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27.09.2010
La couleur des sentiments
Jackson, Mississipi, 1962. Elles sont trois femmes, deux noires et une blanche : Aibileen, celle qui a des talents pour la prière et l'écriture, qui sert de bonne et élève les enfants de Miss Elizabeth, la femme qui n'aime pas sa fille ; Minny, celle qui ose répondre à ses patronnes et se retrouve, à bout de places, obligée de travailler pour Miss Celia, une fille que personne ne veut fréquenter, et Miss Skeeter, la blanche qui a des idées de gauche et des velléités d'écrivain et qui décide un jour d'écrire un témoignage sur la vie de ces femmes noires et les relations qu'elles entretiennent avec leurs patronnes blanches. Mais dans cette ville extrêmement ségrégationniste où le racisme est brandi comme un étendard par des blancs réactionnaires, écrire un tel ouvrage ne va pas sans heurts...
N'y allons pas par quatre chemins : La couleur des sentiments est un superbe roman, chers happy few, qui réussit l'exploit d'être à la fois parfaitement construit et de raconter une histoire que l'on ne peut pas lâcher (j'ai pour ma part dévoré ses 500 pages en quelques heures, que j'ai littéralement passées en apnée). Les points de vue de ces trois femmes alternent, chacune racontant son histoire à sa manière, et qui dit changement de point de vue dit changement de style parfaitement négocié, ce qui n'est pas la moindre des réussites de ce roman polyphonique qui raconte, au travers de la vie quotidienne de ces femmes, les frémissements d'une prise de conscience. Dans une Amérique où Rosa Parks a refusé de laisser sa place à un blanc dans un bus, où Martin Luther King appelle à la manifestation et où les intellectuels new-yorkais dénoncent les lois ségrégationnistes, le Mississipi reste un état profondément raciste où les noirs sont tabassés pour avoir utilisé les toilettes des blancs et où l'on peut mettre à la porte une femme qui travaille pour vous depuis vingt ans en inventant un mensonge et faire en sorte que plus personne ne l'embauche jamais, condamnant ainsi toute une famille à la misère. Peinture lucide d'une société fondée sur l'idée de la supériorité des blancs et qui fonctionne ainsi depuis toujours, La couleur des sentiments est un roman profondément émouvant, qui prend le lecteur aux tripes et ne le lâche plus, pris qu'il est dans un maelström de sentiments ô combien forts, de la révolte à la compassion, du rire à l'émotion pure, celle qui vous flanque la chair de poule et vous fait verser une larme. Aibileen, Minny et Skeeter sont, pour des raisons différentes, follement attachantes et je n'ai pas pu m'empêcher de vibrer, de trembler et de m'indigner avec elles ; j'ai ressenti la chaleur accablante, l'humiliation quotidienne, la peur, mais aussi l'amour, pour ces enfants qui aiment réellement leur nanny noire, pour les patronnes, qui sont parfois des femmes bonnes (comme Miss Lou Ann, dont le personnage, qui apparaît en filigrane, est terrible dans ce qu'il révèle de la condition féminine blanche), j'ai vraiment eu l'impression de vivre cette histoire, j'ai eu envie de tordre le cou de Miss Hilly, cette femme mesquine, menteuse et cruelle, de donner de l'argent pour envoyer les jumeaux de Yule May à l'université, de frapper Leroy et surtout de prendre moi aussi un thé dans la cuisine d'Aibileen. Un roman totalement maîtrisé comme j'aimerais en lire plus souvent, chers happy few : un coup de coeur à chérir et à relire, assurément.
Kathryn Stockett, La couleur des sentiments (The help), Jacqueline Chambon/Actes Sud, magnifiquement traduit de l'anglais par Pierre Girard, 522 pages, 2010 pour la traduction française, 2009 pour la parution en VO.
Les billets de Cuné (à qui je dois la découverte, merci, merci, merci), Amanda (merci, merci aussi), Cathulu, L'Ogresse (et j'approuve totalement le début de son billet) et Livresque pour les Chroniques de la rentrée littéraire. Toutes conquises.
Trackbacks
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Quand je me dis que j'aurais mieux fait...
Je viens de lire un livre que j'ai adoré, qu'Amanda, Fashion avaient lu et m'avaient donné envie de lire.
Il s'agit de La couleur des sentiments de Kathryn Stockett. Et quand je dis que j'aurais mieux fait, je parle du titre. Non mais quelle idée ils ...
Trackback par : Joyeux Cagaroule | 05.10.2010
Commentaires
Écrit par : Cuné | 27.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : bladelor | 27.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : amanda | 27.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Stephie | 27.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Pimpi | 27.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Noukette | 28.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine:) | 28.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 28.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Ju | 28.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Joelle | 28.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : choupynette | 28.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Tamara | 28.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Caroline | 28.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anna | 28.09.2010
Répondre à ce commentaire@bladelor : je sais que je pousse au vice, mais il faut craquer, sans discuter.
@amanda : je ne réponds pas au mail, donc. :-))
@stephie : et tu vas te régaler!
@pimpi : ben pourquoi "presque" ?
@noukette : c'est parce qu'il le vaut bien!
@karine : oh que oui. J'ai dévoré ce bouquin en 6 heures, ça te donne une idée de mon enthousiasme. :-)
@cathulu : on est au-delà de la peste, là, c'est une véritable salope, oui.
@ju : c'est un roman dans lequel on s'investit totalement je trouve, ce qui est ce que j'attends de la littérature avant tout le reste finalement.
@joelle : si tu ne dois en acheter qu'un seul de cette rentrée, il faut que ce soit celui-ci!
@choupynette : lectures obligatoires, beurk. Débarrasse-t-en vite pour lire celui-ci!
@tamara : tu verras que tu prendras sur ton temps de douche, de travail, de tout pour le lire. (mais pas de confit) :-))
@caroline : je savais que tu étais sans coeur. :-)
@anna : Miss Hilly est plus qu'une peste, cette femme mérite le pire.
Écrit par : fashion | 29.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Caroline | 29.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : L'Ogresse | 29.09.2010
Répondre à ce commentaire@l'ogresse : mais de rien! :-)
Écrit par : fashion | 29.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 29.09.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Grominou | 30.09.2010
Répondre à ce commentaire@grominou : à lire absolument!
Écrit par : fashion | 02.10.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : bladelor | 02.10.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : anjelica | 03.10.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Edelwe | 03.10.2010
Répondre à ce commentaireDes femmes, de la révolte, de l'injustice et du contexte historique, j'achète !
voilà pourquoi je ne viens pas plus ici !!!
mais merci ;o)
Écrit par : May | 05.10.2010
Répondre à ce commentaire@anjelica : oui, je pense que c'est un roman pour toi!
@edelwe : bonne découverte!
@may : :-))
Écrit par : fashion | 06.10.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 07.10.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion | 07.10.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : camille | 13.10.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : joey7lindley | 04.11.2010
Répondre à ce commentaire@joey7lindley : il est plus que bien. :-)
Écrit par : fashion | 05.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : joey7lindley | 06.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : laurence | 05.06.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : laurence | 06.06.2011
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