22.03.2010
Avocat malgré lui

Guido Guerrieri, avocat à Bari, est appelé par un détenu condamné pour trafic de drogue. Quand il se présente au parloir, Guido reconnaît le fasciste qui l'a molesté adolescent et décide de refuser le cas avant de changer d'avis. Voilà Guerrieri lancé dans un cas difficile : comment prouver, sans aucun élément, que Fabio n'a pas placé les 40 kg de cocaïne trouvés dans sa voiture ?
Il y avait bien longtemps que je n'avais pas lu un bon roman policier, chers happy few, et Les raisons du doute en est assurément un : une intrigue bien ficelée, qui ne multiplie pas les effets de manche mais reste au contraire très crédible et se clôt sur un procès sans ostentation (et pas trop long, ça nous change de certains romans américains), et surtout des personnages passionnants, Guido en tête. Cet avocat intègre, habile et solitaire, amateur de marche et de vélo, qui boxe pour évacuer ses angoisses, est aussi un lecteur acharné qui fréquente les librairies pour leur pouvoir apaisant, autant de caractéristiques qui le rendent extrêmement sympathique, voire séduisant. Il est entouré de personnages attachants comme Natsu, la femme de l'inculpé ou Tancredi, le flic qui aide Guido à mener cette enquête pour le moins peu banale. Il y a une atmosphère particulière dans ce roman, atmosphère qui naît autant des relations entre les personnages que de l'humour à froid et auto-dépréciatif de Guido et de la ville de Bari, balayée par le vent qui vient de la mer et un peu fantômatique, où l'on croise des femmes en poncho dans les cinémas déserts et des flics cultivés chez le libraire insomniaque qui n'ouvre que la nuit. J'ai beaucoup aimé ce roman, chers happy few, au point d'avoir envie de lire les autres romans de Gianrico Carofiglio, ancien juge antimafia reconverti avec talent dans le legal thriller, genre que je ne prise pourtant pas toujours. A lire.
Gianrico Carofiglio, Les raisons du doute (Ragionevoli dubbi), Seuil policiers, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, 262 pages, 2010.
Ce roman a été lu dans le cadre d'une opération Masse Critique un peu particulière, à laquelle a aussi participé Cathulu.

19:47 Écrit par fashion dans Littérature italienne, Polars | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : gianrico carofiglio, les raisons du doute, ça donne envie de relire éluard tiens, et de manger des fruits de mer, il y a un air de spade dans ce guerrieri
08.02.2010
In bed with Baudelaire
La commissaire Viviane Lancier de la 3°DPJ n'apprécie pas vraiment la nouvelle enquête qui lui échoit par la suite de l'excès de zèle de son nouveau et un peu trop mignon lieutenant, Augustin Monot : un clochard qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à Victor Hugo a été assassiné, semble-t-il pour lui dérober la photocopie de ce qui pourrait bien être un poème inédit de Charles Baudelaire. Voilà notre pauvre Viviane, qui n'aime pas la littérature et encore moins la poésie, contrainte de mener une enquête qui n'a, trouve-t-elle, ni queue ni tête, tout en tentant désespérément de trouver enfin un régime qui lui permette de rentrer de nouveau dans son joli tailleur Carroll rose et en protégeant constamment ses arrières puisqu'un contrat a été lancé sur elle par un malfrat. Pauvre d'elle.
La commissaire n'aime point les vers (dont je trouve la couverture très réussie) est un sympathique roman policier à l'intrigue joliment troussée, chers happy few. Ses points forts, outre l'idée de départ, qui fait d'un possible sulfureux sonnet baudelairien le centre de l'intrigue, ce qui est plutôt réjouissant pour les littéraires que nous sommes (mais non, je ne suis pas la seule, chers happy few, du moins, je ne veux pas le croire) sont, comme toujours chez Georges Flipo, une galerie de personnages tous plus allumés les uns que les autres, un sens certain de l'observation des travers humains et une plume drôle et ironique qui égratigne tout le monde. La commissaire est une franchouillarde qui frôle le cliché, ravie de diriger une troupe exclusivement masculine qui la considère comme un homme, avant de se redécouvrir femme pour les beaux yeux du lieutenant Monot, à la fois cultivé et beau comme un Adonis (si les lieutenants de la police étaient tous comme ça, voilà qui susciterait des vocations). Les régimes successifs de Viviane, qui passe du Montignac au Mayo sans oublier le dissocié font naître le sourire, surtout qu'en bonne représentante de la gent féminine, elle est la reine de l'entorse, mais toujours justifiée comme lorsqu'elle achète une salade et des tomates chez le dépanneur d'en bas : "elle s'approcha d'un présentoir de confiserie, et y choisit quatre grosses barres de Mars, qu'elle posa devant la caisse, histoire de rappeler qu'elle était une femme libre". Elle rencontre au fur et à mesure que l'enquête avance des individus aussi suspects que bizarres : la medium qui communique, entre autres, avec les auteurs morts (pratique pour authentifier un document ou éclairer un point de biographie épineux), l'agriculteur qui a inventé le Kill'Mouch' (croyez-moi, vous ne voulez pas en savoir plus), la veuve tout sauf éplorée, l'orphelin timbré et bien d'autres. Les médias en prennent aussi pour leur grade, moustiques assoiffés de sang qui créent l'information plutôt que de la relayer sous les yeux bienveillants de la dircom du Ministère de l'Intérieur, qui a bien compris, elle, qu'une veste Ralph Lauren sur de viriles épaules sous un regard bleu acier valaient toutes les enquêtes bouclées du monde. Les formules font mouche, les rebondissements s'enchaînent, les coupables sont démasqués et même si j'ai été gênée par un élément à la fin qui, je trouve, ne se justifiait pas du tout, le tout forme un roman policier dans cette veine légère et humoristique extrêmement agréable en ces temps de grisaille, chers happy few.
Georges Flipo, La commissaire n'aime pas les vers, La Table Ronde, 300 pages, février 2010
Les avis de Cathulu, Keisha, Leiloona, Lou, Papillon
PS : merci à Amanda pour le titre de ce billet, elle comprendra.
13:54 Écrit par fashion dans Littérature française, Polars | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : georges flipo, la commissaire n'aime pas les vers, baudelaire et ses temples entrouverts, victor hugo à la barbe fleurie, comment ça je confonds ?
17.11.2009
Le colonel Moutarde en string léopard dans le jacuzzi
(oui, je sais, ce titre est affligeant, chers happy few, mais moins que le roman dont il est question ici) (je dis ça pour vous préparer à ce qui va suivre, car j'ai pitié de vos petits coeurs tout mous) (vous remarquerez aussi la présence subtile d'un jacuzzi dans ce titre ô combien raffiné car oui, j'ai décidé de convoquer l'esprit harlequinesque pour me donner le courage d'en rire)

Duncan Kincaid est superintendant à Scotland Yard. Comme il est totally overbooked malgré sa coolitude, il décide de prendre une semaine de vacances, comme ça, wildly, dans le Yorkshire, histoire de se ressourcer dans des paysages bucoliques, chabadabada. Mais hélas, comme on n'est jamais tranquille, les cadavres s'accumulent devant sa chambre. C'est pas grave, grâce à ses superpouvoirs, Duncan va résoudre cette faute de goût en 318 pages.
Il en va parfois des romans comme de l'histoire du tyran de Syracuse, chers happy few : c'est quand on croit avoir touché le fond qu'on découvre que le pire était à venir. Je pensais sincèrement avoir atteint une espèce de point de non-retour avec l'inénarrable Eclat du diamant, mais ce Meurtres en copropriété est à mon avis encore plus mauvais. Si, si, c'est possible.
Voici un roman terriblement désuet (en même temps, la couverture aurait dû me mettre la puce à l'oreille, chers happy few, my bad), à mi-chemin entre Agatha Christie et le Cluedo, mais sans la verve de la première ni le kitsch nostalgique du deuxième. L'intrigue est terriblement mal ficelée : dans une copropriété d'appartements achetés pour une semaine par an par des bourgeois un peu argentés, les vacanciers meurent les uns après les autres dans des circonstances un peu bizarres, qui électrocuté dans la piscine, qui assassiné à coups de raquette de tennis sur le court (oui, je pense aussi que c'est une arme avec laquelle il faut s'acharner, mais ne pinaillons pas)... Et bien évidemment tout le monde est suspect. Duncan mène l'enquête d'abord en parallèle de la police puis en collaboration avec elle, et je dois bien dire que c'est le pire flic que j'ai jamais vu : on a beau nous seriner toutes les deux pages qu'il est tellement brillant qu'il est superintendant alors qu'il a à peine trente ans mais il ne voit pas plus loin que le bout de son nez, n'interroge pas un témoin qui vient manifestement lui dire quelque chose de grave et a un coeur d'artichaut (toutes les femmes lui tournent la tête et elles le lui rendent bien, toutes énamourées dès qu'il apparaît dans une pièce) qui semble l'empêcher de penser droit. Les autres personnages ne sont pas mieux lotis, ils semblent tous concourir pour remporter la palme de la superficialité et de la platitude. Et comme ce roman, c'est Noël avant l'heure, s'ajoute à ça un style carrément épouvantable, rempli de redondances, de redites et d'explications vaseuses. Je vous donne un exemple pour la route, chers happy few, car je suis d'humeur partageuse :
"C'est peut-être pour ça qu'Eddie Lyle ne m'aime pas, dit Helen qui s'assit en face de Gemma après lui avoir servi du thé. Pour lui ce n'est pas très bien d'être irlandais. (Vous noterez la belle traduction. Y en a certains qui devraient réviser un peu leur petit Harrap's, je dis ça, je dis rien.) C'est un ancien militaire, même si ça ne se voit pas. (sic) Il a servi en Irlande du Nord et il méprise en bloc tous les Irlandais. Ou alors c'est parce que mon mari travaille pour l'entrepreneur. (Elle eut un petit geste circulaire qui englobait la résidence.) Je ne sais pas où il a appris à être aussi snob. Ses parents avaient un magasin de spiritueux dans la vieille ville [...]
Helen North était bavarde, et ses propos dénotaient une certaine malveillance envers Edward Lyle. il avait dû la traiter de haut comprit Gemma." (Non ? On remarquera la grande perspicacité de Gemma, et le talent fou de la romancière. Je suis littéralement bluffée, chers happy few.)
Un roman écrit avec les pieds et roulé sous les aisselles, dont la lecture est, vous l'aurez compris, vivement déconseillée.
Deborah Crombie, Meurtres en copropriété (A share in death), Le Livre de Poche, 318 pages dont la longueur est inversement proportionnelle à la densité, traduit n'importe comment par Anne Crichton, 1993 pour la première édition, 2009 pour la traduction.
Keisha est moins critique.
23:57 Écrit par fashion dans Littérature anglo-saxonne, Polars | Lien permanent | Commentaires (45) | Envoyer cette note | Tags : deborah crombie, meurtres en copropriété, le yorkshire est nettement plus intéressant chez robinson, cet auteur n'avait jamais été traduit, on comprend pourquoi
10.10.2009
"There are some things a man should find out for himself"
Le célèbre chef Stanley Chipotle est décapité sous les yeux effarés de Lula, qui se retrouve poursuivie par les deux Stooges qui ont fait le coup : pas question de laisser derrière eux un témoin capable de les identifier. De son côté, Stephanie, récemment séparée de Morelli, rempile pour Ranger entre deux dossiers : ce dernier est manifestement victime d'un coup monté qui vise à le décrédibiliser aux yeux de sa clientèle. Entre les FTA, Lula et le concours de barbecue, la vie de Stephanie est toujours aussi compliquée...
Il n'est plus utile de présenter Janet Evanovich, chers happy few, auteur entre autres de la série policière consacrée à Stephanie Plum, dont le quinzième volume (eh oui, déjà 15 ans que nous suivons les tribulations cocasses de la plus mauvaise chasseuse de primes de tous les temps, voilà qui ne nous rajeunit pas) est sorti récemment aux Etats-Unis (et dont il ne faut pas attendre de traduction, la parution française étant bloquée au neuvième volume pour des raisons apparemment complexes). Si Finger Lickin' Fifteen suit les recettes des opus précédents (une intrigue principale entrecoupée de tentatives plus ou moins avortées de Stephanie pour arrêter ceux qui ont "oublié" de se rendre au tribunal après que l'Agence de cautions Plum les a fait sortir de prison), je l'ai trouvé plus réussi que les deux précédents et presque aussi drôle qu'Eleven on top, qui est pour moi le meilleur de la série. Le concours de barbecue donne lieu à des scènes incroyables de drôlerie, de même que l'omniprésence de Lula, qui se rend compte dans la même semaine que deux fous furieux veulent la décapiter et qu'elle ne rentre plus dans ses robes. La décision de Stephanie de se séparer de Morelli (et je ne spoile pas, on l'apprend page 2) la rapproche forcément de Ranger, ce qui relance la tension palpable de ce faux triangle amoureux même si nous avons bien compris, lecteurs avisés que nous sommes, que le statu quo risque de durer longtemps. C'est bourré d'humour, un brin farfelu, l'intrigue est enlevée, nos hommes préférés sont à la hauteur de leur réputation et comme chaque année, ça n'a qu'un seul défaut : ça se lit bien trop vite.
Janet Evanovich, Finger Linckin' Fifteen, Headline review, 312 pages, 2009
01:19 Écrit par fashion dans Littérature anglo-saxonne, Polars | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : janet evanovich, finger lickin' fifteen, i'm definitely a rangegirl, et pas que pour son appart et ella
26.08.2009
Fish & Snow
Uppsala, 2001. A quelques jours de Noël, un jogger découvre un cadavre enseveli sous la neige, poignardé à de nombreuses reprises et une main mutilée. La police identifie rapidement le corps : il s'agit de John Jonsson, jadis connu de leurs services sous le nom de Petit-John quand il se livrait à de menus larcins sous la coupe de son frère, Lennart. Mais Petit-John s'était rangé et menait une vie tranquille, aux côtés de sa femme, Berit et de son fils, Justus. Qui a bien pu en vouloir à cet ouvrier soudeur au chômage passionné par les poissons au point de l'assassiner ? La brigade criminelle, dirigée par Ottosson, mène l'enquête, mais Lennart est bien décidé à devancer la police et à se venger...

La princesse du Burundi est le troisième roman policier de Kjell Eriksson publié par Gaïa, après La terre peut bien se fissurer et Cercueil de pierre. On y retrouve les membres de la brigade d'Uppsala, qui ne sont plus menés ici par Ann Lindell, en congé parental, mais par Ola Haver, son collègue. L'un des grands intérêts de ce polar du nord est de mettre en scène une brigade complète et d'accorder presque autant d'importance à tous ses membres, un peu à la façon d'Ed McBain et de son 87ème district (l'un des personnages fait d'ailleurs allusion à l'inspecteur Carella, figure emblématique et charismatique du commissariat d'Isola). On suit donc Haver, Beatrice, Berglund, Fredriksson et les autres, chacun abordant cette enquête à sa manière ce qui permet une fine caractérisation psychologique de ces enquêteurs (Berglund et ses considérations politico-sociales, Ola et ses problèmes de couple, Beatrice et sa douceur...). Ann, de son côté, se sent à l'étroit dans son rôle de mère au foyer célibataire, entre Erik, son bébé né d'une nuit d'ivresse avec un inconnu, et sa mère qui l'insupporte. Elle rêve de renouer avec Edvard, dont elle est toujours amoureuses et de reprendre du service, ce qu'elle fera, à sa manière. Outre des personnages complexes et attachants, Kjell Eriksson tricote une intrigue solide, où des gens a priori ordinaires se révèlent bien plus complexes et secrets qu'ils n'en ont l'air, pour permettre à leurs rêves de prendre corps dans un quotidien sordide. Un très bon polar, couronné par le Prix du roman policier suédois.
Kjell Eriksson, La princesse du Burundi (Prinsessan av Burundi), Gaia, traduit du suédois par Philippe Bouquet, 350 pages, 2002 pour la première parution en Suède, octobre 2009 pour la traduction française.
PS : vous excuserez le visuel un peu flou, limite arty, chers happy few, qui s'explique par l'absence de visuel disponible. Ce roman sort en effet en octobre. Le 7 pour être précise. Oui, parfois, je me sens une âme de coucou suisse, c'est comme ça.
Ce billet est lisible aussi sur le site Chroniques de la rentrée littéraire, auquel j'ai été associée via Guillaume de Babelio. Leur projet, ambitieux et intéressant : réunir des chroniques de blogueurs sur tous les romans de la rentrée littéraire. Pour en savoir plus, c'est ici.
(Voilà pourquoi ce billet paraît si tôt, chers happy few, j'espère juste que vous n'aurez pas oublié ce titre au fond de la LAL quand il sortira enfin.)
Challenge du 1% littéraire officiel (2/7)
08:30 Écrit par fashion dans Challenge du 1% littéraire 2009, Littérature suédoise, Polars | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : kjelle eriksson, la princesse du burundi, il fait froid en suède, oui j'enfonce des portes ouvertes si je veux d'abord, comment appelle-t-on les collectionneurs de poissons ?, un cadeau pour la bonne réponse en commentaire
18.08.2009
Dans les bois

En août 1984, trois pré-ados disparaissent dans les bois de Knocknaree, un petit lotissement dans la banlieue de Dublin. Au bout de plusieurs heures de recherche, on retrouve l'un d'eux, Adam Ryan, catatonique et partiellement amnésique : le jeune garçon ne se souvient de rien et se montre incapable d'expliquer d'où vient le sang qui macule ses chaussures et ses chaussettes. Malgré des semaines de recherches, les deux autres enfants ne seront jamais retrouvés et la police scientifique en étant à ses balbutiements, on n'identifiera jamais le sang qui macule ses pieds.
Plus de vingt ans plus tard, Adam Ryan a changé de prénom : il est devenu l'inspecteur Rob Ryan de la Garda Siochana, la police irlandaise. Il n'a jamais recouvré la mémoire de ces heures volées et a enseveli les douze premières années de sa vie sous un voile opaque. Bon élément, il a gravi les échelons et fait enfin partie de la Brigade criminelle, avec pour partenaire Cassie Maddox, une jeune femme déterminée et sympathique. Un matin, O'Kelly, leur supérieur, leur confie une enquête sur un homicide : on a retrouvé le corps d'une jeune fille de 12 ans sur le chantier de fouilles de Knocknaree, manifestement assassinée. Pour Ryan, cette enquête va prendre des allures de descente aux enfers...
Ah l'excellent polar que voici, chers happy few! L'intrigue, qui mêle habilement fausses pistes crédibles et vrais indices, emmène nos deux inspecteurs, à qui s'adjoint un troisième, Sam O'Neill, dans les méandres de la politique irlandaise (le chantier de fouilles se trouve sur le tracé de la future autoroute) et dans les tréfonds de la psychologie humaine. Le lecteur est baladé dans une intrigue riche et beaucoup plus retorse qu'il n'y paraît au premier abord et dans des rebondissements parfois surprenants. La psychologie des personnages est extrêmement fouillée et passionnante, et le fait que la narration soit prise en charge par Ryan, jeune flic atypique, séduisant et tordu, est pour beaucoup dans la sensation d'originalité qui se dégage de l'ensemble. Nous suivons les errements de ce flic perdu dans son absence de mémoire, terrorisé par ce qui remonte par bribes au point d'en perdre tout bon sens et tout sens de l'observation et ce flou contamine le lecteur au point de penser que rien ne sera jamais résolu (et il faut bien avouer que la fin laisse certains points en suspens). Certains éléments sont parfaitement menés comme les interrogatoires et certaines répliques font mouche. Ajoutons à celà un décor de polar bien glauque en l'omniprésence d'une Irlande très pluvieuse où le ciel est souvent menaçant et changeant et où la forêt est un personnage à part entière, effrayant et fascinant à la fois. Une véritable réussite! Il ne me reste plus qu'à lire la suite, Comme deux gouttes d'eau : ça tombe bien, elle est dans la PAL. (Mais entre nous, qu'est-ce qui n'y est pas, chers happy few, dans cette PAL dantesque ?)
Tana French, Ecorces de sang (In the woods), Points policier, traduit de l'anglais (Irlande) par François Thibaux, 566 pages, première parution 2007, première traduction 2008 sous le titre La mort dans les bois chez Michel Lafon, 2009 pour la présente édition.
Les avis unanimes de Cathulu, Cuné, Gio, Karine, Kathel et Lily.
14:57 Écrit par fashion dans Littérature anglo-saxonne, Polars | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : tana french, écorces de sang, dublin sous la pluie après tokyo, y aurait-il comme une thématique météo dans mes lectures ?
16.08.2009
Not so lost in translation
Louise Morvan est détective privée à Paris. Elle se retrouve chargée par l'évêque Chevry-Toscan d'une mission au Japon : il veut qu'elle comprenne ce que fricote son neveu, Florent, qui lui a demandé une forte somme d'argent. Louise se rend donc à Tokyo, prend contact avec Michael Murat, un flic français, engage une hôtesse de bar, Eve Steiner comme interprète et commence son enquête. Mais entre l'entrée en scène de la pègre locale, d'un homme politique, d'une étrange antiquaire et d'un acteur de rakugo et la découverte des mensonges de l'évêque et d'un meurtre, le séjour tokyoïte de la jeune parisienne se révèle rapidement plus mouvementé que prévu.
Baka! est la première aventure de Louise Morvan, qui a la particularité d'être une femme détective ce qui est rarissime dans la littérature française. "Dure comme le silex et belle comme le marbre", cette femme est aussi téméraire qu'intelligente, et terriblement obstinée. On découvre dans ce premier opus son environnement parisien, le café du canal Saint Martin où elle a ses habitudes, son bureau hérité de son oncle assassiné, son ascendance britannique par sa mère et ses relations un peu compliquées avec les hommes, qui se bousculent dans sa vie et auxquels elle ne s'attache pas. Projetée dans un environnement pour le moins dépaysant, Louise fait preuve d'une belle capacité d'adaptation et de réaction, menant rapidement une enquête qui si elle n'est pas franchement révolutionnaire est ma foi fort agréable à lire, ce qui vient très certainement de la description passionnante d'un Tokyo où se côtoient Love Hotels et temples bouddhistes, où un quartier entier est dédié aux librairies, où il pleut sans arrêt (c'est l'été), où on vole les parapluies de préférence à toute autre chose et où les interrogatoires durent des heures. L'énergie du personnage principal, la description de cette ville totalement étrangère à notre façon de vivre et un style enlevé et plein d'humour font de ce roman une réussite. Louise Morvan est une héroïne qu'on a très envie de suivre : ça tombe bien, ce personnage qui est paraît-il un mélange de Fantômette et d'Agnès Villermosa (ce personnage formidablement interprété par Françoise Dorléac dans L'homme de Rio) a mené au moins cinq enquêtes supplémentaires. Pauvre PAL.
Dominique Sylvain, Baka!, Points policier, 263 pages, publié une première fois en 1995 puis réécrit et republié en 2007 par Viviane Hamy, 2009 pour la présente édition.
Le billet de Virginie qui m'a donné envie de faire un tour à Tokyo (merci encore pour le cadeau!).
20:29 Écrit par fashion dans Littérature française, Polars | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : dominique sylvain, baka, j'ai terriblement envie de m'acheter des bottes de pluie, roses avec des étoiles vertes of course, ah que j'aime l'homme de rio, et jean-paul dans ce film, *soupir*