14.04.2011
Grand amour - Stéphane Carlier
Il y a des romans qui semblent écrits pour nous, happy few que je sais suspendus à mes lèvres, et Grand Amour de Stéphane Carlier (auteur inconnu de moi jusqu'à ce mardi d'avril où nous nous sommes rencontrés par le biais de cette couverture) en est assurément un. Car derrière cette couverture rose se cache un faux roman de chick lit qui joue habilement avec ses codes pour nous proposer une histoire moderne et drôle qui ne peut que ravir la midinette bovarysante qui sommeille en chaque lectrice (ok, en certaines plus qu'en d'autres, je vous l'accorde aisément) (mais que pour aujourd'hui, faut pas pousser non plus).
Agnès a passé la trentaine et si sa vie sentimentale est comparable au désert de Gobi, sa vie fantasmatique est très riche, la faute à son job (elle traduit en série des romans sentimentalo-érotico-soft qui la mettent dans un état pas possible) et à son obsession pour un joueur de rugby d'Aurillac, Fabien Castan, découvert sur un fameux calendrier. Un soir, elle rencontre lors d'une soirée Colette, une femme pleine de sagesse, qui la pousse à vivre pleinement ses rêves et à partir à la rencontre de Fabien. Voilà notre Agnès remontée à bloc et bien décidée à aller respirer le même air que cet homme so viril, so sexy et so poilu (mais moins que Chabal, hein, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit). Sauf que ce qui avait l'air d'être l'idée du siècle à Paris devant une coupe de champagne s'avère un poil ridicule devant le stade d'Aurillac. Mais aidée par PM, un vieux coiffeur gay et par le destin, Agnès va rencontrer Fabien...
Vous l'aurez compris, délicieux happy few, Agnès est ma cousine (pas si) éloignée et tout le talent de Stéphane Carlier est d'exploiter une caractéristique féminine assez répandue (que celles qui n'ont jamais bovarysé sur un homme célèbre et bien vivant osent se dénoncer dans les commentaires) et de s'en servir pour bâtir une intrigue ma foi joliment troussée, parsemée de situations drôlatiques (la scène des vestiaires est un grand moment) et traversée de très jolis personnages. Quand on sait en plus que Stéphane Carlier imagine en partie Fabien sous les traits de Sam Worthington, il ne faut pas se priver de cette très sympathique lecture, idéale pour se mettre à l'unisson des beaux jours qui débutent.
Stéphane Carlier, Grand Amour, Le cherche-midi, 2011
Les billets de Cuné, Stéphie
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23.03.2011
"Kant ? Bof, un type qui est mort puceau..."
Quand le colis de L'Express contenant la sélection du mois de mars pour le Prix des Lecteurs est arrivé, happy few de mon coeur angora, j'ai soupiré : après m'avoir infligé la lecture du dernier Angot, voilà-t-y pas qu'ils s'étaient mis en tête de me faire lire le dernier Jardin, qui est certainement un gentil garçon, hein, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais c'est aussi le roi des mièvreries (et ses conseils sur l'inénarrable site Fanfan 2 font de lui un danger public : soyez fou, chers happy few, et appliquez une de ses recettes, comme ça, pour le fun, vous verrez que si vous ne passez pas pour un idiot auprès de votre dulcinée, il y a de fortes chances que vous vous retrouviez au commissariat). Bref. J'ai donc évacué cette lecture en premier, c'est du Jardin, aucun intérêt, ça se lit vite, ça s'oublie aussi sec. Et puis, confiante, j'ai baissé ma garde et j'ai attaqué

Du pur amour et du saut à l'élastique de Frédéric Pagès.
Oh. Mon. Dieu.
Je pense qu'il y a une cabale contre moi, je ne vois que ça.
(Je vous jure que si dans la prochaine sélection, il y a le dernier Réjault, je me suicide par ingestion de fraises tagada dans les bureaux de L'Express.)
D'après la quatrième de couverture, il s'agit d'un "roman farcesque, ubuesque et picaresque", ce qui aurait évidemment dû me mettre la puce à l'oreille (l'expérience prouve que plus les références sont prestigieuses, moins elles sont méritées, ça se vérifie à tous les coups). Du pur amour et du saut à l'élastique n'est en effet rien de tout cela (faut arrêter le Nutella, les gars, c'est manifestement un hallucinogène puissant) : c'est un vaste foutoir lourdingue à l'humour indigeste. Construit comme un road-movie, ce roman s'attache aux pas de Max de Kool, qui tente pour la cinquième fois de décrocher l'agrégation de philosophie (ne nous étonnons pas qu'il ne l'ait jamais eue, lui qui ne sait même pas ce qu'est un palindrome, comme nous l'apprend une édifiante conversation avec un vigile). Après une brève liaison avec un mannequin des jambes qui veut l'éloigner du chemin de la réflexion (toujours se méfier des belles femmes, chers happy few, la preuve), Max a une épiphanie, abandonne les études et monte dans le premier bus qui passe. Il va alors de rencontre en rencontre, chaque personnage croisé apportant sa pierre à... quoi ? Je serais bien en peine de répondre à cette épineuse question, tant je suis sortie exténuée de ce roman qui accumule les jeux de mots indigents (" 'L'homme de ma vie...' Max ne peut s'empêcher de penser : '...et le vit de mon homme.' " n'en est qu'un exemple parmi des dizaines d'autres) (ah, celui-ci est excellent aussi : "J'ai fait des études supérieures de gigolo. Gigol' Sup', ça s'appelle chez nous...", je ne sais pas vous, chers happy few mais j'en pleure de rire, non, pas vous, vraiment ? étonnant), les situations téléphonées (les étudiants de l'école de commerce ont failli avoir raison de ma patience déjà bien mise à mal par la fliquette philosophe et la rescapée du télésiège), l'onomastique appuyée (Blandine offre à Max un très beau stylo, un ... Annapurna (admirons, chers happy few, quel talent, hu hu), elle tente de le faire travailler pour un homme creux habilement nommé Karlo Pipo et au cas où la lectrice peu perspicace n'aurait pas suivi (n'oublions pas qu'elle vient de s'enfiler la lecture du dernier Jardin, ça laisse des traces), Max trouve bon de préciser que "cette nouvelle vie n'est que pipeau, comme Karlo Pipo le bien nommé", oh la la, je n'avais pas compris toute seule, merci Saint Frédéric de participer à mon illumination), les redondances (que celui qui n'a pas retenu la phrase de Kant sur le sublime aille immédiatement prendre ses cachets pour la mémoire) et, cerise sur le gâteau, la subtile auto-référence (on croise un personnage nommé Botul, on ne sait jamais, des fois que le lecteur, charmé par ce style inimitable ait envie de lire ce que Pagès a commis avant). Malgré sa brièveté (200 pages trèèèès aérées), Du pur amour et du saut à l'élastique est un pensum de la plus belle eau, chers happy few.
Frédéric Pagès, Du pur amour et du saut à l'élastique, Libella-Maren Sell, 206 pages, 2011
06:14 Écrit par fashion dans Les contournables, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note | Tags : why me ?, non mais franchement why me ?, heureusement dans le colis il y avait un vrai bon roman, thank god for small favors
11.02.2011
Les Petits - Christine Angot
(oui, je sais, me connaissant, fidèles happy few, vous frémissez) (et vous avez raison)
Jadis, dans la liste des auteurs-que-jamais-je-ne-relirai-même-si-pour-cela-je-dois-renoncer-pour-toujours-au-caffe-latte-vanille-du-starbucks, figuraient pêle-mêle des auteurs à mèche, des auteurs à frime, des auteurs à chemise ouverte, des auteurs à best sellers, que j'avais, dans un moment d'égarement, critiqués publiquement. Eh bien, j'ai été punie par où j'avais péché, chers happy few, car le destin vengeur, en la personne du Prix des lecteurs de L'Express m'a envoyé un roman qui fait passer Beigbeder pour le digne successeur de Proust et qui me ferait presque dire que Réjault mérite le Goncourt :

Les Petits de Christine Angot, qui s'est révélé être la lecture la plus éprouvante de ces dernières années, parce que j'ai dû, par conscience professionnelle le lire jusqu'au bout, ce qui, croyez-moi, m'a terriblement coûté. Non pas en raison de l'histoire, qui n'est finalement ni plus banale ni plus emplie de clichés que le tout-venant de la littérature française contemporaine qui a les honneurs de la presse, mais à cause du style, illisible.
Mais avant d'entrer dans le détail, impatients happy few, pitchons, parce qu'on ne sait jamais, vous pourriez être noyés dans la profondeur et la densité de l'histoire. Billy et Hélène se rencontrent, s'aiment, prennent un appartement, font des enfants mais Hélène est une salope caractérielle qui cherche par tous les moyens à faire sortir Billy de sa vie et à garder les enfants. Ce qui aurait pu donner matière à un bon roman (après tout, même si le thème est bien rebattu, la toute puissance féminine et maternelle est un sujet intéressant s'il est bien traité) est déjà mis à mal par le rajout du thème du métissage (Billy est antillais) au service d'une bien-pensance très maladroite, le portrait à charge étant uniquement réservé à Hélène (ce qui n'est pas étonnant puisqu'on découvre aux trois quarts du roman que la narratrice est la nouvelle compagne de Billy)*, ce qui dilue un propos qui, croyez-moi, n'avait pas besoin de ça.
Jetons un voile pudique sur les incohérences narratives, preuve manifeste que chez Flammarion on a oublié ce que signifiait le terme "éditer" (p. 11 Hélène prend un appartement à Belleville, p. 14 l'appart' s'est déplacé tout seul comme un grand à Montparnasse, notre couple obtient un appartement de l'OPAC en trois jours, on change les couches d'enfants qui vont déjà à l'école, le temps ne s'écoule pas de la même manière que pour nous autres pauvres mortels (en un an, les personnages font des choses qui devraient en prendre au moins deux) : en fait je pense que ce roman est une uchronie, je ne vois que ça), et concentrons-nous sur ce qui fait tout le sel de ce roman, son style inimitable.
Dans Les Petits (et je me cantonne volontairement à ce titre, n'en ayant pas lu d'autres auparavant) (je ne connaissais pas mon bonheur), Angot multiplie les tics d'écriture, au premier rang desquels la parataxe. Fi des connecteurs temporels ou logiques, enfin voyons, c'est sooo yesterday, non, moi Madame je n'ai qu'une amie, la virgule, qu'un amant, le point. (En même temps, comme les conjonctions de coordination sont systématiquement employés à contresens (ce qui fait chic je suppose), il vaut peut-être mieux qu'elle s'en tienne effectivement à la virgule.) Ce qui donne ce que les critiques littéraires appellent avec des trémolos dans le clavier "la syncope durassienne" (excusez-moi, je vais rire deux minutes et je reviens) et qui entrave terriblement la lecture de la lectrice lambda. Pour que vous saisissiez toute l'ineffable beauté de la chose, je ne résiste pas à la tentation de la citation :
"Elle fait très attention à son corps. Elle est très attentive à l'hygiène. Quand les enfants sortent des toilettes, ils entendent "lave-toi les mains" la chasse d'eau à peine tirée. Elle s'épile entièrement. Elle choisit soigneusement les produits qu'elle utilise pour le corps. Elle regarde la fabrication, les composants. Elle s'épile même le pubis. Elle prétend qu'elle est plus à l'aise. Elle le fait elle-même, elle a un rasoir, elle achète de la cire. Elle n'aime pas les poils, elle aime sa peau glabre. Elle allaite ses enfants."
Le fameux style Angot dont on nous rebat les oreilles, c'est donc ça, sur 187 pages (et dans les dernières, elle a découvert le point de suspension comme marqueur du stream of consciousness, c'est juste à hurler de rire) (ou à pleurer, oui, aussi, un peu). Moi je dis qu'un style pareil devrait être interdit par la Convention de Genève. (Et je ne vous parle même pas des phrases qui sont carrément syntaxiquement incorrectes, comme "Hélène dit, mais pas comme ça tout de suite quand il arrive, elle sait qu'il n'est pas d'accord avec leur bouddhisme, qu'il n'est pas ravi que la voisine soit assise là confortablement, il ne le cache pas, il ne la calcule pas, il regarde les factures qui sont au courrier, il embrasse les enfants, ils sont en désaccord total sur ces questions, il a dit à Clara qu'il allait partir un jour, il n'a pas encore découvert que la Kyokaï est une secte, il a des soupçons." : celui qui trouve ce que dit Hélène gagne un paquet de fraises tagadas, joueurs happy few) (non, je ne vous demande pas de rétablir la syntaxe, il y a trop de boulot).
Deuxième tic, la redondance. Les synonymes, c'est manifestement over has been. Regardez dans le premier extrait cité (et pris au hasard, tout est de la même eau) : attention/attentive ; s'épile/s'épile/poils. Les critiques ont trouvé un magnifique adjectif pour caractériser cette lourdeur lexicale : c'est "incantatoire". Toutafaitement. D'ailleurs, quand un élève me rend une copie de ce style, j'écris dans la marge "incantatoire" et pas du tout "vocabulaire pauvre et redondant, achète-toi un dictionnaire d'urgence". Et cette redondance stylistique est reprise par la redondance du contenu : vous voyez comme le sujet du poil revient alors qu'elle semblait être passée à autre chose, et je ne peux pas vous dire pas combien j'ai relevé d'occurrences de cette histoire d'hygiène des mains dans le roman parce que j'ai arrêté de compter à la sixième.
Enfin, troisième et dernier tic d'écriture : le psychologie de la liste de courses. Chez Angot le personnage n'est pas incarné, il ne vit que parce qu'elle énumère ce qu'il est, ce qui donne ces interminables : "Il aime Paris. Elle mange bio. Ils sont végétariens. Ils ont un point commun." Autant vous dire que tout cela conjugué ad nauseam, c'est avec un profond sentiment de soulagement que j'ai refermé cet interminable roman dont je n'infligerai même pas la lecture à mon pire ennemi, ce qui n'est pas peu dire, chers happy few.
Christine Angot, Les Petits, Flammarion, 187 pages, 2011
*J'ai découvert que ce serait Angot elle-même. Ne voulant pas entrer dans le vaste débat oeuvre/vie de l'auteur, je me contente de vous renvoyer à l'article du Nouvel Obs sur la très discutable "méthode Angot".
Petite information qui n'a que peu de rapport mais je suis une persifleuse, tout le monde le sait : les chiffres de vente de la réédition de Léonore, toujours avaient, un mois après sa sortie, atteint le chiffre faramineux de 100 exemplaires (source). Depuis, ses amis les critiques se sont peut-être mobilisés... Ah, non, c'est vrai, ils n'achètent pas de livres, eux.
12:12 Écrit par fashion dans Les contournables, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (60) | Envoyer cette note | Tags : j'éhsite à mettre ça dans la catégorie, littérature française, on est way beyond la littérature là quand même, mais comment cet auteur peut-il être publié ?, on abat des arbres pour cette prose, ça fait mal au coeur
21.01.2011
b.a.-ba, la vie sans savoir lire - Bertrand Guillot
Il y a trois ans, Bertrand Guillot, écrivain (souvenez-vous de Hors jeu, chers happy few), décide de donner bénévolement des cours d'alphabétisation dans le 19ème arrondissement de Paris. Il est plein de bonne volonté mais il découvre vite une réalité difficile : non seulement on le plonge dans le grand bain sans aucune préparation (après tout, quand on sait lire, on sait apprendre aux autres à lire, non ?) (une telle pensée n'est guère éloignée des inepties de nos ministres successifs qui pensent sincèrement que puisque tout le monde parle français tout le monde peut l'enseigner, mais point ne digresserai ni ne m'énerverai de bon matin), mais en plus les adultes qui viennent à ses cours connaissent pour la plupart une vie chaotique. Au bout d'un an passé à leurs côtés, Guillot décide de témoigner et de leur rendre hommage en écrivant un ouvrage sur eux, pour eux.
Ce sera b.a-ba, la vie sans savoir lire, récit d'une expérience qui se lit comme un roman et dont la construction et le fond, excellents tous deux m'ont tenue en haleine (j'ai lu ce "roman vrai" pour reprendre l'expression de Guillot dans son avant-propos, d'une traite, alors que je l'avais commencé un soir très tard). Au départ, un constat assez effarant : en France, plus de trois millions de personnes sont illettrées, ce qui représente 9% de la population de 18 à 65 ans ayant été scolarisée ici. Ces gens, nous les croisons tous les jours ; c'est cet homme qui a l'adresse de la clinique écrite sur un bout de papier et qui vous demande son chemin alors qu'il est déjà dans la bonne rue, c'est cette femme qui vous arrête dans le métro parce qu'elle a "oublié ses lunettes" et qu'elle ne sait pas où prendre sa correspondance, ce sont tous ceux qui sont perdus face à tout ce qui fait notre quotidien : factures, contrats, affiches, adresses... tous ceux pour qui l'écrit est un monde indéchiffrable et donc hostile. En alternance avec le récit des cours, qui se révèlent évidemment beaucoup plus ardus que ce qu'on veut bien faire croire à Bertrand Guillot (quand je pense qu'il a commencé sans méthode, sans manuel, sans conseil d'aucune sorte, il faut vraiment avoir le bénévolat bien accroché), b.a-ba dresse avec beaucoup de pudeur et de délicatesse le portrait de ceux qui ont un jour poussé la porte de l'Association pour apprendre à lire. Parfois sans papiers (un sujet dont on ne parle pas vraiment, et pour cause), souvent au chômage ou maintenus dans des petits boulots fatiguants ou peu valorisants, voire exploités, ces hommes et ces femmes nous deviennent infiniment proches : on s'émeut de ce que l'on devine, on espère que leurs vies vont s'arranger, on suit leurs progrès et leur découragement, on a un pincement au coeur pour ceux qui arrêtent, qui disparaissent, ceux qui ne réussissent pas... Pas de misérabilisme, pas de grandiloquence ni d'effets de manches, pas de dénonciation à l'emporte pièce dans cet ouvrage, mais la vie, la vraie, et la description d'une misère sociale qu'il serait enfin temps de regarder en face. b.a-ba, la vie sans savoir lire est un récit à lire de toute urgence, chers happy few.
Bertrand Guillot, b.a-ba, la vie sans savoir lire, Editions rue fromentin, 2011, 221 pages
09:00 Écrit par fashion dans Essais, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : illettrisme, alphabétisation, lecture, les misérables, victor hugo mon héros, on en est hélas encore là, deux siècles après
06.01.2011
Azilis - L'épée de la liberté
Azilis est une jeune gauloise riche qui vit à la frontière de l'Armorique. Sa vie change radicalement le jour où son père meurt : Marcus, son demi-frère, n'entend pas lui laisser l'indulgente liberté dont elle bénéficiait et il a prévu de la marier au répugnant et pervers Lucius. Azilis, qui n'en a toujours fait qu'à sa tête, décide de prendre la fuite sur les talons de son beau cousin, Aneurin, qui a décidé de se rendre en Bretagne (comprendre la Grande-Bretagne) pour porter au roi Aurelius Ambrosius une épée magique qui lui permettra de combattre l'envahisseur saxon. Mais le voyage ne se déroule pas tout à fait comme la jeune fille l'espérait.
J'ai entamé la lecture de L'épée de la liberté vierge de tout spoiler, délicieux happy few, parce que je ne me souvenais pas de la teneur des billets lus sur ce roman qui est un coup de coeur blogosphérique, pas moins (oui, parfois j'ai une mémoire de poisson rouge et ce n'est pourtant pas faute de manger du phosphore) (oui, chez moi, le mercredi, c'est sushi) et en fait, ça n'aurait rien changé parce que j'ai très exactement compris vers quoi se dirigeait l'innocente lectrice que je suis (ne persiflez pas, sarcastiques happy few)... page 37, ce qui est un peu tôt pour bénéficier du fameux effet de surprise dont parlent certaines blogueuses. Bast! me suis-je dit, ce n'est pas parce que tu es victime de ton fameux syndrome (celui qui ne me laisse jamais à la merci du moindre twist ou de la moindre surprise, c'est une tare génétique) que tu ne peux pas prendre plaisir à lire ce roman. Et j'ai effectivement bien aimé le tome 1 de cette trilogie : l'intrigue est bien construite et les rebondissements s'enchaînent correctement (même si la succession de très courts chapitres sent parfois l'artifice), mais je l'ai trouvé clairement jeunesse, et dans le propos comme dans l'écriture, ne parvenant jamais à me passionner vraiment pour ce que je voyais venir gros comme une maison. Il n'en demeure pas moins que c'est un bon roman jeunesse, qui plaira à mon avis beaucoup aux jeunes ados (dès 11 ans). De mon côté, ayant une idée très précise de ce qui va advenir, je ne suis pas certaine de lire le tome 2, à moins qu'il ne croise fortuitement mon chemin, ce qui, dans le monde enchanté des LCA est toujours possible.
Valérie Guinot, Azilis, L'épée de la liberté, Rageot, 426 pages, 2007
Un grand merci à Karine, qui l'avait mis dans le dernier colis du swap au long cours!
Les billets, très enthousiastes de Karine, Bladelor, Pimpi, Leiloona et Alwenn. Un avis un peu plus mesuré chez Cécile, qui a aimé le roman mais pas l'héroïne.
06:00 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : bon allez, vous m'avez eue à l'usure, je tague pour ne rien dire, sinon que je n'ai pas vu colin hier, au grand journal, parce que canal n'est plus en clair, sur ma télé
01.12.2010
Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet - Antoine Bello
Achille Dunot, policier à la retraite, souffre d'une amnésie bien particulière depuis qu'il a reçu sur la tête une bibliothèque pleine de polars : il n'a plus de mémoire immédiate, il faut lui raconter tous les jours ce qu'il a fait la veille. Un de ses anciens collègues, Henri Gisquet, chef de la police, vient lui demander une faveur : l'aider dans l'enquête sur la disparition d'Emilie Brunet, une jeune femme disparue en même temps que son amant, Stéphane Roget. Tout semble accuser le mari, Claude, neurologue de génie. Un duel s'engage entre Achille et Claude.
Voilà un court roman parfaitement jouissif, chers happy few, dont je vais essayer de parler sans spoiler (si, si, je peux le faire, je vous le promets). Nourrie par l'oeuvre d'Agatha Christie (que j'ai pour ma part lue dans son intégralité ce qui je pense rajoute au fort plaisir de lecture ressenti à suivre les raisonnements d'Achille, dont le prénom est, comme celui du détective belge, mythologique et programmatique (Achille avait un défaut dans la cuirasse) et dont le nom est le reflet de son état d'esprit (Dunot pour moi renvoie à la forme anglaise contractée "Dunno" qui signifie "don't know"), ne dites pas que je capillotracte, c'est si peu dans ma manière), cette Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet est originale tant dans sa forme (Achille tient un cahier qu'il relit tous les matins, dans lequel il retranscrit les interrogatoires et ses interrogations) que dans le fond (l'enquête tourne vite à l'affrontement entre les deux hommes, l'enquêteur et le suspect). L'amnésie de Dunot permet tout de suite la mise en place d'un cadre sujet à caution, puisque lui-même redécouvre tous les jours ce qu'il a écrit la veille et interroge ses propres écrits (pourquoi a-t-il noté cela et pas autre chose, pourquoi a-t-il cru bon de rayer certaines informations, pourquoi a-t-il manifestement omis telle ou telle chose), et le lecteur, contraint de suivre ses traces scripturales cherche à percer le mystère avec les informations forcément faussées et partiales dont il dispose. C'est un véritable jeu de piste que je me suis pour ma part régalée à suivre, chers happy few et je ne vous livrerai pas le résultat de mes réflexions, chacun étant libre d'interpréter l'histoire à sa manière (même si à mon avis il n'y a qu'une solution possible). Une première rencontre très réussie avec Antoine Bello, dont je vais m'empresser de lire les premiers romans!
Antoine Bello, Enquête sur la disparition d'Emile Brunet, Gallimard, 252 pages, 2010
Un billet chez Cuné, la vile tentatrice (as usual) : si vous lisez le spoiler caché en fin de son article vous aurez le résultat de ma réflexion et chez Emeraude.
12:11 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : la situation d'achille me rappelle ce film, avec drew barrymore, qui est over affreux, où tous les matins, elle regarde la vidéo concoctée par son mari, elle ne reconnaît pas ses enfants, j'ai pleuré des litres de larmes, je suis so facile comme spectatrice
24.11.2010
What's in a voice ?
Parce qu'on ne reçoit pas (et c'est tant mieux) que des propositions étranges (non, je ne veux toujours pas participer à un concours de recettes de cuisine ni profiter d'une invitation pour le salon du modélisme moldave), chers happy few, la maison d'édition de livres audio Audiolib, a proposé à un grand nombre de blogueurs de recevoir un de leurs romans, librement choisi dans leur catalogue. Comme je suis une récente convertie aux livres audio anglais (pour des raisons évidemment uniquement pédagogiques), j'ai sauté sur l'occasion, curieuse de voir ce que pouvait m'apporter l'écoute d'un roman en français (encore un effet de ma légendaire curiosité scientifique, celle que le monde entier m'envie). J'ai donc choisi dans leur catalogue (que j'ai trouvé assez conséquent, d'ailleurs)
trois textes de jeunesse de Marcel Proust, L'Indifférent, Souvenir et Avant la nuit, lus par André Dussollier.
Mon choix était motivé par l'auteur (j'ai un penchant pervers pour les auteurs classiques, ce que tout le monde sait), la longueur (45 mn pour 3 nouvelles) (contrairement à d'autres qui écoutent les livres audio en repassant, je suis une adepte du mp3 dans le métro et j'aime donc les lectures courtes histoire d'éviter de trop les fractionner), et par André Dussollier. J'aime sa voix (condition sine qua non pour écouter quelqu'un me faire la lecture) et je trouve très intéressant d'écouter des comédiens lire, parce qu'ils habitent me semble-t-il mieux le texte que des lecteurs lambda.
Et mon choix s'est révélé totalement judicieux.
L'Indifférent (1896) est une courte nouvelle (24 mn de lecture) qui narre avec comme toujours chez Proust une grande finesse psychologique, les affres dans lesquels se débat Madeleine de Gouvres, une jeune, jolie et riche veuve parisienne qui tombe amoureuse d'un homme qui ne l'aime pas. La cristallisation, les émois, les atermoiements, les humiliations, les ruses de la jeune femme qui se résignera finalement, ayant percé le secret de ce bel indifférent, à un remariage de raison, sont merveilleusement décrites (on trouve en germe dans cette nouvelle tout ce qui fera Un amour de Swann). Souvenir (5 mn de lecture environ) est une histoire contruite autour de la mémoire olfactive (thème éminemment proustien lui aussi), et Avant la nuit (15 mn) met en scène la révélation d'un secret, celui confié au narrateur par une de ses amies qui se meurt. J'ai trouvé ces trois nouvelles excellentes, et la lecture de Dussollier est parfaite. Dans sa bouche, la prose proustienne est charnelle et délicieuse ; il semble se couler naturellement dans le rythme des phrases et il joue les dialogues, donnant ainsi une voix à chacun des personnages. Je suis totalement conquise, chers happy few.
A noter que les textes sont disponibles aux éditions 1001 nuits.
14:46 Écrit par fashion dans Littérature française, Révisons nos classiques | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : le cast de glee est en tournée en europe en juin, information capitale qui a créé chez moi un couinement ininterro, que je vous fais ici histoire que vous participiez à ma joie, hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii