne parler que des modifications apportées au roman.
Parce qu'il y a encore pire, chers happy few. Si, si. Il y a des ajouts. C'est vrai, ça, le matériau de départ était un peu insuffisant quand même. Et c'est du grand n'importe quoi. Commençons par un détail : le film s'achève pendant la Première Guerre Mondiale. Je rappelle que le roman a été publié en 1891 et que Wilde est mort en 1900. Passons. Plus grave, Lord Henry se voit affublé d'une fille, qui va bien évidemment tenter d'influer sur le cours de l'histoire : j'ai bien craint un moment une fin pleine de bons sentiments où Dorian, en bon repenti, serait parti refaire sa vie aux Etats-Unis et gambader dans les champs en donnant la main à Emily, chabadabada. Cet ajout de taille transforme bien évidemment totalement le personnage de Lord Henry, qui est, pensez donc, pas très content que sa fille batifole avec Dorian qui a une sale réputation quand même (et ça on le sait bien, parce que comme les spectateurs modernes ne peuvent pas imaginer la débauche, on nous la montre : parties fines, scènes sado-maso, drogues, Dorian est un garçon très occupé). Du coup, Lord Henry, pour sauver sa fille des bras du vilain séducteur, mène une enquête brillante et comprend que Dorian a vendu son âme au diable (c'est très facile, il suffit de brûler un pétale de rose rouge à la flamme d'une bougie en disant "oui, j'aimerais bien vendre mon âme au diable pour avoir la jeunesse éternelle") et il décide de mettre bon ordre à ces débordements, ce qui nous ramène au final proprement éblouissant de niaiserie. Si on ajoute à cela des scènes totalement dispensables comme celle avec Basil (pauvre personnage, qui devient quasiment muet, n'a pas l'air de trouver à redire aux agissements de Dorian pour se réveiller tout d'un coup et se retrouver à faire une gâterie au jeune homme en pleine orgie...) (oui, quand je disais que c'était n'importe quoi, je n'exagérais pas, chers happy few), des dialogues pâlichons (alors que quand même, il y avait de quoi faire avec les dialogues du roman, il suffisait de les re-co-pier) et une interprétation pas toujours très juste (Ben Barnes a beau être mignon comme un coeur, il ne fait pas vraiment le poids face aux autres acteurs, surtout face à Colin avant qu'il ne se transforme en fin limier, la perruque au vent et la robe d'intérieur ceinturée, ce qui n'est pas son meilleur rôle, il est bien meilleur au début du film), on obtient une adaptation totalement dispensable, chers happy few.
Oscar Wilde, The picture of Dorian Gray, Penguin Popular classics, 256 pages, 1994, première publication 1891
Dorian Gray, réalisé par Oliver Parker, avec Colin Firth et Ben Barnes, 2009, DVD zone 2, import anglais uniquement, VO et VOST VO
Merci Cuné pour le prêt!



Challenge English Classics : 2/2
Challenge Lire en V.O : 8/12
Challenge Lunettes noires sur pages blanches : 2
01:14 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Challenge Lunettes noires sur Pages blanches, De l'écrit à l'écran, Littérature anglo-saxonne, Révisons nos classiques | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : oscar wilde, le portrait de dorian gray, coliiiin je t'aime quand même, il me tarde de le voir dans a single man, ben va falloir faire des progrès choupinet
06.02.2010
"The rest is silence"
Il y a de nombreuses années (je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, chers happy few), le ciné-club de la petite ville de province où je vivais (oui, c'est souvenirs time mâtiné de je raconte ma vie, mais bon, ça arrive si peu souvent que vous n'allez pas vous en plaindre, non ?) avait proposé une semaine thématique autour d'Hamlet. C'est ainsi que je découvris, médusée, l'interprétation hystérique de Mel Gibson dans l'adaptation de Zeffirelli (et croyez-moi, ceux qui n'ont pas vu ça n'ont rien raté sauf un immense fou rire et beaucoup de soupirs), celle, assez collet monté de Laurence Olivier (acteur qui ne m'a décidément jamais convaincue) et quelques curiosités comme Hamlet goes business d'Aki Kaurismaki, qui transpose l'histoire dans les années 30. Et comme j'ai toujours été une obsessionnelle monomaniaque, chers happy few (ça doit être génétique, je ne vois que ça) j'en avais profité pour lire la pièce en français dans la traduction de François-Victor Hugo (ça a l'air d'être un détail mais cette pièce a été traduite à de nombreuses reprises et je n'aime pas du tout la version de Gide disponible en Pléiade, par exemple) (et celle de Hugo n'est trouvable que d'occasion). Et si mon histoire avec Shakespeare ne faisait que commencer, puisque j'ai lu et vu un grand nombre de ses pièces et que The Tempest fut ma toute première expérience de théâtre en anglais, celle avec Hamlet, elle, s'était arrêtée là (si l'on excepte sa drôlatique thérapie dans Something rotten du grand Jasper).
Jusqu'à ce que.
Jusqu'à ce que David Tennant, un jeune acteur inconnu (comment ça je plaisante, chers happy few ? je n'oserai pas, c'est si peu dans ma manière) reprenne le rôle en 2009, au théâtre d'abord, puis dans un téléfilm de la BBC adapté de la mise en scène de la RSC (Royal Shakespeare Company). Je me suis procuré le DVD (une pulsion inexplicable, évidemment) et, avant que de me lancer dans le visionnage, j'ai eu envie de relire la pièce. Et comme depuis une dizaine d'années je lis des romans en anglais, j'ai décidé, wild girl que je suis, de lire Hamlet dans la langue de Shakespeare (oui, je sais, elle est facile celle-là, vous pouvez me jeter des exemplaires du dernier Zeller pour me punir, je le mérite, va). Mais comme je suis une aventurière en pantoufles, j'ai opté pour la version bilingue, et ça tombait bien, celle de François Maguin publiée chez G-F était dans ma PAL depuis le Doctor Swap ; comme quoi tout est dans tout et inversement comme disait le poète moldave en se servant une bière.

Et figurez-vous, chers happy few, que j'ai eu le choc de ma vie.
Le style de Shakespeare, mélodieux et imagé, âpre et incandescent, m'a littéralement transportée et j'ai passé trois jours cramponnée à mon exemplaire (qui a d'ailleurs beaucoup souffert le pauvre, il est corné de partout et plein d'annotations de toutes les couleurs) au point d'en rater ma correspondance dans le métro (la preuve ultime comme le savent les citadins), de ne parler que de ça autour de moi (les méchantes langues vous diront que ça les a changées du Docteur mais il ne faut pas écouter les médisants) et d'en relire des passages aussitôt terminés (une chose que je ne fais jamais), et même d'en apprendre par coeur ("A murderer, a villain...", pouvait-on m'entendre déclamer en me brossant les dents, car oui, je suis multitâches, qui en doutait). Bref, un coup de foudre comme il en arrive quelques-uns dans une vie de lectrice, bouleversant et irrémédiable.
Je pitche quand même pour ceux qui auraient passé les cours d'anglais à se demander où est ce maudit Brian : Hamlet, prince du Danemark, est rentré au pays pour assister aux funérailles de son père et au remariage de sa mère, Gertrude, avec Claudius, frère de feu le roi. Hamlet, personnage déjà naturellement enclin à la mélancolie, est bouleversé par la révélation du spectre de son père qui lui apparaît une nuit : Claudius l'a assassiné et il exige que son fils le venge.
Il a été tant écrit sur cette pièce, chers happy few, que je me contenterai du minimum : Hamlet est à la fois une tragédie antique (famille maudite, reine sur qui pèse le soupçon de l'adultère, frère meurtrier, trouble relation entre Hamlet et sa mère, folie et vengeance), une pièce politique (cour corrompue emplie de courtisans serviles comme Osric ou Polonius, qui sont prêts aux pires exactions pour satisfaire le roi comme Rosencrantz et Guilderstern qui emportent en Angleterre la condamnation à mort d'Hamlet sans sourciller) et psychologique, Hamlet étant un personnage d'une incroyable complexité, qui s'interroge sans cesse sur ses actions, ce qui est parfaitement visible dans les nombreux et longs monologues qui sont les siens. Jeune homme populaire, qui simule la folie pour se donner l'avantage de la surprise avant que d'être victime de son propre stratagème, dangereux ("Yet I have in me something dangerous/Which let thy wisdom fear", dit-il à Laerte le jour de l'enterrement d'Ophelia) et aux sentiments ambigus. Et cette histoire pleine de bruit et de fureur, qui s'achève dans un bain de sang, est servie par une langue fabuleuse, chers happy few. Vers et prose alternent dans un style flamboyant et puissant, certes difficile (il m'est arrivé de devoir me raccrocher à la traduction, très littérale, de François Maguin, notamment pour élucider quelques problèmes de syntaxe), mais sublime.
Quant à l'adaptation, elle est très intéressante dans ses parti-pris de mise en scène et dans sa volonté d'être un mélange entre théâtre et téléfilm : le décor est un lieu vaste et vide, tout de noir tendu, avec un sol réfléchissant, directement emprunté à la mise en scène théâtrale, et un miroir brisé revient comme un fil rouge (le thème du miroir parcourt la pièce et sur la scène il y avait un miroir gigantesque). La scène est filmée par des caméras de surveillance, qui prennent parfois le relais de la caméra, pour bien montrer la surveillance constante qui est à l'oeuvre dans la pièce, surveillance dont Hamlet se sent l'objet et qui n'est pas simple paranoïa de sa part. Et si l'utilisation de ce procédé m'avait semblé un peu artificiel au départ, il prend tout son sens dans la scène où Hamlet, qui se sent surveillé, arrache la caméra du mur et dit "Now I am alone". Du côté du texte, certaines coupes ont été effectuées, parfois juste quelques vers dans une tirade, ou un échange, parfois aussi des scènes entières comme la scène 6 de l'acte IV ou le début de la scène 7, ce qui conduit à un resserrement de l'intrigue en supprimant tout le retour d'Hamlet et l'explication du destin de Rosencrantz et Guildenstern et presque purement et simplement l'aspect guerrier (le roi de Norvège vient réclamer ce qui fut pris 30 ans auparavant), ce qui explique aussi la fin, le téléfilm s'arrêtant à la mort d'Hamlet et non à l'arrivée de Fortinbras. Le plus étonnant reste le télescopage entre les actes II et III : en plein milieu de la scène 2, quand Gertrude dit voir entrer Hamlet, le texte saute à la scène 1 de l'acte III, où Polonius enjoint à sa fille d'engager la conversation avec Hamlet, conversation suivie par les deux pères derrière un miroir sans tain, puis à la fin de la confrontation entre Hamlet et Ophelia on revient à la scène entre Polonius et Hamlet, scène qui prend évidemment un sens différent puisque la confrontation entre les deux jeunes gens a déjà eu lieu. Je ne sais pas encore si ce "montage" se justifie, il faudrait pour ça que je voie d'autres adaptations, une chose est certaine, il ne nuit aucunement à la fluidité de l'intrigue.
Il faut évidemment dire un mot de l'interprétation, que j'ai trouvé impeccable chez tous et franchement extraordinaire de la part de David Tennant. Il campe un incroyable Hamlet, d'une infinie justesse dans toutes les situations et émotions, et son interprétation du célébrissime "To be or not to be" est d'une beauté à faire pleurer (j'ai versé une larme, parce qu'on ne se refait pas, chers happy few). Il y a une intensité folle dans ses regards, ce qui est bien évidemment la (seule ?) supériorité de la télévision sur le théâtre : les gros plans permettent de saisir les nuances perdues pour les spectateurs dans une salle de théâtre, de même que le texte peut se permettre d'être ici intériorisé et dit dans un souffle et non projeté pour des centaines de spectateurs. J'ai été vraiment impressionnée par sa prestation, à tel point que je me suis repassé certains passages (comment ça, je suis obsessionnelle, chers happy few ?).
Au final, c'est une adaptation que je recommande chaudement, chers happy few, et que je vais pour ma part chérir, en attendant de voir celle de Brannagh, acquise la semaine dernière. Entre Hamlet et moi c'est décidément une folle histoire d'amour.
William Shakespeare, Hamlet, G-F, 541 pages, introduction, traduction et notes de François Maguin, 1995. Le texte de Shakespeare date de 1600, possiblement de 1599.
Hamlet, une production de la RSC, dirigée par Gregory Doran, BBC, 2009. Disponible en DVD zone 2 import anglais uniquement, VO et VOST VO.



Challenge Lunettes noires sur pages blanches : 1
Challenge Lire en VO : 7/12
Challenge English classics : 1/2
18:26 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Challenge Lunettes noires sur Pages blanches, Littérature anglo-saxonne, Révisons nos classiques, Séries télé, Un grand cri d'amour | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note | Tags : hamlet, william shakespeare, je veux un slat à son effigie, david forever
21.05.2009
L'ange parricide

Rome, XVIe siècle. Beatrix Cenci, fille du dépravé Francesco, qui, entre autres tares, voue une haine sans bornes à ses enfants, grandit enfermée dans une chambre. Mais la petite fille devient une jeune fille d'une incroyable beauté et son père la met de force de son lit. Après trois années de supplice, alors que la jeune fille et sa belle-mère, Lucrezia, ont envoyé au pape des suppliques restées sans réponse, elles décident de prendre les choses en main et de faire assassiner Francesco...
Figurez-vous, chers happy few, que suite à une énième relecture du Père Goriot, j'ai vu grandir en moi une fringale de classiques en général et de Balzac en particulier, fringale que j'ai en partie assouvie en lisant Le colonel Chabert, gentiment arrivé dans mon casier par la grâce des specimen de fin d'année (pas de doublon, cette année, it's a miracle, chers happy few). Mais, même si je souhaite participer au Mouvement de Réhabilitation de Balzac initié par Lilly, je ne veux pas voir arriver dans ce modeste salon des élèves en mal de fiche de lecture (une maladie hélas très répandue) ; je me contenterai donc de dire à tous ceux qui ont été dégoûtés de la lecture de la gigantesque oeuvre d'Honoré dans leur prime jeunesse qu'il faut absolument lui donner une deuxième chance, ne serait-ce que pour sa plume extraordinaire et son incroyable analyse des sentiments humains. Voilà qui est dit. Vous n'avez donc plus aucune excuse, chers happy few balzacophobes. Bref. C'est donc Alexandre Dumas qui aura les honneurs de ce billet, cette nouvelle se trouvant par le plus grand des hasards (of course) dans ma toute petite PAL.
Les Cenci, qui est ici publiée seule mais qui fait partie à l'origine des Crimes célèbres (1839-1840), est une histoire terrible tirée d'un fait divers. La belle Beatrix a fait assassiner son père avec la complicité de sa belle-mère, de son frère aîné et d'un jeune prêtre amoureux d'elle, et ils ont tenté de maquiller le crime en accident. Mais alors que le lecteur pense que l'infâme Francesco, qui a mené une vie de débauche et de crimes, n'a eu que ce qu'il méritait, la justice en a décidé autrement. Arrêtés sur des présomptions et un début de preuve (un drap taché de sang), nos conspirateurs, soumis à la question, ne tardent pas à tout avouer, même Beatrix, qui résiste longtemps au supplice de l'estrapade. Lors d'un procès resté célèbre, l'opinion publique s'émeut, face à la rayonnante beauté de cette jeune fille torturée par son père puis par la justice mais par un malheureux concours de circonstances, Lucrezia, Beatrix et Jacques (le frère aîné), sont condamnés à mort et exécutés publiquement. Pour raconter cette histoire épouvantable, Dumas adopte le ton d'un chroniqueur : il utilise très peu de dialogues, et rapporte tous les faits avec le plus de précisions possibles. Ce sont ces précisions qui rendent le texte parfois insoutenable : rien ne nous est épargné de la torture de Beatrix (Dumas trouve même bon de décrire, dans un souci d'historien, les différents types de torture en vigueur à Rome à la Renaissance) et de l'exécution des trois malheureux. Derrière ces horreurs, il faut lire l'histoire d'une expiation : l'ange qu'est Beatrix expie non seulement pour son crime, mais pour ceux de son père. Figure tragique de martyr, Beatrix reste jusqu'au bout une femme droite et pieuse qui a été sacrifiée par la cruauté et la dépravation des hommes de son temps, dont une description rapide, enlevée et très ironique est habilement brossée au début de la nouvelle. Décidément, j'aime Dumas, chers happy few.
Alexandre Dumas, Les Cenci, André Versaille éditeur, 91 pages. A noter comme d'habitude chez cet éditeur la jolie double couverture qui s'ouvre sur le portrait de Beatrix par le Guide.
PS : Mary Shelley et Stendhal se sont aussi inspirés de ce fait divers, dans des ouvrages qui portent le même titre que la nouvelle de Dumas. Les Cenci de Mary Shelley est disponible chez José Corti, la version de Stendhal se trouve dans les Chroniques italiennes.
PSbis : le fameux portrait du Guide :

09:00 Écrit par fashion dans Littérature française, Révisons nos classiques | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : dumas, les cenci, renaissance italienne, il ne faisait pas bon être une femme à cette époque, dumas forever
15.05.2009
Le Roi Canute avait le coeur usé...
Ivanhoé s'ennuie : sa femme Rowena est une insupportable bigote et leur mariage est un échec. Il décide alors de repartir en croisade auprès de Richard Coeur de Lion, dans le secret espoir de retrouver celle qu'il n'a jamais cessé d'aimer, la belle Rebecca...
Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, cet ouvrage de Thackeray (l'auteur de La foire aux vanités, l'un de mes romans cultes) est bel et bien la suite d'Ivanhoé, l'un des romans les plus célèbres de Walter Scott. Partant du principe que, comme trop souvent, l'auteur a arrêté son oeuvre "de manière aussi peu satisfaisante que prématurée à la page 320 du troisième tome", Thackeray, très déçu que le chevalier Wilfrid n'ait pas épousé la belle Rebecca et se soit contenté de Rowena "aux cheveux filasses", a décidé de leur donner une deuxième chance, en rédigeant, en 1851, ce petit ouvrage qui est une réjouissante parodie des romans de chevalerie du XIXe siècle. En une centaine de pages bien troussées, Thackeray reprend tous les poncifs du genre : le chevalier mélancolique et héroïque (Ivanhoé tue des milliers d'ennemis à chaque bataille), la belle martyrisée (la pauvre Rebecca survit quatre années complètes en ne mangeant que du pain et de l'eau), la femme parfaite (Rowena est insupportable de radinerie, de dévôterie et de flegme britannique), le trouvère qui accompagne le héros (et qui ici chante toujours à mauvais escient) pour ne citer que ces figures emblématiques... Richard Coeur de Lion en prend pour son grade, roi pétri de mauvaise foi et ne songeant qu'à la bagatelle, et les Chrétiens en croisade sont présentés comme des barbares plus sanguinaires que les Maures contre qui ils se battent. Le narrateur intervient tout le temps, refuse de donner des détails, passe sur dix années en deux lignes et permet à des personnages morts d'aller boire une bière puisque leur rôle est terminé. C'est drôle, bourré d'ironie (la fin est délicieuse) et de références : un régal, chers happy few.
William Thackeray, Ivanhoé à la rescousse! (Rebecca & Rowena), Rivages, Série humoristique, 107 pages, traduit de l'anglais par Thierry Beauchamp, première traduction française en 2006, présente édition 2009.
PS : que ceux qui n'auraient pas lu Ivanhoé se rassurent : la préface propose un résumé qui permet de suivre parfaitement l'intrigue. Pour ceux qui n'auraient pas eu la chance de le lire au collège et qui voudraient réparer cette impardonnable lacune, il existe au moins une édition jeunesse complète en folio junior.
11.04.2009
Les amants diaboliques
Dans la vieille ville de V..., le maître d'armes est une femme, qui porte un nom d'épée, Hauteclaire Stassin. La jeune femme est une escrimeuse redoutable et une femme sublime mais à la réputation irréprochable. Elle disparaît cemendant du jour au lendemain et le docteur Torty, qui raconte cette histoire bien des années plus tard, la retrouve comme femme de chambre chez le comte de Savigny, dont elle est la maîtresse sous le nez de sa femme...
Pour tout vous avouer, chers happy few, j'avais déjà lu cette nouvelle il y a longtemps, dans le recueil Les Diaboliques, dont je ne saurais trop recommander la lecture. Jules Barbey d'Aurevilly est un auteur tout à fait fascinant qu'on ne lit plus guère ce qui est bien dommage, et L'ensorcelée est certainement un des romans les plus marquants que j'ai jamais lus. Donc, disais-je avant d'être violemment interrompue par moi-même, j'ai eu l'oeil attiré par cette réédition tirée à part (qui n'est pas la première, cette nouvelle est disponible aussi en Librio et chez Mille et une nuits) alors que je gambadais innocemment chez Gibert à la recherche d'autre chose (que je n'ai d'ailleurs pas trouvé, il fallait donc bien que je surmonte la terrible déception qui était la mienne, chers happy few, je suis sûre que vous me comprenez parfaitement). J'ai trouvé la couverture jolie (elle est double et s'ouvre sur l'Olympia de Manet) et j'ai embarqué ce petit ouvrage (oui, parfois je suis superficielle et la couverture me suffit, je sais, c'est mal, vous pouvez m'envoyer les oeuvres complètes de Heidegger dans le texte pour me punir, chers happy few), dont la relecture a été à la hauteur de mes souvenirs.
Il s'agit d'un récit enchâssé, dans la bonne vieille tradition de bien des nouvelles du XIXème siècle : le narrateur du récit-cadre est un homme dont nous ne saurons pas grand-chose, la narration étant très vite prise en charge par le docteur Torty, libéral, athée, insatiable observateur de la condition humaine et témoin de l'histoire. Cet homme comprend tout de suite en voyant grandir Hauteclaire que cette femme au prénom formidable ne peut connaître qu'un destin exceptionnel, mais il n'aurait jamais envisagé que ce destin fût lié à celui du comte de Savigny, qui rentre à V... pour se marier avec une femme qui appartient à la meilleure noblesse et qui en présente tous les symptômes : elle est pâle, hautaine et languissante. Il forme avec sa femme un couple que tout le monde prend pour modèle, mais cache en réalité sa maîtresse dans son propre château et les amants diaboliques, beaux comme des anges déchus, sont prêts à tout pour vivre au grand jour leur passion. Nouvelle qui démontre que l'on peut vivre très longtemps ensemble sans que jamais la passion charnelle ne s'apaise, que le crime ne conduit pas nécessairement à l'enfer du remords et de la punition, et qui met en scène un couple tout à fait fascinant dans sa noirceur, uni dans l'amour comme dans le scandale, Le bonheur dans le crime est aussi une nouvelle qui constate la décadence de la noblesse de province, qui meurt en même temps que la comtesse (le discours qu'elle fait à Torty en est violemment représentatif). Un petit joyau, chers happy few.
Jules Barbey d'Aurevilly, Le bonheur dans le crime, André Versaille éditeur, 89 pages, 2009, première parution dans Les diaboliques en 1871
Le site de l'éditeur
Cette nouvelle a été adaptée par la télévision française récemment : le téléfilm a été diffusé en mars 2009 si mes renseignements sont exacts. Par contre, je ne comprends pas très bien pourquoi des détails ont été changés. Torty (interprété par Didier Bourdon) est devenu Crosnier et Hauteclaire s'appelle Claire (ce qui est bien dommage dans les deux cas, l'onomastique étant très importante, et soulignée plusieurs fois dans le texte) et le titre a été transformé aussi en Le crime est dans le sang. J'ai quand même bien envie de la voir, chers happy few. Oui, je sais, ma curiosité est sans limite.
Et comme je trouve que Barbey mérite qu'on s'y intéresse, je me propose de faire voyager cet opuscule : 89 pages, ce n'est rien pour une PAL et le format tout petit (2/3 d'un poche à vue de nez) permet de le glisser très facilement dans son sac. Des amateurs de scandale, chers happy few ?
19:09 Écrit par fashion dans Littérature française, Révisons nos classiques | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : barbey d'aurevilly, le bonheur dans le crime, il s'en passe des choses à valognes, je vais relire l'ensorcelée tiens
05.03.2009
Le paysan et la princesse
Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, me voici de retour après une panne de lecture qui a duré près de dix jours, ce qui est, hélas un triste record. La faute certainement au fameux Docteur qui nous a maraboutées, Karine et moi, je ne vois que ça pour expliquer de manière plausible et totalement crédible (qui ricane bêtement au fond de la salle ?) le désintérêt total qui s'est abattu en même temps sur nous à des milliers de kilomètres de distance, ce sentiment d'ennui total face aux pages imprimées que tout LCA qui se respecte éprouve de temps en temps, cette envie de jeter toute sa PAL par la fenêtre et de passer son temps affalé sur son canapé berlingot (une denrée rare mais qui existe, je vous le certifie) à soupirer et à gémir sur la cruauté du monde et l'absence de chocolat dans le placard (car évidemment dans ces cas-là, tout va de travers, c'est bien connu). Mais maintenant que me voilà sortie du marasme par la grâce conjuguée d'un roman de haute volée et d'un Beaumes de Venise extraordinaire (comment ça, aucun rapport ?), j'ai repris le cours normal de mes lectures.
Somerset, Angleterre, deuxième moitié du XVIIème siècle. John Ridd, fils de fermier lettré (sa mère a insisté pour qu'il soit scolarisé le plus lontemps possible), a 14 ans quand il est contraint de prendre en charge sa mère et ses deux soeurs, Annie et Lizzie, après que son père a été assassiné par une bande de malfaiteurs bien organisés qui ont mis depuis longtemps le comté en coupe réglée : les Doone. Adolescent placide et fort comme un boeuf, lent mais finaud, il fait la rencontre d'une petite fille de 9 ans, Lorna, élevée par les brigands comme leur reine, enfermée dans la vallée dont elle n'a pas le droit de sortir. Entre la prisonnière belle comme un coeur et le jeune homme un peu rustre, c'est le coup de foudre. Ils se reverront quelques années plus tard, leurs sentiments sont inchangés et c'est le début pour John d'une série d'aventures...
Lorna Doone, considéré comme le chef-d'oeuvre de Richard D. Blackmore (il a été réédité 38 fois du vivant de l'auteur), a été publié pour la première fois en 1869. C'est donc un roman victorien (mais de ceux qui annoncent le romantisme), qui se déroule au XVIIème siècle dans une contrée reculée de l'Angleterre et en des temps troublés (la mort en 1685 de Charles II, protestant, donne lieu à la montée sur le trône de son frère, Jacques II, catholique) et que j'ai trouvé formidable. La narration est prise en charge par John Ridd, qui a un ton tout à fait délicieux, à mi-chemin entre fausse simplicité et ironie, et qui raconte a posteriori les événements de manière à la fois drôlatique et poétique. Sous sa plume défile toute une galerie de personnages hauts en couleur (l'oncle Ben, le colonel Strikles, la mère de John, Tom Faggus), de femmes délicieuses (Lorna, Ruth, Annie) et d'hommes détestables (Carver et Charlie Doone pour ne citer qu'eux). John Ridd réussit l'exploit d'être un pacifiste que la politique n'intéresse pas, uniquement attaché à sa terre et à la femme qu'il aime, et de se retrouver mêlé malgré lui à des complots et à des intrigues dont il réussit toujours à tirer le meilleur parti possible sans avoir l'air d'y toucher. Ce n'est pas le moindre intérêt de ce roman enlevé, qui accumule les rebondissements, les bagarres, les retournements de situation, les enlèvements et les révélations avec beaucoup de talent, le tout sur fond d'histoire anglaise (des notes en bas de page attestent la véracité de certains faits rapportés). Une véritable réussite.
Richard D. Blackmore, Lorna Doone, Phébus, libretto, traduit de l'anglais par Marie-Madeleine Fayet, 432 pages, (1869), réédition française de 2008
Le billet de Lilly (qui n'aime pas John Ridd, oh my, comment est-ce possible ?)
Merci à Cryssilda qui m'a envoyé ce roman dans le cadre du Swap Victorien!
PS : en farfouillant sur le net, j'ai découvert qu'il y avait (au moins) une adaptation par la télé anglaise, disponible en DVD. Je la veux! (surtout que les commentateurs sur notre ami à un sein louent la plastique de l'acteur qui incarne John Ridd) (je dis ça, je dis rien, comme d'habitude) (en même temps, on est jeudi, il est donc normal que ce billet dévie un peu vers cette belle science qu'est l'étymologie, science négligée ces derniers temps, mea culpa, chers happy few, mea culpa)
06:30 Écrit par fashion dans Littérature anglo-saxonne, Révisons nos classiques | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : richard d.blackmore, lorna doone, avez-vous déjà mangé du daim ?, les personnages en font une consommation effrenée, ils sont bizarres ces anglais, et au xviième siècle encore plus, (ok, je sors)
08.01.2009
Des classiques, encore des classiques!
Comme vous le savez tous, chers happy few à qui rien n'échappe, j'ai été littéralement harcelée par certaines pour vous fournir ze liste de classiques "pas ennuyeux" donnée à mes élèves un beau matin de décembre. Mais comme on ne se refait pas et que je l'ai perdue, je l'ai reconstituée (rien ne m'arrête) et tenez-vous bien, je l'ai remaniée pour vous, chers happy few : j'en ai fait ma liste de classiques préférés, pas moins (ne me remerciez pas d'un tel cadeau, vous le valez bien, je vous assure). Inutile de pousser des hauts cris en la lisant : oui, elle est partielle, oui elle est partiale, elle ne reflète que mes goûts à moi que j'ai et que je cultive avec amour. Il y manque donc de nombreux auteurs que je n'aime pas ou que j'aime moins, je l'assume parfaitement. Il y manque aussi des auteurs que je n'ai pas encore lus (surtout chez les Anglais) mais je compte remédier à cet état de fait dans l'année (on s'autorise à penser dans les milieux autorisés qu'un challenge serait visible à l'horizon mais rien n'est sûr).
Après ce long prologue, voici donc ces titres, dans un ordre (à peu près) chronologique.
Dans l'Antiquité, je recommande la lecture des Métamorphoses d'Ovide : c'est vraiment un des ouvrages fondateurs de la culture occidentale et c'est très agréable à lire. Les histoires sont fascinantes, tragiques, terribles, émouvantes, et on n'est pas obligé de les lire à la suite, on peut en picorer de ci de là. Je suis aussi pour ma part une fan de l'Odyssée (alors que je trouve l'Iliade terriblement ennuyeuse, ah, ces blasons, ah, ces bateaux, ah, ces armes), pour ceux qui n'ont pas le courage de tout lire (encore que ce ne soit pas si gros) ou qui sont rebutés par le style, il existe des versions pour la jeunesse qui peuvent permettre d'entrer une première fois dans l'histoire.
Au Moyen-Age, je pourrais vous recommander une liste longue comme un jour sans chocolat car c'est mon époque de prédilection (ce qui ne se voit pas dans ce modeste salon) mais j'ai pitié de vous chers happy few, alors... à part Tristan et Iseult (dans la version de Béroul), il n'y aura rien d'autre dans la liste.
Au XVIème siècle, rien non plus, chers happy few, c'est pour ma part une époque que je trouve aride et même si je fais lire des oeuvres en lecture obligatoire à mes élèves, rien ne rentre dans mon idée de lecture plaisir à la Renaissance (à part Rabelais et encore) mais là encore c'est totalement subjectif.
Au XVIIème siècle, je conseille vivement La princesse de Clèves de Madame de La Fayette, que j'ai relu récemment (et fait lire aux élèves) et qui est vraiment un magnifique roman psychologique. La peinture de la passion et de ses conséquences, la façon dont Mme de Clèves se fait violence pour ne pas succomber, la tragédie intériorisée, tout cela est extrêmement bien décrit et très moderne. Les Contes de Perrault sont délicieux (et retors). Molière est à lire, je trouve que c'est un dramaturge hors pair. J'aime particulièrement Dom Juan, Tartuffe, Le malade imaginaire, Les femmes savantes... J'ai une tendresse particlière pour L'illusion comique, La place royale et Le Cid de Corneille. Je recommande aussi Phèdre et Andromaque de Racine. Et enfin, Shakespeare, dont j'aime La tempête, Hamlet et Le roi Lear (mais je n'ai pas tout lu, shame on me).
Au XVIIIème siècle, Candide est un ouvrage qui se lit à toute allure et qui est d'une étonnante modernité et très drôle. Si vous aimez la plume de Voltaire, son Dictionnaire philosophique portatif est pour vous! Pour ceux qui n'aiment toujours pas les romans épistolaires, il faut essayer Les liaisons dangereuses de Laclos, un petit chef d'oeuvre (et ce n'est pas Emmyne, qui l'a lu 7 fois, qui me contredira).
Au XIXème siècle, les choses se corsent et la liste s'allonge. Il y a quand même un grand nombre d'auteurs abordables qui ont une sacrée plume. Chez Balzac, je recommande Le Père Goriot (si vous ne me croyez pas, allez lire le billet d'Erzébeth), La peau de chagrin, Le lys dans la vallée et Illusions perdues. Chez Hugo, en plus de piocher dans sa très abondante production poétique (où le pire côtoie le meilleur), Claude Gueux se lit en trois quarts d'heure et vous marquera à vie (c'est là que Hugo préconise de "cultiver les têtes pour éviter de les couper") et Les Misérables est franchement à lire, il contient des pages sublimes (et si vous n'en pouvez plus des descriptions, sautez-les, personne n'en saura rien). Chez Stendhal, ô surprise, je vous ordonne (carrément) de lire La chartreuse de Parme, qui est certainement le roman que j'ai le plus défendu dans ce salon et ailleurs, et si vous croyez que j'exagère, allez lire les billets de Chiffonnette et Céline, vous verrez que je ne vous mens pas, chers happy few (de toute façon, je n'oserais pas). J'ai beaucoup d'affection pour Théophile Gautier, un auteur qu'on ne lit plus beaucoup, et c'est dommage. Certaines de ses nouvelles sont fabuleuses, notamment La morte amoureuse ou Avatar et il est l'auteur ne l'oublions pas du Capitaine Fracasse, un roman trépidant. Chez Maupassant, celui que tout le monde a lu et qui est toujours en tête des programmes scolaires (en même temps, il le vaut bien), je préfère ses nouvelles à ses romans : Boule de suif, Aux champs, Mademoiselle Fifi, pour ne citer qu'elles sont des petits chefs d'oeuvres, et quand on commence un recueil, en général, on ne s'arrête plus. Chez Dumas, il faut absolument lire Les trois mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo. Du côté des étrangers, j'adore Guerre et Paix de Tolstoï (qui a d'ailleurs failli se retrouver dans le Challenge Fashion's klassik list), tous les romans de Jane Austen of course (je la glisse ici même si elle est à cheval sur le siècle), Jane Eyre de Charlotte Brontë. Dickens est mon chouchou absolu (je l'aime autant que Stendhal, c'est dire) : que celui qui n'a pas pleuré en lisant Un conte de deux villes, me jette un paquet de klennex (mais propre, hein ?) et De grandes espérances est à tomber par terre, pour ne citer que ces deux titres. Je considère La foire aux vanités de Thackeray comme un joyau, même s'il en a fait soupirer plus d'une dans le Challenge Fashion's klassik. Conan Doyle est un auteur que tout le monde connaît mais que finalement peu ont lu et non seulement il est le père de Sherlock Holmes (à qui je rappelle que je voue un culte) mais il a aussi écrit des romans historiques tout à fait sympathiques (comme Sir Nigel, publié chez Phébus). Stevenson (qu'Isil appelle Steve et moi Bob) est mon chouchou n°3 et si vous ne devez lire qu'un seul roman de lui, il faut que ce soit Le maître de Ballantrae, qui figure d'ailleurs dans ma liste Blog-o-trésors (des sceptiques ? un tour chez Isil et chez Tamara, là tout de suite, maintenant). Et enfin, n'oublions pas notre ami américain Jack London, dont j'avais parlé ici même l'année dernière (et je ne désespère pas de finir par tout lire, oui, parfois je suis optimiste).
Cette liste ne serait pas complète sans quelques ouvrages plus récents : je ne peux que redire encore tout le bien que je pense de Stefan Zweig, chouchou n°4 (Lettre d'une inconnue et La pitié dangereuse sont des oeuvres sublimes), Autant en emporte le vent est un de mes romans préférés ever (je l'ai lu je ne sais combien de fois et il a conquis tous ceux qui l'ont lu pour le Fashion's klassik list, depuis cette semaine, on sait qu'il fait aussi pleurer les jeunes filles qui ont 16 ans en 2009), Le seigneur des anneaux est un must et il n'y a que du bon chez Steinbeck (mais si vous devez commencer maintenant, faites-le avec Des souris et des hommes, et Amanda vous en convaincra encore mieux que moi).
Alors, chers happy few, heureux ? Et vous, quels sont vos chouchous-classiques ?



