« "Kant ? Bof, un type qui est mort puceau..." | Page d'accueil | Aller chercher demain - Petit Théâtre de Paris »
24.03.2011
"Sois un homme. Démerde-toi avec ta crise de la quarantaine."

Nous sommes en Australie. Hector et Aisha, un couple mixte (il est d'origine grecque, elle est indienne) invitent leurs amis et leurs familles respectives à un barbecue. Oui, mais voilà, parmi les invités, il y a Rosie, la meilleure amie d'Aisha, espèce de baba cool sur le retour, son mari, Gary, alcoolique et peintre raté et leur insupportable fils, Hugo, quatre ans. Ce dernier, pourri gâté et capricieux est incapable d'avoir des relations normales avec quiconque : le ton monte, les autres enfants pleurent et râlent, les parents s'énervent et Harry, le cousin d'Hector, perd son sang-froid et gifle l'enfant, sous les yeux médusés de l'assemblée. Cet événement agit alors comme une onde de choc et révèle derrière les façades courtoises et policées, les vices, les lâchetés et la grande solitude de chacun.
Car la mère de l'enfant, Rosie, décide de porter plainte, au prétexte que nul n'a le droit de toucher le corps d'un enfant et de le maltraiter. Dès lors, le narrateur omniscient entre dans la vie de huit des témoins et acteurs de cet acte pourtant banal mais qui, dans cette société australienne contemporaine où "tout est gelé par des règles et des interdits" prend des proportions démesurées. Ces portraits variés (tous les âges et toutes les classes sociales sont représentées) révèlent les failles de ces personnages qui apparaissent tous, chacun à leur manière, lâches, égoïstes, pétris de contradictions et de mauvaise foi et parfois violents. Sous la plume acérée de Christos Tsiolkas se dessine une société raciste et cynique qui a érigé l'individualisme et le politiquement correct au rang d'art et où la drogue, omniprésente et intergénérationnelle (c'est d'ailleurs bien la seule chose que partagent les parents et les enfants) est finalement la seule échappatoire à un ordre moral hypocrite et pesant. Nul n'échappe à la critique, de la mère incompétente et fusionnelle mariée à un homme sans personnalité au quadra qui bat sa femme, en passant par les ados paumés et le mari adultère. Le tout forme un roman à la lucidité glaçante, aux situations parfois poignantes, parfaitement construit, cru, dense et profond, d'une grande justesse psychologique, qui met à nu le fonctionnement et les faiblesses de la famille contemporaine et, plus généralement, de la société. Un grand roman, chers happy few.
Christos Tsiolkas, La gifle (The slap), Belfond, traduit de l'anglais par Jean-Luc Piningre, 467 pages, 2011 pour la traduction, 2008 pour la première publication en VO. Ce roman a été couronné par de nombreux prix en Australie et nommé pour le Man Booker Prize. Il fait partie de la sélection du Prix des Lecteurs de L'Express, sélection hautement méritée.
Le billet de Leiloona
06:00 Écrit par fashion dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : deux bons romans, deux mauvais dans la sélection de mars, comment sera celle d'avril ?, suspense j'écris ton nom
Commentaires
Écrit par : cathulu | 24.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Stephie | 24.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Joelle | 24.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Tamara | 24.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Melanie B | 24.03.2011
Répondre à ce commentaireCar il vise juste, le bougre ! Et parfois c'est bien aussi de se prendre en pleine figure les éclaboussures de notre société moderne.
Écrit par : Leiloona | 24.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 24.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Will | 25.03.2011
Répondre à ce commentaire@stéphie : bon, ça va, je conseille un livre uniquement les jours pairs. :-)
@joelle : les critiques sont excellentes, il est couvert de prix, pas étonnant qu'il soit sorti. :-)
@tamara : merci coupine. :-)
@mélanie b : oui, je suis comme ça, une vile calculatrice. :-)
@leiloona : contrairement à toi, c'est typiquement le genre de roman que j'aime : lucide et tranchant, qui met le doigt profondément là où ça fait mal.
@yueyin : gotcha. :-)
@will : la vie c'est simple comme un billet de blog. :-))
Écrit par : fashion | 25.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cécile | 25.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cécile | 25.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 25.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cécile | 25.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 25.03.2011
Répondre à ce commentaireLe Papou
Écrit par : Le Papou | 25.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Yv | 25.03.2011
Répondre à ce commentaire@yv : tout le monde n'y est absolument pas représenté selon son origine et ses préférences sexuelles, c'est juste que ça fait évidemment partie de l'arrière-plan nécessaire à la compréhension des personnages. J'ai un peu de mal à comprendre pourquoi et en quoi tu le trouves conformiste, et il n'est en aucun cas superficiel, bien au contraire, il démonte parfaitement les dysfonctionnements de cette société.
Écrit par : fashion | 25.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Lilly | 26.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Lilly | 26.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 26.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire