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26.05.2007
Les souvenirs sont cors de chasse / Dont meurt le bruit parmi le vent
Hier soir, chers happy few, je fus accueillie à la sortie du métro par un ciel d'un gris laiteux, bas et lourd, qui pesait comme un couvercle sur Paris. A peine avais-je gagné l'abri de mon appartement que l'orage éclata violemment et la lumière devint subitement étrange, jaunâtre, presque glauque.
Bref, vous l'aurez compris, chers happy few, un temps idéal pour se livrer à de puissantes réflexions poétiques (car oui, pour moi, la poésie (de même que la littérature victorienne et certaines pièces de Shakespeare) est associée à l'orage , allez savoir pourquoi, notre ami Sigmund aurait certainement une explication très intéressante à nous fournir, mais comme il ne répond pas au téléphone, la question restera momentanément en suspens...)
Or ça tombe bien puisque circule en ce moment une chaîne poétique, initiée par le livrophile. Pendant longtemps, chers happy few, j'ai été totalement hermétique à la poésie. Je ne trouvais pas grand intérêt à ces bouts rimés et je subissais la poésie comme une partie du programme à laquelle on ne peut se soustraire, et ce, malgré l'enthousiasme parfois délirant de certains professeurs (j'en ai eu un qui montait sur une chaise à chaque fois qu'il déclamait un vers, et comme son cours était entièrement consacré à la poésie, le brave homme a passé l'année perché comme un corbeau, un autre cumulait un goût de la poésie et un goût de la musique et il avait demandé à ses étudiants (dont j'étais) de chanter un lied de Schuman pour valider l'U.V, un autre, médiéviste, lisait les ballades de Charles d'Orléans en restituant l'accent du Moyen-Age à grands renforts de "r" rocailleux et de "ou" pour des "u", en agitant frénétiquement sa moustache et je ne vous parle même pas de celui que Lautréamont faisait entrer dans une espèce de transe mystique à la limite de la lévitation...).
Et puis un jour, au hasard d'un programme, j'ai été contrainte, à mon corps défendant, déjà résignée à l'ennui profond que je voyais se profiler derrière la couverture blanche, d'ouvrir un énième recueil de poèmes. Et j'ai enfin eu le choc que j'attendais. Un éblouissement.
Ce recueil c'était Alcools, d'Apollinaire.
C'est lui qui m'a ouvert les portes de l'émerveillement poétique, qui m'a fait me replonger avec ravissement dans tous ces poèmes qui m'avaient fait bailler, c'est grâce à lui que je m'exalte à mon tour en faisant étudier des poèmes de tous les Charles, Arthur, Jacques, René, Paul, Louis et consorts de la littérature française. C'est donc à lui que je rends hommage aujourd'hui...
Signe
Je suis soumis au Chef du Signe de l'Automne Partant j'aime les fruits je déteste les fleurs Je regrette chacun des baisers que je donne Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs
Mon Automne éternelle ô ma saison mentale Les mains des amantes d'antan jonchent ton sol Une épouse me suit c'est mon ombre fatale Les colombes ce soir prennent leur dernier vol
Guillaume Apollinaire, Alcools, 1920
Et vous, chers happy few, quel est votre éblouissement poétique ?
10:20 Écrit par fashion dans Choses vues | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note
Commentaires
Bien sûr je n'ai rien compris mais j'avais décidé : tandis que les autres voulaient être footballeurs ou policiers (on ne voulait pas encore être Steevy B. à l'époque), moi je serais poète.
Le hic est venu à l'adolescence, quand sous le joug des commentaires composés j'ai cru qu'en fait je n'aimais pas la poésie.
Bizarement, c'est Noir Désir qui fut mon second déclic. Parce que je pouvais trouver magnifiques des textes dont le sens vrai m'échappait.
Alors j'ai retrouvé Baudelaire, et Aragon via Ferrat.
Et enfin goûté les proses poétiques.
(Ouf! Il était beau, cet orage ;-)
Écrit par : secondflore | 26.05.2007
Répondre à ce commentaireJe trouve ça très très beau, mais jamais ne me viendrait à l'idée de lire un recueil de poésies. Oui je sais, c'est bête.
Écrit par : ekwerkwe | 26.05.2007
Répondre à ce commentairede Philippe Jaccottet :
"Tu es ici, l'oiseau du vent tournoie
toi, ma douleur, ma blessure, mon bien
De vieilles tours de lumières se noient
et la tendresse entr'ouvre ses chemins"
ce quatrain m'éblouit particulièrement, en tout cas il me parle à moi. (de cette douleur douce qu'est l'amour)
Écrit par : tirui | 26.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Isaac | 26.05.2007
Répondre à ce commentaireC'est Prevert le seul et l'unique qui me fasse vibrer (y en aurait ptetre d'autres, hein, mais je suis réticente à lire de la poésie, la plupart du temps, ça m'ennuie à mourrir).
Allez, je te cite le seul que je connaisse par coeur.
"Vous allez voir ce que vous allez voir
Une fille nue nage dans la mer
Un homme barbu marche sur l'eau
Où est la merveille des merveilles
Le miracle annoncé plus haut ? "
En plus il a une jolie histoire, ce poême, je l'ai écrit en tout petit sur une copie d'examen d'informatique (à défaut d'avoir les réponses aux questions et parce que je m'ennuyais sévèrement...).
Mine de rien, le prof m'a donné 3 points pour le poême (vu que j'en avais zéro par ailleurs, ça fait une sacré différence !).
Écrit par : fyfe | 26.05.2007
Répondre à ce commentaireJe me permets de le mettre ici pour te le faire découvrir.
A Mademoiselle
Oui, femme, quoi qu'on puisse dire
Vous avez le fatal pouvoir
De nous jeter par un sourire
Dans l'ivresse ou le désespoir.
Oui, deux mots, le silence même,
Un regard distrait ou moqueur,
Peuvent donner à qui vous aime
Un coup de poignard dans le coeur.
Oui, votre orgueil doit être immense,
Car, grâce à notre lâcheté,
Rien n'égale votre puissance,
Sinon, votre fragilité.
Mais toute puissance sur terre
Meurt quand l'abus en est trop grand,
Et qui sait souffrir et se taire
S'éloigne de vous en pleurant.
Quel que soit le mal qu'il endure,
Son triste sort est le plus beau.
J'aime encore mieux notre torture
Que votre métier de bourreau.
Sublime, non ?
Écrit par : Bon_sens | 26.05.2007
Répondre à ce commentaireVoilà :)))
Écrit par : Bon_sens | 26.05.2007
Répondre à ce commentairema belle-mère est poète, souvent publiée et récompensée par des prix... je trouve ses vers d'une niaiserie indicible, qui racontent toujours la même chose (la même chose qu'elle-même raconte tout le temps et pas en vers, à savoir je suis seule je suis malheureuse etc) mais puisque des pros disent qu'elle est douée, c'est certainement moi qui n'y comprends rien... :o)
Écrit par : sophie (à NYC) | 26.05.2007
Répondre à ce commentaireDepuis, je n'ai jamais lu quelque choses susceptible de m'émouvoir autant que ma prose enfantine.
(Moi j'ai pas eu le temps d'arriver avant l'orgae, t'imagines aisément l'état de dégoulinage ou pas ?)
Écrit par : violette | 26.05.2007
Répondre à ce commentaire"ientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mo cœur ne sera plus d’un bloc rouge et glacé.
J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ."
J’ai découvert ce poème (première partie) vers 16 ans. Et je crois qu’il convenait parfaitement à mon humeur d’adolescente maussade et pessimiste. De là est né mon amour iconditionnel pour Baudelaire.
Sinon j’aime bien :
« Viens ! Le soleil te parle en paroles sublimes ;
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ;
Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
Le cœur trempé sept fois dans le néant divin. » Leconte de lisle.
Et je rajouterai :
"Relisez tous ces mots, ces phrases et ces scènes,
Plongez dans vos hier, dans ces journées anciennes
Où vous rêviez de fuir, de sortir et courir
Vers des jeux enfantins qui vous semblaient moins pire.
Revenez en arrière, au temps de l’innocence,
Sur les bancs de l’école, vous pensiez en silence
Que les alexandrins n’étaient que vieilleries
Et pour la poésie n’aviez que du mépris.
Il vous semblait parfois que ce vieux passionné
Aurait dû arrêter d’essayer d’enseigner
Aux enfants du futur les choses du passé
Et s’ouvrir aux demains d’autres odyssées.
Jusqu’à ce jour béni où vous avez compris
Que la magie des mots magnifie les écrits
Qu’au delà des quatrains se cachent des soupirs
Des pleurs et des bonheurs, des larmes et des rires.
Alors vous comprenez pourquoi ce professeur
Que vous railliez gaiement, d’un air dégagé
S’agrippait à sa foi, et voulait partager
Son amour et la joie, qui en lui s’engrangeaient.
Au détour d’une rime, et des mots dévoilés
Qui maintenant révèlent à vos yeux étonnés
L’or blanc de leurs syllabes, l’éclat de leurs sonnets,
Vous vous abandonnez à ces vers étoilés."
Écrit par : wamanda | 27.05.2007
Répondre à ce commentaireune révélation vers mes 16/17 ans...s'ensuit la découverte d'appolinaire aussi, bien sûr. beaudelaire, gainsbourg, ferré.
Écrit par : annaellee | 27.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : chiffonnette | 27.05.2007
Répondre à ce commentaire@ekwerkwe : ce n'est pas bête, c'est une question d'habitude (forcée au départ dans mon cas:))
@tirui : très beaux vers! (et j'aime aussi Lorelei)
@isaac : pour Gainsbourg, je suis (parfois) d'accord, pour Jagger, il faudrait que je me renseigne... :)
@bon sens : j'aime bien Musset mais je connais mal Leconte de Lisle (encore quelque chose à creuser...:))
@sophie (à NYC) : le ressenti personnel compte beaucoup : si ça ne te parle pas, ce n'est pas forcément parce que tu n'y comprends rien! (on peut avoir son nom à cette dame ?:))
@violette : j'ai effectivement lu ta production (et tu avais promis d'en dévoiler plus, mais on attend toujours je te ferai remarquer:)) et je comprends très bien que rien n'ait pu t'éblouir par la suite : un tel degré de maturité et de virtuosité, c'est éblouissant! :))
Écrit par : fashion victim | 27.05.2007
Répondre à ce commentaire@wamanda : j'adore ce poème de Baudelaire!
@annaellee : j'ai mis du temps à aimer Rimbaud...
@chinffonnette : ton commentaire sur Lamartine m'a fait rire (et je le partage). J'ai découvert tardivement Verlaine et je suis devenue une fan...
Écrit par : fashion victim | 27.05.2007
Répondre à ce commentaireVerlaine - les sanglots longs - et Baudelaire. Et notamment : Mon rêve familier (pour Verlaine) et A une passante (Baudelaire). C'est un peu le même thème, de l'inconnu(e) idéal(e)). Connus, étudiés en classe de 1ère. Je me suis arrêtée sous ce charme, classique,-là.
Écrit par : marie | 27.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Titi | 27.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Bellesahi | 28.05.2007
Répondre à ce commentaireJe sais que j'ai manqué à ma parole pour la suite des évènements poétiques de ma jeunesse, mais vois-tu, j'ai peur que le public ne reconnaisse pas à sa juste valeur, mon oeuvre et que tout ça finisse dans les quolibets !
Je ne le supporterai pas...
Écrit par : violette | 28.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : jos du livrophile | 28.05.2007
Répondre à ce commentaire"Chanson de la plus haute Tour"
Oisive jeunesse / A tout asservie / Par délicatesse / J'ai perdu ma vie. / Ah! Que le temps vienne / Où les coeurs s'éprennent!
Je me suis dit : laisse / Et qu'on ne te voie: / Et sans la promesse / De plus hautes joies. / Que rien ne t'arrête / Auguste retraite.
J'ai tant fait patience / Qu'à jamais j'oublie; / Craintes et souffrances / AUx cieux sont parties. / Et la soif malsaine / Obscurcit mes veines"
Je ne mets pas tout, il reste encore 5 strophes. C'est Rimbaud, qui avait dû fumer la moquette. Quoi qu'il en soit à chaque fois je suis envoûtée par le rythme.
Sinon, un vers de son copain Paul:
... " Tu dirais, sous l'eau qui vire / Le roulis sourd des cailloux" ...
Et puis, Louise Labbé:
"Et quand je suis quasi toute cassée / Et que je suis en mon lit lassée / Crier me faut mon mal toute la nuit"
Et ... bon bon, ça va, j'arrête ...
Écrit par : Anne | 28.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anne | 28.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Lilly | 28.05.2007
Répondre à ce commentaire@titi : je suis passée chez toi et j'ai adoré ton choix!
@bellesahi : décidément, Prévert remporte beaucoup de suffrages! (Prévert, président!:))
@violette : une oeuvre d'une telle force ne peut pas finir sous les quolibets : le public reconnaît forcément le génie!!
@jos du livrophile : merci à toi d'avoir eu cette idée!
@anne : les deux vers du titre, c'est Guillaume aussi (c'était vraiment une note thématique...:)), dans l'avant-dernier poème d'"Alcools", intitulé "Cors de chasse" et qui contient deux autres vers que j'adore : "Passons passons puisque tout passe/Je me retournerai souvent"
@lilly : merci et de rien (les profs sont une source inépuisable d'histoires étranges et drôles, ça dépend des jours...:))
Écrit par : fashion victim | 28.05.2007
Répondre à ce commentaireDepuis, Poe et Baudelaire sont mes chouchous, même si je fais une place à Rimbaud dans mon coeur.
Écrit par : céline de retour | 31.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashionvictim | 31.05.2007
Répondre à ce commentaireLe prince d'Aquitaine à la tour abolie,
Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé
Pleure le soleil noir de la mélancolie
(Nerval, mais à mon avis il n'avait pas bu que de l'eau, le pauvre hère...Terrible et magnifique description d'une dépression carabinée)
Écrit par : Béatrice | 03.06.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion victim | 03.06.2007
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