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29.04.2007
L'amour n'est pas un jeu d'enfants
Je ne sais pas vous, chers happy few, mais il y a des livres que je n'ai pas envie de lire a priori, parce que justement j'ai des a priori sur eux. Entrent dans cette catégorie certains best-sellers (c'est mon côté snob), les romans de conspiration (la théorie du complot me hérisse le poil), les romans de Paulo Coelho (le côté gourou très peu pour moi), Rousseau (j'ai beaucoup beaucoup de mal avec les oeuvres de notre Suisse national et chaque fois que je dois m'y plonger j'ai l'impression de mourir un peu), les manuels d'horticologie, les guides psychologiques, les oeuvres complètes d'Elizabeth Tessier et, d'une manière générale, les auteurs qui, pour une raison ou une autre, sont à la mode (comme les choux ou les tripes, sauf que ces derniers, eux, sont délicieux, mais je m'égare).
C'est pour cela que je n'avais pas lu le roman autobiographique de Justine Lévy, Rien de grave, paru en 2004. Pour être tout à fait honnête, je ne l'avais même pas feuilleté en librairie. Et puis, dans un très bref intervalle de temps, Anne m'en a parlé et Alinéa me l'a prêté : vu sa longueur, je me suis dit qu'au pire, ce serait deux heures de perdues (et ce n'est pas comme si j'avais autre chose à faire, comme corriger des copies, oui, c'est un leitmotiv chez moi, je sais).
Le pitch, rapidement : Louise a été plaquée du jour au lendemain par son mari, Adrien, parti avec la maîtresse de son propre père, une chanteuse très connue, Paula (je m'en tiens à dessein aux noms donnés dans le roman, tout le monde se souvient de cette histoire qui a (brièvement) défrayé la chronique de la presse people...). Ce roman est l'histoire de leur rupture et de la lente et douloureuse reconstruction de la jeune femme.
C'est un roman sans en être un. Ce n'en est pas un puisque cette histoire est réelle, mais c'en est un parce que Justine Lévy fait oeuvre de reconstruction des événements et en les reconstruisant, en les analysant, elle crée, forcément. Elle fait preuve d'un vrai style, d'un vrai talent de conteuse et d'un sens certain de la formule (j'aime beaucoup la vision d'Adrien en "Hippolyte du pauvre"). Elle évite aussi certains travers comme la révélation de détails croustillants (n'en attendez pas, il n'y en a aucun, ni sur son père ni sur Paula) ou la charge de son ex-mari (elle en dresse un portrait certes sans complaisance mais pas atroce non plus et le portrait qu'elle fait d'elle-même n'est pas plus flatteur). L'analyse des sentiments qui suivent la rupture est très juste et très sensible. Et pourtant, malgré ces indéniables qualités, c'est un roman que j'ai trouvé un peu vain. A mi-chemin entre la littérature et la thérapie, il est finalement assez représentatif de la littérature française contemporaine : il se contente de nous raconter une histoire vécue, sans la transcender et en faire une histoire intemporelle... Je trouve ce genre de roman à la mode finalement plutôt décevant... contrairement aux tripes.
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Justine Lévy, Rien de grave, Le livre de poche
20:25 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
Commentaires
Écrit par : cuné | 30.04.2007
Répondre à ce commentaire(ma live box ne marche plus donc connexion de travail, mais au travail... je travaille !)
Petit tour ici pour me tenir au courant des dernières tendances (en bonne happy few qui se respecte)...
Je ne suis pas étonnée un quart de seconde par ton analyse du bouquin de Juliette. Je me dis que donner des sous à une fille qui raconte ses malheurs, c'est le monde à l'envers !
Crois tu que certains psy ont acheté le livre ;))
Écrit par : bon_sens | 30.04.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anne | 30.04.2007
Répondre à ce commentaireJe trouve qu'Adrien est pas mal "crétinisé", méprisé. Sur Paula, on apprend quand même qu'elle a le visage largement refait. Et que son besoin permanent de séduire la rend particulièrement, ammoralement, manipulatrice.
Mais transparaît, volontairement ou non, l'évidence : que le couple était déjà dans une mauvaise passe avant que Paula n'intervienne.
Et le plus dur, à vivre et à lire, le commencement de la fin, c'est cet avortement tardif "obligé".
Ce qui m'a gêné, c'est le côté "pauvre petite fille riche".
Écrit par : marie | 30.04.2007
Répondre à ce commentaireCertes, elle ne s'oublie pas dans le critique, mais finalement, elle se trouve des excuses.
En revanche, Paula et Adrien en prennent plein le nez, qu'il soit refait ou pas.
La phrase qui est à peu près "Elle avait choisi son visage sur catalogue" m'avait un peu dégoûtée de son auteur, que ce soit vrai ou pas, d'ailleurs.
Justine Lévy ne m'a vraiment pas donné envie de lire autre chose d'elle.
Écrit par : Soeur Anne | 30.04.2007
Répondre à ce commentaireC'est dire mon intérêt... ;)
Écrit par : bon_sens | 30.04.2007
Répondre à ce commentaireAu fait, merci pour le lien ;-)
Écrit par : Anne | 30.04.2007
Répondre à ce commentaire@bon sens : ben dis donc, c'est super la live box :)
@anne : je suis entièrement d'accord pour le côté "petite fille riche", je trouve qu'elle ne joue pas sur ce ressort-là et que de toute façon, on n'est pas responsable de ses parents...
@marie : j'ai trouvé cette histoire d'avortement horrible, mais en toute honnêteté, à qui permet-on cela en France (elle était enceinte de 5 mois, le foetus était normal et ils étaient mariés!!) si ce n'est à des gens connus ?
@soeur anne : moi non plus je ne suis pas très curieuse de découvrir le reste de son oeuvre...
Écrit par : fashion victim | 30.04.2007
Répondre à ce commentaireLa justesse du ton m'a émue.
Peut-être (sans doute) parce que Justine Lévy parle d'un milieu que je connais bien (non, pas les people, mais les grandes écoles), de la complexité des sentiments éprouvés lors d'une rupture douloureuse - le si terrible "j'ai quelque chose à te dire"... Ce livre a éveillé beaucoup d'échos en moi.
Le Rendez vous, bien mieux reçu d'ailleurs par la presse américaine que par la critique française est un joli roman, lui aussi largement autobiographique, mais il ne m'a pas "remuée" comme Rien de grave.
Quant au terrible avortement, j'ai trouve l'aveu terrible mais aussi terriblement courageux. Je ne crois pas que ce soit le fait d'être célèbre qui soit ici en jeu, les seules relations de la mère d'Adrien (pas célèbre) ont suffit.
Écrit par : Alinéa | 30.04.2007
Répondre à ce commentaireMoi qui pensais être ostracisée de ce blog par un complot fomenté par les porteurs de jogging blanc...
Écrit par : Alinéa | 30.04.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : cathulu | 30.04.2007
Répondre à ce commentaireCeci dit tu as plus de courage que moi, je n'ai même pas pu jeter un oeil sur le quatrième de couverture.
En l'absence d'accès direct aux romans français qui me tentent (et qui sont donc cachés soit dans le stock soit dans des rayonnages obscurs soit dans le stock de l'éditeur) je fais des rafles d'auteurs américains chez amazon.
Et toc.
Bizz
Écrit par : Fafa | 30.04.2007
Répondre à ce commentaire@cathulu : bienvenue!
@fafa : c'est bien de dire ce qu'on pense! et de lire des auteurs américains (les anglais sont pas mal non plus)!
Écrit par : fashion victim | 01.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anne | 01.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion victim | 01.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Bellesahi | 03.05.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : choupynette | 05.05.2007
Répondre à ce commentaire@choupynette : oui, parce que les avis sont partagés! tu nous diras ce que tu en as pensé!
Écrit par : fashion victim | 05.05.2007
Répondre à ce commentaireTout d'abord, j'apprécie beaucoup votre style d'écriture, frais et au ton humoristique, puis le design, avec une écriture qui rend le tout agréable à lire, et des couleurs tirant sur les couleurs chaudes, couleurs que j'apprécie beaucoup :-).
Ensuite, lorsque j'ai lu votre critique de ce livre, je me suis encore dit à moi-même : "Mais tu n'as vraiment pas de goût pour ne pas apprécier la littérature contemporaine, puisque beaucoup de gens semblent l'apprécier !"
Mais, vous avez le même sentiment que moi sur la plupart de la littérature actuelle, à savoir ce manque cette non-transcendance, autant pour l'esthétique que pour le récit en lui-même, de l'histoire.
La littérature étant faite pour l'évasion, je trouve que les romans qui ne subliment pas la réalité ne méritent pas le qualificatif de littérature.
Mais après, peut-être ai-je une vision trop sévère qui ne devrait pas être. Enfin, tout cela n'engage que moi !
Écrit par : Esis | 07.08.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion victim | 07.08.2007
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