25.05.2010
"S'il voulait faire de moi son esclave sexuelle...
... il n'aurait qu'à m'offrir des exemplaires de lancement de ses livres." (Etre fan d'un auteur peut vous pousser à certaines extrémités. En même temps, quand c'est un succube qui fait ce genre de propositions, ça permet de relativiser.)
Georgina Kincaid est une jeune femme très occupée : succube depuis des siècles, elle est actuellement en poste à Seattle, sous les ordres de l'Archidémon Jerome. Pour s'occuper, elle est directrice adjointe à l'Emerald City Books & Cafe, une grande librairie. C'est que pour un succube, Georgie est étonnamment humaine et son occupation préférée est la lecture, surtout les romans policiers de Seth Mortensen dont elle ne lit jamais plus de cinq pages par jour pour faire durer le plaisir. Mais la vie routinière de Georgie est mise à mal par le meurtre de Duane, un vampire mal embouché avec qui elle a eu de nombreuses fois maille à partir. Et voilà que d'autres immortels sont agressés ou liquidés. Contrevenant aux ordres exprès de Jerome et de Carter, l'ange caustique, Georgie se lance dans l'enquête.
Succubus blues, premier volume d'une série qui compte actuellement trois volumes, est un roman de bit-lit bourré de qualités, chers happy few, au premier rang desquels une galerie de personnages attachants et drôles. J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre l'histoire de Georgie, dont on découvre le passé par petites touches (quand et pourquoi elle a passé un pacte avec le diable, enfin, avec un démon, puis avec Lilith), personnage finalement bien peu démoniaque, même si sa principale activité consiste à collecter des âmes masculines en échange de faveurs sexuelles, qui lui donnent son énergie vitale. Son activité l'a conduite à une grande solitude affective (si elle couche avec un mortel, elle lui vole quelques années de sa vie) et elle menait sa vie comme elle le pouvait, entre deux contrats et deux soirées pizza avec ses potes Hugh (démon reconverti dans la chirurgie plastique), Peter et Cody (vampires peu sexy) ou encore Doug (son collègue bien humain, libraire et chanteur dans un groupe de rock) quand tout a basculé suite à l'irruption de deux intéressants specimen masculins : Seth Mortensen, l'auteur introverti et taciturne et Roman, le prof de linguistique chaud comme la braise. Entre ça et l'enquête, qui révèle des choses insoupçonnées sur le passé de Jerome et la personnalité de Carter, Georgie ne sait plus où donner de la tête, et on la comprend, la pauvrette. Femme de tête dans un corps de rêve qu'elle peut modifier à sa guise (un des avantages du métier), dotée d'une langue vive et acérée et d'une capacité de réaction à toute épreuve, Georgie est un personnage extrêmement sympathique, qui arrive à concilier son appartenance au côté obscur avec une humanité qui ne l'a jamais quittée. L'intrigue, sans être révolutionnaire, est bien ficelée, les répliques font mouche, les personnages sont bien caractérisés (j'ai un gros faible pour Seth, l'auteur cultivé et pince sans rire) : dans le genre, c'est une réussite, chers happy few.
Richelle Mead, Succubus Blues, Bragelonne, traduit de l'anglais par Benoît Domis, 370 pages, 2009 pour la traduction française, 2007 pour la première parution en VO.
06:00 Écrit par fashion dans Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
20.04.2010
Good morning, Your Stakeness
Londres, au XIXème siècle. (C'est peu précis, mais comme ça pas de souci avec la mode et les moeurs, on peut raconter ce qu'on veut, oui elle est maligne cette Colleen Gleason.) Victoria Grantworth, 19 ans, fait ses débuts dans le monde avec deux ans de retard, parce qu'elle a successivement porté le deuil de son père puis de son grand-père. Mais la saison des bals coïncide avec son Appel : elle est l'Elue, une tueuse de vampires issue d'une longue lignée de chasseurs, la famille Gardella. Victoria accepte volontiers cette tâche, grisée par le pouvoir et la liberté que son nouveau statut lui confère, et tombe simultanément amoureuse du beau Philip Rockley, marquis de Lacy. Elle va vite apprendre à ses dépens que la vie de tueuse a du mal à cohabiter avec celle de marquise...
Voilà typiquement le genre de lectures dont j'avais un pressant besoin ces derniers jours, chers happy few (oui, c'est comme les envies de chocolat, ça ne se commande pas ces choses-là) : The rest falls away (ce titre est poétique comme une chanson de Christophe Maé), premier volume de The Gardella Vampire Chronicles, propose une situation de départ téléphonée (que celui qui n'a pas pensé à une certaine blondinette californienne me jette le premier pieu, mais propre s'il vous plaît, il y a des limites à ce que je peux supporter), des personnages tellement clichés qu'ils en deviennent attachants, comme des pantoufles confortables (on sait à l'avance comment ils vont réagir ce qui est très reposant, de la têtue Victoria qui ne peut apprendre que de ses propres erreurs au séduisant Sebastian, le Français à l'allure angélique et au regard diaboliquement séduisant en passant par Rockley, espèce de Darcy du pauvre, sans oublier Max, le tueur, enfin, le Venator (c'est comme ça qu'ils s'appellent ici, faut bien innover un peu et il paraît que Slayer et Hunter étaient déjà pris) aussi séduisant qu'un vampire et aussi mystérieux que... ben un homme mystérieux, quoi) et une intrigue qui déroule ses rebondissements sans temps mort et sans réelle surprise non plus mais en ne reculant finalement pas devant un peu de prise de risque, certains personnages étant fort malmenés. Je me suis laissée embarquer dans cette histoire sans bouder mon plaisir (d'autant que certaines situations sont plutôt drôles), même si la fin et le face à face avec Lilith, reine des vampires, m'ont un peu laissée sur ma faim, ou sur ma soif, devrais-je dire pour rester dans la thématique vampiresque, Victoria se retrouvant victorieuse (mais avec un prénom pareil, rien d'étonnant) de manière un peu abrupte. Colleen Gleason n'apporte pas grand-chose au mythe, excepté son explication initiale : les vampires sont les descendants de Judas Iscariote, damné par Lucifer qui, après son suicide, en a fait le premier vampire. Mouais bof, rien de bien excitant de ce côté-là, donc.

J'ai continué sur ma lancée et j'ai lu dans la foulée le deuxième volume : Rises the night (Colleen n'est décidément pas très douée pour les titres, on est d'accord.) Un an après le tragique événement (si, si, tragique, j'ai même poussé un gracieux "what the f***" en lisant les dernières pages, car parfois le glamour m'abandonne, chers happy few) qui clôt The rest falls away, Victoria apprend que Nedas, le fils de Lilith, a décidé, grâce à un artefact magique, d'ouvrir les portes de l'enfer et de prendre le contrôle de la terre. Outre le fait que ce n'est déjà pas bien original en soi (à croire que la mégalomanie est livrée en option sur tous les monstres que l'imagination humaine a créés), cette histoire est exactement le décalque de l'histoire du précédent volume : Colleen Gleason a remplacé Lilith par Nedas, un livre magique par une espèce d'obélisque (mais de petite taille, hein) et Londres par Rome. Et pourtant, chers happy few, je dois bien avouer que malgré des rebondissements pas toujours nécessaires (notamment tout le passage à Venise), je me suis encore prise au jeu de cette lecture, certainement une fois de plus à cause des personnages masculins, Sebastian et Max, qui méritaient parfaitement leur présence dans le colis du Swap Sexy Men 2. Ils sont beaux comme des stéréotypes (oui, je suis une lectrice facile), chacun d'eux totalement "typé" et donc totalement prévisible (Sebastian est le "bad boy" à l'accent so sexy, pensez-donc il est français le bougre, dont Victoria ne sait jamais si elle doit le gifler ou l'embrasser, c'est ce que j'appelle le syndrome Rhett Butler et Max est l'homme sombre, celui qui demeure une énigme pour Victoria (mais c'est parce qu'elle est un peu cruche quand il s'agit de décrypter les comportements masculins, elle n'a pas lu Les hommes viennent de Mars manifestement), celui qui prend les décisions difficiles et les assume jusqu'au bout, parce que c'est un homme, un vrai, la preuve il est tatoué et piercé) et ils ont fait battre mon petit coeur de lectrice qui comme chacun le sait est parfois tout mou. Malgré les titres gnangnan et les couvertures épouvantables (et qui ne sont finalement pas vraiment le reflet de ce que ces bouquins contiennent), je vais acheter les volumes suivants, tiens. Ne dites rien, chers happy few, je sais que je suis prévisible, moi aussi. Mais que ne ferait-on pas pour faire plaisir à son petit coeur tout mou, je vous le demande.
Colleen Gleason, The Gardella Vampire Chronicles, tome 1 : The rest falls away, 2007, 445 pages ; tome 2 : Rises the night, 2007 aussi, 442 pages, a&b
Un grand merci à Caro[line], qui sur les conseils de Karine (dont le billet sur le tome 1 est ici et la couverture de son édition est plus réussie, car plus représentative), a glissé ces specimen masculins dans mon colis du Swap Sexy Men 2!
Challenge Lire en V.O
14 et 15
(Oui, on peut dire que c'est un challenge qui me tient à coeur, chers happy few. Qui l'eût cru ?)
16:36 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : colleen gleason, the gardella vampire chronicles, encore des vampires je sais, j'avais pourtant dit vouloir me sevrer, mais je suis faible hélas
16.03.2010
Viens là que je te mange

Mary vit dans un village entouré par une clôture, que les Gardiens ont pour mission de maintenir en parfait état afin d'empêcher les Damnés d'entrer et d'infecter tous les habitants. Elle a perdu ses parents, infectés tous les deux, son frère la rejette et aucun garçon de sa maigre classe d'âge ne l'a demandée en mariage ; il ne lui reste comme seul refuge que la Congrégation des Soeurs. Mais la curiosité de Mary lui fait poser bien trop de questions : pourquoi la Cathédrale est-elle construite sur des souterrains qui mènent dans la Forêt ? Quel secret dissimulent les Soeurs ? Et surtout, qui est l'Etrangère, celle qui est arrivée par un chemin qui semble pourtant ne mener nulle part ?
Oui, je sais que vous vous dites que j'ai de bien étranges lectures en ce moment chers happy few et qu'après les vampires, vous infliger des zombies, c'est un peu discutable, limite morbide, et est-ce que j'aurais besoin de consulter par hasard ? Pour vous dire la vérité toute nue (car elle aime à être dévoilée la bougresse), les morts-vivants à la peau qui pend et aux os qui saillent (au propre, oui, oui, oui, pas au figuré, j'en vois qui font "eeewww" au fond de la classe, ce sont ceux qui n'ont manifestement jamais vu Thriller), ce n'est pas vraiment ce que je préfère dans le cinéma fantastique et j'ai comme l'impression que la littérature ne s'est jamais vraiment intéressée à eux (en même temps, un zombie qui perd ses doigts, c'est nettement moins glamour qu'un vampire qui scintille au soleil, je dis ça, je dis rien). Bref. Le cadre ainsi planté par Carrie Ryan est intéressant même si les zombies en sont finalement la seule originalité parce que le coup du groupe d'êtres humains qui croit être seul au monde dans un monde post-apocalyptique et qui a tout oublié de la catastrophe qui l'a mené là et de la vie d'avant, on nous l'a déjà fait cent fois. Mais les zombies créent un climat assez angoissant par leur omniprésence : ils sont tout le temps accrochés à la clôture et ils gémissent de manière ininterrompue en tentant de mordre quiconque s'approche trop près, ce qui en fait paradoxalement des êtres à la fois terrifiants et qui se fondent dans le décor. La plus grande réussite de ce roman tient dans la personnalité de son héroïne : Mary est une jeune fille totalement obsédée par les histoires que lui a racontées sa mère, des histoires "d'avant" la grande infection, histoires qui lui font croire qu'il y a autre chose au-delà de la Forêt. Toute entière tendue vers l'accomplissement de ce désir, Mary en oublie le monde qui l'entoure et l'amour que lui portent Travis et Harry, les deux frères qui sont les autres personnages principaux de l'histoire. Le fin portrait des personnages (même si Harry est un peu trop à la marge de l'histoire à mon goût) et leurs relations sont suffisamment réussis pour rendre encore plus regrettable que l'histoire soit finalement banale et ne donne pas toutes les réponses, l'auteur donnant souvent l'impression d'avoir semé de tous petits bouts de piste pour contenter le lecteur dans l'attente de la suite (il s'agira d'une trilogie), mais sans lui en donner assez pour créer un intérêt délirant. Je ne suis donc qu'à moitié convaincue, chers happy few, et je me demande si ce roman va trouver un lectorat auprès de ceux à qui il s'adresse.
Carrie Ryan, La Forêt des Damnés (The Forest of Hands and Teeth), Gallimard jeunesse, traduit de l'anglais par Alice Marchand, 2010 pour la traduction française, 2009 pour la publication en VO.
Ce billet est dédié à Erzébeth, elle sait pourquoi.
18:38 Écrit par fashion dans Fantastique, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : carrie ryan, la forêt des damnés, zombies, post-apocalypse
14.03.2010
I like my men striking, viking and... vampire

Sookie Stackhouse est serveuse dans un bar de Bon Temps, une petite ville de Louisiane. Elle a 25 ans et elle est considérée par les habitants de la ville comme une freak parce qu'elle est télépathe. Elle mène une vie routinière et solitaire jusqu'à ce qu'arrive en ville Bill Compton, un vampire extrêmement reposant puisque ses pensées demeurent inaccessibles à la jeune femme. Soukie tombe amoureuse de Bill, découvre l'étrange univers des vampires et se retrouve mêlée un peu malgré elle à une série de meurtres que l'on impute à son frère, Jason. Vivre à Bon Temps n'est pas de tout repos...
Quand le danger rôde (traduction très fidèle et littérale de Dead until dark) est, chers happy few curieux, le premier volume de La communauté du sud (traduction très fidèle et littérale de... rien, puisqu'en anglais cette série n'avait pas de nom jusqu'à ce qu'on lui donne celle de la série télévisée qui en est inspirée, True Blood, nom qui apparaît aussi sur la couverture de la version française qui compte donc si vous avez bien suivi, trois titres, parce que manifestement l'éditeur ne sait pas que le mieux est l'ennemi du bien, mais bon, tout le monde n'a pas eu la chance de suivre "Bon sens 101"). Ce roman était dans ma PAL depuis quelques mois et je l'en ai sorti avec panache, mûe par une envie subite de sang frais (ne dites rien, j'ai le régime alimentaire que je peux en ces temps de froidure). L'histoire n'est pas révolutionnaire mais j'ai bien aimé le cadre, l'Amérique profonde, et la vision des vampires, qui ont fait leur coming out depuis deux ans et qui ont les problèmes d'intégration que rencontrent toutes les minorités visibles : ils ont beau boire du sang synthétique créé par les Japonais et ne mordre que les humains consentants et accros (la morsure du vampire est orgasmique), leur présence est mal supportée par les humains peureux. On croise donc Bill, vampire depuis la fin de la guerre de Sécession, Eric, vampire viking (cette idée est fort drôle je trouve), un métamorphe en la présence de Sam, le patron de Sookie et cette dernière donc, naïve et différente. L'intrigue policière n'est pas très intéressante et j'ai surtout été énervée par le style, d'une affligeante pauvreté et par un abus de points d'exclamations (il devrait y avoir des lois contre ce genre de choses). Mais comme les personnages me plaisaient, j'ai décidé de lire le tome 2 en anglais dans la foulée (encore une manifestation de mon esprit scientifique, évidemment).

Living dead in Dallas commence quelques mois après la fin de Quand le danger rôde (mon Dieu, ce titre, décidément je ne m'y fais pas) : Sookie travaille de temps en temps pour Eric, qui trouve ses talents de télépathe fort utiles et ce dernier l'envoie à Dallas auprès de Stan-le-vampire-geek, qui a perdu un frère, Farrell, manifestement enlevé. Voilà Sookie embringuée dans une histoire qui sent le soufre.
J'ai eu raison de passer à la version originale, chers happy few (mais ça devient tellement habituel que je ne sais même pas pourquoi je m'obstine encore à acheter des romans traduits de l'anglais), parce que même si Charlaine Harris n'est pas Dickens (oui, je sais, cette révélation vous scotche), elle écrit quand même nettement mieux que son traducteur, et elle maîtrise même la ponctuation (oui, je sais, c'est incroyable). Et en anglais apparaît quelque chose que la traduction a totalement gommé : l'humour, présent dans les situations comme dans les dialogues. L'intrigue est plus dense que dans le volume précédent, et j'ai beaucoup aimé la façon dont se pose le problème du rapport entre humains et vampires et l'incompréhension grandissante entre Bill et Sookie, cette dernière n'arrivant pas à accepter que Bill n'est pas humain et n'en a donc pas le comportement. Eric le viking prend de l'importance pour mon plus grand plaisir et Sookie se révèle être un personnage comme je les aime, déterminée et forte malgré sa naïveté. J'ai bien conscience que ces romans de bit-lit ressemblent terriblement à du Harlequin (mais Spicy parce que ça couche à tout va) mais comme les lectures faciles font parfois du bien au cerveau entre une pièce de Shakespeare et un roman de Charlotte Brontë, j'avoue sans honte aucune, chers happy few, que je continuerai avec plaisir à suivre les aventures de Sookie, la serveuse télépathe. La preuve, j'ai acheté le tome 3, Club Dead. Et emprunté la première saison de True Blood, histoire de vérifier si le potentiel de sexytude d'Eric a été respecté. Ben quoi, il faut bien faire des recherches pour le Swap Sexy Men 2, non ?
Charlaine Harris, Quand le danger rôde (Dead until dark), Le Livre de Poche, 315 pages mal traduites par Cécile Legrand-Ferronnière et pleines de points d'exclamation et de sang synthétique, 2005 pour la traduction française, 2001 pour la première parution en VO.
Charlaine Harris, Living dead in Dallas, Ace fantasy mystery, 291 pages un peu spicy et sanglantes, 2002.
Challenge Lire en V. O
11/12
19:30 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : charlaine harris, true blood, j'ai déniché une boutique en ligne de folaïe, pleine d'objets dérivés sur la série, le paradis!
22.02.2010
Oh, Darcy, you have fangs!
Avant d'ouvrir ce blog, chers happy few, j'étais une lectrice innocente. (Le premier qui ricane écrira 20 pages sur la métaphore gay et l'emploi du cuir dans les oeuvres de Jenna Black, ah j'en vois qui blêmissent au deuxième rang, non mais.)
Je pensais, dans ma grande naïveté, que les romans étaient écrits une bonne fois pour toute et qu'on n'y revenait plus. J'avais bien lu la (mauvaise) suite d'Autant en emporte le vent, mais je croyais que c'était un phénomène unique ; il faut dire à ma décharge qu'à l'époque Internet n'existait pas (la partie de mon lectorat qui a moins de 20 ans frémit de stupeur, my bad) et que je vivais dans une petite ville de province où les informations ne parvenaient pas toujours. Je ne savais donc pas, dans ma gougourditude, que les anglo-saxons s'étaient fait une spécialité des romans reprenant des personnages déjà existants. Heureusement, on peut toujours compter sur les copines pour nous guider sur le chemin de la connaissance et de la kulture : c'est donc Karine qui s'est chargée d'éclairer ma lanterne et qui m'a appris qu'il existait un nombre assez impressionnant de romans mettant en scène l'archétype masculin le plus célèbre de la littérature anglaise, le ténébreux Darcy.
Ma légendaire curiosité aussitôt en éveil a été comblée par LN qui, à l'occasion du Bloody Swap, avait glissé dans le colis :

Mr Darcy, vampyre d'Amanda Grange.
(Oui, la couverture est assez peu réussie, je vous le concède aisément, chers happy few.)
Le roman commence avec le mariage d'Elizabeth et de Darcy. Les jeunes gens sont ravis, jusqu'au moment où Darcy, dans la voiture qui les conduit à la réception, reçoit un message qui assombrit considérablement son humeur. Il décide aussitôt que le voyage de noces initialement prévu dans le nord aura lieu sur le continent. Voilà donc les Darcy qui se rendent à Paris. Elizabeth s'adapte très facilement, mais elle est rongée par l'attitude de Darcy, qui refuse de consommer le mariage...
Disons-le tout net, chers happy few, Mr Darcy, vampyre, n'est pas un bon roman. L'intrigue tient sur un timbre-poste anglais : Darcy est un vampire (je ne spoile pas, c'est dans le titre) et il ne veut pas transformer Elizabeth. Il décide donc de chercher une solution à la malédiction qui est la sienne, ce qui mène les jeunes mariés dans un périple entre la France et l'Italie, jusqu'à la résolution finale qui est un deus ex machina de la plus belle eau et donc totalement ridicule. Amanda Grange tente d'expliquer le comportement de Darcy dans Orgueil et Préjugés par sa condition : il se tient à distance des autres parce qu'il est un vampire, condition qui le fait souffrir et l'empêche de s'attacher. Ce n'est pas inintéressant comme postulat de départ mais c'est gâché par une histoire idiote (une espèce d'entité maléfique vient réclamer Lizzie et finit expédiée par un combat totalement risible), de multiples redondances (Lizzie écrit des lettres à Jane qui reprennent intégralement ce qui vient de se passer), des résumés de passages entiers d'O&P (sur le mode du "Vous souvenez-vous, la première fois que nous nous sommes rencontrés ?", bla bla bla, mais comme la lectrice a lu 18 fois O&P, elle se serait bien passé de ces réminiscences) et des invraisemblances (on fait Venise-Rome en une journée, quels chevaux talentueux). Les personnages ne se ressemblent pas (Lizzie n'ouvre pas un livre en 308 pages et Darcy est assez inconsistant) et le style est d'une infinie platitude et plein de répétitions (je ne peux plus voir les adjectifs "mesmerized" et "tormented" sans soupirer et lever les yeux au ciel, chers happy few) et les descriptions sont parfois à hurler de rire (s'il suffisait de les émailler de mots français ou (faussement) italiens (Amanda Grange ne maîtrise pas le pluriel la pauvre) pour les rendre vivantes, ça se saurait, me semble-t-il). Un roman qui surfe sur la vague du revival gothique en prenant des personnages aimés de la plupart des LCA du monde entier, ça sent le coup marketing, chers happy few. Darcy méritait mieux. Et nous aussi.
Amanda Grange, Mr Darcy, vampyre, Sourcebooks, 308 pages, 2009
Challenge Lire en V.O
9/12
10:23 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : amanda grange, mr darcy, vampyre, je vais me relire p&p tiens plutôt, mais je n'ai pas dit mon dernier mot : impulse et initiative, here i come!
13.01.2010
Bloodlust

Zoey Montgomery est une adolescente comme les autres : 16 ans, presque 17, elle déteste son beau-père, vient de rompre avec son petit ami qui a découvert les vertus cumulées de l'alcool et de la drogue, a pour meilleure amie une véritable pétasse et déteste les maths. Cette vie routinière est rompue un beau matin par l'apparition d'un Traqueur qui lui impose la Marque : Zoey a été choisie, elle est un vampire. La voilà donc contrainte pour ne pas mourir de rejoindre La Maison de la Nuit, le lycée des vampires dans un quartier huppé de la ville. Elle va y découvrir qu'elle a manifestement été choisie par la déesse Nyx pour accomplir quelque chose...
Oui, je sais, chers happy few, voici une énième histoire de vampires pour adolescents, mais qui est un peu différente de ce qu'on a l'habitude de lire. Le monde créé dans Marquée par les Cast mère et fille (car le roman, enfin, la série, est écrite à deux mains et on sent bien la patte de la jeune fille qu'est Kristin dans les références et les réactions des jeunes gens) emprunte à plusieurs univers : les vampires vivent au grand jour (enfin, presque, parce qu'ils préfèrent quand même la nuit) et trustent notamment le monde de l'art (tous les poètes, écrivains et acteurs célèbres sont des vampires, surtout Hugh Jackman qui ne fait donc pas fantasmer uniquement les trentenaires, je dis ça, je dis rien), le vampirisme est une mutation génétique contre laquelle on ne peut rien et qui se manifeste à l'adolescence et les vampires récemment marqués (par un tatouage en forme de lune qui se ramifie quand et si le vampire atteint l'âge adulte) vont à l'école, ce qui n'est pas sans rappeler un certain petit magicien anglais.
Si rien n'est nouveau (sauf peut-être la grande place donnée dans cette société au Peuple de la Foi, espèce de secte bien pensante qui disparaît un peu trop vite du décor), la combinaison du tout fonctionne correctement, même si au niveau des personnages les Cast n'ont pas réussi à faire l'économie des clichés : Zoey est une jeune fille forcément différente, d'une beauté renversante et d'une intelligence ad hoc, d'une vertu morale exemplaire ("moi, mentir, quelle horreur", passe-t-elle son temps à dire quand elle ne cherche pas le meilleur moyen d'aider son prochain), dont les origines cherokee lui donnent des affinités avec la magie et que tous les garçons ne peuvent s'empêcher d'avoir envie de séduire... (Serait-il possible un jour que les héroïnes de ce type de romans n'attirent pas immédiatement et irrémédiablement le superbôgosse au sourire ravageur qui fait pâmer toute la gent féminine, mmmh ? Oui, cher auteur qui surfe sur la vague du vampirisme light pour faire rêver les adolescentes, c'est à toi que je parle.) Et Zoey a pour amis et sidekicks l'incontournable péquenaude au grand coeur (encore que pour une fois l'action se déroule à Tulsa, ça nous change) qui est aussi sa coloc', les deux filles grandes gueules, l'inévitable copain gay et elle est évidemment en butte aux manigances de la garce de service, Aphrodite. Le style hésite entre très moyen et parfois affligeant (mais j'ai lu les épreuves non corrigées, ce qui me pousse à l'indulgence) et côté intrigue, on voit venir les rebondissements en lecteurs perspicaces que nous sommes et on comprend très vite de quoi il va retourner dans les tomes suivants. Mais comme je suis habitée par un esprit scientifique qui ne demande qu'à s'exprimer, j'ai lu le deuxième dans la foulée, histoire de vérifier mes hypothèses de lecture. Je sais que ma rigueur vous impressionne, chers happy few, inutile de nier.

Betrayed (lu en anglais puisque le tome 1 vient à peine de sortir en France) commence un mois après la fin de Marquée. Et là, m'attend une surprise de taille : la coloc' de Zoey ne s'appelle pas Lucie comme dans la traduction mais... Stevie Rae. Je sais que ça a l'air d'être un détail mais il faudrait m'expliquer une bonne fois pour toutes pourquoi les traducteurs s'obstinent dans ce genre d'errements (et après on se demande pourquoi je milite activement pour la VO au ciné et pourquoi je lis délibérément de plus en plus de romans directement dans la langue de Shakespeare). Jetons un voile pudique sur cette aberration et revenons à nos vampires.
Voilà notre Zoey face à ses nouvelles responsabilités : elle a pris la tête des Filles et Fils de la Nuit et a décidé de réformer cette institution pervertie par Aphrodite. Cette dernière semble jouer un étrange double jeu et Neferet, la Grande Prêtresse et mentor de Zoey a l'air de cacher de bien vilains secrets la bougresse (comme si on ne s'en doutait pas depuis le premier tiers du tome 1), sans compter les humains qui sont assassinés, possiblement par des vampires (du jamais-vu, parce que les vampires ne boivent pas de sang humain, gross). Et en plus, Zoey a l'impression que Loren Blake, le vampire poète la drague (comment est-ce possible, il a 21 ans et elle 17, c'est trop pas possible), elle a très envie de coucher avec son ex, Heath et se demande que faire d'Erik, le petit ami officiel tellement beau qu'il en est limite lumineux. Pas étonnant qu'elle ait la migraine en permanence, la pauvre.
Tous les défauts inhérents au tome 1 sont exacerbés dans le tome 2 : peu d'action, pratiquement pas de rebondissements, et une héroïne tête à claques qui passe son temps à se flageller parce qu'elle ne sait pas choisir entre ses deux boyfriends. Certains passages sont carrément inutiles (notamment tout ce qui concerne Loren Blake, qui disparaît purement et simplement de l'intrigue au bout de 280 pages, pourquoi on n'en sait rien) et les sentiments de Zoey sont analysés en long en large et en travers au cas où la lectrice serait blonde comme la plupart des vampirettes de l'école et ne comprendrait pas à quel point tout ce qui arrive à la pauvrette est abominafreux. Côté intrigue il se passe deux trucs que le lecteur avait deviné depuis longtemps et rien n'est évidemment résolu à la fin de ce looong volume mais comme j'ai moi aussi de super pouvoirs psychiques, chers happy few, je sais comment tout va se terminer et je vais donc pouvoir me dispenser de lire le tome 3.
P.C et Kristen Cast, Marquée (Marked), Pocket Jeunesse, 330 pages, janvier 2009, Betrayed, atom, 392 pages (et une centaine en trop), 2007
Marquée est une lecture commune avec Isil (ça y est, je me lance dans les lectures communes, I'm so wild it's kind of scary) et a été lu par Mélanie. Betrayed m'a été prêté par Stéphanie qui a manifestement dans sa PAL tout ce qui est sorti ces derniers mois en terme de vampires. C'est ça la passion.
Betrayed rentre dans le Challenge Lire en V.O. C'est le sixième que je lis, ce qui veut dire que j'ai clôturé le mini-challenge. Me voilà donc partie pour le Big One. 2010 sera l'année des Challenges tenus ou ne sera pas, chers happy few.

06:00 Écrit par fashion dans Challenge Lire en VO, Fantastique, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : pc et kristin cast, marquée, betrayed, il paraît qu'il y aurait 9 volumes prévus, oh my, elles doivent être payées à la ligne, ça expliquerait tout
03.01.2010
Blue moon

Anita Blake, Réanimatrice le jour et Exécutrice de vampires la nuit, est appelée en pleine nuit par Daniel Zeeman, le frère de Richard, le loup-garou qu'elle a plaqué pour Jean-Claude le vampire aux goûts vestimentaires pour le moins discutables. Richard, parti étudier les Trolls dans le Tennessee, a été mis en prison pour viol. Anita ne croit pas que Richard ait pu commettre un tel forfait et part, accompagnée de deux gardes du corps vampires et de trois léopards-garous qui leur servent de garde-manger ambulant, délivrer son ex. La réalité est bien sûre un peu plus compliquée que ce à quoi elle s'attend.
...
(Oui, je sais, chers happy few, le résumé que je fais de ce roman a de quoi en perdre plus d'un et faire rire les autres, je le reconnais volontiers. Bref.)
Autant le dire tout de suite dans un grand élan d'auto-flagellation parfaitement assumé, chers happy few, j'ai manifestement commis une fatale erreur d'appréciation en commençant cette série par le tome 8. Oui, je sais, vous vous demandez ce qui a bien pu me passer par la tête et en fait, ben pas grand-chose et c'est bien ça le problème : j'avais envie d'une lecture fantastique, ce roman était dans ma PAL (dans l'ancienne édition Fleuve Noir dont la couverture est aussi moche que celle de Bragelonne et étrangement similaire, à croire qu'il y aurait eu un peu plus que de l'inspiration de la part des nouveaux maquettistes mais point ne persiflerai), j'avais un long trajet en train prévu, bref, l'occasion faisant le larron j'ai exhumé ce roman et ce n'est qu'en l'entamant que je me suis rendue compte que ce n'était pas le premier, mais comme je suis wild et que je n'avais rien d'autre sous la main, enfin, dans le sac, j'ai décidé que ça ne faisait rien.
En fait, si.
Bon, je vous rassure tout de suite, ça ne pose évidemment pas de problème de compréhension pour l'intrigue, qui n'est pas mal fichue, soyons honnête, même si les grandes lignes sont tout de suite évidentes pour le lecteur un tant soit peu malin ou habitué au genre. C'est par contre plus ennuyeux dans la caractérisation des personnages, puisque j'ai cru comprendre qu'Anita évoluait beaucoup entre sa première apparition et celle-ci, que ce soit dans sa vie personnelle (elle quitte le chaste loup-garou pour le vampire chaud comme une baraque à frites, avouez que c'est vachement original un vampire sexy, hein, bon celui-ci se distingue par une étonnante propension à porter des chemises en voile rouge transparent, personnellement je trouve ça peu séduisant mais c'est certainement parce que je ne suis pas une Exécutrice) comme dans son métier, tant pis pour moi, je n'avais qu'à commencer par le commencement.
Cela étant posé, je dois bien avouer que je n'ai pas été très emballée par cette lecture. Le monde créé par Hamilton est intéressant (les créatures surnaturelles vivent au grand jour, enfin, celles qui supportent la lumière du soleil, et Anita réanime les morts à qui on a besoin de parler quelques minutes pour des problèmes d'héritage ou de témoignage par exemple, exactement à la manière du gant dans Torchwood) mais la description des vampires et des loups-garous est franchement risible : entre les longs cheveux flottant au vent et caressant les genoux de tous ces hommes (les années 80 ont décidément fait des ravages partout) et leur attirante nudité virile (ils se baladent tous à poil les trois-quarts du temps et font rouler leurs muscles pour le seul bénéfice d'Anita et de la lectrice pubère), ces hommes perpétuellement en rut m'ont fait hésiter entre soupirs de lassitude et rires, tant le trait est grossier. Certaines scènes sont à hurler de rire (vas-y que ça se léchouille en bande, mais bon, c'est la meute, hein, c'est normal, vas-y que ça se court après le pantalon sur les chevilles) et doublées de dialogues aux sous-entendus poussifs (ça parle sexe, ça pense sexe, ça rêve sexe, ce qui finit par devenir un peu fatigant à la longue). Remarquons enfin que Laurell K. Hamilton est affligée d'un étrange TOC qui la pousse à décrire par le menu les tenues vestimentaires de chaque personnage à chaque fois qu'il apparaît, ce qui, compte tenu de la tendance pour le moins appuyée de chacun à passer son temps à s'habiller et se déshabiller, est ennuyeux au possible : le prochain qui me parle de pantalon en cuir et de brassière à lacets sera condamné à une vie de Guillaume Musso en moldave, tiens.
Laurell K. Hamilton, Lune bleue (Blue Moon), Fleuve Noir, traduit de l'anglais par Isabelle Troin, 625 pages, 2005 pour la traduction française, 1998 pour la première publication.
20:18 Écrit par fashion dans Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : laurell k. hamilton, lune bleue, je préfère clayton, mais c'est tout personnel, évidemment, sinon demain c'est la rentrée, soupir