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30.09.2011
Stoner - John Williams

"Voilà, se disait-il, je deviens un enseignant, un passeur, un homme dont la parole est juste et auquel on accorde un respect et une légitimité qui n'ont rien à voir avec ses carences, ses défaillances et sa fragilité de simple mortel."
William Stoner est le fils de fermiers très pauvres de l'Etat du Missouri. En 1910, il entre à l'université à l'injonction de son père, qui veut qu'il suive un cours d'agriculture afin de mieux rentabiliser les cultures. En deuxième année, Stoner est obligé par le programme à suivre un cours d'initiation à la Littérature anglaise, dispensé par un professeur froid et distant, qui ne prend aucun plaisir à enseigner à ces élèves incultes. C'est pourtant de cet homme que viendra la révélation, le jour où il demande à une classe tétanisée d'expliquer le Sonnet 73 de Shakespeare et où il prend à parti Stoner : "Monsieur Stoner, Monsieur Shakespeare s'adresse à vous à travers trois siècles. L'entendez-vous ?" Non seulement Stoner l'entendra, révélé à lui-même en même temps qu'à la littérature, mais le sonnet lui-même, qui traite de l'amour et de la perte peut se lire comme un avant-goût de la vie qui l'attend.
Car Stoner est un stoïcien dans l'âme, habitué à faire avec ce que la vie lui donne et à se satisfaire de peu, et si rien dans sa naissance ou son éducation ne le prédisposait à devenir enseignant, nul ne lui a non plus appris à aimer. Homme réservé et malhabile, il endure tout : les études difficiles, les travaux à faire dans la ferme des cousins qui l'hébergent, l'animosité d'une femme à moitié folle qui ne l'aimera jamais, l'éloignement de sa fille, la rivalité d'un collègue plus brillant mais malhonnête... Recroquevillé en lui-même, il a bâti entre lui et le monde un rempart de livres qui le protège de toute turpitude mais aussi de tout sentiment démonstratif. Et contre toute attente, quand il croyait avoir fait son deuil d'une multitude de choses, sa carrière, son mariage, sa fille, il vivra une parenthèse enchantée, la découverte de l'amour et de l'intimité.
Stoner est un très beau roman, émouvant et profond, qui n'a jamais eu le retentissement et la notoriété qu'il mérite, même si depuis sa parution en 1965, il est régulièrement réédité aux Etats-Unis et encensé par quelques irréductibles qui voient en lui un roman phénoménal. En France, il aura fallu attendre 2011 et la volonté d'Anna Gavalda (qui signe une belle traduction) pour découvrir l'histoire de cet homme ordinaire, discret et profondément intègre qui a découvert à vingt ans qu'il avait besoin de la littérature comme d'autres ont besoin de soleil, d'une manière aussi viscérale qu'inexplicable.
Article écrit pour les Chroniques de la Rentrée littéraire
06:00 Écrit par fashion dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
Commentaires
Écrit par : cathulu | 30.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 30.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cuné | 30.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Titine | 30.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Joelle | 30.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Lili | 30.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine:) | 30.09.2011
Répondre à ce commentairePour les copies en collège, le bon plan, c'est d'enseigner les maths. Trop tard? Ah zut! ^_^
Écrit par : keisha | 30.09.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Nataka | 30.09.2011
Répondre à ce commentaire@titine : à lire !
@joelle : ils vont le commander, je suppose.
@lili : thanx !
@karine : facile à trouver en vo en plus.
@keisha : way too late effectivement. :-))
@nataka : ouais, je suis gravement admirative. :-))
Écrit par : fashion | 02.10.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Yueyin | 12.11.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 12.11.2011
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