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28.02.2008
Mise Eire
Dans les années 70, Antoine, luthier parisien, se prend d'amour pour l'Irlande du Nord et le combat des catholiques. Il y va souvent, se fait des amis, mais il ignore, comme tout un chacun, que celui qu'il admire le plus, le fameux Tyrone Meehan, est en réalité passé à la solde de l'ennemi britannique et qu'il trahira pendant plus de 20 ans...
Voilà un roman, chers happy few, qui a reçu un accueil critique plutôt très favorable, et qui m'a pour ma part, complètement laissée à quai. Je n'ai pas accroché du tout à cette histoire, pour plusieurs raisons, dont la principale tient à la personnalité du narrateur et personnage principal, Antoine, taiseux et solitaire, quitté par sa femme et qui a peu d'amis, et qui est, disons le mot, assez antipathique. Je n'ai pas réussi à comprendre quelles étaient ses motivations quand il se prend tout à coup d'amour pour cette cause qui n'est pas la sienne, tant ses raisons semblent lui rester obscures à lui aussi. C'est un personnage assez niais, qui parce qu'il semble avoir trouvé un semblant de famille en la personne de Jim O'Leary puis de Tyrone Meehan, tient des propos assez étonnants sur "la guerre propre" et justifie naïvement le terrorisme et la mort des civils (Tyrone Meehan le reprend d'ailleurs vertement). N'éprouvant aucun empathie pour cet homme, qui pense qu'on devient Irlandais en portant des pantalons trop courts et une veste en tweed (ce qui prouve d'ailleurs son besoin d'appartenance à une famille, comme un enfant solitaire), j'ai eu beaucoup de mal à finir ce roman, gênée que j'étais par la sensation que ce roman n'était pas tout à fait de la fiction, ce en quoi j'avais raison, puisque les renseignements que j'ai glanés ça et là une fois le roman refermé m'ont appris qu'il s'agit d'un décalque de l'histoire de Denis Donaldson, membre de l'IRA dont on a appris une fois les hostilités cessées, qu'il avait été un traître à la solde des britanniques. Sorj Chalandon, qui a reçu le prix Albert-Londres pour ses articles sur le conflit en Irlande du Nord, s'est donc inspiré de sa propre expérience pour écrire ce bouquin. Et, s'il ne me viendrait pas à l'idée une seconde de critiquer son travail de journaliste, je dois bien avouer que son travail de romancier laisse un peu à désirer... Outre le fait que la réalité se fait bien trop sentir à mon goût, et qu'il ne trouve pas de justification au geste de Tyrone (ce qui est quand même censé être le fond du roman, comprendre comment et pourquoi on peut en arriver là quand on a été un héros de la rebellion), j'ai été gênée par le style, qui comprend carrément des incorrections (comme "les sourcils broussailles" ou "le visage cire", mais qui sont peut-être imputables à la correction), des tournures étranges comme l'expression "comme si de rien" qui revient très (trop) souvent et une ponctuation aléatoire ("Je ne sais plus comment. Je me suis retrouvé dans mon atelier." pour ne donner qu'un exemple). Il y avait dans cette histoire la base d'un excellent roman, qui aurait pu se pencher avec justesse sur la trahison et l'engagement, on se trouve au final avec un roman lourd et long (il ne fait pourtant que 276 pages), qui n'est pas même l'ébauche de ce qu'il aurait pû être. Dommage.
Un roman que je ne vous conseille pas, chers happy few, mais dans un souci d'objectivité, je vous mets plus bas les liens de gens emballés!
Sorj Chalandon, Mon traître, Grasset
Les avis, donc de Rue 89, de e-litterature, du Nouvel Obs et de Zazieweb
Le billet enthousiaste de La liseuse (qui cite au passage un extrait d'une interview de Chalandon qui explique que ce roman est pratiquement un premier jet tellement il y est peu revenu : le style s'explique donc...)
Une interview de Sorj Chalandon ici
Roman lu dans le cadre de l'opération Masse critique de Babelio
PS : le titre de ce billet est le titre d'un des chapitres, et signifie "Je suis l'Irlande."

06:30 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
Commentaires
Écrit par : cathulu | 28.02.2008
Répondre à ce commentairebiZe
Écrit par : fafa | 28.02.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : goelen | 28.02.2008
Répondre à ce commentaire@fafa : je suis peut-être un peu trop cartésienne, mais je n'arrive pas à comprendre qu'on trahisse sans raison. D'ailleurs le personnage en a une mais il refuse de la donner et surtout, pas d'explication de la part du romancier or à quoi sert la fiction si ce n'est à donner libre cours à son imagination et à expliquer ? C'est là toute la limite de ce roman, on sent vraiment trop le journaliste derrière et pour moi, entre romancier et journaliste il y a une marge que Sorj Chalandon n'a pas encore franchie...
@goelen : le facteur n'est pas encore passé, en plus j'ai des critiques en retard, je vais donc faire deux billets par jour. Là, je vais enfin chez le Suédois, billet lotobook dans l'après-midi! :)))
Écrit par : fashion victim | 28.02.2008
Répondre à ce commentairehi hi hi, ca ferait rire mon mari ca!
"Outre le fait que la réalité se fait bien trop sentir à mon goût"
C'est assez pour me degouter de le lire. J'ai entendu trop de temoignages, rencontre trop de gens qui ont souffert ou on fait souffert les autres.
Mais le fait qu'un etranger prenne cette cause pour la sienne est loin d'etre une rarete. Beaucoup d'americains ont donne de l'argent a l'IRA apres tout (et c'est bien documente dans tout un tas de films). Le fait qu'ils voient ce combat comme le leur is "beyond me" comme on dit ici!
Écrit par : Mélanie | 28.02.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : LVE | 28.02.2008
Répondre à ce commentaire@ Cathulu : Babelio ne vous oublie pas. Mais ce sont les éditeurs qui se chargent des envois, et certains sont plus rapides que les autres. Nous leur tirons l'oreille, mais pas trop fort, pour qu'ils continuent à participer à Masse Critique !
Écrit par : Guillaume | 28.02.2008
Répondre à ce commentaire@Guillaume : merci de cette info, moi aussi je guette l'arrivée de mon livre "Masse Critique" avec impatience ! :-)
Écrit par : Tamara | 28.02.2008
Répondre à ce commentaireComme quoi, tu n'es pas aussi tricheuse que ta récente réputation le laissait croire !! :-p
Écrit par : Tamara | 28.02.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : lamousme | 28.02.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Karine | 28.02.2008
Répondre à ce commentaireA la base, le thème m'inspirait pas des masses, donc je n'hésite pas à passer mon tour.
...
Je reste quand même admiratif devant ta capacité à terminer des livres ennuyeux. Pour ma part (et même pour seulement 276 pages), je n'aurais pas hésité à lâcher l'affaire au bout de 50 pages.
...
Quelle conscience professionnelle, ma chère Fashion ! :)
Écrit par : Zag | 28.02.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : La liseuse | 28.02.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Florinette | 28.02.2008
Répondre à ce commentaire@LVE : tu as bien raison! :))
@guillaume : mais de rien, je vais essayer de la poster sur Babelio!
@tamara : c'est marrant, je lisais ce bouquin en salle des profs l'autre jour et une collègue qui lisait par dessus mon épaule m'a fait la même remarque sur ce titre de chapitre...:))) Mais non je ne suis pas une tricheuse! :)))
@lamousmé : un de moins! :)))
@karine : surtout que la plume romanesque peut tout se permettre, toutes les libertés, toutes les audaces, et au moins proposer des pistes... Décevant.
@zag : je n'ai pas lâché l'affaire parce que c'était un bouquin "masse critique". Sinon, j'avoue que j'aurais abandonné...
@la liseuse : je n'arrive pas à concevoir qu'aimer un pays parce qu'on y est allé trois fois en vacances fasse basculer qqun aussi naïvement (parce qu'il en tient une couche quand même cet Antoine) dans une guerre qui n'est pas la sienne. Il me faut plus d'explications... :))) (et je rajoute ton lien dans mon billet)
@florinette : pour faire bonne mesure, j'ai aussi lu des avis négatifs sur "Une promesse"... Mais je ne veux pas te décourager... :)))
Écrit par : fashion victim | 28.02.2008
Répondre à ce commentaireJe l'ai fait mettre de côté à la médiathèque, donc je le lirai sans aucun problème et vous dirai ce que j'en pense. Je suis de toute façon sûr, que le roman n'égalera pas l'histoire réelle de Denis Donaldson!
A bientôt.
Yvon
Écrit par : Eireann Yvon | 29.02.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion victim | 29.02.2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 29.02.2008
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