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23.05.2007
And here's to you, Mr Robinson...
Chers happy few, je suis au regret de vous annoncer que sous mes dehors sages et sans histoires se cache une femme déchirée.
J'entretiens, au vu et au su de tout le monde, une liaison extra-conjugale. Depuis 5 ans. Avec un homme plus âgé. Beau. Brun. Musclé et séduisant. Divorcé, deux enfants. Bon, entre nous ce n'est pas toujours facile, parce qu'il vit à l'étranger. Dans le Yorkshire, une sublime région. On s'est rencontré dans une librairie, ça a été le coup de foudre. Pour lui, j'ai franchi le barrage de la langue et des kidney pies, je me suis mise à la bière brassée par les gens du cru et j'ai pris mes habitudes au Queen's arms, le pub d'Eastvale. On écoute du jazz ensemble, on s'extasie sur la Callas et je lui pardonne de ne rien connaître à la variété française. Bon évidemment, il n'a pas un métier facile et il est parfois un peu sombre et taciturne, mais je ne lui en tiens pas rigueur parce qu'être flic, ce n'est pas vraiment une sinécure, hein ?
Il s'appelle Alan Banks.
Il est le héros des polars de Peter Robinson. Et je l'aime. Parce que oui, on peut tomber amoureuse des personnages de fiction, demandez à toutes celles qui se consument pour Joffrey. Et Rhett. Et Darcy. (Et j'en sais quelque chose, j'en fais partie.)
Bon, je vous préviens tout de suite, chers happy few, que l'édition française de Peter Robinson c'est du grand n'importe quoi et qu'elle ne va pas vous faciliter la tâche. En effet, pour une raison qu'à mon avis nous n'éluciderons jamais (dépendance à des substances illicites ? chagrin d'amour ? abus de foie gras ?), le premier éditeur français à l'avoir publié a traduit d'abord le 11ème volume, Froid comme la tombe (Cold is the grave), puis le 10ème, Saison sèche (In a dry season) et le 8ème, Un goût de brouillard et de cendres (Innocent graves) avant de refaire un saut en avant et de traduire le 12ème, Beau-monstre (Aftermath). Bref, vous l'aurez compris, c'est une catastrophe pour les non-anglophones et voilà une bonne raison, chers happy few, de se mettre sérieusement à l'anglais! Cette attitude totalement désinvolte nie encore une fois la cohérence de la série : en effet, entre le premier opus, Le voyeur du Yorkshire (Gallows View), publié en 1987 et dont la traduction française vient seulement de sortir et le dernier (et dix-huitième), Piece of my heart, non encore traduit, sorti en 2006, les personnages ont fortement évolué. Or, le lecteur français en est réduit à deviner ce qui a bien pu se passer entre les volumes, attendu par exemple que les volumes 3, 5, 6, 7 et 14 ne sont pas traduits!
Bref. Revenons à nos pintes de bière. Alan Banks est inspecteur de police et dans le premier volume, il s'installe à Eastvale, une sympathique ville du Yorkshire. Il a demandé sa mutation (il travaillait à la brigade des moeurs à Londres) parce que son job devenait difficile et qu'il avait l'impression de se perdre (et de perdre sa famille) dans la violence urbaine. Marié, deux enfants, c'est un homme tranquille, amateur de musique (surtout de jazz et de classique), excellent flic dont la méthode est à la fois rigoureuse et intuitive. S'établir à Eastvale aura en partie les effets escomptés car la violence y est évidemment bien différente de celle de Londres et qu'il pourra enfin s'épanouir professionnellement (et prendre du grade au fil du temps). En partie seulement parce que la province n'empêchera pas ses enfants de grandir et sa femme de le quitter...
Les intrigues concoctées par Peter Robinson (qui contrairement à ce qu'on pourrait croire vit au Canada où il s'est exilé il y a longtemps) sont riches et variées : meurtres aux mobiles extrêmement divers, incursions dans certains milieux (la prostitution, les mouvements racistes), pédophilie, meurtres en série, enlèvement, enquête sur un squelette vieux de 50 ans, chaque intrigue apporte son lot de surprises, sans compter les nombreuses trouvailles narratives (alternance parfois passé/présent, ou deux narrateurs, ou deux points de vue). L'écriture est précise et fluide et l'atmosphère du Yorkshire extrêmement bien rendue, région verdoyante et pluvieuse où le plus sûr abri contre la pluie reste le pub. Enfin, il faut dire un mot de la musique, omniprésente et dans laquelle baigne littéralement le lecteur : une réussite et une originalité !
Chers happy few, voici une série dont on ne se lasse pas et un auteur que je vous recommande chaudement!
Bibliographie (dans l'ordre!)... et pour compliquer encore la tâche, les américains ont parfois changé les titres pour la publication U. S. Quand c'est le cas, je donne d'abord le titre anglais puis le titre américain afin que ceux qui feraient un tour chez notre ami à un sein s'y retrouvent un peu, parce que franchement, c'est la pagaille...
Le voyeur du Yorkshire (Gallows View), Le livre de poche / Le rocher aux corbeaux (A dedicated man), Le livre de Poche / A necessary end (non traduit) / La vallée des ténèbres (The hanging valley), Le livre de poche / Past reason hated (non traduit) / Wednesday's child (non traduit) / Dry bones that dream / Final account (non traduit) / Un goût de brouillard et de cendres (Innocent graves), Le livre de Poche / Le sang à la racine (Dead right), Le livre de Poche / Saison sèche (In a dry season), Le livre de Poche / Froid comme la tombe (Cold is the grave), Le livre de Poche / Beau-monstre (Aftermath), Le livre de poche / L'été qui ne s'achève jamais (The summer that never was), Le livre de Poche / Playing with fire (non traduit) / Etrange affaire (Strange affair), Calmann-Lévy / Piece of my heart (non traduit) /Friend of the Devil (à paraître)
Une édition omnibus est en cours de parution chez nos amis anglo-saxons, les 9 premiers romans sont réédités trois par trois : Meet Inspector Banks, Inspector Banks investigates, The return of Inspector Banks.
Peter Robinson a reçu plusieurs prix pour cette série, aux Etats-Unis et au Canada, dont plusieurs fois le Arthur Ellis Award et il a figuré plusieurs fois dans les "best novels" de l'année des prestigieux journaux de critique littéraire. Saison sèche a obtenu le Grand prix de littérature policière en France en 2001.
A signaler aussi, un recueil de nouvelles : Not safe after dark, qui contient entre autres, deux nouvelles et une novella mettant en scène Alan Banks et un premier roman Qui sème la violence (Caedmon's song / The final cut), Le livre de Poche, primé lui aussi, qui n'appartient pas à la même série (c'est l'histoire d'une vengeance... racontée du point de vue de la victime).
Le site internet consacré à l'oeuvre de Peter Robinson, http://www.inspectorbanks.com/, offre notamment la playlist de chaque roman, puisque la musique est extrêmement importante dans l'atmosphère de cette série.
07:00 Écrit par fashion dans Littérature anglo-saxonne, Polars, Un grand cri d'amour | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
Commentaires
Écrit par : Bellesahi | 23.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Gachucha | 23.05.2007
Répondre à ce commentaire@gachucha : ah, au temps pour moi! je savais que "Playing with fire" avait été traduit, mais impossible de le touver en ligne, ni chez Gibert, du coup j'ai cru qu'il n'était pas traduit! C'est un des derniers, très bon aussi!
Écrit par : fashion victim | 23.05.2007
Répondre à ce commentaireBravo pour ce travail d'investigation franco-anglo-américaine, y a de quoi s'arracher les perruques !
Écrit par : Tamara | 23.05.2007
Répondre à ce commentaireEt Tamara qui ne veut pas cuisiner !!! vous me faites rire !!!
Écrit par : Bellesahi | 23.05.2007
Répondre à ce commentaire@bellesahi : jamais, jamais ? même pas Rhett ? Darcy ? J'en reviens pas!
Écrit par : fashion victim | 23.05.2007
Répondre à ce commentaireMoi je suis une fan absolue de Elizabeth Peters et de la famille Emerson, et j'aimerai bien lire des trucs dans l'ordre et pas avec des trous au milieu parce que les devinettes, c'est un peu usant..
Je signale à toutes fins utiles que Joffrey et Rhett sont déjà pris. Pour Darcy, je me tâte encore, mais pas beaucoup...
Écrit par : Soeur Anne | 23.05.2007
Répondre à ce commentaireQuant à Peter Robinson, ah! la playlist! ça me tue et ça m'achève... Fashion, je pense que je vais arrêter de venir sur ton blog, si tu ne chroniques pas de temps en temps des bouquins que tu n'as pas aimés. Et il ne faudra pas mal le prendre: tu l'auras bien cherché.
^^
Écrit par : ekwerkwe | 23.05.2007
Répondre à ce commentaire@ekwerkwe : tu m'étonnes que Stoyan soit moins pris! C'est qui ? Chroniquer des bouquins que je n'ai pas aimés, je l'ai déjà fait une fois, alors, hein, pas de jérémiades! Haut les LAL! :)))
Écrit par : fashion victim | 23.05.2007
Répondre à ce commentaireVoili Voilà !!! ...
Mais bon, y'a pas que ça non plus ! loin de là ... pfff, MON Rhett ! ... *soupir*
Donc, tout ça pour dire, que je ne connaissais pas du tout ce Mr Robinson ! Mais c'est malin, on va toutes se jeter dessus maintenant ! :D
Écrit par : Clarabel | 24.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion victim | 24.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : jenny | 13.06.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion victim | 13.06.2007
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