07.05.2009

It's back!

Mais quoi donc ? vous demandez-vous dans votre grande perplexité, limite en vous grattant l'oreille gauche, chers happy few. Le Prix Landerneau, auquel j'avais déjà participé l'année dernière. Créé en 2008 par Michel Leclerc, ce prix récompense un roman de langue française qui sort des sentiers battus. L'année dernière, c'est Yasmine Char (qui fait partie du jury 2009, qui est cette année présidé par Dan Franck) qui l'avait obtenu pour La main de Dieu, qui m'avait emballée. Ce prix avait été l'occasion pour moi de découvrir de nouveaux auteurs (dont Antoine Laurain, dont je recommande toujours la lecture du délicieux Fume et tue).

Je rempile donc pour une deuxième édition, chers happy few, édition qui a sélectionné les titres suivants :

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Dans l'ordre : A l'angle du renard de Fabienne Juhel (la brune), L'Attente du soir de Tatiana Arfel (José Corti), Les mains nues de Simonetta Greggio (Stock), L'homme barbelé de Béatrice Fontanel (Grasset), L'origine de la violence de Fabrice Humbert (Le Passage), Un dieu un animal de Jérôme Ferrari (Actes sud).

 

Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour contenter sa PAL, chers happy few.  

22:07 Écrit par fashion dans Prix Landerneau | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : rien

02.08.2008

And the winner is...

Comme vous l'avez remarqué, chers happy few, j'ai lu les huit romans sélectionnés dans le cadre du prix Landerneau, je peux donc décerner mon propre prix, et vous imaginez bien que je ne vais pas m'en priver, y a pas de raison.


Je tiens avant toute chose à remercier très chaleureusement Elodie Giraud, qui m'a contactée et qui m'a envoyé les romans : je trouve l'idée d'associer les blogueurs à ce tout nouveau prix très sympathique et cela m'a permis de sortir d'une certaine routine livresque et de lire des romans, que pour être tout à fait honnête, je n'aurais jamais ouverts sinon, tant ils sont éloignés de mes univers de prédilection habituels.


Sur la sélection elle-même, je l'ai trouvé relativement cohérente, même si pour ma part, je n'aurais pas sélectionné L'incroyable histoire de Mademoiselle Paradis, que je trouve narrativement et stylistiquement en-dessous du reste de la sélection (vous remarquerez que je ne dis rien sur Et mon coeur transparent, que j'ai vraiment détesté, mais dont je comprends la présence parmi les finalistes, vous pouvez louer mon ouverture d'esprit) (en toute modestie, bien sûr, on ne se refait pas).


Et comme je sais que vous trépignez d'impatience (ne niez pas), je vous donne mon quatuor de tête (ben oui, pourquoi se limiter à trois, franchement ?) :


4. Nous vieillirons ensemble de Camille de Peretti, parce que la plume de la narratrice allie humanité et rigueur de la construction, parce que c'est poignant et parce que Nini.

3. Fume et tue d'Antoine Laurain, parce que la première cigarette, parce que c'est drôle et parce que, vraiment, l'art contemporain, parfois...

2. Le théorème d'Almodovar d'Antoni Casas Ros, parce que fantasque et fantastique sont deux jolis mots, parce que l'identité et parce que les ports.

1. La main de Dieu de Yasmine Char, parce que la robe verte comme une flamme, parce que la guerre, parce que l'amour et l'adolescence perdue.


Voilà, chers happy few, pour ma part, le prix Landerneau 2008 est clos! A l'année prochaine, qui sait ?


Pour lire tous mes billets sur les huit romans, c'est ici.

01.08.2008

Tabagisme actif

41T7Bo4MsWL._SL500_AA240_.jpg Fabrice Valantine, la cinquantaine fringante, chasseur de têtes dans un prestigieux cabinet, amoureux de sa femme comme au premier jour, est un homme heureux. Gros fumeur (deux paquets par jour) et sans aucune intention de s'arrêter, il accepte quand même pour avoir la paix de subir une séance d'hypnose pour arrêter de fumer, sans penser un seul instant que sa vie va basculer à cause de cette unique séance. En effet, à sa grande horreur, il perd l'envie et le plaisir de fumer et sa vie semble se déliter, jusqu'à ce que le hasard lui permette de découvrir que quand il fume une cigarette après avoir tué quelqu'un, le plaisir revient. De là à penser qu'il lui faut renouveler son acte, il n'y a qu'un pas...


Huitième et dernier roman de la sélection Landerneau que je lis, chers happy few, je l'avais gardé pour la fin car je croyais que j'allais profondément m'ennuyer : je trouve la couverture complètement ratée avec son esthétique cinématographique 70's et le titre assez pitoyable (on apprend dans le roman qu'il s'agit d'un titre inventé par un journaliste de Libé pour faire la Une sur les exploits meurtriers de Fabrice Valantine, je comprends mieux du coup pourquoi je ne le trouve pas bon : on devrait d'ailleurs décerner un prix des titres de Une les plus mauvais, Libé et L'Equipe seraient à mon avis fort bien placés, tant ils sont les champions des jeux de mots à deux sesterces). De plus, je pensais qu'un roman qui plaçait le tabac au centre de son intrigue serait aussi passionnant qu'un livre sur la pêche, ce qui est bien évidemment une idée pleine de préjugés, mais je n'en suis pas exempte, chers happy few, je le reconnais volontiers, et ces derniers se sont trouvés balayés par la lecture de ce roman!


En effet, Fume et tue est un bon roman, bien écrit et très solidement construit, assez original dans son propos, et ma foi plutôt drôle! Fabrice Valantine est un personnage attachant, à la logique implacable, uniquement mû par sa volonté de retrouver le plaisir de fumer, ce qui en ces temps de chasse aux fumeurs est assez jouissif et politiquement incorrect. Les meurtres qu'il commet rajoutent étrangement à la sympathie que l'on éprouve pour lui puisqu'il ne supprime que des personnages hautement nuisibles, le premier complètement par accident (une agression qui tourne mal), les autres de manière mûrement préméditée. On suit donc l'histoire de Fabrice, qui raconte par bribes son passé, sa rencontre avec Sidonie, sa femme, son métier, et on le regarde planifier ses meurtres avec intelligence et sang-froid, en se plaçant, je dois bien le dire, toujours de son côté, ce qui est la grande force de ce roman page turner : on a vraiment envie de savoir comment tout cela va se terminer et on espère que Fabrice ne sera pas pris (je suis complètement amorale, je sais). Certaines scènes sont drôlatiques, comme celle à la piscine Pontoise ou les vernissages d'art contemporain, le narrateur a le sens de la formule et de la caractérisation (les personnages secondaires sont finement campés) et toute les réflexions autour du tabac ne sont jamais pesantes ni inutiles, mais servent au contraire un récit très enlevé.


Vous l'aurez compris, chers happy few, je vous le recommande!


Antoine Laurain, Fume et tue, Le passage


Les avis unanimement enthousiastes de Lily, Papillon, Pascal, Katell, Michel, Cathulu, Anne, Cuné et Caroline


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30.07.2008

Papy fait de la résistance

51-1RSC8YJL._SL500_AA240_.jpg Sébastien Lesquettes, surnommé Albert Einstein, croupit depuis trois ans dans une maison de retraite où ses enfants viennent rarement le voir. Las d'attendre qu'on vienne le sortir de là, il décide un beau matin de se faire la belle. Il prend un taxi, raconte sa vie au chauffeur avec qui il part sur les traces de Paula, son vieil amour...


Septième roman de la sélection Landerneau, voilà un roman, chers happy few, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il a partagé ceux qui l'ont déjà lu et que j'ai pour ma part bien aimé tout en lui trouvant des défauts certains. Il y a un côté artificiel dans la construction du récit puisque Bastien raconte toute sa vie au chauffeur de taxi, Laurent, et ce dernier ne sert qu'à faire progresser la narration à coup de questions creuses, ce qui transforme le roman en une espèce de logorrhée incontrôlable, de quasi-monologue, ce qui est parfois pesant et fait de Laurent un personnage qui a autant d'épaisseur qu'une marionnette, ce qui est bien dommage. Le discours même de Bastien sent aussi parfois l'artifice : on voudrait nous faire croire qu'il improvise son récit comme une (fausse) conversation, or il parle par formules dans un style très écrit et faussement oralisé. Cela étant posé, j'ai trouvé l'histoire de cet homme assez attachante et parfois émouvante, on traverse avec lui quelques grands événements du XXème siècle et surtout la Seconde Guerre Mondiale, les formules qui sont parfois irritantes font souvent mouche et je me suis surprise à sourire plusieurs fois. Le personnage de Bastien, qui peut sembler aigri et caricatural, possède encore pour son âge une rage et une lucidité impressionnantes.


Un bon moment de lecture, donc, chers happy few!


Joseph Bialot, Le jour où Albert Einstein s'est échappé, Métailié


Les pour : Lily (qui l'a trouvé magnifique), Papillon (qui a adoré le "style fleuri" et le vieil homme plein de fureur), Pascal (un peu agacé quand même parfois par le narrateur) et Jean-Marc Laherrère (qui donne en plus le lien vers une interview de Bialot)

Les contre/mitigés : Joelle (vite lassée par le narrateur et par le style), Anne (qui y a trouvé trop de clichés et un style trop gouailleur), Caro[line] (elle aussi très ennuyée par le narrateur)


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25.07.2008

Chaos = Harmonie

41WlWoYUUpL._SL500_AA240_.jpg Le narrateur, Antoni Casas Ros, a été terriblement défiguré quinze ans auparavant lors d'un accident de voiture qui a coûté la vie à Sandra, la jeune fille qu'il aimait. Depuis, il traîne sa solitude de port en port, n'ayant pour toute compagnie que lui-même et les mathématiques, jusqu'au jour où dans une ruelle interlope de Gênes, il rencontre la belle Lisa, transsexuel.


Sixième roman de la sélection du Prix Landerneau, chers happy few, il s'agissait a priori de celui dont la quatrième de couverture me laissait le plus dubitative. Bien obligée de combattre mes préjugés, j'ai fini par l'ouvrir, pour découvrir un petit roman (par la taille) tout à fait enchanteur. Mélange d'autobiographie (fictive ?) et de fiction (je ne parlerai pas d'autofiction parce que je ne sais rien d'Antoni Casas Ros et je n'ai pas envie d'en savoir plus), Le théorème d'Almodovar est un roman foisonnant et dense qui s'interroge sur la vie, l'amour et l'univers et voit le narrateur et personnage principal redonner du sens à sa vie par le biais de la fiction romanesque et cinématographique (il écrit un livre adapté au cinéma). On y croise Almodovar, un cerf mystérieux et sage, l'Histoire de l'Espagne et ses restes de franquisme, une femme extraordinaire qui ressent physiquement les mathématiques (la mère du narrateur), un transsexuel de toute beauté, Newton et des réflexions philosophiques. Le tout donne une sorte de bazar foutraque et fantaisiste en forme d'hymne à la vie!


Un beau roman, chers happy few!


Antoni Casas Ros, Le théorème d'Almodovar, Gallimard


Les billets de Cathulu (tellement emballée qu'elle lui a décerné son propre prix Landerneau), Lily (médusée et fascinée), Anne (qui n'a pas accroché du tout), Pascal (partagé) (Lou et Stéphanie, je ne retrouve plus vos billets : donnez-moi vos liens!)


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PS : si vous voulez le lire, rien de plus simple, il suffit de demander, j'en fais un livre voyageur, chers happy few!

08.07.2008

Vieillir, la belle affaire

41gam2928nL__SL500_AA240_.jpg Un dimanche dans une maison de retraite en banlieue parisienne. Les heures s'égrènent, les pensionnaires s'ennuient, se disputent ou attendent leurs proches, les membres du personnel pleurent, aiment et s'affairent. La vie s'écoule.



Ce roman reçu dans la cadre de la sélection Landerneau (et le cinquième que je lis) est une bonne pioche, chers happy few! Depuis le temps que j'entendais parler de Camille de Peretti, je suis ravie de l'avoir découverte avec ce titre qui est intéressant à plus d'un titre. La construction narrative, inspirée de La vie mode d'emploi de Perec (et qui est très clairement expliquée dans le Cahier des Charges en fin de roman) permet de faire intervenir un assez grand nombre de personnages et de déployer l'histoire par "tuilage" (une couche d'informations se rajoutant à une autre comme un mille-feuilles) sans ennui aucun pour le lecteur-spectateur de ces tranches de vie, pressé de connaître les développements des histoires des uns et des autres. Les personnages sont attachants et touchants chacun à leur manière, qu'ils soient acariâtres comme Nini, l'exigeante paralysée, émouvants comme Mme Leduc et sa vie en manque d'enfants, terribles comme la comtesse atteinte de la maladie d'Alzheimer qui s'obstine à prendre son mari pour un de ses nombreux amants ou antipathiques comme la sèche et froide Mme Buissonnette qui n'a jamais aimé personne et se rattrape en fin de vie... Il y a beaucoup d'humanité dans ces portraits finement brossés de corps échoués qui ont mal ou peu aimé et que la vie, parfois, a malmenés, beaucoup de vie paradoxalement aussi et des sentiments forts chez ces hommes et ces femmes contraints de vivre ensemble encore un peu. On sourit, on rit jaune (la mort de Mme Paradis), on est ému par ces solitudes partagées et par ces souffrances qui se dessinent : la vie, quoi!


Une belle découverte, chers happy few, qui me donne envie de lire d'autres romans de Camille de Peretti!


Camille de Peretti, Nous vieillirons ensemble, Stock


Les billets de Cathulu (emballée), Lily (bouleversée), Lou (enthousiaste), Michel (ému) et Pascal (passionné) : un sans-faute ?


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02.07.2008

Faut apprendre

41HTBNaqnCL__SL500_AA240_.jpg Madelaine Delisle naît en 1921 dans une famille pauvre. Elle a 12 ans quand sa mère meurt et son père la dépose à l'orphelinat. Suite à un incident avec sa robe de communiante, elle se rend compte que les belles robes rendent les femmes heureuses : c'est décidé, elle sera couturière. Après une formation à l'orphelinat, elle se retrouve placée comme apprentie chez la veuve Vollandier, à Limoges. Coachée par Léonarde, la gouvernante, elle se lance dans la création de modèles et trace son chemin vers la gloire...


Quatrième roman que je lis dans la sélection du prix Landerneau, chers happy few, et il s'agit encore d'une histoire de femme hors du commun, de sa vie et de son parcours. Et c'est encore un roman que je n'aurais pas eu l'idée de lire sans ce prix et que j'ai bien aimé : Madelaine est un personnage attachant et complexe, que la vie n'a pas gâtée et qui a fait très vite l'expérience de la douleur et du malheur. Si sa vie professionnelle est une réussite, grâce à sa volonté acharnée, à sa ténacité assez incroyable et à sa rencontre avec Léonarde, cette femme pleine de bon sens et fine psychologue, dont le credo est "Faut apprendre", qu'elle applique à tout, que ce soit la couture, la cuisine ou la sexualité, sa vie personnelle est plutôt chaotique, tant elle s'interdit le bonheur, persuadée que les gens qu'elle aime finissent tous par l'abandonner. A ce titre, sa relation avec le chaleureux Tadeusz, rescapé des camps de la mort, est intéressante, de même que la difficulté qu'a Madelaine a nouer une relation correcte avec sa fille, même si j'ai regretté que l'on nous fournisse une explication psychologique aussi rapide à cet état de fait, j'aurais préféré que les choses restent plus suggérées. La réussite du roman tient dans la vision du XX° siècle par les yeux forcément partiaux de Madelaine : on est en présence d'une fresque intime (je sais que ça a l'air paradoxal mais c'est ce qui me paraît le plus approprié) et on voit défiler les grands événements historiques (Seconde Guerre Mondiale, reconstruction, Mai 68) au travers de la vie de la jeune (puis moins jeune) femme. J'ai aussi beaucoup apprécié la place de la mode dans ce roman : Madelaine conçoit le vêtement comme un moyen de libérer les femmes et les révolutions s'enchaînent (minijupe, pantalon, transparence...). Le lien est toujours fait entre mode et Histoire, ce qui est très intéressant (le vêtement se fait militaire avant la Guerre, par exemple) et j'ai beaucoup aimé les descriptions des collections et des modèles de Madelaine, qui évoluent en même temps qu'elle, se faisant le reflet de ses joies et de ses peines. Le style est plutôt fluide, malgré l'utilisation du présent (tout le monde sait à présent que j'entretiens avec lui des relations difficiles) et quelques surabondances d'énumérations. Pour dire la vérité, c'est un roman qui m'a bien plu et que j'ai lu rapidement mais j'ai été déçue par la fin (je ne veux pas spoiler mais il y a un peu trop de rédemption et de bons sentiments pour moi) et je crains malheureusement que malgré ce plaisir de lecture immédiat que j'ai ressenti, il ne m'en reste pas grand-chose dans quelques mois.


Un roman agréable mais pas bouleversant, chers happy few : pour vous permettre de vous faire une opinion j'en fais un livre voyageur, si vous voulez le lire, envoyez-moi un mail!


Claire Wolniewicz, Le temps d'une chute, Editions Viviane Hamy

Le billet de Cathulu (assez déçue, mais elle avait déjà lu un autre roman de l'auteure, ce qui n'est pas mon cas)

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