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05.02.2010

"From under the crunch of my man's boot"

les femmes du braconnier.jpgEn 1956, à Cambridge, la jeune américaine Sylvia Plath fait la connaissance de Ted Hughes, poète prometteur à la séduction animale et en tombe immédiatement amoureuse. Sylvia et Ted se marient, ont des enfants et mènent une vie tumultueuse, faite de création et de cris. En 1962 le couple se sépare ; Ted quitte Sylvia pour Assia. En 1963 Sylvia se suicide, à l'âge de 31 ans.

 

Biographie romancée, Les femmes du braconnier appartient à un genre que je prise peu, chers happy few, et qui semble connaître un certain regain de popularité (surtout au cinéma d'ailleurs). C'est un genre qui peine à me convaincre, gênée que je suis par son côté hybride qui a tendance à favoriser la confusion entre la vie et l'oeuvre comme si la première expliquait forcément la deuxième et comme s'il fallait chercher dans le quotidien le plus banal et l'intimité parfois la plus sordide une analyse des romans, poèmes et autres nouvelles qui sont finalement la seule trace que certains auraient aimé laisser. Je me demande toujours ce qui pousse un écrivain à choisir cette forme pour le moins difficile et à préférer à des personnages de fiction des êtres de chair et de sang : tenter de combler les trous d'une vie peut-être fascinante certes, mais au prix d'une certaine vérité, si tant est que l'on puisse jamais atteindre la vérité d'un être humain, et ce, quel que soit le biais que l'on choisisse.

 

Le braconnier, c'est Ted Hughes, donc, poète à la stature de géant, voix de rocaille et poil d'ours, homme à la fois intellectuel et bestial, dont le magnétisme animal séduit toutes les femmes qui ont le malheur de l'approcher d'un peu trop près. L'une de ces femmes est Sylvia Plath, romancière et poétesse américaine qui traversa sa vie comme une comète, tour à tour dépressive et exaltée, follement et fusionnellement éprise de cet homme qui ne se conçoit pas monogame. Sylvia, qui a tenté de se suicider en 1953, se lance dans le mariage pour se sauver d'elle-même, croyant mettre ainsi à distance les insomnies et les pulsions de mort, et s'investit dans la course à la maternité pour conjurer l'abîme de la page blanche, la fécondité du corps semblant alimenter la création littéraire. Mais ce couple uni dans la Littérature et la Poésie, exigeantes muses auxquelles il sacrifie tout, ne dure pas. Ted quitte Sylvia pour Assia Wevill, peintre, traductrice et poétesse, une femme à la beauté stupéfiante qui aimera, elle aussi, Ted jusqu'à se perdre, les deux femmes partageant, au-delà de cet homme, un destin similaire, puisqu'elles se suicident de la même manière à quelques années d'intervalle.

 

Au-delà de ce qui est narré ici, et qui, pour le peu que je connaisse de la vie de ces amants maudits a l'air assez fidèle dans les grandes lignes à la réalité, j'ai trouvé ce roman peu convaincant, d'abord par le recours très appuyé à la psychanalyse, qui m'a semblé parfois d'une regrettable lourdeur (oui, on a bien compris que la pauvre Sylvia n'avait pas réglé correctement son oedipe, il n'était peut-être pas besoin de le rappeler aussi maladroitement). De plus, la construction du roman est artificielle : la multiplication des points de vue entre les différents protagonistes, qu'ils soient proches ou lointains du drame qui se noue par deux fois tourne très rapidement au procédé, certainement parce que Claude Pujade-Renaud n'a pas su donner à chaque narrateur une voix suffisamment différente. Non seulement ils semblent tous s'exprimer plus ou moins de la même manière mais surtout ils se livrent tous à une analyse psychologique de Sylvia et d'Assia, analyse qui sonne faux la plupart du temps (franchement, les gens qui nous entourent passent-ils leur temps à décortiquer nos faits et gestes et à les expliquer ?) et qui entraîne de surcroît la narration dans la spirale de la répétition, ce qui devait être tragique n'étant au final plus qu'ennuyeux. Si je crois bien comprendre la volonté de Claude Pujade-Renaud de rendre hommage à Sylvia, Ted et Assia en présentant sa version des faits (Ted n'est pas ici le grand méchant que certains voient en lui et Assia est plus une victime qu'une femme fatale), j'ai trouvé l'exercice finalement un peu vain.

 

Claude Pujade-Renaud, Les femmes du braconnier, Actes Sud, janvier 2010, 347 pages

 

L'avis de Cathulu, diamétralement opposé au mien. 

PS : le titre de mon billet est le premier vers d'Ode to Ted de Sylvia Plath, 1956.

 

Ce billet est publié aussi sur le site des Chroniques de la rentrée littéraire.  

Commentaires

Ah c'est dommage, j'ai adoré tout ce que j'ai lu de Claude Pujade-Renaud jusqu'ici, bon je vais laisser celui-là de côté hein... ;-)

Écrit par : yueyin | 05.02.2010

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Tu me le prêterais d'ici deux mois (je n'aurais pas le temps de le lire avant) ? *yeux de biche*
Je ne connais pas l'auteur, mais ça m'intéresse quand même.

Écrit par : Lilly | 05.02.2010

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@yueyin : c'est le premier roman que je lis d'elle et je dois bien avouer que je ne suis pas emballée par son style, loué par tout le monde. Il y a quelques fulgurances certes, mais aussi beaucoup de lourdeurs. Je n'ai franchement pas envie de découvrir d'autres titres d'elle.
@lilly : bien sûr! Je vais le faire tourner et en faire un livre voyageur alors!

Écrit par : fashion | 06.02.2010

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Je suis en train de le finir... Ne connaissant pas les protagonistes, je le lis plus comme un roman que comme une bio. Je trouve les personnages fascinants. Et le côté psy un peu poussé parfois, en effet.
(Euh... Je crois que je fais partie de ces gens qui analysent sans cesse le comportement de leurs semblables ...)

Écrit par : Papillon | 06.02.2010

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Bon, ça a le mérite d'être clair. De toutes façons le trip "artistes maudits" (plus vraisemblablement patients psychiatriques ayant eu la malchance de naître avant l'arrivée de nouvelles thérapeutiques...) ne me séduit guère. Si en plus, c'est lourd, pfffiuuu !!!

Écrit par : Fantômette | 06.02.2010

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Comme Papillon je passe mon temps à tout analyser alors je pense que cela ne devrait pas être la chose qui me dérangera. J'espère qu'il me plaira plus que toi, je viens de l'acheter... Je verrais bien...

Écrit par : L'or des chambres | 06.02.2010

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Ouhlala, ça m'intéresse terriblement (oui, malgré ton avis très, très tiède). C'est notre grand point de discordance, avec Fantômette : les artistes maudits, ouh j'aime ça (peut-être que je grandirai un jour, affaire à suivre).
J'adorerais éternellement que tu me le prêtes, mais en même temps, il faut d'abord que je lise un peu plus S. Plath et que je découvre Ted Hughes, qu'on présente toujours comme le "coupable", le "monstre", et je n'aime pas faire confiance aux ragots sans m'être renseignée un tout petit peu avant.
Affreux-affreux, ces dilemmes littéraires.
Dans le doute, je m'en vais me coucher avec Gustave. En tout bien, tout honneur.

Écrit par : erzébeth | 06.02.2010

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La couverture est belle mais j'ai la psychanalyse en horreur, surtout façon "elle n'a pas encore fait son oedipe/son rot, la petite", donc non. Et pourtant j'analyse tout autour de moi. Et j'avais lu Weevil à la place de Wevill... on ne se refait pas ;).

Écrit par : Agnès | 06.02.2010

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@papillon : ce qui m'a agacée dans le côté psy, ce sont les redites. La relation avec Otto est vraiment le centre de nombreux chapitres, j'ai trouvé que c'était vraiment lourd. Tu analyses vraiment tous les faits et gestes de tout le monde même de ta boulangère ? Parce que dans le roman, ça ressemble à ça quand même.
@fantômette : je pense que ta parenthèse est très juste. Je ne m'y suis pas risquée n'y connaissant rien mais Sylvia a été traitée par électrochocs après sa tentative de suicide, peu suivie ensuite, et quand elle appelle à l'aide, elle ne reçoit pas vraiment de réponse (bon évidemment, c'est un roman, alors quelle est la part de vérité là-dedans...).
@l'or des chambres : eh ben les filles, vous avez une vie intérieure bien remplie si vous décortiquez les faits et gestes de tout le monde. :))
@erzébeth : je te le prête sans aucun problème, tu l'enverras à Lilly dans quelques mois! Je crois que vous êtes toutes deux beaucoup plus à même que moi d'apprécier ce roman.
@agnès : ah mais moi je trouve la psychanalyse très intéressante et son utilisation peut l'être aussi en littérature mais je crois que comme en toute chose, il faut savoir raison garder et ne pas l'utiliser n'importe comment. Ici, j'ai trouvé le décorticage de la relation avec le père et les métaphores afférentes très lourdingues.
Et tu ne vas pas le croire (enfin, je sais que si:)) mais la première fois qu'Assia est nommée, moi aussi j'ai lu Weevil et je me suis frotté les yeux. On est indécrottables. :D

Écrit par : fashion | 07.02.2010

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Au moins comme ça on est deux à avoir le cerveau ravagé par Torchwood ;).

Écrit par : Agnès | 07.02.2010

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Contrairement à toi, je ne déteste pas... la bio romancée de Liszt que j'ai lu a été une lecture vraiment superbe alors j'ai un apriori positif! Si je lis Sylvia Plath, je tenterai peut-être le coup avec celui-là... malgré qu'il semble y avoir un côté "fais-moi un dessin" que j'aime plus ou moins!

Écrit par : Karine:) | 07.02.2010

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@agnès : et par Jack. :))
@karine :) : je crois qu'il faut vraiment aimer le genre et les personnages en question pour apprécier ce bouquin.

Écrit par : fashion | 07.02.2010

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Les filles, on est au moins trois intoxiquées par les Weevil. Je ne sais pas si c'est rassurant...

Écrit par : Mo | 07.02.2010

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@mo : au moins on ne se sent pas seules, c'est déjà ça. :))

Écrit par : fashion | 07.02.2010

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@mo: Si, si c'est rassurant. Ce monde a bien besoin d'un petit grain de folie ;).

Écrit par : Agnès | 07.02.2010

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@agnès : je plussoie. Et vivent les petits grains de folie! :))

Écrit par : fashion | 08.02.2010

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Bah, tu te plains, mais je suis bien contente car tu m'as quand même appris des petites choses!
Je vais maintenant me prendre la tête sur ce que tu dis sur le fait de mettre une vie d'artiste en roman.
Genre Alabama Song, tu cautionnes pas? Et les biopics non plus?

Écrit par : Casanova | 08.02.2010

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@casanova : ouh la, attention, il n'est pas question de cautionner ou de ne pas cautionner, c'est juste que je trouve que c'est surtout un exercice de style, ou alors c'est parce que l'auteur se sent une telle affinité avec le sujet qu'il a très envie d'en faire un roman. Le problème du genre c'est que ça prête à confusion. Que croire ? Que choisir ? Dans "Alabama song" ça m'avait nettement moins dérangée, certainement parce que c'est beaucoup mieux écrit et que le choix du point de vue interne autorise des entorses. Les biopics me lassent vite, la preuve, je ne suis même pas allée voir Bright star.

Écrit par : fashion | 08.02.2010

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J'avais eu le même sentiment que toi sur l'hybride biographie/roman quand j'avais lu Marilyn, dernières séances, de M. Schnieder. Mais là, j'ai quand même envie de le lire, surtout par envie de découvrir ces personnages, alors je note.

Écrit par : May | 09.02.2010

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@may : bonne découverte alors!

Écrit par : fashion | 13.02.2010

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