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16.04.2008
"Je suis hantée par les humains"
Allemagne, début 1939. Liesel a 10 ans et sa mère les conduit, son petit frère et elle, dans une famille d'accueil dans la banlieue de Munich. Le petit frère, Werner, décède pendant le trajet en train. Pendant son enterrment rapide dans une petite ville qui a le mérite de se trouver à côté de la voie de chemin de fer, sa soeur vole un livre, le premier d'une longue série. La Mort entreprend de nous raconter 4 ans de la vie de cette petite fille entêtée, courageuse et qui aime les mots...
Voilà un roman, chers happy few, qui divise manifestement la blogosphère en deux camps : les défenseurs acharnés de ce roman et ceux qui n'ont pas vraiment aimé, voire qui ont carrément abandonné. Et moi-même, là-dedans ? vous demandez-vous, car vous ne manquez jamais de vous interroger à bon escient. Eh bien je n'irai pas par quatre chemins chers happy few, pour vous révéler que j'ai adoré ce roman, qui a tous les attributs pour devenir un classique de la littérature jeunesse. L'histoire est formidable et bouleversante (j'avoue tout, j'ai pleuré à la fin, ce qui ne m'arrive pas si souvent, chers happy few!), très bien construite : sa linéarité est parfois entamée par des projections dans le futur qui ôtent le suspense mais pas l'envie de savoir comment les choses se sont déroulées (car parfois le chemin pour parvenir au but importe plus que le but lui-même). Les personnages sont incroyablement attachants, on vibre au son de la voix de Hans, le père nourricier, on a peur pour Rudy (le voisin très sympathique) et Liesel, on sourit de la tendresse bourrue de Rosa, la femme de Hans, on tremble au bruit des bottes nazies et on éprouve une immense pitié pour ces Allemands pauvres et dignes, qui tâchent de survivre et de protéger les leurs chacun à leur manière. J'ai beaucoup aimé la narration, assurée par la Mort en personne, toute en finesse, pleine d'humour et de poésie. C'est très astucieux d'avoir choisi la Mort pour raconter l'histoire de Liesel, car cela permet un point de vue original sur les faits et une réflexion sur l'humanité, la guerre, le nazisme, la déportation des Juifs, la lâcheté, l'héroïsme, la vitalité de l'enfance, l'amitié, l'amour... , le tout sans s'appesantir, comme en passant, comme un de ces nuages que vénère Liesel, aux couleurs et aux formes inattendues, car la Mort est compatissante et légère, elle prend les âmes dans les bras, surtout celles des enfants. Et bien sûr, il faut dire un mot de la place des livres et des mots dans cette histoire, les mots qui déchirent et qui endoctrinent mais aussi ceux qui sauvent. A ce titre, les passages où Liesel, dans l'abri anti-aérien fait la lecture à ses voisins, sont très beaux, de même que les livres que dessine pour elle Max, le Juif caché dans le sous-sol (ah, l'histoire de l'homme-plume)!
C'est un excellent roman extrêmement riche et foisonnant, d'une incroyable densité, un roman sur la guerre et sur l'écriture, sur l'amour et sur la transmission, un roman qu'il faut absolument lire, chers happy few!
Markus Zusak, La voleuse de livres (The book thief), Pocket jeunesse (broché et poche) (traduit de l'anglais (Australie) par Marie-France Girod)
Celles qui ont adoré : Lilly, Emjy
Celle qui a bien aimé : Karine
Celles qui sont très mitigées : Amanda, Clarabel
Celle qui a abandonné: Gachucha
(n'hésitez pas à me donner vos liens dans les commentaires!)
PS : le titre de ce billet est une phrase empruntée à la narratrice, dont décidément j'adore le style, et qui est la dernière phrase du roman.
06:30 Publié dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note
Commentaires
Ecrit par : Emeraude | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Appollonia | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Emmyne | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : amanda | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Aelys | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Pimpi | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Clarabel | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : yueyin | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Lucile | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Emmyne | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Joelle | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Karine | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEt oser balancer la dernière phrase, pfff...! Si ce n'est pas une vile manière de nous tenter, ça...
(mais finalement, je crois qu'on aime ça :)) )
Ecrit par : erzébeth | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : virginie | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireTu devrais nous mettre sur le côté, genre en blog-it express, les livres que tu es en train de lire, comme ça on le saura avant, si on doit lutter contre la tentation de venir te lire !!!
Trève de plaisanterie, tu ne nous donne pas le choix de le lire ou pas !
Ecrit par : May | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Mo | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : chiffonnette | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : BelleSahi | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Frédérique | 16.04.2008
Répondre à ce commentaire@appollonia : je ne sais pas... C'est vraiment bouleversant, j'en ai pleuré et j'en ai eu les larmes aux yeux plusieurs fois.
@emmyne : ah, une autre dans le clan des pro-la voleuse! Super! Tu as fait un billet ?
@amanda : ah, la cruelle question de l'âge de lecture... :)) Vu la densité de l'histoire et la narration que je trouve vraiment poétique, je dirais pas avant la 3ème (je raisonne toujours en terme de classe, déformation professionnelle) mais bon, un très bon lecteur peut y tomber avant...
@aelys : j'espère que tu seras convaincue!
@pimpi : fais donc, fais donc! :))
@clarabel : de toute façon, même ce qui est édité en ado trouve preneur chez les adultes : ah, Edward... *soupir* :D
@yueyin : je lis très peu de romans de guerre, la Seconde Guerre Mondiale c'est effectivement très dur...
@lucile : fais-le, il le vaut bien!
Ecrit par : fashion victim | 16.04.2008
Répondre à ce commentaire@joelle : vivement ton billet alors! :))
@karine : c'est vraiment marrant cette histoire de narration, parce que je n'arrive pas à comprendre ce qui a tant déplu à tout le monde. J'ai trouvé le style au contraire très accrocheur.
@erzébeth : vous êtes des masos qui en redemandez, alors ? :)))) (et tu sais, il y a de formidables romans vietnamiens... :)))
@virginie : moi aussi, je range les bouquins sur une étagère "en attendant"... :)))
@may : ah, non, je ne mets pas ce que je lis en avance parce qu'après bonjour la pression si tu abandonnes le bouquin ou si tu en ouvres un autre... :)))
@mo : je sature avec les témoignages, c'est tellement atroce, je ne peux plus. La fiction est parfois aussi puissante...
@chiffonnette : à mon avis, c'est un bouquin pour toi, ça!
@bellesahi : elle a décidément très bon goût ta copine libraire! :))
@frédérique : c'est vraiment un très beau roman, tu ne devrais pas regretter ton achat!
Ecrit par : fashion victim | 16.04.2008
Répondre à ce commentaireje n'ai pas été plus emballée que ça
Ecrit par : pom' | 17.04.2008
Répondre à ce commentairehttp://laloula.over-blog.com/article-16021034.html
Ecrit par : Loula | 17.04.2008
Répondre à ce commentaire@loula : merci pour le lien!
Ecrit par : fashion victim | 17.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Clarabel | 19.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion victim | 19.04.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : anjelica | 20.04.2008
Répondre à ce commentairehttp://lilioregane.canalblog.com/archives/2008/04/21/8898316.html
Ecrit par : Bellesahi | 21.04.2008
Répondre à ce commentaireSortie de son contexte, je pense que Liesel aurait pu la prononcer elle-même en toute sincérité, ainsi que n'importe quel autre anonyme ayant vécu l'enfer de la Seconde Guerre (tout comme de la première, d'ailleurs) et de la Shoah...
Et, sans avoir lu le roman, je me demande si au fond ce sentiment retranscrit linguistiquement par la Mort n'est-il pas l'unique qui, finalement, appartient aussi à tout être humain, d'une façon ou d'une autre, et n'est pas seulement imputable à celle que nous craignons tous ?
Et en ce cas, n'est-ce pas symboliquement qu'il est exprimé à la toute fin ?
Je trouve cela ingénieux que la narratrice soit la Mort elle-même : au fond, cela ne nous permet-il pas de dédramatiser, de prendre un certain recul "romanesque" sur cette période archaïque et floue ?
Ecrit par : Esis | 30.04.2008
Répondre à ce commentaire@bellesahi : merci pour le lien!
@esis : le fait que la mort soit la narratrice permet effectivement de prendre du recul par rapport à l'histoire racontée, ce qui n'est pas plus mal...
Ecrit par : fashion victim | 04.05.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Eléonore Hamaide | 05.04.2009
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