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23.01.2008
Ruée vers l'or
Frona Welse, fille d'un riche commerçant du Klondike, revient au pays après 10 ans passés en Europe et aux Etats-Unis pour étudier. Cette jeune femme déterminée et indépendante est courtisée par deux hommes : le bellâtre Gregory Saint-Vincent et l'aventurier Vance Corliss...
Il s'agit là du premier roman de Jack London, chers happy few, publié pour la première fois en 1902 (il était cependant déjà célèbre car il avait publié deux recueils de nouvelles, Le fils du loup et En pays lointain). A ce titre, il est vraiment très intéressant car il contient déjà les thèmes que London développera dans tous ses romans ultérieurs : la nature sauvage et indomptable (ici le Klondike, à l'extrême nord-ouest du Canada), la survie des hommes dans un milieu très inhospitalier, fait pour révéler la grandeur ou la lâcheté qui sommeillent en eux, contraints de dévoiler leur réelle personnalité face aux grandioses éléments (vous remarquerez que cette lecture m'a rendue lyrique, chers happy few, c'est un effet secondaire heureusement temporaire) (enfin, j'espère) et les rapports qu'entretiennent ces hommes et ces quelques femmes, rapprochés par la sauvagerie du monde et leur commune passion pour l'or.
Comme d'habitude, les descriptions de la nature glacée sont magnifiques : on a vraiment l'impression en lisant ce roman d'entendre les mocassins crisser dans la neige, de sentir la morsure du gel et de voir l'étrangeté des aurores boréales. Il faut ajouter à cela le point de vue original adopté pour la narration : le récit, narré à la troisième personne, suit le personnage de Frona Welse, femme étonnamment moderne, dont l'indépendance et le courage font d'elle un personnage extrêmement attachant et du roman un roman féministe. London en profite au passage pour battre en brèche quelques préjugés sexistes, notamment à propos des femmes de moeurs légères qui suivaient les prospecteurs. Frona se fait le défenseur de toutes les femmes, balayant d'un revers de main les préjugés sur la réputation pour leur substituer la réhabilitation du mérite personnel (que s'arrogent d'ailleurs les hommes pour eux-mêmes, aucune mauvaise réputation ne résistant aux rigueurs du Grand Nord et la solidarité étant nécessaire à la survie). L'histoire est pleine de rebondissements (la scène de la débâcle du Yukon et du sauvetage du messager blessé est tout simplement extraordinaire) et l'histoire d'amour assez intéressante dans la mesure où Frona semble se décider pour le lâche et menteur Saint-Vincent, personnage ambigü, détesté par les hommes, adoré par les femmes, qui a bâti une solide réputation sur du vent...
Il faut dire un mot de la révision de la traduction : celle de Louis Postif, qui datait de 1931, avait volontairement adouci certains passages que nous jugeons de nos jours carrément racistes. Frona Welse tient parfois des propos choquants sur la hiérarchie des "races" (j'emploie là le mot de London), établissant une espèce de pyramide des hommes, au sommet de laquelle se trouvent les Anglo-Saxons, fiers héritiers des Vikings et seuls méritant de conquérir le monde. Dans sa très intéressante préface, Noël Mauberret attribue ces remarques à l'éducation reçue par London et à ses contradictions : il a publié des manifestes contre le lynchage et certaines de ses nouvelles sont carrément anti-racistes (comme celles contenues dans Les Enfants du froid, qui racontent la conquête de l'Alaska du point de vue des Indiens, "Le païen" (in Contes des mers du Sud) ou "Kolau le lépreux" (in Histoires des îles)). De plus, il est difficile de savoir dans le roman s'il partage les idées de la jeune femme : si l'on considère, comme la plupart des commentateurs de l'oeuvre de London, qu'il s'est beaucoup projeté dans le personnage de Vance Corliss, on ne peut que remarquer que ce dernier contredit souvent la jeune femme quand elle se lance dans ses discours enflammés.
Dans cet univers impitoyable s'agitent des hommes et des femmes animés d'un même désir d'aventures et de richesse, modelés par le froid, solidaires et courageux : je ne peux que vous recommander chaudement de faire leur connaissance chers happy few!
Jack London, Une fille des neiges (A daughter of the snows), Phébus, Libretto, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Louis Postif, traduction revue et complétée par Frédéric Klein.
PS : une carte du Klondike, parce que, je ne sais pas vous, chers happy few, mais moi je ne savais pas du tout où se trouvait cette austère contrée...

Le musée virtuel du Klondike.
Roman lu dans le cadre du Challenge Celebrate the author du mois de janvier (1/12)
Le billet de Bladelor sur Patrouille de pêche.
Billets de février : John Steinbeck et Lune noire.
Commentaires
Bon, tu me rassures, je ne suis pas la seule à ignorer où c'est et ce que c'est (mais plus pour longtemps ;o)
ça me tente, ça me tente, ce livre a l'air génial, et je raffole tellement du style de Jack que je crois que je vais plonger sans tarder dans ce roman de saison.
Tu écris vraiment bien, c'est toujours un plaisir de te lire.
Ecrit par : May | 23.01.2008
Répondre à ce commentaireEn revanche, je n'ai pas lu celui-là, à lire, donc...
Ecrit par : Soeur Anne | 23.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Fantômette | 23.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : bladelor | 23.01.2008
Répondre à ce commentaire@soeur anne : j'ai comme l'impression que nous avons eu pas mal de passions adolescentes communes... :))
@fantômette : ben c'est dommage, parce que c'est vraiment bien et moi le grand froid, il n'y a que comme ça que je le supporte (je suis une aventurière de folaïe n'est-ce pas ?:)))!
@bladelor : ce qui est bizarre au sujet du racisme c'est qu'il était réputé pour super bien traiter les ouvriers de son ranch (qui étaient de toutes origines) et qu'il a même eu des soucis parce qu'il les payait trop... Tout ça est très contradictoire, mais je m'en tiens à mon explication : c'est un personnage qui parle et pas lui...
Ecrit par : fashion victim | 23.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Karine | 23.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : cathulu | 24.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : nath | 24.01.2008
Répondre à ce commentaireje vous rappelle que j'ai enregistré 2 paris, donc 2 volontaires pour gagner un cadeau glamour ;)
Ecrit par : Arbitre spécial challenge ABC de Fashion :) | 24.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : amanda | 24.01.2008
Répondre à ce commentaire@cathulu : ah oui, côté froid tu exagères un peu toi, non ? :)))
@nath : bonne journée!
@arbitre spécial challenge ABC de Fashion : il fallait bien que je fasse un billet sur mon livre de janvier! Le challenge ABC peut bien attendre un peu... :))) Il n'y a que deux paris enregistrés ? ça alors, les happy few ont vraiment confiance en mes capacités challengesques! :p
@amanda : ah, pauvres PALs! (et je compatis, vu tout ce que j'ai rapporté mardi soir... je n'ai même pas défait le sac, histoire de ne pas faire pleurer les bouquins qui croyaient que c'était enfon leur tour d'être lus...:)))
Ecrit par : fashion victim | 24.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : goelen | 24.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : May | 24.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : canthilde | 24.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : May | 24.01.2008
Répondre à ce commentaireSur Into the wild... Ben, en même temps il n'est pas si sympathique que ça le personnage! Et puis bon avec le paysage autour...
Ecrit par : chiffonnette | 24.01.2008
Répondre à ce commentaire@may : c'est vrai que ça peut jouer, mais il y a parfois des bouquins qui influencent le climat (comme Millenium:)))!
@canthilde : tu es la première à parler de la fin atroce de "Into the wild", du coup j'ai pris quelques renseignements et ce sera sans moi... Lis London, va plutôt...:)))
@may : moi aussi je vais m'abstenir!
@chiffonnette : de l'intérêt d'avoir un blog : ça pallie la mémoire de poisson rouge! :)))
Ecrit par : fashion victim | 24.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : May | 25.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Caro[line] | 25.01.2008
Répondre à ce commentaire@caro[line] : tu as tort ma chère, tu as tort, c'est de la très belle ouvrage!
Ecrit par : fashion victim | 25.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : canthilde | 25.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion victim | 25.01.2008
Répondre à ce commentaireMais quelqu'un a des titres de films qui font du bien, je suis preneuse !
Ecrit par : Fantômette | 26.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion victim | 27.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Fantômette | 27.01.2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion victim | 28.01.2008
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