« Les âmes ardentes | Page d'accueil | Message de service »
21.05.2009
L'ange parricide

Rome, XVIe siècle. Beatrix Cenci, fille du dépravé Francesco, qui, entre autres tares, voue une haine sans bornes à ses enfants, grandit enfermée dans une chambre. Mais la petite fille devient une jeune fille d'une incroyable beauté et son père la met de force de son lit. Après trois années de supplice, alors que la jeune fille et sa belle-mère, Lucrezia, ont envoyé au pape des suppliques restées sans réponse, elles décident de prendre les choses en main et de faire assassiner Francesco...
Figurez-vous, chers happy few, que suite à une énième relecture du Père Goriot, j'ai vu grandir en moi une fringale de classiques en général et de Balzac en particulier, fringale que j'ai en partie assouvie en lisant Le colonel Chabert, gentiment arrivé dans mon casier par la grâce des specimen de fin d'année (pas de doublon, cette année, it's a miracle, chers happy few). Mais, même si je souhaite participer au Mouvement de Réhabilitation de Balzac initié par Lilly, je ne veux pas voir arriver dans ce modeste salon des élèves en mal de fiche de lecture (une maladie hélas très répandue) ; je me contenterai donc de dire à tous ceux qui ont été dégoûtés de la lecture de la gigantesque oeuvre d'Honoré dans leur prime jeunesse qu'il faut absolument lui donner une deuxième chance, ne serait-ce que pour sa plume extraordinaire et son incroyable analyse des sentiments humains. Voilà qui est dit. Vous n'avez donc plus aucune excuse, chers happy few balzacophobes. Bref. C'est donc Alexandre Dumas qui aura les honneurs de ce billet, cette nouvelle se trouvant par le plus grand des hasards (of course) dans ma toute petite PAL.
Les Cenci, qui est ici publiée seule mais qui fait partie à l'origine des Crimes célèbres (1839-1840), est une histoire terrible tirée d'un fait divers. La belle Beatrix a fait assassiner son père avec la complicité de sa belle-mère, de son frère aîné et d'un jeune prêtre amoureux d'elle, et ils ont tenté de maquiller le crime en accident. Mais alors que le lecteur pense que l'infâme Francesco, qui a mené une vie de débauche et de crimes, n'a eu que ce qu'il méritait, la justice en a décidé autrement. Arrêtés sur des présomptions et un début de preuve (un drap taché de sang), nos conspirateurs, soumis à la question, ne tardent pas à tout avouer, même Beatrix, qui résiste longtemps au supplice de l'estrapade. Lors d'un procès resté célèbre, l'opinion publique s'émeut, face à la rayonnante beauté de cette jeune fille torturée par son père puis par la justice mais par un malheureux concours de circonstances, Lucrezia, Beatrix et Jacques (le frère aîné), sont condamnés à mort et exécutés publiquement. Pour raconter cette histoire épouvantable, Dumas adopte le ton d'un chroniqueur : il utilise très peu de dialogues, et rapporte tous les faits avec le plus de précisions possibles. Ce sont ces précisions qui rendent le texte parfois insoutenable : rien ne nous est épargné de la torture de Beatrix (Dumas trouve même bon de décrire, dans un souci d'historien, les différents types de torture en vigueur à Rome à la Renaissance) et de l'exécution des trois malheureux. Derrière ces horreurs, il faut lire l'histoire d'une expiation : l'ange qu'est Beatrix expie non seulement pour son crime, mais pour ceux de son père. Figure tragique de martyr, Beatrix reste jusqu'au bout une femme droite et pieuse qui a été sacrifiée par la cruauté et la dépravation des hommes de son temps, dont une description rapide, enlevée et très ironique est habilement brossée au début de la nouvelle. Décidément, j'aime Dumas, chers happy few.
Alexandre Dumas, Les Cenci, André Versaille éditeur, 91 pages. A noter comme d'habitude chez cet éditeur la jolie double couverture qui s'ouvre sur le portrait de Beatrix par le Guide.
PS : Mary Shelley et Stendhal se sont aussi inspirés de ce fait divers, dans des ouvrages qui portent le même titre que la nouvelle de Dumas. Les Cenci de Mary Shelley est disponible chez José Corti, la version de Stendhal se trouve dans les Chroniques italiennes.
PSbis : le fameux portrait du Guide :

Commentaires
Ecrit par : amanda | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : chiffonnette | 21.05.2009
Répondre à ce commentaire(oui, c'est tout)
Ecrit par : erzébeth, qui a déjà été plus inspirée | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Isil, aussi inspirée qu'Erzébeth | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireSinon c'est très bien de ne rien faire aujourd'hui. J'aimerais tant ne pas avoir de copies. :/
Allez, j'y retourne.
Ecrit par : Leiloona | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireJe ne connaissais pas l'éditeur, mais tu me rends curieuse!
Ecrit par : Mo | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireJe n'ai donc pas choisi ces Cenci et ça valait sans doute mieux, c'est vraiment atroce cette histoire! Je note qu'il s'agit d'un Dumas avec "peu de dialogues"! Quiconque a lu Les trois mousquetaires et tutti quanti sait que le bonhomme ne lésinait pas sur les dialogues, payé à la ligne il faut bien vivre!
Je te signale que j'ai lu plus de trois fois Le comte de Monte Cristo...
Par ailleurs j'adore Balzac, je le lis depuis longtemps sans qu'on me force et tu as raison d'inciter les élèves et les blogueurs réticents à s'y lancer! Honoré for ever!
Ecrit par : keisha | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Hambre | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireSinon, j'ai lu quelques unes des nouvelles des Crimes célèbres, mais celle-ci ne me dit rien! Je note, je note!!!
Ici, ce n'est pas férié. Donc je suis au travail... snif!
Ecrit par : Pimpi | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireC'est dommage que tu renonces à nous parler de Balzac, ça me plairait beaucoup, mais je comprends la prof. Pour ma part, j'ose imaginer que même le plus crétin des élèves ne peut prendre mes écrits comme étant intéressants, étant donné que je n'ai pas fait d'études de lettres et que je fonctionne à l'intuition.
Sinon, j'aime beaucoup Dumas moi aussi, même si je n'ai pas lu grand chose de lui (et en plus c'était il y a des lustres). Là, je suis repartie dans les auteurs anglais, mais je suis intriguée par ce fait divers.
Encore une question : qu'est-ce que les specimen de fin d'année ?
Ecrit par : Lilly | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : praline | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Fantômette | 21.05.2009
Répondre à ce commentaire@erzébeth : yep. :))
@isil : jamais lu Gustave ???? Shame on you! :))
@leiloona : ah mais j'ai des copies aussi! :))) (le tonneau des Danaïdes, c'te histoire:))
@mo : c'est un éditeur intéressant, j'avais déjà lu Le bonheur dans le crime de Barbey. Les nouvelles sont choisies par des gens célèbres qui écrivent une préface, et postfacées par des universitaires (qqes pages). Un très bon concept.
Ecrit par : fashion | 21.05.2009
Répondre à ce commentaire@hambre : il est tout petit et pas cher, ça ne compte pas! :)))
@pimpi : et moi je ne fais pas le pont, snif. C'est affreux. :))
@lilly : je suis sûre que pas mal d'élèves lisent tes billets tu sais. Je ne fais pas de billet sur Le colonel Chabert parce qu'il est beaucoup étudié, mais j'en ferai sur d'autres, qu'on n'étudie pas en classe, promis! :)) Pour répondre à ta question, en fin d'année les maisons d'édition nous envoient des specimen : ce sont des exemplaires des nouveaux manuels et de nouvelles éditions de classiques pour les collégiens et lycéens, avec des dossiers. Là, c'est GF qui nous a fait une enveloppe : Balzac, Voltaire et une anthologie puisque tu veux tout savoir. :)))
@praline : tout à fait! Il était temps de réparer cette lacune! :))
@fantômette : ah mince, c'est la panne ?
Ecrit par : fashion | 21.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Eléonore Hamaide | 22.05.2009
Répondre à ce commentaireTu avais déjà chroniqué un ouvrage de cette collection, un barbey d'Aurevilly je crois. Je la trouve très belle.
Ecrit par : didouchka | 22.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Orlando | 22.05.2009
Répondre à ce commentaireSinon, absolument rien à voir (quoique), mais Fashion, as tu vu, ou comptes tu voir " Confessions d'une accro du shopping" ?! C'est un peu "La revanche d'une blonde" au pays de la finance, et son rapport aux boutiques de vêtements fait beaucoup penser à des LCA dans une librairie...C'est vraiment très drôle !
Ecrit par : Co, futile et fière de l'être | 22.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Emma | 22.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Lucile | 22.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Karine :) ... à Toronto! | 23.05.2009
Répondre à ce commentaire@didouchka : exact, c'est le deuxième de cette collection que je lis et un troisième m'attend. C'est une collection de très bonne qualité et peu chère. Je la recommande vivement!
@orlando : exact, Artaud s'en est inspiré aussi, mais je connais mal son oeuvre.
@co, pas si futile :) : tiens, j'ai hésité au ciné hier soir, puis je suis allée voir Une nuit au musée. La prochaine séance. :))
@emma : ce qui explique pourquoi chez moi et au boulot, les rues sont vides. :))) Pour être allée il n'y a pas lgtps au Marché st pierre, c'est surtout plein de touristes!
@lucile : oui, des classiques, des classiques! :))
@karine à toronto (veinarde!) : une fiche sur "One for the money" ? Nan ? Tsss... C'est désolant.
Ecrit par : fashion | 23.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Hathaway | 23.05.2009
Répondre à ce commentaireMerci pour le portrait de la sublime Beatrix.
Ecrit par : dominique | 23.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Neph | 23.05.2009
Répondre à ce commentairePour un challenge Balzac, pas de problème! J'ai déjà parlé d'un de ses romans (une ténébreuse affaire) en adorant le côté roman policier (n'importe quoi, mais j'assume, je ne suis pas prof de lettres, mais je ne reçois pas de specimen aussi intéressants que toi).
Ecrit par : keisha | 23.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : yueyin | 24.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Stéphanie | 25.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : May | 25.05.2009
Répondre à ce commentaireEn revanche, toi tu sembles l'être, sadique, pour essayer de nous vanter Honoré ! Oui je sais, c'est mal, mais je n'aime pas DU TOUT Honoré. en revanche, j'aime Chateaubriand :-D
Ecrit par : Soeur Anne | 26.05.2009
Répondre à ce commentaire@dominique : il ne faut pas bouder Alexandre. Il a écrit de belles choses. :))
@neph : bonne lecture alors!
@keisha : mais tu as raison, "Une ténébreuse affaire" est un roman policier. J'ai reçu d'autres bouquins depuis, tiens, dont "Si c'était niais", ça tombe bien, je voulais le lire mais pas l'acheter. :))
@yueyin : forever and a day, même! :D
@stéphanie : il est chez Amanda, elle te le passera après!
@may : euh, des vacances pour pouvoir lire ? :D
@soeur anne : Honoré is a god. Comment peut-on ne pas l'aimer ? tsss... :))
Ecrit par : fashion | 26.05.2009
Répondre à ce commentaireP.S. : Je suis Lilly dans sa réhabilitation de Honoré ... Grâce lui soit (enfin) rendue !
Ecrit par : Nanne | 26.05.2009
Répondre à ce commentaireWhat else...
Ecrit par : May | 27.05.2009
Répondre à ce commentaire@may : *soupir*... :))
Ecrit par : fashion | 29.05.2009
Répondre à ce commentaireEcrire un commentaire