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24.02.2009
Le sillage d'une vie, d'un bleu à s'y noyer
Comme certains d'entre vous le savent déjà, chers happy few, je me suis inscrite, dans un élan évidemment mûrement réfléchi et pas du tout pulsionnel (ceux qui ricanent au fond de la salle me rédigeront deux copies doubles sur "L'influence de Stendhal dans les Harlequinades de mars 1984 à septembre 1986" et sans rouspéter, non mais)... à la Chaîne des Livres mise en place par Ys (elle-même par contre sur une pulsion compulsive, ça me paraît évident, comment expliquer sinon cette volonté d'augmenter sauvagement nos pauvres PAL martyrisées et menacées d'étouffement) (je dis ça, je dis rien, comme d'habitude, évidemment). Les 25 valeureux participants ont donc choisi chacun un livre qui va circuler de point A en point B en point C jusqu'à son retour dans son home sweet home, où il reviendra chargé d'expériences puisqu'il sera passé de mains en mains et qu'il aura vu pas mal de pays (y compris la Belgique, si ce n'est pas follement exotique, ça!). J'ai pour ma part envoyé Fendragon de Barbara Hambly, dont je vous avais rebattu les oreilles en décembre 2007 (oui, je sais c'est précis, grâce au fabuleux pouvoir des archives, dont on ne parle pas assez si vous voulez mon avis) à Yueyin, qui est ma successeuse dans la liste (ça tombe bien, on a creusé un tunnel entre ma modeste demeure et la sienne (un tunnel de 600 km, hein, faut c'qui faut) à force de s'envoyer du courrier, rien de nouveau sous le soleil donc). Mais je digresse, contrairement à mes habitudes, alors que, comme vous l'aurez subodoré dans votre grande perspicacité, je vais vous parler du premier roman qui a atterri, par l'intermédiaire des mains de mon sexy facteur, in ze red BAL :
Ta mémoire, petit monde d'Alain Foix, qui m'arrive de Stephie dont il est le choix.
Alors, autant vous dire tout de suite, chers happy few, que c'est typiquement le genre de bouquin que je n'aurais jamais ouvert spontanément et ça tombe bien puisque le but de la chaîne est de faire découvrir des oeuvres et des auteurs peu connus. Sur ce plan-là, c'est donc un pari réussi et il est doublement réussi parce que j'ai vraiment beaucoup aimé ce récit en grande partie autobiographique qui narre, à la première et à la troisième personne (alternance que l'on trouve dans le premier tiers du roman, la première personne s'affirmant au fil du texte pour rester seule comme si le jeune homme s'était enfin trouvé) l'enfance d'abord guadeloupéenne de Lino l'Indien, fils de Lucia, qui part un beau matin, ses deux fils cadets sous le bras pour la métropole, dans l'espoir d'une vie plus facile. On est en 1962, l'hiver est rude, Lucia trouve un emploi de femme de ménage à l'hôpital Bichat et une chambre de bonne pour y loger ses fils. Lino a quitté une vie de soleil nimbée de ses peurs et de ses interrogations d'enfant, il va trouver de l'autre côté de l'océan, pêle-mêle, des amis, le racisme ordinaire, le sport, les études, ses grands frères qui reviennent, les motos, les filles, Descartes, Lévi-Strauss et toujours, ce tiraillement entre l'île, là-bas, et le continent. La grande force de ce récit, c'est sa langue, très riche, parfois dense (ce n'est pas une lecture facile, il faut faire l'effort d'y entrer), extrêmement poétique et musicale, chargée de répétitions, d'images, de couleurs, à la ponctuation pleine de sens. C'est cette langue qui permet à Lino de s'approprier et d'interroger le monde qui l'entoure, d'en approcher les mystères et d'en trouver les clés, en passant du créole, la langue de l'enfance, au français, la langue de l'adulte. C'est cette langue qui recrée une Guadeloupe colorée et odorante et ces personnages hauts en couleur qui vivent à l'ombre des volcans et des flamboyants. Une langue à l'image de ce récit : savoureuse et émouvante. Une très belle découverte.
Alain Foix, Ta mémoire, petit monde, Gallimard, Haute enfance, 169 pages, 2005
Les billets de Stephie et Leiloona.

06:30 Publié dans Chaîne des livres, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : alain foix, enfance quand tu nous tiens, guadeloupe et flamboyants, c'est un beau nom pour un arbre, non ?
Commentaires
Ecrit par : virginie | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Dominique | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Ys, bourreau des PAL ! | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Leiloona | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Stephie | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireMais merciiiiiiiiiiiiiiiiiii pour cette ouverture des oscars par Hugh!!
J'étais pliée!!!
Ecrit par : Ori | 24.02.2009
Répondre à ce commentairePar contre je voudrais que tu m'expliques cette phrase : "en passant du créole, la langue de l'enfance, au français, la langue de l'adulte"
Je suppose que tu reprends l'idée de l'auteur car une telle assertion est certes très romantique mais choquante. Un peu comme si on disait que ... y a même pas de comparaison en fait le créole est la "langue des esclaves" - basée sur les langues parlées par les indiens originaires des antilles - soit une langue qu'on a bien du mal à conserver et à parler justement à cause de cette histoire. La maturité de cette langue au vu de son histoire ne fait aucun doute.
Le créole ne saurait être la langue de l'enfance pour un futur francophone. Cette réflexion me choque donc et m'intrigue en ce sens que je ne comprends pas pourquoi un antillais, après les galères que l'on rencontre pour conserver les langues créoles et les cultures qui s'y rattachent écrirait une telle insanité. (après lecture de sa bio je comprends le romantisme échevelé de la phrase mais reste sur mon dada si Franz Fanon avait lu ça il aurait bien rigolé, jaune car on a en une phrase la confirmation de ses pires thèses).
Un mot pour défendre l'auteur ?
Ecrit par : Fafa | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireMoi je ne fais que passer, juste pour dire que ce roman-ci me semble, peut-être, intéressant :-) Et le compte-rendu de YueYin sur Fendragon m'enthousiasme :-D
Ecrit par : Bookomaton | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Isil | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Keltia | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Lilly | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cécile | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : amanda | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireRemarque: dans cette histoire, Ys a elle aussi augmenté sa PAL!
Ecrit par : keisha | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : levraoueg | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Chimère | 24.02.2009
Répondre à ce commentaire@fafa - je n'ai pas encore lu le livre bien sûr (chuis la suivante), mais tel que je comprends la phrase de Fash, il est question de l'enfance de l'auteur (qui parlait sans doute essentiellement créole) et de l'âge adulte du même (qui vivant en métropole a du se mettre à vivre en français), et pas d'une langue en enfance, me trompe-je ?
Ecrit par : yueyin | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : yueyin | 24.02.2009
Répondre à ce commentaire@dominique : ou deux. :))
@ys, bourreau des PAL : en tout cas pour moi! :))
@leiloona : tout pareil.
@stephie : je vois que de notre côté de la chaîne, ça roule! :))
@ori : tu as vu comme il danse bien ?! Franchement, j'étais soufflée!
@fafa : comme d'habitude, tu montes au créneau plus vite que ton ombre. Bon, je retranscris évidemment l'idée de l'auteur mais ce n'est pas celle que tu énonces. Il a réfléchi à la langue (si on l'en croit, il a fait des études d'ethnologie) et aux mystères qu'elle contient. Quand il était gamin, il parlait créole en Guadeloupe, il a grandi en France où il parlait français. C'est simple, non ? Inutile d'aller chercher midi à 14 heures.
@bookomaton : je pense que Fendragon devrait te plaire! pour celui-ci, je l'espère.
@isil : la seule logique que j'ai comprise est celle de l'étranger (les 3 belges sont regroupées et c'est Ys qui envoie en Belgique). Pour le reste, il faut demander à la grande prêtresse herself. :))
@keltia : oui, c'est vraiment un beau récit.
@lilly : et comment que tu dois te coller au sujet, vilaine moqueuse! :))
@cécile : je l'espère mais certains titres me font un peu peur. On verra. :))
@amanda : moi aussi. :))
@keisha : certes, mais c'est quand même fourbe de sa part, non ? :))
@levraoueg : "petit monde", c'est le surnom que se donne le narrateur quand il vit en Guadeloupe, parce qu'il enclôt tous ses souvenirs en lui-même.
@chimère : yep, trois fois yep! :))
@yueyin : il part demain! Et oui, pour la réponse à Fafa, c'est toi qui as raison, c'est ce que j'ai écrit. Quant à Hugh, j'étais partagée entre la stupéfaction devant son show (il chante bien en plus) et les soupirs liés à sa sexytude. Quel homme. C'est à cause de son prénom, pas de doute. :)))
Ecrit par : fashion victim | 24.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Karine :) | 25.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion victim | 25.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Stephie | 25.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion victim | 25.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Lael | 26.02.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion victim | 26.02.2009
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