« Pour le plaisir | Page d'accueil | Nouveau Monde »

28.04.2009

De l'amour

un visage...jpg

Dans le royaume barbare de Glome, dans l'Antiquité, la deuxième femme du Roi meurt en mettant au monde une fille d'une beauté sans pareille, qui est baptisée Istra, équivalent barbare de Psyché. L'enfant, élevée par sa soeur aînée, Orual, devient une jeune fille à la beauté surhumaine, admirée et révérée comme une divinité par le peuple de Glome. Mais, suite à une année de très mauvaises récoltes et d'épidémies, le prêtre d'Ungit (une version plus terrible, si c'est possible, d'Aphrodite) annonce au Roi qu'il doit la sacrifier pour le bonheur de tous et l'abandonner sur la Montagne à la merci de l'Ombre de la Bête.


Vous l'aurez compris, chers happy few, Un visage pour l'éternité est une réécriture par C. S Lewis (oui, celui-là même qui écrivit Narnia) du mythe de Psyché, allégorie de l'âme humaine, et que Bettelheim a rapproché du mythe de la Belle et la Bête. Tout l'intérêt de cette réécriture réside évidemment, non pas dans l'histoire car nous la connaissons tous (enfin, sauf ceux qui ont séché le club mythologie et qui s'en repentent à présent) (ne riez pas, chers happy few, car j'ai longtemps animé un club de ce genre, du temps que j'étais pleine d'enthousiasme et de fraîcheur), mais dans les modifications qu'il opère. Nous ne sommes pas en Grèce mais dans un royaume barbare et sans culture, où la religion est plus primitive, ce qui rend l'histoire plus violente et le personnage principal de cette histoire n'est pas Psyché mais sa soeur aînée, Orual, qui est aussi laide que Psyché est belle.

En déplaçant le point de vue, Lewis modifie le mythe : ce n'est pas par jalousie qu'Orual contraint sa soeur à regarder le dieu endormi, précipitant ainsi son errance et ses souffrances, mais parce qu'elle ne peut pas vivre sans elle. Orual aime Psyché d'un amour sans partage et dévorant, qui est sa seule façon de concevoir l'amour, persuadée qu'elle est que sa laideur lui ferme à jamais le coeur des autres. Sous la plume d'Orual, qui raconte l'histoire pour mettre en accusation les dieux qui, pense-t-elle, lui ont tout volé, l'histoire devient amère et tourmentée, pleine de passion et de récriminations. J'ai particulièrement apprécié la façon dont nous voyons le mythe se construire et toute la réflexion sur la vérité de l'histoire qui s'opposerait à la déformation par la religion, de même que la mise en scène du dévoilement du sens par l'écriture (parce qu'elle écrit son histoire au seuil de sa vie, Orual se rend compte qu'elle s'est aveuglée et qu'elle a donné à l'histoire le sens qui l'arrangeait). Il y a quand même quelques longueurs, notamment sur la fin, ce qui est sans doute dû au fait que le mythe et sa réinterprétation deviennent trop transparents et donc trop appuyés (j'y ai vu quand même un peu trop de christianisme à mon goût). Au final, c'est un roman assez âpre et sombre, que Lewis mit 35 ans à écrire, fasciné qu'il était par le mythe de Psyché.


C. S Lewis, Un visage pour l'éternité - Un mythe réinterprété (Till we have faces : A Myth retold), Le livre de Poche, traduit de l'anglais par M. et D. Le Péchoux, 319 pages, première parution en 1956, traduction française de 1995, réédition 2007. (Et la couverture est moche, non ? En plus, elle n'a strictement aucun rapport avec l'histoire, moi je dis qu'on devrait vérifier ce que les illustrateurs mettent dans leur café.)
A noter que le titre initialement choisi par Lewis était Bareface, que je trouve plus évocateur car il mettait le voile et son absence au centre de l'histoire, Orual décidant rapidement de ne jamais montrer son visage aux autres. De plus, elle pousse Psyché à la faute parce qu'elle est incapable de voir le palais du dieu, qui lui demeure voilé, ce qui ne figure pas dans l'histoire de départ où les soeurs voient parfaitement le palais et en conçoivent une grande jalousie.

La première version de cette histoire figure dans L'âne d'or ou les Métamorphoses d'Apulée. La Fontaine s'est lui aussi livré à une réécriture que je vous recommande, en forme de divertissement galant, dans Les amours de Psyché (disponible chez Le Livre de Poche).

Commentaires

juste pour dire que

a) tu me sembles encore pleine d'enthousiasme et de fraîcheur :)
b) je ne sais pas pourquoi, mais je pense que ce livre n'est pas pour moi :)
c) la couverture n'est pas moche. Elle est immonde.

Ecrit par : amanda | 28.04.2009

Répondre à ce commentaire

Moi je pense que ça peut me plaire. Je connais la première version de l'histoire et je l'aime beaucoup. Je note, merci!

Ecrit par : Keltia | 28.04.2009

Répondre à ce commentaire

J'avais hésité il y a quelques temps mais je pense maintenant que je commencerai par l'âne d'or.

Ecrit par : Isil | 28.04.2009

Répondre à ce commentaire

Voilà un livre que je suis quasi certaine de ne jamais lire. Ce qui ne m'empêche pas de venir dire bonjour. Bonjour.

Ecrit par : Fantômette | 28.04.2009

Répondre à ce commentaire

Narnia m'a rendue méfiante envers la plume de cet auteur, mais bon, le principe me séduit totalement!
Par contre, qu'est ce que la couverture est moche!

Ecrit par : chiffonnette | 28.04.2009

Répondre à ce commentaire

moi je ne vois pas ce que la couverture représente - c'est tout petit... et sinon j'aime les réécritures de mythes alors... va pour Lafontaine et Lewis :-)

Ecrit par : yueyin | 28.04.2009

Répondre à ce commentaire

J'adore L'Âne d'Or, dont j'ai bien dû traduire la totalité de la version d'Apulée et que j'ai beaucoup aimé sous la plume de La Fontaine. Je ne connais pas cet auteur, mais ce que tu en dis peut suffire à me convaincre :)

Ecrit par : Neph | 28.04.2009

Répondre à ce commentaire

Cette couverture fait vraiment, vraiment peur. Mais je pense que je vais prendre connaissance davantage du mythe (que je connais par histoire interposée - ne pas taper) avant de me plonger dans une réécriture!!

Et tu sais quoi?? Quand on n'arrive pas à faire entrer nos achats dans les "livres qui comptent pas"... on n'a qu'à changer nos critères! Et tu penses qu'il y a un moyen pour que je réussisse à faire passer Gibert pour un monument-parisien-célèbre-et-kulte-et-impossible-à-manquer aux yeux de ma mère? Genre pour qu'elle ne m'empêche pas d'y aller à la vue de tous ces livres??

Ecrit par : Karine :) | 28.04.2009

Répondre à ce commentaire

(ah, le commentaire de Fantômette !!)

J'ai séché le club mythologie (trop occupée à faire des élevages d'escargots dans des boîtes à chaussures, sans doute), alors je vais commencer par aller fureter à la source, mais ce roman me tente beaucoup (alors que j'ai eu très peur en voyant la couverture, qui fait visiblement l'unanimité).

Ecrit par : erzébeth | 29.04.2009

Répondre à ce commentaire

L'ex-collectionneuse de livres sur la mythologie que je suis va se jeter là-dessus, je pense...

Ecrit par : Soeur Anne | 29.04.2009

Répondre à ce commentaire

Une réécriture d'un mythe ? Hum ... ça me plaît déjà !
(Et moi aussi je suis super lente dans mes lectures en ce moment... grmblblbl)

Ecrit par : Leiloona | 29.04.2009

Répondre à ce commentaire

Je n'ai lu que Le lion, la sorcière blanche et je-ne-sais-plus-quoi de Lewis, et j'avais bien aimé, même si ça reste très enfantin. Là, ça me dit assez parce que comme Leil, si ça parle de mythe... ça réveille mes vieux démons de LC ! ^^ Bon, en même temps, le mythe de Psyché reste un mauvais souvenir de maîtrise, à la fac (enfin surtout la foldingue de prof qui nous faisait cours...). Mais bon, pourquoi pas. Je l'ai repéré au moins... :)

Ecrit par : Alwenn | 30.04.2009

Répondre à ce commentaire

Chouette ! Il est dans ma pile. Je l'avais gagné au jeu-concours organisé par Le livre de Poche sur la fantasy. et je vois que j'ai bien fait d'avoir choisi ce titre là ^^.

Ecrit par : Laetitia la liseuse | 01.05.2009

Répondre à ce commentaire

Je suis tentée mais je n'ai pas aimé la lecture de Narnia... Trop lent à mon goût...

Ecrit par : Theoma | 01.05.2009

Répondre à ce commentaire

@amanda : je confirme, ce livre n'est pas pour toi. :))
@keltia : mais de rien. :))
@isil : il faut surtout avoir une vision claire du mythe, alors bon, Apulée ou un bon dictionnaire mythologique... :))
@fantômette : bonjour. :)))
@chiffonnette : la couverture est à mon avis là pour justifier la publication en fantasy. Et si tu es réfractaire au style de Lewis, là c'est quand même moins long que Narnia. :)) C'est marrant parce que j'ai préféré son style dans Narnia pour ma part, il est nettement plus poétique.
@yueyin : ça représente une femme alien avec des tentacules sur la tête. Si, Si. Si c'est parce que l'héroïne est laide, eh ben, c'est un peu appuyé comme représentation. :))) (je te l'envoie si tu veux, avec La Fontaine et Apulée, je peux faire un lot :D)
@neph : tu n'as pas lu Narnia ? Certains volumes sont excellents.
@karine :) : évidemment que Gibert est un monument kulturel! Ce serait a big shame de t'empêcher d'y aller!
@erzébeth : des escargots, tiens donc. Et après, tu les mangeais ? (perso, j'adore ça) (oui, cette réponse est terriblement inintéressante, mais je fais ce que je veux:))
@soeur anne : sans te faire mal, alors, hein ? :))
@leiloona : c'est parce que j'ai trop de copies. Vivement le 10 juillet.
@alwenn : celui-ci n'est pas du tout enfantin, ça c'est sûr. Mais aussi chrétien par contre.
@laetitia la liseuse : j'espère qu'il te plaira!
@theoma : le premier volume de Narnia est assez lent, après je trouve quand même que les rebondissements s'enchaînent plutôt vite. Et la fin m'a fait pleurer. Affreux.

Ecrit par : fashion | 01.05.2009

Répondre à ce commentaire

Moi, manger un escargot ? Et pourquoi pas une huître, tant que tu y es !
Non, c'est physiquement impossible. Rien que d'y penser... brrr.

Ecrit par : erzébeth | 02.05.2009

Répondre à ce commentaire

@erzébeth : eh bien tu ne sais pas ce que tu rates. Ah, la cargolade! *soupir* :)))

Ecrit par : fashion | 05.05.2009

Répondre à ce commentaire

Ecrire un commentaire