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25.04.2007

Karma(sutra)

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, chers happy few, mais il y a quelque temps je vous avais raconté comment j'avais cédé à l'appel de l'Inde et à ses sirènes enchanteresses (car la lectrice est faible, hélas, et elle est loin d'avoir lu tous les livres). Et, de critique, point. Car voyez-vous, chers happy few, j'ai parfois des choses à faire, nettement moins indispensables que lire, mais qu'il faut faire quand même. Comme corriger mes copies. Emmener mes enfants au zoo. Finir la tarte tropézienne. Payer mes P.V. (car oui, chers happy few, j'ai une voiture. Et je m'en sers alors que je vis et travaille à Paris : je suis une très mauvaise citoyenne et que celle qui n'a jamais galéré dans les escaliers du métro avec un enfant dans la poussette et un autre enfant accroché au sac à main me jette le premier emballage en papier recyclé à la figure, mais pas trop fort, hein, parce que ça fait mal. Et en plus, pour des raisons forcément raisonnables, je ne paye jamais le parcmètre . Mais je paye mes P.V (je suis pleine de contradictions). Parfois deux fois parce que le Trésor public n'a pas vu que j'avais déjà payé, le farceur!)

Mais trêve de digressions. J'ai donc lu Loin de Chandigarh de Tarun J Tepal. Pour tuer immédiatement le suspense, je vous avoue tout de suite, chers happy few, que c'est un très bon et beau roman, que j'ai beaucoup aimé, je ne voudrais pas non plus que vous mourriez d'impatience d'ici la fin de ce billet, je tiens à vous.

Le pitch, rapidement : le narrateur, journaliste et écrivain en devenir (raté ?), dont nous ne saurons jamais le nom, est quitté par sa femme, Fizz, parce qu'il l'a bien cherché. Elle est la seule femme qui a compté dans toute sa vie, pour laquelle il a toujours éprouvé un désir sans cesse renouvelé, mais leur relation se dégrade quand ils achètent une maison à moitié en ruines sur les contreforts de l'Himalaya. En la rénovant, ils découvrent dans un coffre dissimulé dans une cloison, une soixantaine de carnets reliés de cuir fauve et qui sont le journal intime (et érotique) de Catherine, une américaine exilée en Inde au début du siècle. La lecture de ces carnets vampirise littéralement le narrateur jusqu'à ce qu'il comprenne pourquoi il les a trouvés...

C'est un roman foisonnant, d'une grande sensualité. D'ailleurs, il est vendu uniquement sur cet argument, la quatrième de couverture ne mettant l'accent que sur cet aspect-là de l'histoire. Or, si le roman s'interroge effectivement sur les mystères du désir, qui paraît inépuisable pour disparaître brutalement et sur les liens entre amour et désir, ce qui donne lieu à de très belles scènes, notamment entre le narrateur et sa femme, ce n'en est pas là le seul intérêt.

L'intérêt de ce roman réside aussi dans sa complexe construction (et j'allitérationne si je veux) ; il est divisé en cinq parties qui reprennent les cinq étapes de la vie selon la religion hindoue (amour, action, argent, désir et vérité), chacune de ces parties étant elle-même construite autour d'un va et vient incessant entre le présent du narrateur et différents passés, plus ou moins lointains, qui éclairent l'histoire de cet homme. Chacune suit bien sûr l'évolution psychologique du narrateur et la dernière, "vérité", construite comme une énigme policière, lui permet d'accomplir son karma (au sens où nous comprenons ce mot, nous autres occidentaux).

C'est aussi un récit à tiroirs car à la vie du narrateur et de ses ascendants s'entremêlent les récits que lui-même tente maladroitement d'écrire et qui finissent invariablement exécutés (brûlés, noyés ou enfermés au "bibliocachot") et l'histoire de Catherine, que le narrateur mettra trois ans à déchiffrer, mettant sa vie entre parenthèses durant ce laps de temps.

Mais c'est surtout, à mon sens, une réflexion sur l'écriture et l'écrivain et sur la place de la fiction dans la construction d'une histoire d'amour (le narrateur invente des histoires pour plaire à Fizz, exactement comme Shéhérazade). Le narrateur finit pas comprendre que l'écriture ne se limite pas à des rites, mis en place autour de la machine à écrire (une Brother rouge), ni à des horaires et que conjurer les mânes d'Ezra Pound et de Hemingway ne suffit pas. Pour écrire, il faut avoir vécu.

Le tout dans une langue puissante, qui fait naître sous nos yeux l'Inde avec ses rues encombrées et ses personnages étranges (certains passages comme le déménagement en bus ou la vie de bureau du narrateur sont très drôles), une Inde sortie de la nostalgie du colonialisme et confrontée aux problèmes post-Ghandi (qui apparaît comme une figure importante jamais nommée). Bref, chers happy few, je vous le recommande chaudement!

medium_loindechandigarh.jpg

      TarunJTejpal, Loin de Chandigarh, Le livre de poche    

 

 

 

 

 

 

PS sans rapport avec l'Inde mais il faut que les choses soient dites : la jeune fille (ou le jeune homme, je suis très tolérante), qui est arrivée ici en tapant chez notre ami commun, G., "fashion boy 15 ans", doit savoir qu'elle peut passer son chemin, car je vois trop d'adolescents toute la journée pour en parler sur ce blog et de plus, sachant à quoi ressemble réellement un adolescent de 15 ans, le terme "fashion" n'est pas du  tout adapté et si vous ne me croyez pas, chers happy few, allez voir ici, les écailles vont vous tomber des yeux et vous me remercierez!                                                                                                                                              

Commentaires

Il faut que je le "reprenne",
je n'avais pas accroché, tu me donnes envie de ré-essayer

Ecrit par : Abigael | 25.04.2007

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et un petit clin d'oeil au titre de ton post!!

Ecrit par : Abigael | 25.04.2007

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j'ai très envie de le lire, merci !

Ecrit par : sophie (à NYC) | 26.04.2007

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@abigael et sophie : les filles, je suis ravie de vous donner envie de le lire! (et bienvenue à toi, sophie, lectrice qui vient de loin:))

Ecrit par : fashion victim | 26.04.2007

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Hmmm, il me fait fort envie aussi ! ! ! :)

Ecrit par : Clarabel | 26.04.2007

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Ouaaaah! il me fait très très envie, ce livre!!! Je cours l'acheter!

Ecrit par : Anne | 26.04.2007

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@clarabel et anne : ravie de susciter autant d'enthousiasme! :)

Ecrit par : fashion victim | 26.04.2007

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J'étais hier à la librairie pour acheter un livre. Ne sachant quoi acheter, j'ai désespéremment tenté de me souvenir du nom de ton écrivain indien... Impossible !!!
Bon finalement j'ai bifurqué sur autre chose : "turlupin" de Leo Perutz.
Je suis donc revenue sur ton billet noter le nom improbable mnémoniquement parlant de ce talentueux écrivain indien !
:)

Ecrit par : Bon_sens | 05.05.2007

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@bon sens : il te faut un carnet! :)

Ecrit par : fashion victim | 05.05.2007

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