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06.11.2009
Des pleurs dans la nuit

Lors de l'anniversaire de Solange, sa soeur, Feu de Bois, presque clochard, qui vit aux crochets de tous, lui offre une broche magnifique. Mais la somptuosité du cadeau soulève de l'incompréhension de la part des convives, incompréhension qui se mue rapidement en colère et en mots irréparables. Feu de Bois, sous l'emprise de sentiments dans lesquels se mêlent la fureur, l'humiliation mais aussi des relents de ce qu'il a vécu durant la guerre d'Algérie, se rend alors coupable d'une agression. Son cousin, Rabut, se souvient alors de l'histoire de Feu de Bois et notamment de ce qui s'est passé en Algérie.
Des hommes est le deuxième roman que j'ai décidé de lire dans le cadre du Prix Goncourt des Lycéens (qui sera attribué lundi 9 novembre), chers happy few, et le moins que l'on puisse dire est que je sors de cette lecture totalement partagée. La première partie de ce roman (en gros les cent premières pages) m'a agacée au plus haut point : le style est volontairement haché, avec des effets de style pénibles au niveau des dialogues notamment (je cite un passage pour que tout le monde comprenne car c'est finalement assez difficile à décrire : "Attendez, si je confirme. Si je. Que je. Vous voulez que je. Moi, que je dise. Et que je confirme oui, ici, ce qui s'est passé ici." , le tout sans jamais de tirets ni de propositions incises. Bref. Je ne sais pas vous chers happy few mais tous ces auteurs contemporains qui croient réinventer le dialogue en en supprimant les caractéristiques formelles me hérissent au plus haut point, j'ai l'impression qu'ils croient encore que la forme prime à tout prix sur le fond, au secours.) Cette première partie, racontée à la première personne par Rabut, le cousin, m'a paru artificielle, creuse et répétitive, et je ne vous cache pas que j'ai failli abandonner là ma lecture. Comme je suis une lectrice consciencieuse je me suis entêtée et heureusement pour moi, la deuxième partie, qui raconte à la troisième personne la guerre telle que l'a vécue Feu de Bois s'est révélée bien meilleure : le style devient fluide et l'histoire décolle enfin, mettant en scène les horreurs de la guerre et l'impact qu'elle a eu sur ces jeunes gens de manière terrible. A la fois victimes d'une guerre qu'ils n'ont pas choisi de faire et bourreaux se livrant aux pires exactions sous prétexte que ce sont les ordres, ces jeunes soldats seront bien évidemment incapables, une fois revenus à la vie civile, d'oublier les atrocités commises de part et d'autre, ce qui pèsera de manière inexorable sur leur vie. C'est un roman qui s'interroge de manière personnelle sur la façon dont la guerre ne s'arrête jamais pour ceux qui l'ont faite mais qui a peiné à me convaincre en raison d'un style qui, quand il n'est pas complètement maîtrisé, entrave la lecture. Pas mal, sans plus.
Laurent Mauvignier, Des hommes, Les éditions de minuit, 281 pages, 2009

18:59 Publié dans Challenge du 1% littéraire 2009, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : laurent mauvignier, des hommes, guerre d'algérie, province, usine renault
Commentaires
tu vas bientôt avoir dépassé le quota du challenge %, non ?
(J'allais aller poster ça dans les tréfonds de ton blog mais le poster sur ton article le plus récent t'évitera d'exhumer ton billet sur Fabrice Colin : j'ai lu A Vos Souhaits et te rend un vibrant hommage chez moi :D)
Ecrit par : Neph | 06.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion | 06.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Mo | 06.11.2009
Répondre à ce commentaireMais il y a un truc marrant avec l'extrait que tu cites... La semaine dernière je suis allée voir une pièce où tous les dialogues étaient hachés comme ça (Hiver de Jon Fosse) mais ça passait bien mieux à l'oral, en fait...
Ecrit par : Papillon | 06.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Karine:) | 06.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Nanne | 06.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : valérie | 06.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Emeraude | 06.11.2009
Répondre à ce commentaireLa forme ne prime pas, ici, sur le fond, mais elle en épouse les contours, heurtée comme peut l'être le flux des souvenirs qu'on se refuse à évoquer ou des paroles qu'on hésite à prononcer.
Je pense que c'est à chaque lecteur d'expérimenter ce style, qui, personnellement, ne m'a pas gênée (excepté à de très rares reprises, où ça passait moins bien), car ce serait dommage de passer à côté d'un tel roman.
Ecrit par : Brize | 06.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : sylire | 06.11.2009
Répondre à ce commentaire@papillon : ça passe mieux à l'oral parce que c'est une tentative d'oraliser l'écrit. Mais j'ai horreur de ça, personnellement. Call me old-fashioned. :)
@karine :) : je ne crois pas qu'il te plairait celui-ci...
@nanne : je n'ai pas lu la presse donc je ne sais pas quel accueil a reçu ce roman.
@valérie : eh bien tant mieux si ce roman trouve son public, c'est bien pour lui! :) Personnellement je pense que de nombreux passages sont lourds et auraient nécessité d'être repris mais ce n'est évidemment que mon avis.
@emeraude : thanx, miss! :))
@brize : c'est bien de voir que ce roman divise et plaît, même si je pense pour ma part qu'on peut se passer de sa lecture... :) Je n'ai pas eu le temps de recenser les liens (j'ai été pressée pour mettre mon billet en ligne parce que je suis une mauvaise élève), mais j'en déduis que tu en as écrit un, je mettrai tout ça à jour demain.
@sylire : eh bien nous voilà 2 dans un camp et 2 dans l'autre! :))
Ecrit par : fashion | 06.11.2009
Répondre à ce commentaireJ'aime bien quelque fois être bousculée par des inventions formelles. En l'occurrence, il semblerait que ses dialogues ne tombent pas dans la catégories des révélations...
Ecrit par : May | 07.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : liliba | 07.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Mo | 07.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : didouchka | 07.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : levraoueg | 07.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : In Cold Blog | 07.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Fantômette | 07.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Mo | 07.11.2009
Répondre à ce commentaireC'est HYPER français ça, et pas qu'en littérature, PARTOUT! Les gens dans ce pays pensent que tout passe avec un bel emballage, qu'on ne regardera pas trop le contenu (ou son absence). Ca me hérisse le pwal, c'est quelque chose.
Sinon je passe pour le livre, je n'aime pas les bouquins avec des trucs atroces dedans, après je ne dors plus (c'est mon vrai problème ça).
Ecrit par : a n g e l | 08.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Leiloona | 08.11.2009
Répondre à ce commentaireJe relirai du Mauvignier, c'est sûr !
Ecrit par : Caro[line] | 08.11.2009
Répondre à ce commentaire@liliba : on ne peut pas être tenté par tout, Dieu merci pour nos PAL! :)
@mo : tu ne me le rends pas, surtout, tu le fais tourner!
@didouchka : je ne pense pas que ce soit de l'arrogance, mais ça m'agace.
@levraoueg : apparemment oui. :)
@ICB : un auteur qui n'est à mon avis pas pour moi.
@fantômette : pas si énigmatiques que ça! :))
@a n g e l : ben dis donc, y a plein de trucs que tu dois pas lire alors, pauvre de toi! Ici ça ne m'a pas bouleversée plus que ça, la preuve que je suis restée très extérieure à ce roman...
@leiloona : passe donc! :)
@caro[line] : je n'ai pas trouvé du tout l'ambiance oppressante, mais ennuyeuse en partie parce que la volonté de la rendre oppressante est trop visible. C'est ce que j'appelle un "style à ficelles", qui du coup atteint pour moi le contraire de son objectif (mais encore une fois, c'est personnel).
Ecrit par : fashion | 08.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Caro[line] | 09.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : zarline | 09.11.2009
Répondre à ce commentaire@zarline : un de moins sur la LAL, on ne va pas se plaindre... :)
Ecrit par : fashion | 09.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : levraoueg | 09.11.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion | 11.11.2009
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