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21.11.2008

Dans le vieux parc solitaire et glacé

51kw2haF1vL__SL500_AA240_.jpg Louis est un jeune homme pauvre et brillant. Il entre au service du Conseiller G., directeur d'une usine de produits chimiques et... tombe amoureux de sa femme. Cet amour est partagé mais jamais consommé, car Louis est envoyé par le Conseiller (qui ne sait rien de cette idylle) en Amérique du Sud, où il espère faire fortune. Il promet à la jeune femme de revenir bientôt, mais hélas la première guerre mondiale éclate. Ce n'est que neuf ans plus tard qu'il remettra enfin le pied sur le continent européen mais si la jeune femme est veuve, en revanche Louis s'est marié...


Ce Voyage dans le passé est une nouvelle de Zweig qui a connu un sort étonnant, chers happy few. On n'a longtemps eu de ce texte qu'un fragment publié dans un recueil collectif de 1929. Ce n'est qu'en 1976 qu'on retrouva à Londres un tapuscrit de la main de Zweig, de 41 pages achevées qui composaient cette nouvelle, avec un titre raturé, repris faute de mieux pour la publication. Et il aura fallu attendre 2008 pour que cette nouvelle soit enfin traduite en français, dans un très agréable demi-format sous jaquette chez Grasset qui propose après la traduction le texte original, ce qui est je trouve une excellente initiative (même si je ne parle pas un mot d'allemand, mais là n'est pas la question).

Alors autant dire tout de suite, chers happy few, pour éloigner tout de suite les problèmes de subjectivité, que Stefan Zweig est certainement l'un de mes auteurs préférés et ce n'est pas pour rien que l'une de ses nouvelles figure dans le Fashion Klassik's Challenge. C'est un auteur qui possède le talent rare de faire naître l'émotion par l'analyse psychologique rigoureuse des personnages avec un style éblouissant. Vous voilà prévenus, Stefan, je l'aime. C'est donc tout naturellement que j'ai aimé cette nouvelle, qui décrit de manière très fine une histoire d'amour somme toute banale. La cristallisation et la révélation du sentiment amoureux chez Louis, qui est le personnage principal de cette histoire d'amour raté, et son évolution, sont brillamment rendues. La façon dont le sentiment amoureux se nourrit de concret (les lettres que Louis reçoit) pour s'évanouir peu à peu quand la communication est coupée à cause de la guerre et les raisons pour lesquelles Louis finit par se marier, puis reprendre contact avec la veuve du Conseiller sont incroyables de justesse. C'est pour moi un roman qui démontre que l'amour ne peut être reporté car il demande à s'épanouir à un moment donné et ne se satisfait pas des retards et des délais. Louis tentera bien de souffler sur les braises, pour s'apercevoir que leur amour est devenu une ombre qu'ils s'évertuent à saisir, chacun à leur manière (elle dans le recul, lui dans le désir). C'est très beau.


Stefan Zweig, Le voyage dans le passé (Die Reise in die Vergangenheit), Grasset (traduction de Baptiste Touverey, qui signe aussi un avant-propos), 102 pages de texte français, 173 pages en tout.


Les billets d'Emeraude (merci pour le prêt!) et Stéphanie


PS : le titre de mon billet est emprunté à Verlaine (avec son consentement, of course). Il s'agit du très beau "Colloque sentimental", dont deux vers (faux) sont évoqués par Louis à la fin de la nouvelle et qui rendent parfaitement l'esprit de ce Voyage dans le passé. Je vous livre le poème, car je vous sais avides de kulture, chers happy few (même le vendredi matin, ne niez pas!) :

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leur lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

Te souvient-il de notre extase ancienne?
Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve?
Non.

Ah! Les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches :
C'est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir!
L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

PSbis beaucoup plus prosaïque mais il paraît que l'on ne peut pas vivre que de poésie : demain, chers happy few, à partir de 7 heures, il y aura un jeu en ligne, jeu fondé non sur la rapidité des réponses mais sur leur justesse, vous pourrez donc jouer en vous connectant en soirée et même dimanche, c'est incroyable. Ne le ratez surtout pas car il y aura des cadeaux!

Commentaires

Bercée par les vers dans mon bol de café... Thanks! J'aime aussi beaucoup Zweig! Il a un style fabuleux!

Ecrit par : chiffonnette | 21.11.2008

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Merci pour cette poésie du matin Fashion, moi j'adore...

Oserais-je avouer que je n'ai jamais rien lu de Stephan Zweig...

Quelle inkulture. (Mais je suis de bonne voonté, je vais voir par quoi commencer !)

Ecrit par : Appollonia | 21.11.2008

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L'histoire de cette nouvelle (que je ne connaissais pas) et l'analyse que tu en fais me fait penser aux Parapluies de Cherbourg. C'est exactement cela : l'histoire d'un amour 'qui ne peut être reporté'.
Bref, cette nouvelle est une belle surprise, je l'ajoute à ma Virtual PAL. Comme quoi, plus de 60 ans après la mort de Stefan, on peut encore faire de belles découvertes :)

Ecrit par : Zag | 21.11.2008

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de toute façon on ne peut pas ne pas aimer Stefan, non ? ;-)

Ecrit par : Emeraude | 21.11.2008

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Bon, il faut absolument que ma biblio investisse dans ce titre ... prochain club de lecture mercredi prochain, faut que j'en touche un mot à la responsable :)

Ecrit par : Joelle | 21.11.2008

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Aaaaaaaaah ! Il me faut ce livre !! Chaque billet me donne encore plus envie de le lire que le précédent !
Et quel beau poème ! J'aime énormément Verlaine en plus.

Ecrit par : Lilly | 21.11.2008

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Aaaaaaaaah ! Il me faut ce livre !! Chaque billet me donne encore plus envie de le lire que le précédent !
Et quel beau poème ! J'aime énormément Verlaine en plus.

Ecrit par : Lilly | 21.11.2008

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Complètement d'accord avec toi sur ce que tu dis de Zweig et de la psychologie. C'est une des raisons pour lesquelles je l'adore, parce qu'il utilise toutes les découvertes de son temps sur le cerveau et la psychée, sans que jamais ce soit affecté, et toujours pour transporter le lecteur.
Et puis c'est émouvant, c'est l'un de ses derniers écrits... Et il n'est même pas dans mon recueil allemand... Je vais faire le siège de ma bibliothèque!!

Ecrit par : Mo | 21.11.2008

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Et dire que je n'ai encore rien lu de Stefan Zweig ! D'ailleurs, je me demande bien par quoi commencer...

Ecrit par : kathel | 21.11.2008

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Vite du papier, que j'écrive au Père Noël immédiatement ! (et c'est un classique d'accord, mais c'est aussi une nouveauté, si tu vois ce que je veux dire)

Ecrit par : levraoueg | 21.11.2008

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J'ai bien envie de le lire, ce petit roman et aussi de jouer à ton jeu!!!

Ecrit par : Pimpi | 21.11.2008

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Comme je l'ai dit chez Emeraude et Stéphanie, je veux lire cette nouvelle... j'aime beaucoup, beaucoup Zweig!! Quant au jeu... je vais me croiser les doigts fort fort pour trouver un ordi pour jouer à Montréal durant la fin de semaine... rien n'est moins sûr, pourtant...

Un jeu, des cadeaux... et moi qui n,est pas certaine d'en être... duuuur la vie!!!

Ecrit par : Karine :) | 21.11.2008

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C'est compliqué parce que quand je viens te lire, j'ai le coeur qui bat, je n'y tiens plus, je n'ai plus qu'une envie, c'est de sortir, courir acheter le bouquin dont tu parles. Ce n'est pas systématique, mais presque.
Et là... mon coeur bat la chamade (ça doit paraître idiot), tant tu me donnes envie de me laisser plonger dans la finesse et la justesse de cette écriture.
Nous y sommes, je suis en manque.
Mais comme j'ai une force de contrôle sur moi -même époustouflante, je vais le noter, et je l'achèterai dès que possible.
Merci Fashion.
PS j'adore ce poème de Verlaine. Re-merci (tu croules sous mes éloges, ne le nie pas ;o))

Ecrit par : May | 21.11.2008

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Oh mon dieu, mais c'est super triste !
(mais je sais, les histoires tristes font les meilleurs livres, et les meilleurs films, et les meilleurs poèmes, etc).
Puis je dois déjà lire "La pitié dangereuse", alors je ne peux pas tout faire.

En revanche, je suis grave contente qu'un jeu soit organisé ! C'est quoi, c'est quoi, c'est quoi ?

Ecrit par : erzébeth | 21.11.2008

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@chiffonnette : yep, absolument!
@appollonia : il faut commencer par "Lettre d'une inconnue", c'est sublimissime! :)))
@zag : ah, Stefan... :)))
@emeraude : je ne sais pas. C'est vrai que je ne connais personne qui l'ait lu sans l'aimer!
@joelle : il n'est pas très cher pour le format en plus! :))
@lilly : moi aussi j'aime beaucoup Verlaine... :))
@mo : fais donc, fais donc, n'oublie pas ton épée et ton armure! :)))
@kathel : chez Zweig, tout est sublime. Tu peux commencer par les célèbres "Joueur d'échecs" ou "24 heures de la vie d'une femme" ou "La confusion des sentiments". J'ai lu toute son oeuvre romanesque et mon préféré est "Lettre d'une inconnue". Un chef-d'oeuvre.
@levraoueg : oui, je vois ce que tu veux dire, mais je crois que je ne rattraperai pas Amanda, snif... :)))
@pimpi : j'espère que vous serez nombreux à jouer!
@karine :) : j'espère que tu trouveras un ordi! Un jeu sans toi, c'est un peu comme un jeu sans Erzébeth, c'est juste pas possible... :)))
@may : j'aime crouler sous les éloges. :)))
@erzébeth : il me tarde d'avoir ton avis sur "La pitié dangereuse"! Et pour le jeu, tu verras demain... :))) Je peux seulement dire que c'est un nouveau concept de jeu collectif, organisé avec 3 autres blogueuses. Le suspense est entier. :)))

Ecrit par : fashion victim | 21.11.2008

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Je suis passée ce matin, mais mon comm est parti dans l'espace sidéral... Je disais que le poème de Verlaine accompagnait superbement bien notre grisaille lyonnaise, et que ce Zweig, il va me le falloir, et vite! :-D

Ecrit par : maijo | 21.11.2008

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Je ne connaissais pas cette nouvelle de Stefan Zweig. Je note.
J'aime beaucoup cet auteur moi aussi. :)

Ecrit par : Leiloona | 21.11.2008

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Merci beaucoup pour ta réponse : je note ! ;-)

Ecrit par : kathel | 22.11.2008

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Encore un excellent conseil d'Emeraude !

Mais quel Déception pour ceusse qui commence par lire la fin ! de l'allemand :-(((

Ecrit par : Michel | 22.11.2008

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@maijo : la grisaille est chez nous aussi, et en plus aujourd'hui on se gèle, c'est affreux!
@leiloona : bienvenue au club! :))
@kathel : mais de rien!
@michel : :)))

Ecrit par : fashion victim | 23.11.2008

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