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23.08.2007
"Et une odeur, une rumeur de vieux navire..."
Comme vous le savez bien évidemment, chers happy few, et comme vous l'éprouvez régulièrement dans votre chair, Internet est une source inépuisable de tentations. On se promène en toute innocence, on vagabonde avec légèreté de blog en blog (pour un peu une chanson de Michel Legrand nous servirait de bruit de fond) on note des titres sur un joli carnet rose et avant d'avoir eu le temps de dire ouf on sort de la librairie les bras chargés et l'épaule douloureuse et on se retrouve plongé, au hasard, dans Le chardon et le tartan...
Parfois, plus pernicieux, c'est dans les commentaires qu'un happy few malin vient déposer, l'air de rien, un titre, voire deux, titres qui bien évidemment iront grossir les rangs désordonnés de nos LAL... Et parfois, pire encore , un titre est laissé dans les commentaires accompagné de menaces comminatoires, et même, n'ayons pas peur des mots, du chantage le plus terrible. C'est ce à quoi s'est livré M. Wilde (Christian, pas Danny), l'autre jour, menaçant de vouer aux gémonies, de torturer à coup de lecture de SAS ou de Danielle Steel, voire même de ne plus parler à ceux qui n'auraient pas lu

La dernière escale du tramp steamer d'Alvaro Mutis.
Et comme je suis extrêmement disciplinée et peu téméraire, je me suis exécutée, vous pensez bien.
Voilà un étrange récit. Le narrateur, Alvaro Mutis lui-même, erre de par le monde pour les besoins de son travail (obscur, mais en rapport avec la mer). Il croise quatre fois la route d'un bateau rouillé, un tramp steamer qui s'appelle l'Alcyon et qui surgit toujours dans des endroits improbables, épave terrible que l'on croirait prête à sombrer. Ces rencontres marquent le narrateur qui se sent étrangement lié à ce navire. Hasard de la vie (mais existe-t-il vraiment ?), le narrateur fait la connaissance de Jon Iturri, un basque qui a été le capitaine de ce navire fantôme et qui lui raconte son histoire : celle de son amour pour la belle et lumineuse Warda...
C'est un récit à la construction très maîtrisée, qui raconte trois histoires : celle du narrateur, poursuivi par ce bateau dans des endroits aussi différents qu'Helsinki en hiver (saviez-vous, chers happy few, que par temps clair, on voit surgir Saint Pétersbourg au large du port d'Helsinki), les Caraïbes ou la Jamaïque, et qui finit par voir en ce navire "comme le témoignage de notre destin sur terre"; celle de Jon et de Warda, qui mêle une très belle histoire d'amour et l'histoire du navire et qui est un récit dans le récit puisque Jon raconte cette histoire au narrateur au cours des longues nuits sans sommeil qu'ils passent tous deux sur le remorqueur qui les mène à leur destination; et enfin celle que le narrateur raconte à celui à qui est dédié le récit, Gabriel Garcia Marquez.
Rédigé dans une très belle prose, c'est un récit romanesque sans être un roman, où les références littéraires servent la compréhension du récit. Ainsi, les allusions à Dante nous permettent de voir le capitaine Iturri comme une âme damnée et errante (il a perdu l'amour), comdamné à raconter (mais une seule fois) son histoire, une histoire d'amour banale qui prend des dimensions mythologiques (l'Alcyon est un oiseau mythique qui fait son nid sur les flots, comme le navire sert de nid d'amour à Jon et Warda). J'ai retrouvé dans cette histoire des échos du Vaisseau fantôme et de son capitaine damné, dans la façon que le bateau a de surgir et de se traîner vers des destinations inconnues...
Chers happy few, voilà un récit qui, à l'instar du tramp steamer, me hantera longtemps...
Alvaro Mutis, La dernière escale du tramp steamer, Les cahiers rouges, Grasset.
PS : le titre de ce billet est le premier vers du poème de Neruda mis en exergue de ce récit et que je vous livre en entier (Flo appréciera) :
Et une odeur, une rumeur de vieux navire,
de bois pourris et de fers avariés,
la fatigue, l'aboi et les pleurs des machines
poussant la proue et frappant les côtés,
mâchant les lamentations, avalant et avalant des distances,
faisant un bruit d'aigres eaux sur les aigres eaux,
déplaçant le vieux bateau sur les vieilles eaux.
"Le Fantôme du navire marchand" in Résidence sur la Terre, I, trad. de Guy Suarès
11:35 Écrit par fashion dans Littérature colombienne | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note
Commentaires
Ceci dit c'est peut être aussi la preuve que ce livre t'as réellement envoutée.
En tant que groupie hystérique du Hollandais Volant, Fascinée depuis toujours par les thèmes abordés par l'auteur, passionnée par les voyages, par les bateaux les fantômes les bateaux fantômes, fan de Marquez et de Neruda...je ne peux que me moucher et filer le chercher.
Celui là il est pour moi ! :)
Bizsnirfl
Écrit par : Fafa, terreur épuisée | 23.08.2007
Répondre à ce commentairePlus que ça, c'était juste pas possible, même si je suis amoureuse de Colin et que je suis un peu niaise parfois...
Voilà, donc aucun regret...
Écrit par : violette | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : khassiopee | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Zag | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Tamara | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Béatrice | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Béatrice | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : khassiopee | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireSauf "L'Ancre des rêves" mais je ne retourne pas le couteau dans la plaie ;)
Écrit par : Flo | 23.08.2007
Répondre à ce commentaire@violette : un bon navet des familles comme on les aime donc (je te rappelle que c'est pour ça que cet homme m'est destiné, le fait que tu n'aies pas tenu plus d'une demi-heure prouve bien que tu n'es pas digne de lui:)))
@khassiopée : tu n'es pas trop loin de Toulouse et là tu devrais trouver ton bonheur!
@zag : pfff, et tu crois que j'ai le pied marin ? C'est l'excuse la plus bidon de l'année... :))
Écrit par : fashion victim | 23.08.2007
Répondre à ce commentaire@béatrice : tu pars quand ? J'ai loupé le "contact" sur ton blog mais j'ai répondu à ton mail...
@khassiopée : m'en parle pas, on l'a prise la pluie, sortis que nous étions voir si cette fête du pruneau était festive... :))
@flo : c'est malin de me parler encore de "L'ancre des rêves"! :))
Écrit par : fashion victim | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : lamousmé | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireJ'aime beaucoup les histoires d"âmes damnées et errantes " ( elles vont errer où, nos âmes, vous y pensez de temps en temps à l'âme de ZAG vomissant sur un vieux rafiot pour l'éternité et les siècles des siècles,hahaha, pardon:):)
Je note ce titre d'Alvaro Mutis dont j'avais aimé La neige de l'amiral!
Écrit par : Marie | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireMoi aussi, j'avoue que j'ai pensé à ce livre en lisant ton avis sur ce livre. Tu me donnes par ailleurs très envie de plonger dedans.
Écrit par : May | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : khassiopée | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireJe devrais pouvoir tenir...:-)
A bientôt...
Écrit par : Béatrice | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireEt pardonne moi la jolie répétition de mon commentaire précédant... je vais me coucher !
Écrit par : May | 23.08.2007
Répondre à ce commentaire@lamousmé : je pense bien, je pense d'ailleurs que personne ne se sent concerné par ces mots... :)))
@marie : moi aussi les âmes errantes, j'aime bien (mais non ce n'est pas glauque:)) et j'imagine bien l'âme de Zag ayant le mal de mer sur le Styx (et moi aussi d'ailleurs, vu que j'ai tout le temps le mal de mer, y compris sur les ferrys...) Pauvre Charon!! :)) (et je note bien évidemment l'autre titre de Mutis, ce qui est la preuve de ce que j'avance dans le deuxième paragraphe de ce billet maritime)
@may : c'est une longue histoire, je ne l'ai toujours pas lu, Yueyin et Flo ont tellement aimé qu'elles voulaient me l'offrir mais ils ne l'avaient plus chez Ombres Blanches...
@khassiopée : ben, en fait, il pleuvait tellement qu'on a rebroussé chemin... :(( (et évidemment, le soleil est sorti dès qu'on est rentré) C'était bien ?
@béatrice : Bonnes vacances à toi (et j'espère que tu vas vraiment aimer le Jasper Fforde qui est un de mes "grands cris d'amour":))
@may : je te pardonne bien volontiers ne t'inquiète pas!
Écrit par : fashion victim | 23.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : yueyin | 24.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Zag | 24.08.2007
Répondre à ce commentaireBon, moi, je sautille comme disait je ne sais qui - j'aime beaucoup cette idée de sautillement, c'est aérien- de blog en blog, sauf que je suis retombée ici ,et que j'ai l'impression que je m'affale, plutôt ( y a combien de l?)
C'est trop tard, d'après ce que j'ai compris pour Béatrice alias Patricia. Millenium et l'affaire Jane Eyre, on tient 3 jours, pas plus. Même à LA .
Une fête du pruneau??? Pour de vrai? Oh, mais que c'est exotique :):)
Écrit par : Marie | 24.08.2007
Répondre à ce commentaire@zag : le vomi éternel, mmh, quelle image évocatrice... :))
@marie : je crois qu'elle va à NY, alors peut-être en aura-t-elle assez pour 15 jours (à mon avis, elle en aura juste assez pour l'avion...:)) N'est-ce pas que le pruneau c'est exotique ? Sauf qu'ici pas du tout puisque c'est ZE spécialité locale... :))
Écrit par : fashion victim | 24.08.2007
Répondre à ce commentaireTon billet est truffé de tags qui font "ting!", il me le faut! Jusqu'à la collection que j'adore. Bref, il faut savoir suivre les signes.
Écrit par : ekwerkwe | 24.08.2007
Répondre à ce commentaireQuand je pense que tu es passée à côté de ça... ;o))
Écrit par : May | 24.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : khassiopee | 24.08.2007
Répondre à ce commentaire@may : je vais me le procurer, promis! :))
@khassiopée : ah bon, à ce point ? :))
Écrit par : fashion victim | 24.08.2007
Répondre à ce commentaireApparemment pas trop.
Heureux alors!
Écrit par : C. Sauvage | 03.09.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion victim | 03.09.2007
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