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03.04.2007
There's no business like show business
Chers Happy few, je sais que vous étiez très inquiets à cause de mon absence bloguesque : comment, une semaine sans un seul billet ? Eh bien oui, car voyez-vous j'avais des choses très importantes à faire comme corriger mes copies, préparer mes cours, réviser les règles du mah-jong et lire Rilke dans le texte...
...
M'enfin, vous croyez vraiment que quelqu'un qui pense qu'André Manoukian est le nouvel Hegel peut passer une semaine entière à travailler ? Que nenni! J'avoue tout : j'ai passé la semaine à co-organiser l'événement mondain le plus hype, le plus trendy, le plus exaltant, le plus éblouissant, le plus fa-bu-leux, le plus délexquisavouricieux de ce début d'année. Oh my god, quel est-il, vous entends-je vous demander ? Je vous le donne en cent, je vous le donne en mille, je vous le donne en un million deux cent quarante-douze mille, je ne puis me résoudre à le dire, devinez donc, chers happy few -la sortie du nouvel opus des Mémoires de Loana ? - vous n'y êtes point - le retour d'Hervé vilard ? -Point trop n'en faut, n'exagérons pas! Allez, dans ma grande magnanimité, je mets fin à l'insoutenable suspense.
Avec Alinéa, nous avons organisé la fête du printemps.
Ressuscitant avec ferveur des rites païens enfouis au plus profond de notre cerveau reptilien, nous avons offert des libations à Bacchus, dansé autour de feux de joie en criant "Evohé!" (au grand dam des voisins), consommé 47,2 litres d'alcool, 105 kilos de nourriture, réuni 35 personnes dans mon salon et passé une nuit blanche, ce qui, chers happy few, compte tenu de mon âge avancé ne m'était pas arrivé depuis le passage à l'euro...
Mais, chers happy few, j'ai quand même pensé à vous. Certes, pas à mes élèves, d'où lundi, une salle de cours quelque part en France : 'Madaaaaaaame, vous avez corrigé les copies ?" Réponses possibles :
- "Oui, bien sûr, d'ailleurs je vais vous les rendre" sauf que non, puisque vous avez lu le début du billet et que vous savez que le temps nécessaire à la correction des copies a été occupé à tartiner des kilomètres de canapés (sauf que comme cette fête était le comble de la hypitude trendiesque, il n'y avait pas de canapés mais de sublimes bouchées et d'extraordinaires verrines),
- "Oui, mais elles sont tellement mauvaises que je vous fais une faveur, je ne vous les rends pas!" sauf que ça marche avec de trèèèès mauvais collégiens mais pas avec des postbac (en même temsp je viens de révéler à la face du monde une des astuces professorales les plus courues, les collègues me pardonnent),
- "Non, je n'ai pas eu le temps, je blogue" sauf que si je lâche cette info je vais être poursuivie toute l'année par une horde de post-ados qui voudront l'adresse et seront terriblement déçus de ne pas me voir en string sur leurs écrans et ma côte de popularité va terriblement chuter,
- "Non, j'ai eu un ouikende de folaïe, j'ai fait une teuf à tout casser!" leur ai-je avoué parce qu'ils sont grands et sympathiques et que de toute façon mon état neuronal végétatif ne me permettait pas d'inventer un bon mensonge... et là, un élève me dit "Madaaaaaaaaaame, vous avez fait une boum ?"
...
J'ai pris vingt ans d'un coup d'un seul, paf, comme ça.
Mais trêve de digressions et venons-en à l'objet de ce billet (car il y en a un, contrairement aux apparences et il est hautement kulturel, comme toujours...) En effet, chers happy few, figurez-vous que j'ai oeuvré pour vous durant mes rares moments de liberté. Parce que je ne connais pas grand-chose en littérature indienne (le seul roman que j'aie jamais lu étant Les enfants de minuit de Salman Rushdie, oeuvre dense, émouvante et drôle que je recommande à tous), et parce que le Salon du Livre lui était consacré, je me suis vue dans l'obligation d'aller voir un peu ce qu'il se passait du côté du Gange, afin de pouvoir ensuite vous en parler (qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour son public chéri ?). Il faut dire aussi que l'appel de l'Inde se faisait plus pressant de jour en jour parce que la vitrine des Buveurs d'encre, une librairie très sympathique ouverte et tenue par un collectif d'écrivains et opportunément sise à côté de mon boulot (si ce n'est pas de l'appel à la luxure, je ne m'y connais pas) a consacré toute sa vitrine à la littérature indienne et bien sûr, les couvertures chamarrées et chatoyantes me faisaient de l'oeil (je ne résiste pas à ce qui brille...)! J'ai donc cédé et j'en suis ressortie avec trois romans indiens. Vous vous doutez bien que j'ai commencé par... le plus drôle, évidemment!
Show business, écrit par Shashi Tharoor en 1991 a été traduit en 1995 en français et il vient d'être réédité en poche. Ce roman très drôle raconte la vie d'Ashok Banjara, un acteur populaire de Bollywood. Dans le coma, cloué sur son lit d'hôpital après un accident de tournage qui a coûté la vie à trente-deux personnes, il reçoit la visite de ses proches (et moins proches), chacun lui racontant à sa manière un épisode ou une partie de sa propre vie. Chaque chapitre, qui porte un nom de découpage de cinéma (intérieur jour, intérieur nuit...) a donc un narrateur et un style différent, sans compter l'éclairage intéressant que porte chacun sur notre héros, lequel raconte lui aussi sa vie à sa manière. De plus, certains chapitres décrivent des films bollywoodiens dans lesquels Ashok s'est produit, avec un humour et une distance dévastateurs. Le must étant les chansons et je ne résiste pas au plaisir d'en partager une avec vous :
CLE ANGLAISE A LA MAIN, ASHOK DANSE AUTOUR D'UNE VOITURE
Je m'y connais en mécanique / En cas de panne, pas d'panique/ Votre auto, je la réparerai/ Si votre moteur toussote /Et que votre radiateur crachote/ Ne laissez pas votre coeur s'emballer / Car moi je le réparerai.
(Ce côté mécano me rappelle furieusement Grease, chef-d'oeuvre incontesté du 7ème art.)
Au-delà de Bollywood, petit monde en dehors du monde, c'est toute une société qui se dessine et Shashi Tharoor analyse très finement la complexité de la société indienne régie par des codes qui nous paraissent étonnants à nous autres occidentaux, et le lien très étroit entretenu par le peuple et le cinéma, cinéma pourtant complètement irréaliste et lui-même régi par d'autres codes. Enfin, Shashi Tharoor réussit l'exploit de nous rendre sympathique un personnage principal qui ne l'est pas, homme égocentrique, coureur de jupons et arriviste mais animé d'une énergie et d'un charisme qui balaient tout sur son passage...
Bref, un livre souvent féroce, toujours drôle, qui ouvre facilement une petite porte sur la littérature indienne, et que je recommande chaudement!

Show Business de Shashi Tharoor, Points. (Couverture non contractuelle car ce soir amazon n'est pas mon ami.)
PS : l'élève de seconde qui est arrivé ici en tapant sur google "vieux barbon molière" doit savoir, primo, que c'est mal de faire ses devoirs de français tard dans la nuit entre deux parties de WOW et deuxio que pour 50 euros la demie ligne, je fais les devoirs de français, d'histoire, de maths, de physique et que je signe les carnets de correspondance. Eh oui, Altruisme is my middle name...
PSbis : une lettre de Madame de Sévigné a été furieusement maltraitée durant la rédaction de ce billet. Qu'elle m'en excuse!
19:30 Écrit par fashion dans Choses vues, Littérature indienne | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
Commentaires
Écrit par : fyfe | 03.04.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : laurie | 04.04.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : laurie | 04.04.2007
Répondre à ce commentaireJe vais sûrement devoir la faire un jour.
Un auteur indien MERVEILLEUX : Arundhati Roy! "Le dieu des petits riens"
Écrit par : céline | 04.04.2007
Répondre à ce commentaire@laurie : bienvenue! C'est ça la sororité...
@céline : bien sûr que tu le diras un jour à tes élèves, c'est un peu comme un rite de passage, on en passe tous par là, les jours de grande lassitude :) J'ai acheté aussi Le dieu des petits riens et là je me suis lancée dans Loin de Chandigarh, ce n'est pas du tout le même genre...
Écrit par : fashion victim | 04.04.2007
Répondre à ce commentaireBon j'explicationne :
1/ Je vais acheter le bouquin (ça c'est pas le plus drôle) car tu m'as donné envie.
2/ J'en reviens pas que tu sois prof :/ Ca m'a clouée !
3/ Tu viens de donner le lieu de ton travail en citant la librairie... Bon, je sais c'est grand le XIX...
4/ Ton post est tout simplement succulent et j'me dis qu'il y a derrière une vraie aisance dans l'écriture (ne m'dis pas que t'y as mis 3 heures, ne m'y dis pas que t'y as mis 3 heures... Bon si dis moi que t'y as mis 3 heures ! )
5/ Je peux le relire 10 fois et ça me fera marrer 10 fois !
Bye :)
Écrit par : bon_sens | 04.04.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion victim | 04.04.2007
Répondre à ce commentaireJe ne m'étale pas, pardon, j'ai du taf et du blogue à faire, faut pas chômer. à très vite !
Écrit par : violette | 05.04.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : fashion victim | 05.04.2007
Répondre à ce commentaireJe savais que ce billet "jean d'O" ne pouvait être appécié à sa juste valeur que par des personnes "comme nous". Que le bonheur emplisse ta maison !!!
Écrit par : violette | 05.04.2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Zag | 05.04.2007
Répondre à ce commentaireVoici quatre romans
Le dieu des petits riens de A.Roy
L'émeute de S.Taroor
le palais des miroirs d'amitash Gosh
un garçon convenable de Vikram Seth
Tous les quatre, passionnant!
Par contre,"loin de Chandigarh" je n'ai pas du tout accroché
Ah, j'allais oublier: le chant du rossignol de Singh!
remarquable!
Écrit par : Abigael | 05.04.2007
Répondre à ce commentaire@abigael : merci beaucoup pour ces titres, je note! L'Inde c'est comment ? (question un peu bête mais je ne sais pas comment la poser)
Écrit par : fashion victim | 05.04.2007
Répondre à ce commentaireJ'ai peur de tomber ds les banalités de diners de sous-préfecture:L'Inde, le pays des contrastes, les castes, les religions, la pauvreté, mais aussi l'enthousiasme et la gentillesse des gens, les couleurs, une civilisation trés ancienne, il y a tout et son contraire, je suis fascinée par l'Inde, pour l'instant je connais bien le sud,
je projete un voyage ds le nord, bientôt
A noter lire aussi les livres d'Anita Nair, tout est bon: il n'y a rien à jeter!
Écrit par : Abigael | 06.04.2007
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